{"id":18244,"date":"2025-01-05T08:08:44","date_gmt":"2025-01-05T12:08:44","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=18244"},"modified":"2025-01-05T08:08:46","modified_gmt":"2025-01-05T12:08:46","slug":"philip-k-dick-le-pere-truque","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/philip-k-dick-le-pere-truque\/18244\/","title":{"rendered":"Philip K. Dick\u00a0: Le p\u00e8re truqu\u00e9"},"content":{"rendered":"<div class=\"gb-container gb-container-ff0822ca\">\n\n<p>\u00ab <strong>Le p\u00e8re truqu\u00e9<\/strong> \u00bb (The Father-Thing) est une nouvelle de science-fiction inqui\u00e9tante de Philip K. Dick publi\u00e9e en d\u00e9cembre 1954 dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction. Charles, un gar\u00e7on de huit ans, commence \u00e0 soup\u00e7onner que son p\u00e8re vit un drame. Un soir, alors qu&rsquo;il entre dans le garage, il assiste \u00e0 une sc\u00e8ne troublante : \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re se trouve une r\u00e9plique identique de celui-ci. Au d\u00eener, Charles est confront\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ature inqui\u00e9tante qui, il en est convaincu, a usurp\u00e9 la place de son p\u00e8re. L&rsquo;incompr\u00e9hension de sa m\u00e8re et l&rsquo;escalade des \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elle provoque conduisent Charles \u00e0 fuir la maison pour chercher de l&rsquo;aide, d\u00e9clenchant une lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9 dans un environnement de plus en plus oppressant et terrifiant.<\/p>\n\n<\/div>\n\n<div class=\"gb-container gb-container-2b69cfd5\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Philip-K.-Dick-El-padre-cosa.webp\" alt=\"Philip K. Dick\u00a0: Le p\u00e8re truqu\u00e9\" class=\"wp-image-18215\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Philip-K.-Dick-El-padre-cosa.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Philip-K.-Dick-El-padre-cosa-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Philip-K.-Dick-El-padre-cosa-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2021\/11\/Philip-K.-Dick-El-padre-cosa-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Le p\u00e8re truqu\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Philip K. Dick<br><\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le d\u00eener est servi, annon\u00e7a Mrs.&nbsp;Walton. Va chercher ton p\u00e8re et dis-lui de se laver les mains. M\u00eame remarque en ce qui te concerne, mon bonhomme.&nbsp;\u00bb Elle posa une cocotte fumante sur la table de la cuisine soigneusement mise. \u00ab&nbsp;Tu le trouveras au garage.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Charles h\u00e9sita. Il n\u2019avait que dix ans&nbsp;; le probl\u00e8me avec lequel il \u00e9tait aux prises aurait confondu les plus grands savants.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est que\u2026\u00bb commen\u00e7a-t-il d\u2019un ton incertain avant de s\u2019interrompre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qui ne va pas&nbsp;?&nbsp;\u00bb June Walton avait senti le malaise de son fils et posa une main sur sa poitrine opulente o\u00f9 naissait une soudaine inqui\u00e9tude. \u00ab&nbsp;Comment, Ted n\u2019est pas au garage&nbsp;? Mais je l\u2019ai vu il y a une minute, en train d\u2019aiguiser le taille-haie\u2026 j\u2019esp\u00e8re qu\u2019il n\u2019est pas all\u00e9 voir les Anderson&nbsp;! Je lui ai dit que le d\u00eener \u00e9tait pratiquement pr\u00eat&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Si, il est au garage, dit Charles. Seulement\u2026 il se parle \u00e0 lui-m\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu veux dire qu\u2019il parle tout seul&nbsp;?&nbsp;\u00bb Elle \u00f4ta son tablier en plastique de couleur vive et le suspendit au bouton de la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Allons, ce n\u2019est pas du tout son genre. Va lui dire de venir.&nbsp;\u00bb Elle emplit de caf\u00e9 br\u00fblant les tasses en porcelaine bleue et blanche, puis entreprit de d\u00e9poser dans chaque assiette une louche de pur\u00e9e de ma\u00efs. \u00ab&nbsp;Alors, qu\u2019est-ce que tu fabriques&nbsp;? Vas-tu ob\u00e9ir oui ou non&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne sais pas&nbsp;<em>lequel<\/em>&nbsp;pr\u00e9venir, \u00e9ructa Charles, au d\u00e9sespoir. Ils sont tous les deux pareils.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dans sa surprise, June Walton faillit laisser tomber sa casserole et, l\u2019espace d\u2019un instant, la pur\u00e9e de ma\u00efs tangua dangereusement. \u00ab&nbsp;Mon gar\u00e7on\u2026\u00bb entama-t-elle s\u00e9v\u00e8rement. Mais \u00e0 ce moment-l\u00e0 Ted Walton entra \u00e0 grands pas dans la cuisine en humant le fumet du repas et en se frottant les mains. \u00ab&nbsp;Ah&nbsp;! ah&nbsp;! s\u2019\u00e9cria-t-il d\u2019un air enjou\u00e9. Du rago\u00fbt d\u2019agneau&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;De b\u0153uf, corrigea June tout bas. Ted, qu\u2019est-ce que tu faisais dehors&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ted Walton s\u2019assit \u00e0 table avec entrain et d\u00e9plia sa serviette.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai aiguis\u00e9 le taille-haie, on dirait un rasoir. Et je l\u2019ai huil\u00e9, en plus. Je ne te conseille pas d\u2019y toucher&nbsp;! Tu y laisserais la main.&nbsp;\u00bb C\u2019\u00e9tait un bel homme d\u2019une trentaine d\u2019ann\u00e9es \u00e0 l\u2019\u00e9paisse chevelure blonde, avec des bras muscl\u00e9s, des mains habiles, un visage carr\u00e9 et des yeux bruns pleins de vie. \u00ab&nbsp;Mmm\u2026 Il a l\u2019air dr\u00f4lement bon ce rago\u00fbt. Dure journ\u00e9e au bureau, aujourd\u2019hui. Comme tous les vendredis. Le travail s\u2019accumule, et tout doit \u00eatre boucl\u00e9 \u00e0 cinq heures. Al McKinley pr\u00e9tend que dans le service, on pourrait avoir un rendement de 20&nbsp;% sup\u00e9rieur si on s\u2019organisait mieux pour prendre nos pauses-d\u00e9jeuner.&nbsp;\u00bb Il fit signe \u00e0 Charles d&rsquo;approcher. \u00ab&nbsp;Viens manger.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mrs.&nbsp;Walton servit les petits pois congel\u00e9s, puis s\u2019assit sans h\u00e2te. \u00ab&nbsp;Ted, fit-elle, as-tu quelque chose en t\u00eate&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que tu veux dire&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il battit des paupi\u00e8res. \u00ab&nbsp;Non, rien de particulier. Le train-train habituel. Pourquoi&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mal \u00e0 l\u2019aise, June jeta un regard \u00e0 son fils. Celui-ci se tenait tout droit sur sa chaise, le visage d\u00e9nu\u00e9 d\u2019expression et blanc comme la craie. Il n\u2019avait pas fait un geste depuis qu\u2019il s\u2019\u00e9tait assis. Il n\u2019avait ni d\u00e9pli\u00e9 sa serviette, ni m\u00eame touch\u00e9 \u00e0 son verre de lait. Il y avait de la tension dans l\u2019air et Mrs.&nbsp;Walton le sentait bien. Le petit avait positionn\u00e9 sa chaise le plus loin possible de son p\u00e8re et elle le voyait tout contract\u00e9, la t\u00eate rentr\u00e9e dans les \u00e9paules. Ses l\u00e8vres remuaient en silence, mais elle n\u2019arrivait pas \u00e0 d\u00e9chiffrer les mots qu\u2019il pronon\u00e7ait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a&nbsp;? lui demanda-t-elle en se penchant vers lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est&nbsp;<em>l\u2019autre<\/em>, r\u00e9pondit-il d\u2019une voix \u00e0 peine audible. C\u2019est&nbsp;<em>l\u2019autre<\/em>&nbsp;qui est venu\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que veux-tu dire, mon ch\u00e9ri&nbsp;? encha\u00eena June Walton \u00e0 voix haute. Quel autre&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ted sursauta. Une expression singuli\u00e8re se peignit fugitivement sur ses traits. Elle s\u2019\u00e9vanouit instantan\u00e9ment, mais le temps d\u2019un \u00e9clair le visage de Ted Walton avait perdu tout caract\u00e8re de familiarit\u00e9&nbsp;; il s\u2019\u00e9tait mis \u00e0 irradier une lueur glaciale, inhumaine, derri\u00e8re laquelle grouillait une masse informe. Ses yeux s\u2019\u00e9taient faits vagues, ils s\u2019\u00e9taient enfonc\u00e9s, et un lustre ant\u00e9diluvien \u00e9tait venu voiler ses prunelles. Du mari trentenaire fatigu\u00e9 par sa journ\u00e9e de travail, l\u2019espace d\u2019une fraction de seconde, il n\u2019\u00e9tait plus rien rest\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis tout redevint normal&nbsp;\u2013 ou presque. Ted sourit et se mit \u00e0 engloutir son repas, riant, plaisantant, remuant son caf\u00e9\u2026 Mais il se passait quelque chose de terriblement anormal.<\/p>\n\n\n\n<p>Les mains de Charles se mirent \u00e0 trembler. Bl\u00eame, il r\u00e9p\u00e9ta sourdement&nbsp;: \u00ab&nbsp;L\u2019autre&nbsp;\u00bb, puis se leva brusquement et s\u2019\u00e9carta de la table. \u00ab Va-t\u2019en&nbsp;! hurla-t-il. Va-t\u2019en d\u2019ici&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dis donc&nbsp;! gronda Ted sur un ton mena\u00e7ant. Qu\u2019est-ce qui te prend&nbsp;?&nbsp;\u00bb Il lui montra s\u00e9v\u00e8rement sa place vide. \u00ab&nbsp;Tu vas me faire le plaisir de revenir \u00e0 table. Ta m\u00e8re n\u2019a pas fait \u00e0 manger pour rien.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Charles tourna le dos et s\u2019enfuit en courant dans sa chambre. June Walton s\u2019\u00e9trangla de stupeur. \u00ab&nbsp;Mais enfin\u2026&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ted se remit \u00e0 manger, l\u2019air tendu, le regard dur. \u00ab&nbsp;Ce gamin a besoin d\u2019une bonne le\u00e7on, grin\u00e7a-t-il. On va avoir une petite conversation, lui et moi, apr\u00e8s le d\u00eener\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><br>Charles \u00e9tait tapi sur le palier, l\u2019oreille aux aguets.<\/p>\n\n\n\n<p>La chose-p\u00e8re, le p\u00e8re truqu\u00e9, montait l\u2019escalier. Toujours plus pr\u00e8s, toujours plus pr\u00e8s de lui\u2026 \u00ab&nbsp;Charles&nbsp;! lan\u00e7ait-il avec col\u00e8re. Tu es l\u00e0-haut&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Charles retourna sans bruit dans sa chambre et referma la porte, le c\u0153ur battant. Le p\u00e8re truqu\u00e9 atteignait le palier. Dans une seconde il passerait la porte\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Charles courut \u00e0 la fen\u00eatre, terrifi\u00e9. La chose cherchait d\u00e9j\u00e0 le bouton de la porte dans la p\u00e9nombre du couloir. L\u2019enfant souleva la fen\u00eatre \u00e0 guillotine et sortit sur l\u2019avant-toit. Puis il sauta et se re\u00e7ut avec un grognement sourd sur les plates-bandes pr\u00e8s de la porte d\u2019entr\u00e9e. Il chancela, le souffle coup\u00e9, puis se releva d\u2019un bond et esquiva le flot de lumi\u00e8re jaune tombant de la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Il atteignit le garage, dont la forme sombre se profilait devant lui. Hors d\u2019haleine, il prit dans sa poche sa lampe \u00e9lectrique et poussa pr\u00e9cautionneusement la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Vide. La voiture \u00e9tait gar\u00e9e dans l\u2019all\u00e9e. \u00c0 gauche, l\u2019\u00e9tabli de son p\u00e8re. Marteaux et scies accroch\u00e9s aux murs en bois. Au fond, la tondeuse \u00e0 gazon, un r\u00e2teau, une pelle, une houe. Un bidon d\u2019essence. Des plaques d\u2019immatriculation clou\u00e9es aux murs un peu partout. Le sol \u00e9tait en ciment, avec une grande tache d\u2019huile au centre et des touffes de mauvaises herbes graisseuses et noires dans le rayon mouvant de sa lampe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l\u2019entr\u00e9e se trouvait une grande poubelle couverte de vieux journaux et de magazines d\u00e9tremp\u00e9s&nbsp;; quand Charles entreprit de les d\u00e9placer, ils d\u00e9gag\u00e8rent une forte odeur de moisi. Des araign\u00e9es tomb\u00e8rent sur le sol et d\u00e9tal\u00e8rent&nbsp;; il les \u00e9crasa puis continua ses recherches.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qu\u2019il trouva le fit hurler. Il laissa tomber sa lampe et fit un bond en arri\u00e8re, affol\u00e9. Le garage fut instantan\u00e9ment plong\u00e9 dans le noir. L\u2019enfant se for\u00e7a \u00e0 s\u2019agenouiller et, pendant un moment qui lui parut durer une \u00e9ternit\u00e9, chercha \u00e0 t\u00e2tons cette maudite lampe au milieu des araign\u00e9es et des paquets d\u2019herbe huileuse. Il finit par remettre la main dessus et r\u00e9ussit \u00e0 en replonger le faisceau dans la poubelle, entre les piles de journaux qu\u2019il avait \u00e9cart\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il<\/em>&nbsp;\u00e9tait l\u00e0, parmi les feuilles mortes, les cartons d\u00e9chir\u00e9s et les vieux lambeaux de rideaux, toutes choses que sa m\u00e8re avait descendues du grenier dans l\u2019intention de les br\u00fbler un jour. Cela ressemblait encore un peu \u00e0 son p\u00e8re&nbsp;\u2013 assez pour qu\u2019il le reconnaisse. Charles en eut la naus\u00e9e. Il s\u2019agrippa au bord de la poubelle et ferma les yeux&nbsp;; puis il finit par se reprendre. C\u2019\u00e9taient bien les restes de son p\u00e8re&nbsp;\u2013 son&nbsp;<em>vrai<\/em>&nbsp;p\u00e8re. Les morceaux dont le p\u00e8re truqu\u00e9 n\u2019avait pas eu besoin, et qu\u2019il avait donc mis au rebut.<\/p>\n\n\n\n<p>Il alla chercher le r\u00e2teau et s\u2019en servit pour remuer les restes. C\u2019\u00e9tait tout sec. Cela craquait et s\u2019\u00e9miettait au contact de l\u2019instrument. On aurait dit une mue de serpent \u00e9cailleuse et fragile, pr\u00eate \u00e0 tomber en poussi\u00e8re.&nbsp;<em>Et qui ne contenait plus rien<\/em>. Le plus important, l\u2019int\u00e9rieur, avait disparu. Il ne restait que ce petit tas de pelure cassante cach\u00e9 tout au fond du r\u00e9cipient. C\u2019\u00e9tait tout ce qu\u2019en avait laiss\u00e9 le p\u00e8re truqu\u00e9. Le reste, il l\u2019avait mang\u00e9. Il avait pris la substance de son p\u00e8re&nbsp;\u2013 et pris sa place par la m\u00eame occasion.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 coup, un bruit retentit au-dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles laissa tomber le r\u00e2teau et se pr\u00e9cipita vers la porte. Le faux p\u00e8re venait dans l\u2019all\u00e9e, \u00e0 l\u2019aveuglette, en direction du garage. Le gravier crissait sous ses semelles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Charles&nbsp;! jeta-t-il d\u2019un ton irrit\u00e9. Tu es l\u00e0-dedans&nbsp;? Attends un peu que je t\u2019attrape&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La silhouette opulente de sa m\u00e8re se d\u00e9tachait dans l\u2019encadrement \u00e9clair\u00e9 de la porte principale. \u00ab&nbsp;Ted, ne lui fais pas de mal. C\u2019est quelque chose qui l\u2019a boulevers\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne vais rien lui faire&nbsp;\u00bb, grin\u00e7a le p\u00e8re truqu\u00e9. Il s\u2019arr\u00eata, le temps de gratter une allumette. \u00ab&nbsp;Je te l\u2019ai dit, je veux juste qu\u2019on parle un peu, tous les deux. Je vais lui apprendre \u00e0 se tenir, moi\u2026 Qu\u2019est-ce que c\u2019est que ces fa\u00e7ons, de quitter la table, de sortir sur le toit, de se sauver alors qu\u2019il fait nuit\u2026\u00bb Charles se coula hors du garage. La lueur \u00e9mise par l\u2019allumette surprit son ombre mouvante. Le p\u00e8re truqu\u00e9 poussa un grondement et se jeta en avant. \u00ab&nbsp;Viens ici&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Charles s\u2019\u00e9lan\u00e7a. Il connaissait mieux les lieux que le p\u00e8re truqu\u00e9&nbsp;; celui-ci en savait long, il avait beaucoup puis\u00e9 dans la substance de son vrai p\u00e8re, mais Charles, lui, connaissait les environs comme personne. Il sauta par-dessus la cl\u00f4ture, retomba chez les Anderson, longea \u00e0 toute allure leur corde \u00e0 linge puis emprunta l\u2019all\u00e9e, tourna au coin de la maison et d\u00e9boucha dans Maple Street.<\/p>\n\n\n\n<p>Tapi dans l\u2019ombre, il \u00e9couta en retenant son souffle. Le p\u00e8re truqu\u00e9 ne l\u2019avait pas suivi. Soit il avait fait demi-tour, soit il \u00e9tait pass\u00e9 par le portail et venait sur lui par le trottoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles inspira \u00e0 fond, par saccades&nbsp;; il ne fallait pas rester l\u00e0. T\u00f4t ou tard, l\u2019autre le trouverait. Il regarda \u00e0 droite et \u00e0 gauche, s\u2019assurant qu\u2019<em>il<\/em>&nbsp;ne le guettait pas, puis repartit au pas de course.<\/p>\n\n\n\n<p><br>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que tu veux&nbsp;?&nbsp;\u00bb demanda Tony Peretti d\u2019un ton agressif. Tony avait quatorze ans. Install\u00e9 chez lui, \u00e0 la table plaqu\u00e9e ch\u00eane de la salle \u00e0 manger, tout entour\u00e9 de crayons et de livres de classe, il finissait son Coca et son sandwich jambon-beurre de cacahou\u00e8te. \u00ab&nbsp;Tu t\u2019appelles Walton, c\u2019est bien \u00e7a&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour se faire un peu d\u2019argent de poche, apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole Peretti d\u00e9chargeait et sortait de leurs caisses des cuisini\u00e8res et des r\u00e9frig\u00e9rateurs chez Johnson, le magasin d\u2019\u00e9lectrom\u00e9nager du centre-ville. C\u2019\u00e9tait un costaud. Visage carr\u00e9, cheveux noirs, teint oliv\u00e2tre, dents tr\u00e8s blanches. Charles s\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 fait rudoyer une ou deux fois par lui, mais de toute fa\u00e7on, Peretti avait d\u00fb casser la figure de tous les gamins du quartier.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles se tortilla, mal \u00e0 l\u2019aise. \u00ab&nbsp;Dis donc, Peretti\u2026 Tu voudrais pas me rendre un service&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quel genre de service&nbsp;? C\u2019est des bleus que tu cherches&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019air malheureux, les yeux riv\u00e9s au plancher et les poings serr\u00e9s, Charles lui r\u00e9suma tout bas la situation.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il eut termin\u00e9, l\u2019autre laissa \u00e9chapper un sifflement alarm\u00e9. \u00ab&nbsp;Tu ne te fiches pas de moi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, te jure&nbsp;! Viens, ajouta-t-il avec un mouvement de t\u00eate en direction de chez lui. Suis-moi, je vais te montrer.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peretti se leva lentement. \u00ab&nbsp;Ouais, fais-moi voir \u00e7a. \u00c7a m\u2019intrigue.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il alla chercher sa carabine \u00e0 air comprim\u00e9 dans sa chambre et tous deux remont\u00e8rent sans bruit la rue obscure jusque chez Charles. Ils n\u2019\u00e9chang\u00e8rent gu\u00e8re de commentaires. Peretti semblait plong\u00e9 dans ses pens\u00e9es et arborait un air s\u00e9rieux, presque solennel. Charles, lui, \u00e9tait encore sous le choc, et se sentait la t\u00eate compl\u00e8tement vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils prirent par l\u2019all\u00e9e des Anderson, travers\u00e8rent leur jardin et saut\u00e8rent la cl\u00f4ture avant de s\u2019introduire pr\u00e9cautionneusement dans le jardin des Walton. Tout \u00e9tait silencieux. La porte d\u2019entr\u00e9e \u00e9tait close.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils risqu\u00e8rent un coup d\u2019\u0153il par la fen\u00eatre du salon, dont les stores tir\u00e9s m\u00e9nageaient tout de m\u00eame un petit espace par lequel s\u2019\u00e9chappait un rai de lumi\u00e8re dor\u00e9e. Sur le canap\u00e9, Mrs.&nbsp;Walton raccommodait un tee-shirt en coton. Face \u00e0 elle, le p\u00e8re truqu\u00e9 \u00e9tait confortablement install\u00e9 dans le fauteuil du vrai p\u00e8re de Charles&nbsp;; il avait \u00f4t\u00e9 ses souliers et lisait le journal du soir. La t\u00e9l\u00e9vision \u00e9tait allum\u00e9e sans qu\u2019aucun des deux lui pr\u00eate attention. Sur un bras du fauteuil paternel \u00e9tait pos\u00e9e une bo\u00eete de bi\u00e8re. La pose \u00e9tait parfaitement imit\u00e9e&nbsp;; la chose avait d\u00e9cid\u00e9ment beaucoup appris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c7a lui ressemble dr\u00f4lement, quand m\u00eame&nbsp;! commenta Peretti \u00e0 voix basse. Tu es s\u00fbr que tu ne me fais pas marcher&nbsp;?&nbsp;\u00bb soup\u00e7onna-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors Charles l\u2019emmena au garage et lui indiqua la poubelle. Peretti y introduisit ses bras hal\u00e9s et en ramena la d\u00e9pouille \u00e9cailleuse et s\u00e8che. Elle se d\u00e9ploya progressivement jusqu\u2019\u00e0 reconstituer la forme g\u00e9n\u00e9rale du p\u00e8re de Charles. Elle \u00e9tait p\u00e2lie, presque transparente, fine et jaunie comme un vieux parchemin. L\u2019image m\u00eame de la s\u00e9cheresse et de la mort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est tout ce qui en reste&nbsp;\u00bb, murmura Charles. Les larmes lui mont\u00e8rent aux yeux. \u00ab&nbsp;La&nbsp;<em>chose<\/em>&nbsp;a pris tout ce qu\u2019il y avait dedans.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Brusquement livide, Peretti renfon\u00e7a les restes dans la poubelle d\u2019une main tremblante. \u00ab&nbsp;\u00c7a alors, marmotta-t-il. Et tu dis que tu les as vus ensemble&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui, en train de parler. Ils \u00e9taient exactement pareils. Je me suis sauv\u00e9 dans la maison.&nbsp;\u00bb Il essuya ses larmes et renifla bruyamment. Il ne pouvait plus se retenir de pleurer. \u00ab&nbsp;C\u2019est pendant que j\u2019\u00e9tais dans la cuisine qu\u2019<em>il<\/em>&nbsp;a mang\u00e9 mon p\u00e8re. Puis&nbsp;<em>il<\/em>&nbsp;est arriv\u00e9.&nbsp;<em>Il<\/em>&nbsp;faisait semblant d\u2019\u00eatre mon p\u00e8re, mais ce n\u2019est pas vrai.&nbsp;<em>Il<\/em>&nbsp;l\u2019a tu\u00e9 et&nbsp;<em>il<\/em>&nbsp;a mang\u00e9 tout ce qu\u2019il y avait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peretti resta quelques instants silencieux. \u00ab&nbsp;Tu sais quoi&nbsp;? fit-il soudain. J\u2019ai d\u00e9j\u00e0 entendu parler de ce genre de chose. Sale histoire. Il faut se servir de sa cervelle, et ne pas paniquer inutilement. Tu ne vas pas me dire que tu as la trouille&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, r\u00e9ussit \u00e0 souffler Charles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La premi\u00e8re chose \u00e0 faire, c\u2019est de trouver un moyen de&nbsp;<em>le<\/em>&nbsp;tuer.&nbsp;\u00bb Il secoua sa carabine. \u00ab&nbsp;Je ne sais pas si \u00e7a suffira. Ce truc doit \u00eatre dr\u00f4lement fort pour avoir pris possession de ton p\u00e8re comme \u00e7a. Parce que ton p\u00e8re, il \u00e9tait costaud.&nbsp;\u00bb Peretti r\u00e9fl\u00e9chit un instant. \u00ab&nbsp;Allons-nous-en d\u2019ici.&nbsp;<em>Il<\/em>&nbsp;pourrait revenir. On dit que les assassins reviennent toujours sur les lieux du crime.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ils sortirent du garage. Peretti retourna s\u2019accroupir devant la fen\u00eatre du salon et jeta un regard \u00e0 ses occupants. Mrs.&nbsp;Walton \u00e9tait maintenant debout et parlait avec animation. On distinguait sa voix. Le p\u00e8re truqu\u00e9 avait jet\u00e9 son journal. Ils se disputaient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Bon sang&nbsp;! criait le p\u00e8re truqu\u00e9. Tu ne vas pas faire une b\u00eatise pareille&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais puisque je te dis qu\u2019il se passe quelque chose, g\u00e9mit-elle. Quelque chose de grave. Laisse-moi au moins t\u00e9l\u00e9phoner \u00e0 l\u2019h\u00f4pital.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je t\u2019interdis d\u2019appeler qui que ce soit. Il ne lui est rien arriv\u00e9 du tout. Il tra\u00eene dans la rue, c\u2019est tout. Il est all\u00e9 s\u2019amuser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Jamais il ne ressort si tard. Et jamais il ne d\u00e9sob\u00e9it. Il \u00e9tait boulevers\u00e9, il avait peur de toi\u2026\u00bb Elle \u00e9tait manifestement au d\u00e9sespoir. Sa voix se brisa. \u00ab&nbsp;Et toi, qu\u2019est-ce qui te prend&nbsp;? Tu es si bizarre, tout \u00e0 coup.&nbsp;\u00bb Elle se dirigea vers le couloir. \u00ab&nbsp;Je vais quand m\u00eame appeler chez quelques-uns de nos voisins.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re truqu\u00e9 la suivit du regard, furieux. Alors quelque chose d\u2019atroce arriva. Charles s\u2019\u00e9trangla et m\u00eame Peretti en eut un hoquet de stupeur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu as vu \u00e7a&nbsp;? souffla Charles. Qu\u2019est-ce que\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mince alors&nbsp;!&nbsp;\u00bb fit Peretti en ouvrant de grands yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s que Mrs.&nbsp;Walton avait eu le dos tourn\u00e9, le p\u00e8re truqu\u00e9 s\u2019\u00e9tait affaiss\u00e9 dans le fauteuil&nbsp;; tout flasque, la bouche ouverte, les yeux dans le vague, il avait laiss\u00e9 tomber son menton sur sa poitrine comme une poup\u00e9e de chiffons abandonn\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Peretti s\u2019\u00e9loigna de la fen\u00eatre. \u00ab&nbsp;C\u2019est bien ce que je pensais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qui s\u2019est pass\u00e9&nbsp;? le pressa Charles, frapp\u00e9 de stupeur et d\u2019effroi. On dirait qu\u2019on l\u2019a \u00e9teint.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Exactement.&nbsp;\u00bb Peretti acquies\u00e7a lentement&nbsp;; lui aussi avait l\u2019air \u00e9branl\u00e9. \u00ab&nbsp;Il est contr\u00f4l\u00e9 de l\u2019ext\u00e9rieur.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Glac\u00e9 d\u2019horreur, Charles demanda&nbsp;: \u00ab&nbsp;Tu veux dire, de l\u2019ext\u00e9rieur de notre monde, c\u2019est \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Mais non.&nbsp;\u00bb Peretti secoua la t\u00eate d\u2019un air d\u00e9go\u00fbt\u00e9. \u00ab&nbsp;Depuis le jardin, quelque part. Tu es dou\u00e9 pour trouver les choses, toi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pas tellement.&nbsp;\u00bb Charles se concentra. \u00ab&nbsp;Mais je connais quelqu\u2019un.&nbsp;\u00bb Il fouilla dans sa m\u00e9moire. \u00ab&nbsp;Bobby Daniels.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce gamin noir, l\u00e0&nbsp;? Bon, on va le chercher. Il faut trouver ce qui vient de faire&nbsp;<em>\u00e7a<\/em>, ce qui&nbsp;<em>le<\/em>&nbsp;fait marcher\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><br>\u00ab&nbsp;\u00c7a doit \u00eatre autour du garage&nbsp;\u00bb, dit Peretti au petit gar\u00e7on noir tout fluet qui \u00e9tait accroupi pr\u00e8s de lui dans l\u2019ombre. \u00ab&nbsp;C\u2019est l\u00e0 qu\u2019<em>il<\/em>&nbsp;l\u2019a pris. Commence par l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Par le garage lui-m\u00eame&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non, par les abords. Walton a d\u00e9j\u00e0 inspect\u00e9 l\u2019int\u00e9rieur. \u00c0 toi de chercher tout autour.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait un petit parterre de fleurs sur le c\u00f4t\u00e9 du garage, et plus loin, en direction de la maison, un bouquet de bambous enchev\u00eatr\u00e9s o\u00f9 l\u2019on avait entrepos\u00e9 tout un tas de d\u00e9tritus. La lune s\u2019\u00e9tait lev\u00e9e, nimbant le jardin d\u2019une clart\u00e9 froide et brumeuse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Faudrait qu\u2019on trouve assez vite, intervint le petit Daniels, parce que moi, je dois rentrer \u00e0 la maison. J\u2019ai pas le droit de rester debout si tard.&nbsp;\u00bb Il avait \u00e0 peu pr\u00e8s le m\u00eame \u00e2ge que Charles. Dans les neuf ans.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;D\u2019accord, opina Peretti. Alors mets-toi au boulot.&nbsp;\u00bb Tous trois se d\u00e9ploy\u00e8rent et entreprirent de tout passer au peigne fin. Daniels proc\u00e9dait \u00e0 une vitesse incroyable. Fr\u00eale, vautr\u00e9 dans les fleurs, il t\u00e2tait le sol avec des gestes si rapides qu\u2019on avait \u00e0 peine le temps de le voir faire&nbsp;; il retournait les cailloux, regardait sous la maison, \u00e9cartait les tiges, passait une main experte sur les feuilles et les brins d\u2019herbe, fouillait les tas de compost et autres touffes de chiendent\u2026 Pas un pouce de terrain ne lui \u00e9chappait.<\/p>\n\n\n\n<p>Peretti ne tarda pas \u00e0 d\u00e9clarer forfait. \u00ab&nbsp;Moi, je vais faire le guet. C\u2019est peut-\u00eatre dangereux, ce qu\u2019on fait. Le faux p\u00e8re pourrait venir nous en emp\u00eacher.&nbsp;\u00bb Sur ces mots, il alla se poster sur le pas de la porte de service, carabine en main, pendant que les deux autres continuaient de ratisser le jardin.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles allait lentement. Il \u00e9tait fatigu\u00e9, il avait froid, et se sentait comme engourdi. Toute l\u2019histoire lui paraissait incroyable&nbsp;; le p\u00e8re truqu\u00e9, ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 son vrai p\u00e8re\u2026 C\u2019est alors que toute sa terreur revint d\u2019un coup&nbsp;: et si la m\u00eame chose arrivait \u00e0 sa m\u00e8re&nbsp;? Ou \u00e0 lui&nbsp;? Et pourquoi pas \u00e0 tous les gens&nbsp;? Si \u00e7a se trouvait, le monde entier allait subir le m\u00eame sort\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai trouv\u00e9&nbsp;! s\u2019\u00e9cria enfin la petite voix fl\u00fbt\u00e9e de Daniels. Venez vite&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peretti releva le canon de son arme et se redressa avec circonspection. Charles s\u2019empressa de rejoindre le petit Noir et l\u2019\u00e9claira de sa lampe.<\/p>\n\n\n\n<p>Daniels avait soulev\u00e9 une dalle en ciment. Sur la terre humide et pourrissante, le faisceau r\u00e9v\u00e9la un reflet m\u00e9tallique. C\u2019\u00e9tait une chose mince et articul\u00e9e, pourvue de pattes arqu\u00e9es qui fouissaient fr\u00e9n\u00e9tiquement le sol. Elle \u00e9tait recouverte d\u2019une esp\u00e8ce de blindage chitineux, comme les fourmis. Oui, une esp\u00e8ce d\u2019insecte rouge sombre qui creusait le sol de toutes ses petites pattes avides, l\u00e0, sous leurs yeux. Elle s\u2019enfon\u00e7ait rapidement. Sa queue ac\u00e9r\u00e9e se d\u00e9menait avec fureur tandis qu\u2019elle se r\u00e9fugiait dans le tunnel qu\u2019elle pratiquait.<\/p>\n\n\n\n<p>Peretti courut chercher le r\u00e2teau au garage et s\u2019en servit pour immobiliser la b\u00eate en lui appuyant sur la queue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vite. Truffe-la de plomb&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Daniels s\u2019empara de la carabine et visa. Le premier coup sectionna pratiquement la queue. La chose se contorsionna follement&nbsp;; plusieurs de ses pattes se bris\u00e8rent. Elle faisait bien trente centim\u00e8tres de long&nbsp;; on aurait dit un mille-pattes g\u00e9ant. Elle cherchait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment \u00e0 se frayer un chemin sous terre en tra\u00eenant sa queue inutilisable derri\u00e8re elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Encore&nbsp;\u00bb, ordonna Peretti.<\/p>\n\n\n\n<p>Daniels manipula maladroitement l\u2019arme et finit par tirer un second coup. La b\u00eate gigota et siffla de rage. Sa t\u00eate tressautait&nbsp;; elle la tordit pour mordre le r\u00e2teau qui la plaquait au sol. Ses m\u00e9chants petits yeux noirs luisaient de haine. Un moment, elle tenta en vain de lutter contre le r\u00e2teau. Puis soudain, sans avertissement, elle fut prise de convulsions terribles qui firent reculer les trois enfants apeur\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Un bourdonnement retentit dans la t\u00eate de Charles. Une esp\u00e8ce de vibration m\u00e9tallique per\u00e7ante, comme un milliard de fils de fer oscillant tous en m\u00eame temps. Cela le jeta \u00e0 terre, et le vacarme l\u2019assourdit. D\u00e9sorient\u00e9, il se remit debout en tremblant et recula pr\u00e9cipitamment. Les autres faisaient de m\u00eame, bl\u00eames et tremblotants.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si on ne peut pas la tuer avec la carabine, on doit pouvoir la noyer, ou la br\u00fbler, ou lui enfoncer une aiguille dans le cr\u00e2ne\u2026, hoqueta Peretti en raffermissant sa prise sur le r\u00e2teau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai un flacon de formol chez moi, dit Daniels en manipulant nerveusement la carabine. Je ne comprends pas tr\u00e8s bien comment marche ce truc, et\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Charles lui arracha la carabine des mains. \u00ab&nbsp;Je vais la tuer, moi&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019accroupit, visa et posa le doigt sur la d\u00e9tente. La b\u00eate se d\u00e9menait furieusement&nbsp;; son champ de force lui martelait les tympans mais il se cramponna \u00e0 son arme, crispa son doigt sur la d\u00e9tente\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est bon, Charles&nbsp;!&nbsp;\u00bb C\u2019\u00e9tait la voix du p\u00e8re truqu\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9treinte paralysante se referma sur les poignets du gamin, qui lutta inutilement et l\u00e2cha la carabine. Puis le p\u00e8re truqu\u00e9 donna une bourrade \u00e0 Peretti, qui s\u2019\u00e9carta d\u2019un bond. La cr\u00e9ature d\u00e9livr\u00e9e se faufila triomphalement dans son trou.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu vas avoir droit \u00e0 la fess\u00e9e, Charles, continua de d\u00e9biter le p\u00e8re truqu\u00e9. Qu\u2019est-ce qui t\u2019a pris&nbsp;? Ta pauvre m\u00e8re est dans tous ses \u00e9tats.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><br>Il \u00e9tait l\u00e0 depuis un moment, \u00e0 les \u00e9pier, tapi dans l\u2019ombre\u2026 Maintenant, il entra\u00eenait impitoyablement Charles vers le garage en lui grondant \u00e0 l\u2019oreille de sa voix calme et d\u00e9nu\u00e9e d\u2019expression, affreuse parodie de celle de son p\u00e8re&nbsp;: \u00ab&nbsp;Laisse-toi faire. Suis-moi au garage. C\u2019est pour ton bien.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il<\/em>&nbsp;lui soufflait au visage une haleine humide et glac\u00e9e aux relents doux-amers de terreau putride.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu l\u2019as trouv\u00e9&nbsp;? lan\u00e7a anxieusement sa m\u00e8re en ouvrant la porte de derri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que vas-tu lui faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Lui donner une bonne fess\u00e9e. Dans le garage.&nbsp;\u00bb Dans la p\u00e9nombre, un l\u00e9ger sourire sans humour, totalement d\u00e9nu\u00e9 d\u2019\u00e9motion, joua bri\u00e8vement sur les l\u00e8vres. \u00ab&nbsp;Retourne au salon, June. Je m\u2019en occupe. C\u2019est mon devoir de p\u00e8re. Toi, tu n\u2019as jamais su le punir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La porte de derri\u00e8re finit par se refermer. La lumi\u00e8re venue de l\u2019int\u00e9rieur ayant disparu, Peretti en profita pour chercher la carabine \u00e0 t\u00e2tons. Instantan\u00e9ment, le p\u00e8re truqu\u00e9 se figea.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Rentrez chez vous, vous autres&nbsp;\u00bb, lan\u00e7a-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Peretti restait sur place, ind\u00e9cis, l\u2019arme bien en main.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Allez&nbsp;! r\u00e9p\u00e9ta le p\u00e8re truqu\u00e9. Pose-moi ce jouet et fiche le camp.&nbsp;\u00bb Lentement, il se dirigea vers Peretti, une main tendue, tirant Charles de l\u2019autre. \u00ab&nbsp;Les carabines \u00e0 air comprim\u00e9, c\u2019est interdit en ville, je te signale. Est-ce que ton p\u00e8re est au courant&nbsp;? Il y a un arr\u00eat\u00e9 municipal. Je te conseille de me la donner, sinon\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Peretti lui tira dans l\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>Le p\u00e8re truqu\u00e9 grogna et passa la main sur son \u0153il crev\u00e9. Puis, tout d\u2019un coup, il essaya d\u2019attraper Peretti. Ce dernier s\u2019\u00e9loigna dans l\u2019all\u00e9e et essayant de r\u00e9armer. Le p\u00e8re truqu\u00e9 lui sauta dessus et lui arracha l\u2019arme des mains. Puis, sans dire un mot, il la fracassa contre le mur de la maison.<\/p>\n\n\n\n<p>Lib\u00e9r\u00e9 de son \u00e9treinte, Charles s\u2019\u00e9lan\u00e7a sans r\u00e9fl\u00e9chir. O\u00f9 aller se cacher&nbsp;? La chose lui barrait le chemin de la maison. D\u00e9j\u00e0, elle se rapprochait dangereusement en scrutant l\u2019obscurit\u00e9. Charles battit en retraite. Si seulement il y avait une cachette\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Les bambous.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se coula entre les vieux troncs \u00e9lanc\u00e9s du bosquet, dont les frondaisons se referm\u00e8rent derri\u00e8re lui avec un bruissement discret. Le p\u00e8re truqu\u00e9 fouillait dans ses poches&nbsp;; il ne tarda pas \u00e0 craquer une allumette, et ce fut bient\u00f4t toute la pochette qui s\u2019enflamma.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Charles, fit-il. Je sais que tu es quelque part par l\u00e0. Il est inutile de te cacher. Tu ne fais qu\u2019aggraver ta situation.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Charles sentait son c\u0153ur battre \u00e0 grands coups dans sa poitrine. Il se tapit au milieu des bambous, o\u00f9 achevaient de pourrir toutes sortes d\u2019objets mis au rebut. Outre les mauvaises herbes, il y avait l\u00e0 des ordures m\u00e9nag\u00e8res, de vieux papiers, des cartons, des v\u00eatements usag\u00e9s, des planches, des bo\u00eetes de conserve, des bouteilles\u2026 le tout grouillant d\u2019araign\u00e9es et de salamandres.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il y avait autre chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Une forme. Une forme immobile et muette, qui poussait au sommet du tas d\u2019ordures comme un gros champignon nocturne. Un cylindre blanc, une sorte de masse pulpeuse qui luisait au clair de lune comme si elle \u00e9tait humide. Un cocon moisi, entour\u00e9 de toiles d\u2019araign\u00e9es, d\u2019o\u00f9 pointaient des bras et des jambes imparfaits ainsi qu\u2019une t\u00eate indistincte et \u00e0 demi form\u00e9e. Les traits n\u2019avaient pas commenc\u00e9 \u00e0 se dessiner. Mais Charles comprit tout de suite ce que c\u2019\u00e9tait.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fausse m\u00e8re. Une m\u00e8re truqu\u00e9e qui poussait l\u00e0, dans le tas d\u2019ordures humide entre garage et maison, \u00e0 l\u2019abri des hauts bambous.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9tait presque achev\u00e9e. Dans quelques jours elle arriverait \u00e0 maturit\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait encore qu\u2019une larve blanche et molle, un peu p\u00e2teuse. Mais le soleil l\u2019ass\u00e9cherait, la r\u00e9chaufferait, durcirait sa coquille, qui deviendrait plus fonc\u00e9e, plus solide. La&nbsp;<em>chose<\/em>&nbsp;\u00e9mergerait alors de son cocon, et le jour o\u00f9 sa m\u00e8re s\u2019approcherait du garage\u2026 Derri\u00e8re la m\u00e8re truqu\u00e9e gisaient d\u2019autres larves r\u00e9cemment d\u00e9pos\u00e9es l\u00e0 par la b\u00eate. Elles \u00e9taient encore petites. \u00c0 peine \u00e9closes. Charles rep\u00e9ra \u00e9galement l\u2019endroit o\u00f9 le p\u00e8re truqu\u00e9 \u00e9tait lui-m\u00eame venu \u00e0 maturit\u00e9. Avant de se confronter \u00e0 son vrai p\u00e8re, dans le garage.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 demi engourdi, Charles entreprit de s\u2019\u00e9loigner du tas de planches pourries, de d\u00e9chets et de larves dont la substance blanch\u00e2tre et molle \u00e9voquait la chair des champignons&nbsp;; sans forces, il voulut attraper la cl\u00f4ture\u2026 et recula en toute h\u00e2te.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait une autre larve. Celle-l\u00e0, il ne l\u2019avait pas vue en m\u00eame temps que les autres. Peut-\u00eatre parce qu\u2019elle n\u2019\u00e9tait plus blanche, mais sombre. La pulpe tendre et moite avait disparu. La larve \u00e9tait parvenue \u00e0 terme. D\u2019ailleurs, elle remua faiblement et agita le bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Le faux Charles.<\/p>\n\n\n\n<p>Le rideau de bambous s\u2019ouvrit et la main du p\u00e8re truqu\u00e9 se referma comme un \u00e9tau autour de son poignet. \u00ab&nbsp;Ne bouge pas, fit-il. Tu es all\u00e9 juste o\u00f9 il fallait.&nbsp;\u00bb De sa main libre, il arracha les derniers d\u00e9bris de cocon emmaillotant l\u2019embryon. \u00ab&nbsp;Je vais l\u2019aider \u00e0 sortir. Il est encore un peu faible.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le dernier lambeau gris\u00e2tre fut \u00e9cart\u00e9, la chose-Charles fit quelques pas mal assur\u00e9s tandis que le p\u00e8re truqu\u00e9 lui m\u00e9nageait un chemin jusqu\u2019\u00e0 Charles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Par ici, disait-<em>il<\/em>. Je le tiens. Quand tu auras mang\u00e9, tu te sentiras plus fort.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le Charles&nbsp;\u2013 truqu\u00e9 venait vers l\u2019enfant d\u2019un air goulu en ouvrant et refermant alternativement la bouche. Charles se d\u00e9battit follement, mais la poigne du p\u00e8re truqu\u00e9 le maintenait fermement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Veux-tu arr\u00eater \u00e7a tout de suite, intima ce dernier. Ce sera beaucoup plus facile pour toi si tu\u2026\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 coup, le p\u00e8re truqu\u00e9 poussa un cri et se convulsa. Il l\u00e2cha l\u2019enfant et fit un pas chancelant en arri\u00e8re. Tressautant de la t\u00eate aux pieds, il recula jusqu\u2019au mur du garage, o\u00f9 il vint s\u2019\u00e9craser, bras et jambes agit\u00e9s de mouvements brusques et d\u00e9sordonn\u00e9s. Il tomba. L\u2019espace d\u2019un instant, il sauta sur place comme un poisson hors de l\u2019eau, g\u00e9missant et tentant vainement de s\u2019enfuir. Puis il s\u2019immobilisa. La chose-Charles, elle, s\u2019\u00e9croula en tas. Avachie sur le tas d\u2019ordures, sous les arbres, elle resta l\u00e0, l\u2019air idiot.<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin le p\u00e8re truqu\u00e9 cessa tout mouvement. On n\u2019entendait plus que le frou-frou des bambous caress\u00e9s par le vent nocturne.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles se releva gauchement et regagna l\u2019all\u00e9e. Peretti et Daniels s\u2019avan\u00e7aient prudemment, les yeux \u00e9carquill\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ne t\u2019en approche pas, l\u2019avertit Daniels d\u2019une voix imp\u00e9rieuse. Elle n\u2019est pas encore morte. Apparemment, \u00e7a prend un bout de temps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que vous avez fait&nbsp;?&nbsp;\u00bb chuchota-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Daniels posa le baril de p\u00e9trole qu\u2019il tenait en laissant \u00e9chapper un soupir de soulagement. \u00ab&nbsp;On a trouv\u00e9 \u00e7a dans le garage. Chez mes parents, en Virginie, on s\u2019en servait pour les moustiques.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Daniels a vid\u00e9 le p\u00e9trole dans le tunnel de la b\u00eate, expliqua Peretti, encore tout impressionn\u00e9. C\u2019est lui qui a eu cette id\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Daniels t\u00e2ta du pied la d\u00e9pouille contorsionn\u00e9e du p\u00e8re truqu\u00e9. \u00ab&nbsp;Il est mort presque en m\u00eame temps que la b\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;L\u2019autre va s\u00fbrement mourir aussi&nbsp;\u00bb, ajouta Peretti, qui alla examiner sous les bambous les larves qui poussaient \u00e7\u00e0 et l\u00e0. Il enfon\u00e7a le bout d\u2019un b\u00e2ton dans la poitrine de la chose-Charles, mais celle-ci ne bougea pas. \u00ab&nbsp;Mort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Autant aller jusqu\u2019au bout&nbsp;\u00bb, dit Daniels d\u2019un air s\u00e9rieux. Il repartit vers le garage, mais revint bient\u00f4t en tra\u00eenant le lourd baril de p\u00e9trole. \u00ab&nbsp;<em>Il<\/em>&nbsp;a laiss\u00e9 tomber des allumettes dans l\u2019all\u00e9e. Va les chercher, Peretti.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ils s\u2019entre-regard\u00e8rent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ouais, t\u2019as raison, r\u00e9pondit l\u2019interpell\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;On devrait quand m\u00eame prendre le tuyau d\u2019arrosage, intervint Charles. Au cas o\u00f9 le feu s\u2019\u00e9tendrait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;On y va&nbsp;\u00bb, conclut impatiemment Peretti, qui s\u2019\u00e9loignait d\u00e9j\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Charles lui embo\u00eeta prestement le pas et ils se mirent en qu\u00eate des allumettes au clair de lune.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Le p\u00e8re truqu\u00e9 \u00bb (The Father-Thing) est une nouvelle de science-fiction inqui\u00e9tante de Philip K. Dick publi\u00e9e en d\u00e9cembre 1954 dans The Magazine of Fantasy and Science Fiction. Charles, un gar\u00e7on de huit ans, commence \u00e0 soup\u00e7onner que son p\u00e8re vit un drame. Un soir, alors qu&rsquo;il entre dans le garage, il assiste \u00e0 une sc\u00e8ne troublante : \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son p\u00e8re se trouve une r\u00e9plique identique de celui-ci. Au d\u00eener, Charles est confront\u00e9 \u00e0 la cr\u00e9ature inqui\u00e9tante qui, il en est convaincu, a usurp\u00e9 la place de son p\u00e8re. L&rsquo;incompr\u00e9hension de sa m\u00e8re et l&rsquo;escalade des \u00e9v\u00e9nements qu&rsquo;elle provoque conduisent Charles \u00e0 fuir la maison pour chercher de l&rsquo;aide, d\u00e9clenchant une lutte d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e pour d\u00e9couvrir la v\u00e9rit\u00e9 dans un environnement de plus en plus oppressant et terrifiant.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18215,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[838,837,834,835,836],"class_list":["post-18244","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-14-fr","tag-etats-unis","tag-horreur","tag-philip-k-dick-fr","tag-science-fiction-fr","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":838,"label":"+14"},{"value":837,"label":"\u00c9tats-Unis"},{"value":834,"label":"Horreur"},{"value":835,"label":"Philip K. 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