{"id":18392,"date":"2025-01-09T13:20:47","date_gmt":"2025-01-09T17:20:47","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=18392"},"modified":"2026-01-06T13:26:53","modified_gmt":"2026-01-06T17:26:53","slug":"guy-de-maupassant-la-dot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/guy-de-maupassant-la-dot\/18392\/","title":{"rendered":"Guy de Maupassant\u00a0: La dot"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis :<\/strong> \u00ab La dot \u00bb est une nouvelle de Guy de Maupassant publi\u00e9e le 9 septembre 1884 dans Gil Blas. Elle raconte l&rsquo;histoire de Simon Lebrumet, notaire, qui \u00e9pouse la jeune Jeanne Cordier dans le village de Boutigny-le-Revours. Leur mariage ne surprend personne, car Lebrumet a besoin d&rsquo;argent pour acheter une \u00e9tude notariale et Jeanne poss\u00e8de une dot consid\u00e9rable. C&rsquo;est un homme agr\u00e9able et elle est une femme s\u00e9duisante, bien qu&rsquo;un peu provinciale. Les premiers jours de leur mariage sont remplis de douceur et de passion, et Lebrumet se montre un \u00e9poux tendre et d\u00e9licat. Pour profiter de leur lune de miel, le couple pr\u00e9voit de se rendre \u00e0 Paris, mais une situation curieuse vient bouleverser leurs plans.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-db65d113\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Guy-de-Maupassant-La-dote.webp\" alt=\"Guy de Maupassant\u00a0: La dot\" class=\"wp-image-18333\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Guy-de-Maupassant-La-dote.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Guy-de-Maupassant-La-dote-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Guy-de-Maupassant-La-dote-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Guy-de-Maupassant-La-dote-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">La dot<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Guy de Maupassant&nbsp;<br>( Nouvelle compl\u00e8te )<\/p>\n\n\n\n<p>Personne ne s\u2019\u00e9tonna du mariage de ma\u00eetre Simon Lebrument avec Mlle Jeanne Cordier. Ma\u00eetre Lebrument venait d\u2019acheter l\u2019\u00e9tude de notaire de ma\u00eetre Papillon ; il fallait, bien entendu, de l\u2019argent pour la payer ; et Mlle Jeanne Cordier avait trois cent mille francs liquides, en billets de banque et en titres au porteur. Ma\u00eetre Lebrument \u00e9tait un beau gar\u00e7on, qui avait du chic, un chic notaire, un chic province, mais enfin du chic, ce qui \u00e9tait rare \u00e0 Boutigny-le-Rebours.<\/p>\n\n\n\n<p>Mlle Cordier avait de la gr\u00e2ce et de la fra\u00eecheur, de la gr\u00e2ce un peu gauche et de la fra\u00eecheur un peu fagot\u00e9e ; mais c\u2019\u00e9tait, en somme, une belle fille d\u00e9sirable et f\u00eatable.<\/p>\n\n\n\n<p>La c\u00e9r\u00e9monie d\u2019\u00e9pousailles mit tout Boutigny sens dessus dessous.<\/p>\n\n\n\n<p>On admira fort les mari\u00e9s, qui rentr\u00e8rent cacher leur bonheur au domicile conjugal, ayant r\u00e9solu de faire tout simplement un petit voyage \u00e0 Paris apr\u00e8s quelques jours de t\u00eate-\u00e0-t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Il fut charmant, ce t\u00eate-\u00e0-t\u00eate, ma\u00eetre Lebrument ayant su apporter dans ses premiers rapports avec sa femme une adresse, une d\u00e9licatesse et un \u00e0-propos remarquables. Il avait pris pour devise: \u00ab Tout vient \u00e0 point \u00e0 qui sait attendre. \u00bb Il sut \u00eatre en m\u00eame temps patient et \u00e9nergique. Le succ\u00e8s fut rapide et complet.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de quatre jours, Mme Lebrument adorait son mari.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne pouvait plus se passer de lui, il fallait qu\u2019elle l\u2019e\u00fbt tout le jour pr\u00e8s d\u2019elle pour le caresser, l\u2019embrasser lui tripoter les mains, la barbe, le nez, etc. Elle s\u2019asseyait sur ses genoux, et, le prenant par les oreilles, elle disait: \u00ab Ouvre la bouche et ferme les yeux. \u00bb Il ouvrait la bouche avec confiance, fermait les yeux \u00e0 moiti\u00e9, et il recevait un bon baiser bien tendre, bien long, qui lui faisait passer de grands frissons dans le dos. Et \u00e0 son tour il n\u2019avait pas assez de caresses, pas assez de l\u00e8vres, pas assez de mains, pas assez de toute sa personne pour f\u00eater sa femme du matin au soir et du soir au matin.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois la premi\u00e8re semaine \u00e9coul\u00e9e, il dit \u00e0 sa jeune compagne:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Si tu veux, nous partirons pour Paris mardi prochain. Nous ferons comme les amoureux qui ne sont pas mari\u00e9s, nous irons dans les restaurants, au th\u00e9\u00e2tre, dans les caf\u00e9s-concerts, partout, partout. \u00bb Elle sautait de joie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh ! Oui, oh ! Oui, allons-y le plus t\u00f4t possible. \u00bb Il reprit:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Et puis, comme il ne faut rien oublier, pr\u00e9viens ton p\u00e8re de tenir ta dot toute pr\u00eate ; je l\u2019emporterai avec nous et je paierai par la m\u00eame occasion ma\u00eetre Papillon. \u00bb Elle pronon\u00e7a:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je le lui dirai demain matin. \u00bb Et il la saisit dans ses bras pour recommencer le petit jeu de tendresse qu\u2019elle aimait tant, depuis huit jours.<\/p>\n\n\n\n<p>Le mardi suivant, le beau-p\u00e8re et la belle-m\u00e8re accompagn\u00e8rent \u00e0 la gare leur fille et leur gendre qui partaient pour la capitale.<\/p>\n\n\n\n<p>Le beau-p\u00e8re disait:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je vous jure que c\u2019est imprudent d\u2019emporter tant d\u2019argent dans votre portefeuille. \u00bb Et le jeune notaire souriait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ne vous inqui\u00e9tez de rien, beau-papa, j\u2019ai l\u2019habitude de ces choses-l\u00e0. Vous comprenez que, dans ma profession, il m\u2019arrive quelquefois d\u2019avoir pr\u00e8s d\u2019un million sur moi. De cette fa\u00e7on, au moins, nous \u00e9vitons un tas de formalit\u00e9s et un tas de retards. Ne vous inqui\u00e9tez de rien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019employ\u00e9 criait: \u00ab Les voyageurs pour Paris en voiture. \u00bb Ils se pr\u00e9cipit\u00e8rent dans un wagon o\u00f9 se trouvaient deux vieilles dames. Lebrument murmura \u00e0 l\u2019oreille de sa femme: \u00ab C\u2019est ennuyeux, je ne pourrai pas fumer \u00bb. Elle r\u00e9pondit tout bas:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Moi aussi, \u00e7a m\u2019ennuie bien, mais \u00e7a n\u2019est pas \u00e0 cause de ton cigare. \u00bb Le train siffla et partit. Le trajet dura une heure, pendant laquelle ils ne dirent pas grand-chose, car les deux vieilles dames ne dormaient point.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s qu\u2019ils furent dans la cour de la gare Saint-Lazare, ma\u00eetre Lebrument dit \u00e0 sa femme:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Si tu veux, ma ch\u00e9rie, nous allons d\u2019abord d\u00e9jeuner au boulevard ; puis nous reviendrons tranquillement chercher notre malle pour la porter \u00e0 l\u2019h\u00f4tel. \u00bb Elle y consentit tout de suite:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh oui, allons d\u00e9jeuner au restaurant. Est-ce loin ? \u00bb Il reprit: \u00ab Oui, un peu loin, mais nous allons prendre l\u2019omnibus. \u00bb Elle s\u2019\u00e9tonna: \u00ab Pourquoi ne prenons-nous pas un fiacre ? Il se mit \u00e0 la gronder en souriant: \u00ab C\u2019est comme \u00e7a que tu es \u00e9conome, un fiacre pour cinq minutes de route, six sous par minute, tu ne te priverais de rien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 C\u2019est vrai \u00bb, dit-elle, un peu confuse. Un gros omnibus passait, au trot des trois chevaux. Lebrument cria:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Conducteur ! Eh ! Conducteur ! \u00bb La lourde voiture s\u2019arr\u00eata. Et le jeune notaire, poussant sa femme, lui dit, tr\u00e8s vite:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Monte dans l\u2019int\u00e9rieur moi, je grimpe dessus pour fumer au moins une cigarette avant mon d\u00e9jeuner \u00bb. Elle n\u2019eut pas le temps de r\u00e9pondre ; le conducteur, qui l\u2019avait saisie par le bras pour l\u2019aider \u00e0 escalader le marchepied, la pr\u00e9cipita dans sa voiture, et elle tomba, effar\u00e9e, sur une banquette, regardant avec stupeur par la vitre de derri\u00e8re, les pieds de son mari qui grimpait sur l\u2019imp\u00e9riale.<\/p>\n\n\n\n<p>Et elle demeura immobile entre un gros monsieur qui sentait la pipe et une vieille femme qui sentait le chien.<\/p>\n\n\n\n<p>Tous les autres voyageurs, align\u00e9s et muets &#8211; un gar\u00e7on \u00e9picier une ouvri\u00e8re, un sergent d\u2019infanterie, un monsieur \u00e0 lunettes d\u2019or coiff\u00e9 d\u2019un chapeau de soie aux bords \u00e9normes et relev\u00e9s comme des goutti\u00e8res, deux dames \u00e0 l\u2019air important et grincheux, qui semblaient dire par leur attitude: \u00ab Nous sommes ici, mais nous valons mieux que \u00e7a \u00bb, deux bonnes s\u0153urs, une fille en cheveux et un croque-mort, avaient l\u2019air d\u2019une collection de caricatures, d\u2019un mus\u00e9e des grotesques, d\u2019une s\u00e9rie de charges de la face humaine, semblables \u00e0 ces rang\u00e9es de pantins comiques qu\u2019on abat, dans les foires, avec des balles.<\/p>\n\n\n\n<p>Les cahots de la voiture ballottaient un peu leurs t\u00eates, les secouaient, faisaient trembloter la peau flasque des joues ; et, la tr\u00e9pidation des roues les abrutissant, ils semblaient idiots et endormis.<\/p>\n\n\n\n<p>La jeune femme demeurait inerte:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Pourquoi n\u2019est-il pas venu avec moi ? \u00bb se disait-elle. Une tristesse vague l\u2019oppressait. Il aurait bien pu, vraiment, se priver de cette cigarette.<\/p>\n\n\n\n<p>Les bonnes s\u0153urs firent signe d\u2019arr\u00eater, puis elles sortirent l\u2019une devant l\u2019autre, r\u00e9pandant une odeur fade de vieille jupe.<\/p>\n\n\n\n<p>On repartit, puis on s\u2019arr\u00eata de nouveau. Et une cuisini\u00e8re monta, rouge, essouffl\u00e9e. Elle s\u2019assit et posa sur ses genoux son panier aux provisions. Une forte senteur d\u2019eau de vaisselle se r\u00e9pandit dans l\u2019omnibus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019est plus loin que je n\u2019aurais cru \u00bb, pensait Jeanne.<\/p>\n\n\n\n<p>Le croque-mort s\u2019en alla et fut remplac\u00e9 par un cocher qui fleurait l\u2019\u00e9curie. La fille en cheveux eut pour successeur un commissionnaire dont les pieds exhalaient le parfum de ses courses.<\/p>\n\n\n\n<p>La notairesse se sentait mal \u00e0 l\u2019aise, \u00e9c\u0153ur\u00e9e, pr\u00eate \u00e0 pleurer sans savoir pourquoi.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019autres personnes descendirent, d\u2019autres mont\u00e8rent. L\u2019omnibus allait toujours par les interminables rues, s\u2019arr\u00eatait aux stations, se remettait en route.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Comme c\u2019est loin ! se disait Jeanne. Pourvu qu\u2019il n\u2019ait pas eu une distraction, qu\u2019il ne soit pas endormi ! Il s\u2019est bien fatigu\u00e9 depuis quelques jours. \u00bb Peu \u00e0 peu tous les voyageurs s\u2019en allaient. Elle resta seule, toute seule. Le conducteur cria:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Vaugirard ! \u00bb Comme elle ne bougeait point, il r\u00e9p\u00e9ta: \u00ab Vaugirard ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle le regarda, comprenant que ce mot s\u2019adressait \u00e0 elle, puisqu\u2019elle n\u2019avait plus de voisins. L\u2019homme dit, pour la troisi\u00e8me fois:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Vaugirard ! \u00bb Alors elle demanda: \u00ab O\u00f9 sommes-nous ? \u00bb Il r\u00e9pondit d\u2019un ton bourru: \u00ab Nous sommes \u00e0 Vaugirard, parbleu, voil\u00e0 vingt fois que je le crie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Est-ce loin du boulevard ? dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Quel boulevard ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais le boulevard des Italiens.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Il y a beau temps qu\u2019il est pass\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ah ! Voulez-vous bien pr\u00e9venir mon mari ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Votre mari ? O\u00f9 \u00e7a ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais sur l\u2019imp\u00e9riale.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Sur l\u2019imp\u00e9riale ! v\u2019l\u00e0 longtemps qu\u2019il n\u2019y a plus personne. \u00bb Elle eut un geste de terreur. \u00ab Comment \u00e7a ? Ce n\u2019est pas possible. Il est mont\u00e9 avec moi. Regardez bien ; il doit y \u00eatre ! \u00bb Le conducteur devenait grossier:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Allons, la p\u2019tite, assez caus\u00e9, un homme de perdu, dix de retrouv\u00e9s. D\u00e9canillez, c\u2019est fini. Vous en trouverez un autre dans la rue. \u00bb Des larmes lui montaient aux yeux, elle insista:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais, Monsieur vous vous trompez, je vous assure que vous vous trompez. Il avait un gros portefeuille sous le bras. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019employ\u00e9 se mit \u00e0 rire:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Un gros portefeuille. Ah ! Oui, il est descendu \u00e0 la Madeleine. C\u2019est \u00e9gal, il vous a bien l\u00e2ch\u00e9e, ah-ah-ah !&#8230; \u00bb La voiture s\u2019\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e. Elle en sortit, et regarda, malgr\u00e9 elle, d\u2019un mouvement instinctif de l\u2019\u0153il, sur le toit de l\u2019omnibus. Il \u00e9tait totalement d\u00e9sert.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors elle se mit \u00e0 pleurer et tout haut, sans songer qu\u2019on l\u2019\u00e9coutait et qu\u2019on la regardait, elle pronon\u00e7a: \u00ab Qu\u2019est-ce que je vais devenir ? \u00bb L\u2019inspecteur du bureau s\u2019approcha: \u00ab Qu\u2019y a-t-il ? \u00bb Le conducteur r\u00e9pondit d\u2019un ton goguenard: \u00ab C\u2019est une dame que son \u00e9poux a l\u00e2ch\u00e9e en route. \u00bb L\u2019autre reprit: \u00ab Bon, ce n\u2019est rien, occupez-vous de votre service. \u00bb Et il tourna les talons.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, elle se mit \u00e0 marcher devant elle, trop effar\u00e9e, trop affol\u00e9e pour comprendre elle-m\u00eame ce qui lui arrivait. O\u00f9 allait-elle aller ? Qu\u2019allait-elle faire ? Que lui \u00e9tait-il arriv\u00e9 \u00e0 lui ? D\u2019o\u00f9 venaient une pareille erreur un pareil oubli, une pareille m\u00e9prise, une si incroyable distraction ? Elle avait deux francs dans sa poche. A qui s\u2019adresser ? Et, tout d\u2019un coup, le souvenir lui vint de son cousin Barral, sous-chef de bureau \u00e0 la Marine.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle poss\u00e9dait juste de quoi payer la course du fiacre ; elle se fit conduire chez lui. Et elle le rencontra comme il partait pour son minist\u00e8re. Il portait, ainsi que Lebrument, un gros portefeuille sous le bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019\u00e9lan\u00e7a de sa voiture. \u00ab Henry ! \u00bb cria-t-elle. Il s\u2019arr\u00eata, stup\u00e9fait: \u00ab Jeanne ?&#8230; ici ?&#8230; toute seule ?&#8230; Que faites-vous, d\u2019o\u00f9 venez-vous ? \u00bb Elle balbutia, les yeux pleins de larmes. \u00ab Mon mari s\u2019est perdu tout \u00e0 l\u2019heure.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Perdu, o\u00f9 \u00e7a ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Sur un omnibus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Sur un omnibus ?&#8230; Oh !&#8230; \u00bb Et elle lui conta en pleurant son aventure. Il l\u2019\u00e9coutait, r\u00e9fl\u00e9chissant. Il demanda: \u00ab Ce matin, il avait la t\u00eate bien calme ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bon. Avait-il beaucoup d\u2019argent sur lui ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui, il portait ma dot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Votre dot ?&#8230; tout enti\u00e8re ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tout enti\u00e8re&#8230; pour payer son \u00e9tude tant\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Eh bien, ma ch\u00e8re cousine, votre mari, \u00e0 l\u2019heure qu\u2019il est, doit filer sur la Belgique. \u00bb Elle ne comprenait pas encore. Elle b\u00e9gayait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab &#8230; Mon mari&#8230; vous dites ?&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je dis qu\u2019il a rafl\u00e9 votre&#8230; votre capital&#8230; et voil\u00e0 tout. \u00bb Elle restait debout, suffoqu\u00e9e, murmurant:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Alors c\u2019est&#8230; c\u2019est&#8230; c\u2019est un mis\u00e9rable !&#8230; \u00bb Puis, d\u00e9faillant d\u2019\u00e9motion, elle tomba sur le gilet de son cousin, en sanglotant.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme on s\u2019arr\u00eatait pour les regarder, il la poussa, tout doucement, sous l\u2019entr\u00e9e de sa maison, et, la soutenant par la taille, il lui fit monter son escalier et comme sa bonne interdite ouvrait la porte, il commanda:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Sophie, courez au restaurant chercher un d\u00e9jeuner pour deux personnes. Je n\u2019irai pas au minist\u00e8re aujourd\u2019hui. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><em>9 septembre 1884<\/em><\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La dot \u00bb est une nouvelle de Guy de Maupassant publi\u00e9e le 9 septembre 1884 dans Gil Blas. Elle raconte l&rsquo;histoire de Simon Lebrumet, notaire, qui \u00e9pouse la jeune Jeanne Cordier dans le village de Boutigny-le-Revours. Leur mariage ne surprend personne, car Lebrumet a besoin d&rsquo;argent pour acheter une \u00e9tude notariale et Jeanne poss\u00e8de une dot consid\u00e9rable. C&rsquo;est un homme agr\u00e9able et elle est une femme s\u00e9duisante, bien qu&rsquo;un peu provinciale. Les premiers jours de leur mariage sont remplis de douceur et de passion, et Lebrumet se montre un \u00e9poux tendre et d\u00e9licat. Pour profiter de leur lune de miel, le couple pr\u00e9voit de se rendre \u00e0 Paris, mais une situation curieuse vient bouleverser leurs plans.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18333,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[844,843,1456],"class_list":["post-18392","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-france-fr","tag-guy-de-maupassant-fr","tag-realiste","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":844,"label":"France"},{"value":843,"label":"Guy de Maupassant"},{"value":1456,"label":"R\u00e9aliste"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Guy-de-Maupassant-La-dote.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":826,"name":"Nouvelles","slug":"nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":826,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":73,"filter":"raw","cat_ID":826,"category_count":73,"category_description":"","cat_name":"Nouvelles","category_nicename":"nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":844,"name":"France","slug":"france-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":844,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":29,"filter":"raw"},{"term_id":843,"name":"Guy de Maupassant","slug":"guy-de-maupassant-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":843,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":20,"filter":"raw"},{"term_id":1456,"name":"R\u00e9aliste","slug":"realiste","term_group":0,"term_taxonomy_id":1456,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":18,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18392","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18392"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18392\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18333"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18392"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18392"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18392"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}