{"id":18913,"date":"2025-01-27T12:02:04","date_gmt":"2025-01-27T16:02:04","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=18913"},"modified":"2025-01-27T12:02:06","modified_gmt":"2025-01-27T16:02:06","slug":"sheridan-le-fanu-le-chat-blanc-de-drumgunniol","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/sheridan-le-fanu-le-chat-blanc-de-drumgunniol\/18913\/","title":{"rendered":"Sheridan Le Fanu\u00a0: Le Chat Blanc de Drumgunniol"},"content":{"rendered":"\n<p>Synopsis : <strong>Le Chat Blanc de Drumgunniol <\/strong>est une nouvelle de Sheridan Le Fanu, publi\u00e9e le 2 avril 1870 dans le magazine <em>All the Year Round<\/em>. L&rsquo;histoire est centr\u00e9e sur le r\u00e9cit d&rsquo;un instituteur irlandais, qui raconte les l\u00e9gendes et les superstitions entourant une vieille ferme dans une r\u00e9gion isol\u00e9e de l&rsquo;Irlande. Dans ses souvenirs d&rsquo;enfance, il \u00e9voque l&rsquo;apparition d&rsquo;une silhouette f\u00e9minine spectrale et d&rsquo;un myst\u00e9rieux chat blanc, associ\u00e9s \u00e0 des pr\u00e9sages de mort dans sa famille.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-30559023\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Sheridan-Le-Fanu-El-gato-blanco-de-Drumgunniol.webp\" alt=\"Sheridan Le Fanu\u00a0: Le Chat Blanc de Drumgunniol\" class=\"wp-image-18896\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Sheridan-Le-Fanu-El-gato-blanco-de-Drumgunniol.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Sheridan-Le-Fanu-El-gato-blanco-de-Drumgunniol-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Sheridan-Le-Fanu-El-gato-blanco-de-Drumgunniol-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Sheridan-Le-Fanu-El-gato-blanco-de-Drumgunniol-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Le Chat Blanc de Drumgunniol<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Sheridan Le Fanu <br>(Nouvelle compl\u00e8te )<\/p>\n\n\n\n<p>Il existe une c\u00e9l\u00e8bre histoire de chat blanc que nous connaissons tous depuis notre plus tendre enfance. Je vais vous rapporter, pour ma part, l\u2019histoire d\u2019un tout autre chat blanc qui n\u2019a pas grand rapport avec cette aimable princesse ensorcel\u00e9e qui, pour une saison, se m\u00e9tamorphosa. Le chat blanc dont je vais vous entretenir est autrement plus sinistre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le voyageur qui chemine de Limerick \u00e0 Dublin, apr\u00e8s avoir d\u00e9pass\u00e9 sur sa gauche les monts de Killaloe, aper\u00e7oit bien en vue la haute stature de la montagne du Gardien et se retrouve peu \u00e0 peu cern\u00e9 par une cha\u00eene de collines plus basses. Il rencontre une plaine accident\u00e9e qui, graduellement, descend jusqu\u2019\u00e0 un niveau inf\u00e9rieur \u00e0 sa route et seules quelques haies diss\u00e9min\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0 att\u00e9nuent l\u2019aspect sauvage et d\u00e9primant du paysage.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a peu d\u2019installations humaines qui \u00e9l\u00e8vent vers le ciel leur ruban de fum\u00e9e au-dessus de la plaine solitaire. On rencontre seulement parfois une habitation de torchis, coiff\u00e9e d\u2019un mauvais chaume, qui appartient \u00e0 un \u00ab&nbsp;gros fermier&nbsp;\u00bb, ainsi que l\u2019on nomme les plus fortun\u00e9s parmi les tenanciers dans la r\u00e9gion de Munster. L\u2019une d\u2019elles se dresse dans un petit bosquet d\u2019arbres, sur les bords d\u2019un ruisseau vagabond, environ \u00e0 mi-chemin entre les montagnes et la route qui va \u00e0 Dublin. Des g\u00e9n\u00e9rations durant, elle a \u00e9t\u00e9 occup\u00e9e par des gens nomm\u00e9s Donovan.<\/p>\n\n\n\n<p>Il m\u2019\u00e9tait parvenu entre les mains quelques anciens documents irlandais que je d\u00e9sirais beaucoup \u00e9tudier et comme je recherchais un professeur susceptible de m\u2019initier \u00e0 la langue locale, on me recommanda, tr\u00e8s loin de l\u00e0, mais \u00e0 cette fin, un certain M.&nbsp;Donovan, homme r\u00eaveur, inoffensif et particuli\u00e8rement lettr\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je d\u00e9couvris qu\u2019il avait fait ses classes comme boursier au Trinity College \u00e0 Dublin. Pour l\u2019instant, il vivait de son enseignement. Je suppose que le caract\u00e8re sp\u00e9cifique de mes recherches flatta son nationalisme. Car il s\u2019\u00e9pancha tr\u00e8s volontiers en ma compagnie des nombreuses pens\u00e9es qu\u2019il avait longuement m\u00fbries. Il me livra, de plus, des souvenirs sur sa contr\u00e9e et sur les premi\u00e8res ann\u00e9es de sa jeunesse. C\u2019est lui qui m\u2019enseigna cette histoire et il entre dans mes intentions de la rapporter dans les propres termes qu\u2019il employa. Du moins ferai-je de mon mieux&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vu de mes propres yeux la vieille maison de ferme et son verger d\u2019\u00e9normes pommiers moussus. J\u2019ai parcouru du regard ce paysage caract\u00e9ristique&nbsp;; la tour, priv\u00e9e de son toit et ensevelie sous le lierre, proposait deux cents ans auparavant le refuge de ses murs contre pillages et rapines, et le \u00ab&nbsp;liss&nbsp;\u00bb envahi par les buissons, \u00e0 peine cinquante pas plus loin, raconte les peines et les travaux d\u2019un peuple disparu.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9tendue solitaire des collines habill\u00e9es d\u2019ajoncs et de bruy\u00e8res constitue une barri\u00e8re tr\u00e8s rapproch\u00e9e, avec ses amoncellements de rochers gris et ses bouquets de ch\u00eanes nains ou de bouleaux. La solitude de ces lieux les rend hautement propices au d\u00e9roulement de quelque histoire surnaturelle. Je puis d\u2019ailleurs m\u2019imaginer sans peine cette r\u00e9gion per\u00e7ue au travers de la grisaille d\u2019un matin d\u2019hiver, voil\u00e9e dans toute son immensit\u00e9 par les neiges, ou dans la m\u00e9lancolie glorieuse d\u2019un coucher de soleil en automne. Je la vois encore dans la glaciale splendeur d\u2019un clair de lune et, dans tous les cas, il me semble qu\u2019elle ne pouvait que sugg\u00e9rer \u00e0 un \u00eatre fait pour le r\u00eave, tel que ce bon Dan Donovan, de multiples superstitions et l\u2019entra\u00eener dans les illusions les plus fantastiques. Mais je dois cependant signaler que jamais je n\u2019ai rencontr\u00e9 de personnage plus candide et dont on p\u00fbt moins mettre en doute la bonne foi.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais enfant, me raconta-t-il, et que je vivais \u00e0 la maison \u00e0 Drumgunniol, j\u2019avais coutume de prendre avec moi mon&nbsp;<em>Histoire romaine<\/em>&nbsp;de Goldsmith et de me rendre \u00e0 mon coin favori, la pierre plate, un lieu bien prot\u00e9g\u00e9 par un buisson d\u2019aub\u00e9pine tout pr\u00e8s d\u2019un \u00e9tang profond.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette pierre plate se trouvait dans un petit champ surplomb\u00e9 au nord par le vieux verger. Cet endroit tranquille et d\u00e9sert \u00e9tait propice \u00e0 ma studieuse oisivet\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lisais donc l\u00e0, un beau jour, tout comme \u00e0 l\u2019ordinaire, et quand je commen\u00e7ai \u00e0 me lasser, je me pris \u00e0 regarder autour de moi et \u00e0 r\u00eaver aux sc\u00e8nes h\u00e9ro\u00efques que mon ouvrage me d\u00e9crivait. J\u2019\u00e9tais tout aussi \u00e9veill\u00e9 que je le suis en ce moment lorsque je vis une femme appara\u00eetre au coin du verger et descendre la pente. Elle portait une robe d\u2019un gris lumineux, si longue qu\u2019elle semblait balayer l\u2019herbe derri\u00e8re elle. Son maintien \u00e9tait d\u2019une singularit\u00e9 telle, dans cette partie du monde o\u00f9 l\u2019habillement f\u00e9minin est pr\u00e9cis\u00e9ment r\u00e9gl\u00e9 par la coutume, que je ne pouvais d\u00e9tacher d\u2019elle mes yeux. Son chemin la menait en diagonale d\u2019un coin \u00e0 l\u2019autre du champ qui \u00e9tait de vaste superficie. Elle le suivit sans faire le moindre d\u00e9tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019elle se rapprocha, je pus remarquer qu\u2019elle avait les pieds nus et qu\u2019elle semblait regarder obstin\u00e9ment vers un point \u00e9loign\u00e9 qui lui servait de guide. Si le petit lac ne s\u2019\u00e9tait trouv\u00e9 l\u00e0, sa route m\u2019aurait crois\u00e9 \u00e0 environ dix ou douze yards de l\u2019endroit o\u00f9 j\u2019\u00e9tais assis. Mais au lieu d\u2019arr\u00eater sa marche sur la rive du lac, ainsi que je m\u2019y attendais, elle poursuivit son chemin comme si elle ne concevait pas la pr\u00e9sence de l\u2019eau et je la vis, oui&nbsp;! comme je vous vois, monsieur&nbsp;! marcher \u00e0 la surface de l\u2019\u00e9tang, et passer sans me voir \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 la distance que j\u2019avais calcul\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je faillis m\u2019\u00e9vanouir de terreur. J\u2019avais seulement treize ans \u00e0 l\u2019\u00e9poque, et je me souviens pourtant de chaque d\u00e9tail comme si cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 il y a seulement une heure.<\/p>\n\n\n\n<p>La personne s\u2019engagea dans une trou\u00e9e de la haie au coin le plus \u00e9loign\u00e9 du champ et je cessai de la voir. Il me restait \u00e0 peine assez de force pour regagner la maison \u00e0 la h\u00e2te. J\u2019\u00e9tais dans un tel \u00e9tat de nervosit\u00e9, qui par la suite se transforma en maladie virulente, que durant trois semaines je ne quittai pas nos murs et que je ne pus supporter de rester seul durant un seul instant. Je ne p\u00e9n\u00e9trai plus jamais dans ce champ tant \u00e9tait grande l\u2019horreur que je pr\u00eatais depuis ce moment \u00e0 chaque d\u00e9tail de son aspect. M\u00eame avec le temps, je crois bien qu\u2019aujourd\u2019hui je ne le traverserais pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Je reliais cette apparition \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement myst\u00e9rieux qui a singularis\u00e9 notre famille durant huit ans avec une persistance toute particuli\u00e8re. Ce n\u2019est point l\u00e0 un fantasme. Personne dans cette partie de la r\u00e9gion ne l\u2019ignore. Et tout le monde rapproche cet \u00e9v\u00e9nement de ce que j\u2019ai vu. Je vais vous raconter cela aussi exactement que je le pourrai et sans rien omettre.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que j\u2019avais dans les quatorze ans \u2013&nbsp;c\u2019\u00e9tait environ un an apr\u00e8s que j\u2019ai vu cette chose dans le champ pr\u00e8s du lac&nbsp;\u2013, nous attendions un soir mon p\u00e8re qui s\u2019\u00e9tait rendu \u00e0 la foire de Killaloe. Ma m\u00e8re \u00e9tait rest\u00e9e debout pour l\u2019accueillir et moi avec elle, car je n\u2019aimais rien tant que les veilles de cette sorte. Mes fr\u00e8res et mes s\u0153urs, de m\u00eame que les domestiques de la ferme, \u00e9taient endormis dans leurs lits, except\u00e9s ceux qui ramenaient le b\u00e9tail \u00e0 la maison depuis la foire. Ma m\u00e8re et moi, nous \u00e9tions assis au coin de la chemin\u00e9e et nous bavardions tout en surveillant le repas de mon p\u00e8re, maintenu au chaud sur le feu. Nous savions qu\u2019il serait de retour avant les hommes qui ramenaient le b\u00e9tail car il \u00e9tait \u00e0 cheval et il nous avait dit qu\u2019il attendrait seulement que tout le monde soit bien en route et qu\u2019ensuite il rentrerait directement.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous entend\u00eemes enfin sa voix et le coup qu\u2019il frappa contre la porte avec le manche plomb\u00e9 de son fouet. Ma m\u00e8re le fit entrer. Je ne crois pas avoir jamais vu mon p\u00e8re ivre, ce qui est plus que n\u2019en peuvent dire beaucoup d\u2019hommes de la r\u00e9gion. Mais il savait aussi bien qu\u2019un autre boire son petit verre de whisky apr\u00e8s le march\u00e9 ou la foire, il rentrait d\u2019ordinaire \u00e0 la maison quelque peu joyeux ou pour le moins vaguement jovial, avec une belle couleur pourpre sur les joues.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait, ce soir-l\u00e0, bl\u00eame, triste et renfrogn\u00e9. Il entra avec la selle et la bride \u00e0 la main et il les jeta contre le mur, pas tr\u00e8s loin de la porte. Puis il mit ses bras autour du cou de son \u00e9pouse et l\u2019embrassa avec tendresse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Bienvenu \u00e0 la maison, Meehal, lui dit-elle en lui rendant affectueusement son baiser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dieu te b\u00e9nisse, ma ch\u00e9rie&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s l\u2019avoir embrass\u00e9e encore une fois, il se tourna vers moi qui \u00e9prouvais une certaine jalousie pour cette pr\u00e9f\u00e9rence et le tirai par la main. J\u2019\u00e9tais petit et pas tr\u00e8s lourd pour mon \u00e2ge. Il me souleva, m\u2019embrassa et tandis que j\u2019avais encore les bras autour de son cou, il dit \u00e0 ma m\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mets le loquet, femme.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle fit ce qu\u2019il lui demandait. Il me reposa sur le sol avec tristesse et marcha vers le feu. L\u00e0, il s\u2019installa sur un tabouret, tendit les pieds vers les braises de tourbe et se pencha, les mains sur les genoux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Allons, Mick ch\u00e9ri, dit ma m\u00e8re dont l\u2019inqui\u00e9tude allait croissant, dites-moi comment s\u2019est vendu le b\u00e9tail. Avez-vous eu de la chance \u00e0 cette foire ou bien est-ce donc qu\u2019il y a quelque chose qui ne va pas&nbsp;? Avec le propri\u00e9taire&nbsp;? Qu\u2019est-ce qui vous tourmente, Mick, mon amour&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il n\u2019y a rien, Molly. Le b\u00e9tail s\u2019est vendu au mieux et il n\u2019y a rien de chang\u00e9 entre le propri\u00e9taire et moi. Tout est dans l\u2019ordre habituel. Aucun mal \u00e0 trouver nulle part, non, rien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bon, eh bien&nbsp;! alors, Mick, puisqu\u2019il en est ainsi, mettez-vous \u00e0 votre soupe chaude, mangez-la et dites-nous s\u2019il y a du nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;J\u2019ai mang\u00e9 en chemin, Molly, et je n\u2019ai plus faim, r\u00e9pondit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous avez pris votre repas en chemin, alors que votre femme le tenait au chaud \u00e0 la maison et vous attendait&nbsp;! s\u2019\u00e9cria ma m\u00e8re sur un ton de reproche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous prenez en mauvaise part ce que je vous dis, lui r\u00e9pondit mon p\u00e8re. Il m\u2019est arriv\u00e9 quelque chose qui me rend incapable d\u2019avaler une seule bouch\u00e9e et je n\u2019ai nullement envie de vous d\u00e9plaire, Molly, parce que je n\u2019ai peut-\u00eatre pas beaucoup de temps \u00e0 passer encore avec vous. Je vais vous dire ce que j\u2019ai vu. Ce que j\u2019ai vu\u2026 c\u2019est le Chat Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dieu nous garde de ce malheur&nbsp;!&nbsp;\u00bb s\u2019\u00e9cria ma m\u00e8re qui en un instant devint aussi p\u00e2le et aussi d\u00e9prim\u00e9e que mon p\u00e8re&nbsp;; elle t\u00e2cha par la suite de se reprendre et dit en plaisantant&nbsp;: \u00ab&nbsp;Allons donc, vous \u00eates tout simplement en train de me faire marcher&nbsp;! C\u2019\u00e9tait certainement un lapin qui se prenait un peu de bon temps \u00e0 travers le bois de Grady. Hier, Teigue a aper\u00e7u un \u00e9norme rat blanc dans la lande.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce n\u2019\u00e9tait ni un rat, ni un lapin que, moi, j\u2019ai aper\u00e7u. Croyez-vous que j\u2019aurais confondu un rat ou un lapin avec un gros chat blanc, dot\u00e9 de grands yeux verts qui avaient bien la taille d\u2019un demi-penny&nbsp;? Il avait le dos arqu\u00e9 et trottait \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. Si je m\u2019\u00e9tais arr\u00eat\u00e9, il se serait s\u00fbrement frott\u00e9 les flancs contre mes mollets. Peut-\u00eatre aurait-il bondi et m\u2019aurait-il pris \u00e0 la gorge, si c\u2019est bien un chat et non pas quelque chose de pire&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il termina son histoire sur un ton tr\u00e8s bas en regardant fixement les flammes. Puis il \u00e9leva sa grosse main \u00e0 deux reprises vers son front, car son visage \u00e9tait tout baign\u00e9 de cette sueur que provoque la peur. Il soupira ou plut\u00f4t grogna sourdement.<\/p>\n\n\n\n<p>La panique s\u2019\u00e9tait \u00e0 nouveau empar\u00e9e de ma m\u00e8re et parce qu\u2019elle avait peur elle aussi, elle s\u2019\u00e9tait mise \u00e0 prier. Mon propre effroi \u00e9tait aussi terrible et j\u2019\u00e9tais sur le point de pleurer, car je n\u2019ignorais rien de ce fameux Chat Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re tapota l\u2019\u00e9paule de mon p\u00e8re afin de lui rendre courage. Elle se pencha sur lui, l\u2019embrassa et \u00e0 la fin \u00e9clata en sanglots. Il serrait ses mains dans les siennes et son affliction semblait extr\u00eamement grande.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Rien n\u2019est entr\u00e9 avec moi dans la maison&nbsp;? dit-il en se tournant vers moi et avec une voix tr\u00e8s grave.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Rien n\u2019est entr\u00e9, p\u00e8re, lui r\u00e9pondis-je, sinon la bride et la selle que vous aviez avec vous.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et rien ne s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 devant la porte avec moi&nbsp;? r\u00e9p\u00e9ta-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Rien du tout, r\u00e9pondis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c7a vaut mieux comme \u00e7a&nbsp;\u00bb, dit mon p\u00e8re. Il fit le signe de croix et se mit \u00e0 marmonner pour lui-m\u00eame. Je compris qu\u2019il r\u00e9citait ses pri\u00e8res.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma m\u00e8re attendit un peu qu\u2019il ait termin\u00e9 ses oraisons et lui demanda alors o\u00f9 il avait rencontr\u00e9 pour la premi\u00e8re fois le Chat Blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand je chevauchais sur la&nbsp;<em>bohereen.<\/em>&nbsp;(Ce terme irlandais d\u00e9signe la petite route qui conduit jusqu\u2019aux b\u00e2timents de ferme.) J\u2019\u00e9tais en train de me dire en moi-m\u00eame que les domestiques \u00e9taient en route avec le b\u00e9tail et qu\u2019il n\u2019y avait personne pour soigner le cheval qui me transportait. Je pensais que je pouvais tout aussi bien le laisser dans le champ en courbe en dessous. Et c\u2019est l\u00e0 donc que je le laissai. Il \u00e9tait calme, sans un poil dress\u00e9. Il est vrai que je ne l\u2019avais pas men\u00e9 trop vivement en route. Je le laissai aller et je pris en main la selle et la bride. C\u2019est au moment o\u00f9 je me retournai que je vis l\u2019animal \u00e9merger des hautes herbes qui poussent sur le bord du sentier. Il le traversa en face de moi et ensuite, il se remit \u00e0 aller d\u2019un c\u00f4t\u00e9 \u00e0 l\u2019autre, me fixant toujours avec ses yeux de braise. Je l\u2019entendis miauler lorsqu\u2019il m\u2019accompagna, de plus pr\u00e8s que vous pouvez vous imaginer, jusqu\u2019\u00e0 la porte o\u00f9 j\u2019appelai et frappai pour que vous veniez m\u2019ouvrir.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais que pouvait-il donc bien y avoir dans un incident aussi b\u00e9nin que mon p\u00e8re, ma m\u00e8re, moi-m\u00eame et, somme toute, chaque membre de notre petite communaut\u00e9 campagnarde assortissent d\u2019un aussi funeste pr\u00e9sage&nbsp;? C\u2019\u00e9tait que chacun d\u2019entre nous \u00e9tait persuad\u00e9 que mon p\u00e8re avait re\u00e7u, du fait de cette rencontre du Chat Blanc, l\u2019avertissement de sa mort prochaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le pass\u00e9, l\u2019augure n\u2019avait jamais menti. Et il ne mentit pas davantage cette fois. Une semaine plus tard, mon p\u00e8re contracta une fi\u00e8vre qui s\u00e9vissait dans la r\u00e9gion et avant un mois il \u00e9tait mort.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon bon ami, Dan Donovan, s\u2019arr\u00eata en ce point de son r\u00e9cit. Je m\u2019aper\u00e7us qu\u2019il \u00e9tait en train de prier car ses l\u00e8vres continuaient de se mouvoir et j\u2019en conclus que c\u2019\u00e9tait pour le repos de cette \u00e2me d\u00e9funte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il reprit apr\u00e8s quelques instants.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a maintenant quatre-vingts ans que ce pr\u00e9sage s\u2019est attach\u00e9 \u00e0 ma famille. Quatre-vingts&nbsp;? Non, ce n\u2019est pas exact. Quatre-vingt-dix ans seraient certainement plus proches de la v\u00e9rit\u00e9. Au cours des premi\u00e8res ann\u00e9es de ma jeunesse, j\u2019en ai parl\u00e9 \u00e0 beaucoup de vieilles personnes qui avaient encore des souvenirs tr\u00e8s pr\u00e9cis de tout ce qui pouvait s\u2019y rapporter. Cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>En ce temps-l\u00e0, mon grand-oncle \u00e9tait propri\u00e9taire de la ferme de Drumgunniol. Il \u00e9tait beaucoup plus riche que mon p\u00e8re ou mon grand-p\u00e8re ne le furent apr\u00e8s lui. En effet, il avait pris un bail \u00e0 court terme sur Balraghan et il en avait tir\u00e9 beaucoup d\u2019argent. Mais la fortune n\u2019a jamais rien fait pour adoucir un c\u0153ur qui est d\u00e9j\u00e0 dur et j\u2019ai bien peur que mon grand-oncle ne f\u00fbt un personnage cruel. De toute mani\u00e8re, il ne fait aucun doute que c\u2019\u00e9tait un d\u00e9bauch\u00e9 et ce vice rend cruel. De plus, il buvait bien son compte, jurait et blasph\u00e9mait lorsque quelque chose n\u2019allait pas comme il le voulait et cela beaucoup trop, \u00e0 mon avis, pour le salut de son \u00e2me. \u00c0 cette \u00e9poque, il y avait, dans la famille des Coleman, qui vivaient dans la montagne pas tr\u00e8s loin de Capper Cullen, une tr\u00e8s jolie fille. On m\u2019a dit que maintenant les Coleman avaient compl\u00e8tement disparu, que la famille s\u2019\u00e9tait \u00e9teinte. Les ann\u00e9es de disette ont d\u00e9termin\u00e9 bien des changements.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle s\u2019appelait Ellen Coleman. Ce n\u2019\u00e9tait pas une famille bien riche. Mais, avec une pareille beaut\u00e9, elle pouvait esp\u00e9rer un beau mariage. Et la pauvre, ce qui lui \u00e9chut pourtant \u00e9tait bien le pire de ce qui pouvait lui arriver&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Con Donovan, mon grand-oncle \u2013&nbsp;Dieu prenne son \u00e2me en piti\u00e9&nbsp;\u2013 l\u2019avait aper\u00e7ue au cours de ses randonn\u00e9es dans les foires ou quelque part ailleurs. Il tomba amoureux d\u2019elle. Qui n\u2019en e\u00fbt fait autant&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il l\u2019abusa d\u2019une fa\u00e7on \u00e9hont\u00e9e. Il lui promit le mariage et la persuada de s\u2019enfuir avec lui. Mais cela fait, il ne tint point sa parole. \u00c0 la longue il se lassa d\u2019elle et l\u2019abandonna, puis se mit en t\u00eate de s\u2019installer. Il \u00e9pousa une fille de la famille des Collopy qui avait du bien&nbsp;: vingt-quatre vaches, soixante-dix moutons et quelque cent vingt ch\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se mit donc en m\u00e9nage avec cette Mary Collopy et devint plus riche que jamais. Ellen Coleman mourut de chagrin, mais cela ne troubla pas davantage notre gros fermier.<\/p>\n\n\n\n<p>Il aurait bien aim\u00e9 avoir des enfants, mais il n\u2019en eut pas et ce fut bien le seul mal qu\u2019il support\u00e2t car n\u2019importe quoi d\u2019autre lui venait comme il le d\u00e9sirait.<\/p>\n\n\n\n<p>Il revenait un soir de la foire de Nenagh. En ce temps-l\u00e0, un cours d\u2019eau sans profondeur traversait le chemin. On m\u2019a appris que, depuis, on avait jet\u00e9 un pont par-dessus. En \u00e9t\u00e9, le lit du ruisseau \u00e9tait bien souvent \u00e0 sec, comme il passait devant la ferme de Drumgunniol sans trop se perdre en d\u00e9tours, cela faisait une sorte de chemin que l\u2019on utilisait comme raccourci pour gagner la maison lorsqu\u2019il n\u2019y avait pas d\u2019eau. Mon grand-oncle fit donc tourner son cheval dans le lit dess\u00e9ch\u00e9. Lorsqu\u2019il fut \u00e0 la hauteur des deux fr\u00eanes qui se trouvent pr\u00e8s de la ferme, il fit \u00e0 nouveau obliquer son cheval dans le champ qui borde le ruisseau avec l\u2019intention de passer par la trou\u00e9e qui se trouve \u00e0 l\u2019autre bout, sous le ch\u00eane. Il arriverait ainsi, pensait-il, \u00e0 quelques centaines de pas de sa porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il approchait de ce passage, il aper\u00e7ut, ou peut-\u00eatre crut-il apercevoir, quelque chose de blanc, pas plus haut que son chapeau, qui se glissa le long du sol d\u2019un mouvement lent et dans la m\u00eame direction, avec de temps \u00e0 autre un bond l\u00e9ger. Sans qu\u2019il s\u00fbt de quoi il s\u2019agissait, cela suivit le long de la haie et disparut \u00e0 l\u2019endroit que lui-m\u00eame avait l\u2019intention de rejoindre. Il rapporta que son cheval s\u2019arr\u00eata net lorsqu\u2019il atteignit le passage. Il le talonna, le frappa, mais rien n\u2019y fit. Il descendit donc pour le conduire par la bride, mais l\u2019animal recula, rechigna et fut prit d\u2019un fort tremblement. Le cavalier remonta alors en selle. Mais la peur de la b\u00eate ne cessa pas pour autant et elle r\u00e9sista aux caresses aussi bien qu\u2019\u00e0 la cravache.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faisait un brillant clair de lune et la r\u00e9sistance de son cheval irritait mon grand-oncle. Ne pouvant d\u00e9couvrir ce qui pouvait la motiver et exasp\u00e9r\u00e9 par le fait qu\u2019il ne se trouvait qu\u2019\u00e0 quelques pas de sa maison, il perdit pour de bon le peu de patience qui lui restait. Il se mit \u00e0 jouer du fouet et des \u00e9perons comme un forcen\u00e9 et accompagna ses coups de jurons et de blasph\u00e8mes.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est alors que, soudainement, le cheval partit de l\u2019avant et Con Donovan, en passant sous la grosse branche du ch\u00eane, vit, sans pouvoir en douter, une femme qui se tenait pr\u00e8s de lui sur son chemin. Elle \u00e9tendait un bras et lorsqu\u2019il passa tout pr\u00e8s d\u2019elle, elle lui donna de la main un coup sur les \u00e9paules. Cela le projeta vers l\u2019avant sur l\u2019encolure de sa monture. Cette derni\u00e8re, prise d\u2019un affolement sauvage, gagna la porte d\u2019un seul galop et ne s\u2019arr\u00eata que l\u00e0, tremblante et \u00e9cumante.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus mort que vif, mon grand-oncle entra chez lui. Il choisit, apr\u00e8s r\u00e9flexion, de tout raconter de son histoire. Sa femme ne savait trop qu\u2019en penser. Mais elle ne pouvait avoir aucun doute&nbsp;: quelque chose d\u2019extr\u00eamement funeste venait de se produire. Son mari s\u2019affaiblit et tomba malade et il demanda bient\u00f4t que l\u2019on aille qu\u00e9rir le pr\u00eatre. Lorsqu\u2019on le conduisit \u00e0 son lit, ce soir-l\u00e0, on remarqua distinctement les marques de cinq doigts sur la chair de son \u00e9paule, \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 la main du fant\u00f4me l\u2019avait atteint. Ces traces singuli\u00e8res qui avaient, selon ce qui a \u00e9t\u00e9 rapport\u00e9, la couleur d\u2019une peau atteinte de br\u00fblures, \u00e9taient ind\u00e9l\u00e9biles et furent enterr\u00e9es avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il fut suffisamment remis du choc qu\u2019il avait subi pour parler aux gens qui l\u2019entouraient, il s\u2019exprima comme un homme qui se trouve \u00e0 sa derni\u00e8re heure, dont le c\u0153ur est lourd et la conscience charg\u00e9e. Il raconta l\u2019histoire qui lui \u00e9tait arriv\u00e9e, mais assura qu\u2019il n\u2019avait pas vu, ou tout au moins qu\u2019il n\u2019avait pas reconnu le visage de la personne qui se tenait dans le passage. Nul ne le crut. Il dit \u00e0 ce sujet davantage de choses au pr\u00eatre qu\u2019aux autres. Il avait certainement un secret \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler, et aurait pu tout aussi bien le divulguer franchement, car tous les voisins savaient bien que le visage qu\u2019il avait aper\u00e7u \u00e9tait celui de la d\u00e9funte Ellen Coleman.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 partir de ce moment, mon oncle ne se remit jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose l\u2019avait marqu\u00e9. Il \u00e9tait d\u00e9sormais silencieux et bris\u00e9. Cette ann\u00e9e-l\u00e0, l\u2019\u00e9t\u00e9 fut pr\u00e9coce et, avec la chute de la premi\u00e8re feuille, il mourut.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y eut \u00e9videmment une veill\u00e9e fun\u00e8bre tant \u00e9tait grande la notori\u00e9t\u00e9 d\u2019un fermier qui poss\u00e9dait de telles richesses. Pour on ne sait trop quelle raison, les arrangements de cette c\u00e9r\u00e9monie furent un peu diff\u00e9rents de ce qu\u2019ils sont habituellement.<\/p>\n\n\n\n<p>La pratique ordinaire est de placer le corps dans la plus grande salle de la maison, la cuisine. Cette fois, il y eut, ainsi que je l\u2019ai d\u00e9j\u00e0 dit, une particularit\u00e9. Le corps fut plac\u00e9 dans une petite salle qui donnait sur la grande. Et durant la veill\u00e9e, on laissa la porte de communication ouverte. Autour du lit, on avait dress\u00e9 des cand\u00e9labres et on avait pr\u00e9par\u00e9 sur la table des pipes et des tabourets, pour qui voudrait bien entrer puisque la porte \u00e9tait ouverte \u00e0 tout le monde. Une fois pr\u00e9par\u00e9, on laissa le corps seul dans la petite pi\u00e8ce pour vaquer aux pr\u00e9parations de la veill\u00e9e. Apr\u00e8s que la nuit fut tomb\u00e9e, l\u2019une des femmes s\u2019approcha du lit pour prendre une chaise qu\u2019elle avait oubli\u00e9e l\u00e0. Elle ressortit de la pi\u00e8ce avec un hurlement et ne retrouva l\u2019usage de la parole qu\u2019\u00e0 l\u2019autre extr\u00e9mit\u00e9 de la cuisine. Un auditoire rempli de curiosit\u00e9 l\u2019entoura sur-le-champ.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Que Dieu retienne mes fautes contre moi, dit-elle enfin, si sa t\u00eate n\u2019est pas dress\u00e9e contre le dos du lit et s\u2019il n\u2019est pas en train de regarder dans la direction de la porte, avec des yeux aussi gros que des assiettes qui brilleraient \u00e0 la lune&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Allons, femme&nbsp;! Vous avez perdu la boule&nbsp;! lui dit l\u2019un des gar\u00e7ons de ferme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ah&nbsp;! Molly, taisez-vous, ma bonne&nbsp;! Il vous a sembl\u00e9 voir cela parce que vous \u00eates entr\u00e9e dans une pi\u00e8ce sans lumi\u00e8re, un trou sombre. Pourquoi n\u2019avez-vous donc pas pris une chandelle avec vous&nbsp;? dit une de ses compagnes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Chandelle ou pas chandelle, c\u2019est bel et bien ce que j\u2019ai vu&nbsp;! insista Molly. Et il y a encore quelque chose de plus. Je pourrais presque jurer que j\u2019ai vu son bras qui s\u2019\u00e9tirait du lit vers le plancher. Et il \u00e9tait bien trois fois long comme il devrait \u00eatre et il voulait, s\u00fbr, me prendre par un pied&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Idiote&nbsp;! vous \u00eates compl\u00e8tement folle&nbsp;! dit quelqu\u2019un avec m\u00e9pris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019un d\u2019entre vous me donne une chandelle, \u00e0 moi&nbsp;! Par le saint nom de Dieu&nbsp;! dit la vieille Sal Doolan, une femme maigre et droite qui pouvait prier presque aussi bien qu\u2019un pr\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Donnez-lui une chandelle&nbsp;\u00bb, dirent-ils tous d\u2019accord.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais quels que soient leurs propos, il n\u2019en \u00e9tait pas un seul, parmi eux, qui ne sembl\u00e2t p\u00e2le et effray\u00e9 lorsqu\u2019ils suivirent Mlle&nbsp;Doolan. Elle priait aussi rapidement que ses l\u00e8vres pouvaient formuler les oraisons et elle conduisit l\u2019avant-garde du groupe vers la chambre en tenant une chandelle entre ses doigts comme un cierge \u00e0 l\u2019\u00e9glise.<\/p>\n\n\n\n<p>La porte \u00e9tait demeur\u00e9e \u00e0 demi ouverte lorsque la fille terroris\u00e9e s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9e hors de la chambre. La vieille demoiselle fit un pas \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur en tenant haut sa lumi\u00e8re afin de mieux examiner les lieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Si tout \u00e0 l\u2019heure, la main de mon grand-oncle avait vraiment gliss\u00e9 vers le sol dans la position anormale d\u00e9crite plus haut, il l\u2019avait maintenant ramen\u00e9e sous le drap qui le couvrait&nbsp;; et la grande Mlle&nbsp;Doolan ne risquait gu\u00e8re de buter sur un bras en entrant. Mais elle n\u2019avait fait qu\u2019un pas ou deux avec sa chandelle en avant lorsqu\u2019elle s\u2019arr\u00eata court, le visage congestionn\u00e9 et les yeux sur le lit que l\u2019on discernait maintenant dans son entier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mon Dieu, b\u00e9nissez-nous&nbsp;! Arri\u00e8re, mademoiselle Doolan&nbsp;!&nbsp;\u00bb dit la femme qui \u00e9tait la plus proche d\u2019elle. Elle l\u2019avait saisie par la robe et la tirait fr\u00e9n\u00e9tiquement en arri\u00e8re tant elle \u00e9tait effray\u00e9e. Une reculade g\u00e9n\u00e9rale gagna tous ceux qui se trouvaient derri\u00e8re et auxquels son h\u00e9sitation avait fait concevoir une grande crainte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Assez, voulez-vous&nbsp;! dit-elle sur un ton p\u00e9remptoire, vous faites tant de boucan que je n\u2019entends m\u00eame pas mes propres oreilles&nbsp;! Qui a bien pu laisser ce chat rentrer ici et \u00e0 qui appartient-il d\u2019abord&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle posa cette question en regardant attentivement et d\u2019un air soup\u00e7onneux un grand chat qui \u00e9tait assis sur la poitrine du d\u00e9funt.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Sors de l\u00e0&nbsp;! Hein&nbsp;! Il y a plus d\u2019un mort \u00e0 qui j\u2019ai ferm\u00e9 les yeux et que j\u2019ai sign\u00e9 et c\u2019est bien la premi\u00e8re fois qu\u2019il me sera donn\u00e9 de voir une pareille affaire. Le ma\u00eetre de maison avec un b\u00e2tard semblable mont\u00e9 sur lui comme le d\u00e9mon en personne&nbsp;! Le bon Dieu me pardonne de parler comme \u00e7a dans cette chambre. Sortez-moi \u00e7a de l\u00e0, l\u2019un d\u2019entre vous&nbsp;! \u00c0 la minute, allons, je l\u2019ordonne&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tout le monde transmit son ordre, mais personne n\u2019\u00e9tait dispos\u00e9 \u00e0 l\u2019ex\u00e9cuter. On se signait, on essayait \u00e0 mi-voix de savoir d\u2019o\u00f9 venait cet animal de mauvais augure qui n\u2019\u00e9tait pas un chat de la maison ou que l\u2019on ait pu apercevoir dans les environs. Soudain, la b\u00eate se d\u00e9pla\u00e7a d\u2019elle-m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 l\u2019oreiller, au-dessus de la t\u00eate du cadavre. De cet endroit, elle regarda durant quelques instants les assistants, puis se glissa vers eux le long du d\u00e9funt. Plus elle approchait, plus son grognement devenait vindicatif et sourd.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans une confusion apeur\u00e9e, ils quitt\u00e8rent en h\u00e2te la chambre et referm\u00e8rent la porte derri\u00e8re eux. Pendant de longs moments, il n\u2019y eut personne d\u2019assez hardi pour risquer un coup d\u2019\u0153il \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chat \u00e9tait toujours assis \u00e0 la m\u00eame place, sur la poitrine du mort. Mais par la suite, il se coula paresseusement le long du lit et disparut sous ce dernier. On avait \u00e9tendu un drap sur la couche mortuaire en laissant pendre les bords, ce qui cacha l\u2019animal \u00e0 la vue de tous.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec force pri\u00e8res et signes de croix, on aspergea un peu d\u2019eau b\u00e9nite et l\u2019on jeta un premier regard. Puis, avec des b\u00eaches, des fourches, des b\u00e2tons, avec tout ce qui leur tomba sous la main, ils cherch\u00e8rent \u00e0 t\u00e2tons sous le lit. Mais le chat demeura introuvable. Ils conclurent qu\u2019il avait d\u00fb prendre la fuite entre leurs jambes pendant qu\u2019ils se tenaient sur le seuil. Alors, utilisant moraillon et cadenas, ils ferm\u00e8rent la porte avec le plus grand soin.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais lorsqu\u2019on ouvrit \u00e0 nouveau, le matin suivant, on retrouva le chat dans sa position premi\u00e8re, comme s\u2019il n\u2019avait jamais \u00e9t\u00e9 d\u00e9rang\u00e9, sur la poitrine du d\u00e9funt.<\/p>\n\n\n\n<p>La m\u00eame sc\u00e8ne se r\u00e9p\u00e9ta avec de semblables r\u00e9sultats. Quelques-uns, cependant, pr\u00e9tendirent qu\u2019ils avaient aper\u00e7u le chat, par la suite, tapi sous le gros coffre au coin de la cuisine. Mon grand-oncle y rangeait ses papiers, ses baux, son livre de pri\u00e8res et son chapelet.<\/p>\n\n\n\n<p>Mlle&nbsp;Doolan, o\u00f9 qu\u2019elle se rendit, l\u2019entendait qui grognait sur ses talons. Sans parvenir \u00e0 le voir, elle le sentait aussi bondir sur le dos de son si\u00e8ge \u00e0 chaque fois qu\u2019elle s\u2019asseyait. Il crachait dans son oreille et elle bondissait alors en avant avec un cri et une pri\u00e8re, car elle s\u2019imaginait qu\u2019il voulait la prendre \u00e0 la gorge.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019enfant de ch\u0153ur, musardant autour de la maison, sous les arbres du vieux verger, vit un chat blanc qui se tenait sous la petite fen\u00eatre de la pi\u00e8ce o\u00f9 reposait le corps de mon grand-oncle. Il regardait vers les quatre panneaux de vitre comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 aux aguets pour quelque oiseau.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes les fois que l\u2019on retournait dans la pi\u00e8ce, on retrouvait le chat sur le cadavre. Quoi que l\u2019on fasse, \u00e0 quelque moment que l\u2019on vienne, pour peu que l\u2019on abandonne quelques instants mon grand-oncle, l\u2019animal revenait \u00e0 proximit\u00e9 du corps et ce n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re de bon augure. Au grand scandale du voisinage, d\u2019ailleurs terroris\u00e9, les choses demeur\u00e8rent ainsi, jusqu\u2019\u00e0 ce que la porte soit enfin ouverte pour l\u2019inhumation.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon grand-oncle mort et enterr\u00e9 avec toutes les solennit\u00e9s qui lui \u00e9taient dues, je ne songeai plus \u00e0 lui. Il n\u2019en fut pas de m\u00eame avec le Chat Blanc. Nul&nbsp;<em>banshee<\/em><strong><a href=\"sigil:\/\/C:\/Users\/spart\/AppData\/Local\/sigil-ebook\/sigil\/workspace\/Sigil-CXplJC\/OPS\/book_0017.xhtml#amanuensis-note3\">(3)<\/a><\/strong>&nbsp;ne fut plus inali\u00e9nablement attach\u00e9 \u00e0 une famille que cette apparition de mauvais aloi ne le fut \u00e0 la mienne. Mais je dois cependant signaler cette diff\u00e9rence. Un&nbsp;<em>banshee<\/em>&nbsp;ordinaire aurait plut\u00f4t tendance \u00e0 manifester de la sympathie \u00e0 l\u2019endroit de la famille qu\u2019il hante de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration alors que cette chose tra\u00eene \u00e0 sa suite le malheur et la m\u00e9chancet\u00e9. C\u2019est tout simplement le messager de la mort. Et le fait qu\u2019il prenne la forme du chat, dont on dit qu\u2019il est le plus insensible et le plus malfaisant des animaux, indique trop bien dans quel but il se manifeste.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 quelque temps de la mort de mon grand-p\u00e8re, alors qu\u2019il se trouvait encore en excellente sant\u00e9, on aper\u00e7ut le m\u00eame chat, pas exactement dans les circonstances que j\u2019ai rapport\u00e9es pour le d\u00e9c\u00e8s de mon p\u00e8re, mais peu s\u2019en faut.<\/p>\n\n\n\n<p>Un jour avant que mon oncle Teigue soit tu\u00e9 par l\u2019explosion de son fusil, il lui apparut dans la soir\u00e9e, au cr\u00e9puscule, dans le champ qui borde l\u2019\u00e9tang \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9, comme je vous l\u2019ai dit, j\u2019ai vu cette femme qui marchait sur les eaux. Mon oncle \u00e9tait en train de laver le canon de son fusil dans le lac. L\u2019herbe est tr\u00e8s basse dans ce coin et il n\u2019y a pas de possibilit\u00e9 de cachette dans les environs imm\u00e9diats. Il ignorait comment il \u00e9tait venu, mais, au moment o\u00f9 il l\u2019aper\u00e7ut, le chat se trouvait tout pr\u00e8s de lui, dans la clart\u00e9 incertaine du soir. Il tordait sa queue de col\u00e8re et il avait une mauvaise lueur verte au fond des yeux. Mon oncle eut beau faire, il se mit \u00e0 tourner autour de lui. Lorsqu\u2019il parvint au verger, mon oncle le perdit de vue.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma pauvre tante Peg avait \u00e9pous\u00e9 un O\u2019Brian du c\u00f4t\u00e9 d\u2019Oolah. Elle vint \u00e0 Drumgunniol pour les fun\u00e9railles d\u2019un cousin qui \u00e9tait mort, \u00e0 quelque chose comme un mille d\u2019ici. Et elle mourut, la pauvre, un mois seulement apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>Il devait \u00eatre environ deux ou trois heures du matin et elle revenait de la veill\u00e9e fun\u00e8bre. Comme elle passait l\u2019\u00e9chalas pour se rendre \u00e0 la ferme de Drumgunniol, elle vit \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, le Chat Blanc, tout pr\u00e8s. Elle manqua s\u2019\u00e9vanouir tout le long du chemin qu\u2019elle dut parcourir pour atteindre la porte. Arriv\u00e9 \u00e0 cet endroit, l\u2019animal fit un bond dans l\u2019aub\u00e9pine qui pousse l\u00e0 et disparut.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon petit fr\u00e8re Jim l\u2019a vu de m\u00eame, seulement trois semaines avant de mourir. Ainsi, chaque membre de notre famille qui tr\u00e9passe ou qui contracte le mal de mort, ici, \u00e0 Drumgunniol, est certain de voir le Chat Blanc et nul ne saurait plus esp\u00e9rer vivre bien longtemps lorsqu\u2019il l\u2019a aper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Chat Blanc de Drumgunniol est une nouvelle de Sheridan Le Fanu, publi\u00e9e le 2 avril 1870 dans le magazine All the Year Round. L&rsquo;histoire est centr\u00e9e sur le r\u00e9cit d&rsquo;un instituteur irlandais, qui raconte les l\u00e9gendes et les superstitions entourant une vieille ferme dans une r\u00e9gion isol\u00e9e de l&rsquo;Irlande. Dans ses souvenirs d&rsquo;enfance, il \u00e9voque l&rsquo;apparition d&rsquo;une silhouette f\u00e9minine spectrale et d&rsquo;un myst\u00e9rieux chat blanc, associ\u00e9s \u00e0 des pr\u00e9sages de mort dans sa famille.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":18896,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[893,834,864,863],"class_list":["post-18913","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-chats","tag-horreur","tag-irlande","tag-sheridan-le-fanu-fr","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":893,"label":"Chats"},{"value":834,"label":"Horreur"},{"value":864,"label":"Irlande"},{"value":863,"label":"Sheridan Le Fanu"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/01\/Sheridan-Le-Fanu-El-gato-blanco-de-Drumgunniol.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":826,"name":"Nouvelles","slug":"nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":826,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":73,"filter":"raw","cat_ID":826,"category_count":73,"category_description":"","cat_name":"Nouvelles","category_nicename":"nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":893,"name":"Chats","slug":"chats","term_group":0,"term_taxonomy_id":893,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":3,"filter":"raw"},{"term_id":834,"name":"Horreur","slug":"horreur","term_group":0,"term_taxonomy_id":834,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":22,"filter":"raw"},{"term_id":864,"name":"Irlande","slug":"irlande","term_group":0,"term_taxonomy_id":864,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":4,"filter":"raw"},{"term_id":863,"name":"Sheridan Le Fanu","slug":"sheridan-le-fanu-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":863,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":1,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18913","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=18913"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/18913\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/18896"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=18913"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=18913"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=18913"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}