{"id":19611,"date":"2025-02-15T11:36:22","date_gmt":"2025-02-15T15:36:22","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=19611"},"modified":"2025-02-16T13:14:38","modified_gmt":"2025-02-16T17:14:38","slug":"ernest-hemingway-lheure-triomphale-de-francis-macomber","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/ernest-hemingway-lheure-triomphale-de-francis-macomber\/19611\/","title":{"rendered":"Ernest Hemingway : L\u2019heure triomphale de Francis Macomber"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>R\u00e9sum\u00e9<\/strong> : <em>L&rsquo;heure triomphale de Francis Macomber<\/em>, une nouvelle d&rsquo;Ernest Hemingway publi\u00e9e en 1936, raconte la relation entre un couple et leur guide lors d&rsquo;un safari en Afrique. Apr\u00e8s un incident avec un lion, l&rsquo;interaction entre les personnages devient tendue, car l&rsquo;un d&rsquo;eux ne r\u00e9agit pas comme pr\u00e9vu pendant la chasse, ce qui met \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve ses \u00e9motions et la perception que les autres ont de lui. Un r\u00e9cit intense et plein de rebondissements, qui compte parmi les plus c\u00e9l\u00e8bres de l&rsquo;\u00e9crivain am\u00e9ricain.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-0b3b586a\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ernest-Hemingway-La-vida-feliz-de-Francis-Macomber.jpg\" alt=\"Ernest Hemingway : L\u2019heure triomphale de Francis Macomber\" class=\"wp-image-11775\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ernest-Hemingway-La-vida-feliz-de-Francis-Macomber.jpg 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ernest-Hemingway-La-vida-feliz-de-Francis-Macomber-300x300.jpg 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ernest-Hemingway-La-vida-feliz-de-Francis-Macomber-150x150.jpg 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2020\/12\/Ernest-Hemingway-La-vida-feliz-de-Francis-Macomber-768x768.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">L\u2019heure triomphale de Francis Macomber<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ernest Hemingway<br>( Nouvelle compl\u00e8te )<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u2019heure du d\u00e9jeuner et ils se trouvaient tous assis sous l\u2019auvent de toile verte de la tente-salle \u00e0 manger, faisant comme s\u2019il ne s\u2019\u00e9tait rien pass\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Voulez-vous de la limonade, ou un citron press\u00e9&nbsp;? demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je prendrai un gimlet, lui r\u00e9pondit Robert Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Moi aussi, je prendrai un gimlet. J\u2019ai besoin de quelque chose, dit la femme de Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je suppose que c\u2019est ce qu\u2019il y a de mieux \u00e0 faire, convint Macomber. Dites-lui de nous faire trois gimlets.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le boy du mess avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 les pr\u00e9parer&nbsp;; il tirait les bouteilles des sacs \u00e0 glace, dont la toile suait l\u2019humidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que je devrais leur donner&nbsp;? demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Une livre serait amplement suffisante, lui dit Wilson. Inutile de les g\u00e2ter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Leur chef la r\u00e9partira&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Absolument.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Francis Macomber venait, une demi-heure auparavant, d\u2019\u00eatre port\u00e9 en triomphe depuis la lisi\u00e8re du camp jusqu\u2019\u00e0 sa tente, sur les bras et les \u00e9paules des cuisiniers, des boys attach\u00e9s \u00e0 son service personnel, de l\u2019\u00e9corcheur et des porteurs. Les porteurs de fusils n\u2019avaient pas particip\u00e9 \u00e0 la manifestation. Lorsque les boys indig\u00e8nes l\u2019avaient d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e de sa tente, il leur avait serr\u00e9 les mains \u00e0 tous, avait re\u00e7u leurs f\u00e9licitations, puis il \u00e9tait entr\u00e9 sous la tente et s\u2019\u00e9tait assis sur le lit jusqu\u2019\u00e0 l\u2019arriv\u00e9e de sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne lui adressa pas la parole quand elle fut entr\u00e9e&nbsp;; alors il sortit imm\u00e9diatement de la tente pour se laver le visage et les mains au lavabo de campagne install\u00e9 dehors, et aller ensuite jusqu\u2019\u00e0 la tente-salle \u00e0 manger s\u2019asseoir dans un confortable fauteuil de toile, \u00e0 l\u2019ombre et sous la brise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous l\u2019avez eu, votre lion, lui dit Robert Wilson, et bougrement beau, avec \u00e7a.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mrs. Macomber eut un bref coup d\u2019\u0153il vers Wilson. C\u2019\u00e9tait une belle femme, extr\u00eamement soign\u00e9e, dont la beaut\u00e9 et la situation mondaine lui avaient valu, cinq ans plus t\u00f4t, de se voir offrir cinq mille dollars pour une s\u00e9rie de photos publicitaires vantant un produit de beaut\u00e9 qu\u2019elle n\u2019avait jamais employ\u00e9. Il y avait onze ans qu\u2019elle \u00e9tait mari\u00e9e avec Francis Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un beau lion, n\u2019est-ce pas&nbsp;?&nbsp;\u00bb fit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa femme le regarda, cette fois. Elle regarda ces deux hommes comme si elle ne les avait jamais vus.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019un, Wilson, le chasseur blanc, elle savait ne l\u2019avoir jamais r\u00e9ellement vu auparavant. Il \u00e9tait \u00e0 peu pr\u00e8s de taille moyenne, avec des cheveux d\u2019un blond roux, une moustache h\u00e9riss\u00e9e, un visage tr\u00e8s rouge et des yeux bleus extr\u00eamement froids avec, au coin des paupi\u00e8res, de l\u00e9g\u00e8res rides qui se plissaient gaiement quand il souriait. Il lui souriait, en ce moment m\u00eame&nbsp;; elle d\u00e9tourna les yeux du visage et regarda la chute des \u00e9paules dans la tunique l\u00e2che qu\u2019il portait, avec les quatre grosses cartouches serr\u00e9es dans leur gaine \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 aurait d\u00fb se trouver la poche ext\u00e9rieure, ses grandes mains brunes, son vieux pantalon de plage, ses chaussures tr\u00e8s sales, puis son regard revint \u00e0 son visage rouge. Elle remarqua, l\u00e0 o\u00f9 s\u2019interrompait le rouge cuit de sa figure, la ligne d\u00e9limitant le cercle blanc laiss\u00e9 par son chapeau Stetson, maintenant accroch\u00e9 \u00e0 une pat\u00e8re du piquet de tente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Eh bien, je bois au lion&nbsp;\u00bb, dit Robert Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>Il lui sourit de nouveau et elle, sans sourire, regarda son mari avec curiosit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Francis Macomber \u00e9tait tr\u00e8s grand, bien b\u00e2ti pour qui n\u2019\u00e9tait pas rebut\u00e9 par une telle longueur de carcasse, brun, les cheveux coup\u00e9s tr\u00e8s court, les l\u00e8vres plut\u00f4t minces, et passait pour beau gar\u00e7on. Il portait, comme Wilson, un v\u00eatement de chasse, mais le sien \u00e9tait neuf&nbsp;; il avait trente-cinq ans, soignait sa forme, maniait la raquette avec adresse, d\u00e9tenait un certain nombre de records de p\u00eache \u00e0 la grosse pi\u00e8ce et venait de se r\u00e9v\u00e9ler, tout \u00e0 fait publiquement, un l\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Au lion, dit-il en levant son verre. Jamais je ne pourrai m\u2019acquitter envers vous de ce que vous avez fait pour moi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Margaret, sa femme, se d\u00e9tourna de lui, et de nouveau son regard se posa sur Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ne parlons pas du lion&nbsp;\u00bb, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson leva les yeux et la regarda sans sourire, et maintenant c\u2019\u00e9tait elle qui lui souriait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c7\u2019a \u00e9t\u00e9 une journ\u00e9e des plus bizarres, dit-elle. Est-ce que vous n\u2019auriez pas d\u00fb mettre votre chapeau\u2026 en plein midi, m\u00eame sous la toile de tente&nbsp;? C\u2019est vous qui me l\u2019aviez dit, n\u2019oubliez pas\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;\u2026 Pourrais le mettre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous avez la figure tr\u00e8s rouge, vous savez, Mr. Wilson&nbsp;\u00bb, dit-elle. Et de nouveau elle lui sourit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;La boisson, dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je ne crois pas, fit-elle. Francis boit beaucoup, mais il n\u2019a jamais le visage rouge.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber voulut plaisanter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Aujourd\u2019hui il l\u2019est, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non, dit Margaret. C\u2019est le mien qui est rouge, aujourd\u2019hui. Mais le visage de Mr. Wilson est toujours rouge.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Doit \u00eatre une question de race, fit Wilson. Mais, dites-moi, cela ne vous ferait rien d\u2019abandonner ma beaut\u00e9 en tant que sujet de conversation&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je viens seulement de commencer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Laissons tomber, dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; La conversation va devenir des plus p\u00e9nibles, fit Margaret.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ne dis pas de b\u00eatises, fit son mari.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Rien de p\u00e9nible, fit Wilson. Sacr\u00e9 lion qu\u2019on a eu l\u00e0, bon sang.&nbsp;\u00bb Margot les regarda tous les deux, et tous les deux virent qu\u2019elle allait pleurer. Wilson le sentait depuis d\u00e9j\u00e0 un bon moment et il le redoutait.<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber n\u2019en \u00e9tait plus \u00e0 le redouter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je voudrais que cela ne soit pas arriv\u00e9. Oh&nbsp;! je voudrais que cela ne soit pas arriv\u00e9&nbsp;\u00bb, dit-elle, et elle s\u2019en alla vers sa tente.<\/p>\n\n\n\n<p>On ne l\u2019entendait pas pleurer&nbsp;; mais ils voyaient ses \u00e9paules agit\u00e9es de secousses sous la chemise rose, \u00e0 l\u2019\u00e9preuve du soleil. \u00ab&nbsp;Contrari\u00e9t\u00e9s de femmes, fit Wilson \u00e0 l\u2019homme de haute stature. Pas grave, tension nerveuse et des histoires de ce genre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non, dit Macomber. J\u2019imagine que j\u2019en ai pour jusqu\u2019\u00e0 la fin de mes jours, maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Quelle blague. Buvons donc un petit coup de pousse-au-crime, dit Wilson. Oubliez tout \u00e7a. De toute fa\u00e7on, \u00e7a ne tire pas \u00e0 cons\u00e9quence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On peut toujours essayer, dit Macomber. Mais je ne suis pas pr\u00e8s d\u2019oublier ce que vous avez fait pour moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Compte pas, dit Wilson. Des b\u00eatises, tout \u00e7a.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ils rest\u00e8rent donc assis \u00e0 l\u2019ombre, l\u00e0 o\u00f9 le camp avait \u00e9t\u00e9 am\u00e9nag\u00e9, sous de larges acacias, avec un escarpement rocheux derri\u00e8re eux, une nappe d\u2019herbe s\u2019\u00e9tendant jusqu\u2019\u00e0 la rive d\u2019un cours d\u2019eau rempli de pierres, devant eux, le tout sur un fond de for\u00eat, chacun \u00e0 boire son gimlet juste rafra\u00eechi, chacun \u00e9vitant le regard de l\u2019autre, tandis que les boys mettaient le couvert pour le d\u00e9jeuner. W&rsquo;ilson se rendait compte que les boys \u00e9taient maintenant tous au courant, et lorsqu\u2019il vit le boy personnel de Macomber regarder son ma\u00eetre avec curiosit\u00e9 en posant les plats sur la table, il le rappela vertement \u00e0 l\u2019ordre en swahili. Le boy se d\u00e9tourna, le visage ferm\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce que vous lui disiez&nbsp;? demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Rien. Lui ai dit de se remuer, sinon je lui en ferais donner une quinzaine, et des soign\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Quoi donc, des coups de fouet&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019est parfaitement ill\u00e9gal, dit Wilson. On est cens\u00e9 leur donner des amendes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous les faites encore fouetter&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oh&nbsp;! oui. Ils pourraient faire du raffut s\u2019ils voulaient se plaindre. Mais ils n\u2019y tiennent pas. Ils aiment mieux \u00e7a que les amendes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Bizarre&nbsp;! fit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Du tout, je vous assure, dit Wilson. Qu\u2019est-ce que vous pr\u00e9f\u00e9reriez&nbsp;? Recevoir une bonne fouett\u00e9e ou y laisser votre paie&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Aussit\u00f4t il se sentit g\u00ean\u00e9 d\u2019avoir pos\u00e9 la question, et sans laisser \u00e0 Macomber le temps de r\u00e9pondre, il poursuivit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;D\u2019ailleurs vous savez, nous en recevons tous les jours, des racl\u00e9es, que ce soit d\u2019une fa\u00e7on ou d\u2019une autre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui ne valait gu\u00e8re mieux. Oh, mis\u00e8re&nbsp;! se dit-il, je suis joli, comme diplomate&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui, nous en recevons des racl\u00e9es, fit Macomber, toujours sans le regarder. Je suis vraiment d\u00e9sol\u00e9 \u00e0 propos de cette histoire de lion. Il n\u2019est pas n\u00e9cessaire que \u00e7a s\u2019\u00e9bruite, dites-moi. Je veux dire que\u2026 personne ne le saura, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Si j\u2019en parlerai au Mathaiga Club, vous voulez dire&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson le consid\u00e9rait d\u2019un \u0153il froid, maintenant. Il ne s\u2019\u00e9tait pas attendu \u00e0 cela. C\u2019est donc un foutu c\u2026 en plus d\u2019un foutu couard, se dit-il \u00e0 part lui. Et pourtant, il me plaisait assez, jusqu\u2019\u00e0 maintenant. iMais comment voulez-vous savoir, avec un Am\u00e9ricain&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Non, dit Wilson. Je suis un chasseur professionnel. Nous ne parlons jamais de nos clients. L\u00e0-dessus vous pouvez \u00eatre tout \u00e0 fait tranquille. \u00c0 part \u00e7a, je peux vous dire que cela ne se fait pas de nous demander de nous taire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il venait de prendre la d\u00e9cision de rompre, comme \u00e9tant le parti le plus simple. Comme cela, il mangerait seul et pourrait se permettre de lire un livre pendant les repas. Eux mangeraient de leur c\u00f4t\u00e9. Il les piloterait pendant le safari, mais chacun garderait ses distances. Comment dit-on en fran\u00e7ais, d\u00e9j\u00e0&nbsp;? Consid\u00e9ration distingu\u00e9e \u2013 et ce serait bougrement plus commode que d\u2019\u00eatre oblig\u00e9 de participer \u00e0 toute cette salade sentimentale. Il lui ferait un affront de mani\u00e8re \u00e0 tout casser une bonne fois, et pas d\u2019histoires. Apr\u00e8s \u00e7a, il pourrait lire un livre en mangeant, tout en continuant \u00e0 boire leur whisky. C\u2019\u00e9tait l\u2019expression consacr\u00e9e, lorsqu\u2019un safari tournait mal. On tombait sur un autre chasseur blanc et on lui demandait&nbsp;: \u00ab&nbsp;Comment \u00e7a se passe, chez vous&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et il r\u00e9pondait&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oh&nbsp;! je continue \u00e0 boire leur whisky.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, on savait que tout s\u2019en \u00e9tait all\u00e9 \u00e0 la d\u00e9bandade.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je m\u2019excuse&nbsp;\u00bb, dit Macomber en le regardant avec son visage d\u2019Am\u00e9ricain qui resterait un visage d\u2019adolescent jusqu\u2019au moment o\u00f9 il deviendrait un visage d\u2019homme m\u00fbr, et Wilson nota les cheveux taill\u00e9s en brosse, les beaux yeux \u00e0 peine fuyants, le nez sympathique, les l\u00e8vres minces et la m\u00e2choire bien plant\u00e9e. \u00ab&nbsp;Je suis d\u00e9sol\u00e9 de ne pas m\u2019en \u00eatre rendu compte. J\u2019ai encore beaucoup \u00e0 apprendre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et voil\u00e0, pensa Wilson. Qu\u2019est-ce que je peux faire&nbsp;? Tout pr\u00eat \u00e0 rompre une bonne fois et tout de suite, et ce bougre-l\u00e0 venait s\u2019excuser apr\u00e8s s\u2019\u00eatre fait insulter. Il fit une derni\u00e8re tentative.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous n\u2019avez pas \u00e0 craindre que je parle, dit-il. J\u2019ai ma vie \u00e0 gagner. En Afrique, vous savez, une femme ne rate jamais son lion et un Blanc ne d\u00e9tale jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; J\u2019ai d\u00e9tal\u00e9 comme un li\u00e8vre&nbsp;\u00bb, fit Macomber.Que diable voulez-vous faire d\u2019un type qui vous parle comme \u00e7a&nbsp;? se demandait Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses yeux bleus impassibles, ses yeux de mitrailleur, regardaient Macomber, et l\u2019autre, en retour, lui sourit. Il avait un sourire agr\u00e9able, n\u2019\u00e9tait le fait que cela se voyait dans ses yeux lorsqu\u2019on l\u2019avait offens\u00e9. \u00ab&nbsp;Peut-\u00eatre pourrai-je me rattraper sur les buffles&nbsp;? dit-il. C\u2019est aux buffles que nous allons nous attaquer maintenant, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Demain matin, si vous voulez&nbsp;\u00bb, lui r\u00e9pondit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre s\u2019\u00e9tait-il tromp\u00e9. Il fallait reconna\u00eetre que c\u2019\u00e9tait la bonne fa\u00e7on d\u2019encaisser. Pas question de jamais savoir \u00e0 quoi s\u2019en tenir, avec ces sacr\u00e9s Am\u00e9ricains. Macomber \u00e9tait remont\u00e9 de cent pour cent dans son estime. Si on pouvait seulement oublier ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 ce matin. Mais, bien entendu, c\u2019\u00e9tait impossible. Ce matin-l\u00e0 avait \u00e9t\u00e9 \u00e0 peu pr\u00e8s ce qui se faisait de mieux dans le genre moche. \u00ab&nbsp;Voil\u00e0 la Memsahib&nbsp;\u00bb, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle arrivait de sa tente, la mine repos\u00e9e, de bonne humeur et tout \u00e0 fait charmante. Son visage \u00e9tait d\u2019un ovale tr\u00e8s parfait, tellement parfait qu\u2019on s\u2019attendait \u00e0 ce qu\u2019elle f\u00fbt stupide. Mais elle n\u2019\u00e9tait pas stupide, se disait Wilson, non, pas stupide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Comment va le beau, le rubicond Mr. Wilson&nbsp;? Tu te sens mieux, Francis, ma perle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oh&nbsp;! infiniment mieux, dit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; J\u2019ai tout oubli\u00e9, dit-elle en s\u2019asseyant \u00e0 la table. Quelle importance y a-t-il \u00e0 ce que Francis soit ou non habile \u00e0 tuer des lions&nbsp;? Ce n\u2019est pas son m\u00e9tier. C\u2019est le m\u00e9tier de Mr. Wilson. Mr. Wilson est vraiment tr\u00e8s impressionnant lorsqu\u2019il tue n\u2019importe quoi. Car vous tuez effectivement n\u2019importe quoi, n\u2019est-ce pas, Mr. Wilson&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oh&nbsp;! n\u2019importe quoi, r\u00e9pondit Wilson, absolument n\u2019importe quoi.&nbsp;\u00bb Elles sont vraiment, se disait-il, les plus implacables, les plus cruelles, les plus rapaces, et leurs hommes se sont ramollis ou bien se sont d\u00e9moli les nerfs, tandis qu\u2019elles s\u2019endurcissaient. \u00c0 moins que ce ne soit d\u00fb au fait qu\u2019elles choisissent des hommes qu\u2019elles peuvent mener \u00e0 leur guise&nbsp;? Il n\u2019est pas possible qu\u2019elles soient d\u00e9lur\u00e9es \u00e0 ce point \u00e0 l\u2019\u00e2ge o\u00f9 elles se marient. Il se sentait r\u00e9confort\u00e9 \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019avoir fait son \u00e9ducation en ce qui concernait les Am\u00e9ricaines avant ce jour, car celle-ci \u00e9tait tr\u00e8s s\u00e9duisante.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Nous allons courir le buffle, demain, lui dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; J\u2019en suis, fit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pas question&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oh, mais si. Francis, tu permets, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi ne pas rester au camp&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pour rien au monde, dit-elle. Je ne voudrais manquer un spectacle comme celui de ce matin pour rien au monde.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Quand elle \u00e9tait partie, songeait Wilson, quand elle les avait quitt\u00e9s pour aller pleurer, elle avait vraiment l\u2019air d\u2019une femme \u00e9patante, bon sang&nbsp;! On aurait dit qu\u2019elle comprenait, qu\u2019elle avait de la peine pour lui et pour elle-m\u00eame, et qu\u2019elle \u00e9tait capable de voir le fond des choses. Elle reste vingt minutes partie et la revoil\u00e0, tout bonnement cuirass\u00e9e de cette cruaut\u00e9 de femelle am\u00e9ricaine. Ce sont les plus infernales des femmes. Vraiment les plus infernales&nbsp;! \u00ab&nbsp;Nous allons donner une autre repr\u00e9sentation pour toi, demain, dit Francis Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous ne viendrez pas, d\u00e9cida Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous vous trompez beaucoup, lui dit-elle. Et j\u2019ai tellement envie de vous revoir op\u00e9rer. Vous \u00e9tiez charmant, ce matin. C\u2019est-\u00e0-dire, dans la mesure o\u00f9 l\u2019on peut trouver \u201ccharmant\u201d le fait d\u2019aller faire sauter des t\u00eates \u00e0 coups de fusil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Voil\u00e0 le d\u00e9jeuner, dit Wilson. Vous \u00eates tr\u00e8s gaie, en somme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi pas&nbsp;? Je ne suis pas venue ici pour m\u2019ennuyer&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On ne peut pas dire que \u00e7\u2019ait \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s ennuyeux&nbsp;\u00bb, dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>Il voyait les blocs de pierre dans le torrent et, au-del\u00e0, la rive escarp\u00e9e bord\u00e9e d\u2019arbres, et le souvenir de la matin\u00e9e lui revint. \u00ab&nbsp;Oh, non&nbsp;! dit-elle. \u00c7\u2019a \u00e9t\u00e9 charmant. Et demain\u2026 Vous n\u2019imaginez pas avec quelle impatience j\u2019attends la journ\u00e9e de demain.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019est de l\u2019\u00e9lan, qu\u2019il vous offre l\u00e0, lui dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ces esp\u00e8ces de grandes vaches qui sautent comme des li\u00e8vres, c\u2019est cela&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Mon Dieu, la description peut leur convenir, dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; La viande en est excellente, fit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019est toi qui l\u2019as tir\u00e9, Francis&nbsp;? demanda-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ce n\u2019est pas dangereux, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Seulement s\u2019ils vous tombent dessus, lui r\u00e9pondit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je suis si contente&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Cela ne te ferait rien d\u2019\u00eatre un peu moins garce, Margot&nbsp;? dit Macomber en coupant son steak d\u2019\u00e9lan et en mettant de la pur\u00e9e, de la sauce et des carottes sur le dos de la fourchette qui embrochait le morceau de viande.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Puisque tu me le demandes si gentiment, dit-elle, je suppose que cela peut se faire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ce soir, il y aura du champagne pour f\u00eater le lion, dit Wilson. Il fait un peu trop chaud \u00e0 midi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ah, le lion&nbsp;! fit Margaret. J\u2019avais oubli\u00e9 le lion.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est bien \u00e7a, songeait Wilson \u00e0 part lui, elle le met en bo\u00eete, ma parole. \u00c0 moins que ce ne soit sa fa\u00e7on \u00e0 elle de sauvegarder les apparences&nbsp;? Quelles devraient \u00eatre les r\u00e9actions d\u2019une femme qui d\u00e9couvre que son mari est un satan\u00e9 l\u00e2che&nbsp;? Elle est cruelle, la garce, mais toutes sont cruelles. Ce sont elles qui gouvernent, je sais bien, et, pour gouverner, il faut parfois se montrer cruel. Tout de m\u00eame, elles commencent \u00e0 me porter sur les nerfs avec leur maudit terrorisme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Encore un peu d\u2019\u00e9lan&nbsp;?&nbsp;\u00bb lui proposa-t-il poliment.<\/p>\n\n\n\n<p>Vers la fin de ce m\u00eame apr\u00e8s-midi, Wilson et Macomber partirent en voiture avec le chauffeur indig\u00e8ne et les deux porteurs de fusils. Mrs. Macomber resta au camp. Il faisait trop chaud pour sortir, avait-elle dit, et puis elle les accompagnait le lendemain matin. Comme la voiture s\u2019\u00e9loignait, Wilson la vit plant\u00e9e sous le gros arbre, plut\u00f4t jolie que belle dans son kaki tirant l\u00e9g\u00e8rement sur le rose, ses cheveux noirs ramen\u00e9s en arri\u00e8re et rassembl\u00e9s en un chignon dans le bas de la nuque, la mine aussi fra\u00eeche, pensait-il, que si elle avait \u00e9t\u00e9 en Angleterre. Elle agita le bras au moment o\u00f9 la voiture s\u2019enfon\u00e7ait dans le creux, parmi les hautes herbes, pour d\u00e9crire une courbe \u00e0 travers les\u2019 arbres en direction des petites collines parsem\u00e9es de plaques de brousse et d\u2019arbres, \u00e0 l\u2019aspect de verger sauvage.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les fourr\u00e9s, ils trouv\u00e8rent une harde d\u2019impalas&nbsp;; alors, abandonnant la voiture, ils traqu\u00e8rent un vieux b\u00e9lier aux longues cornes largement \u00e9vas\u00e9es et Macomber le tua d\u2019une balle tir\u00e9e \u00e0 deux cents m\u00e8tres, coup fort honorable qui mit la panique dans la harde et les fit se chevaucher les uns les autres dans une fuite \u00e9perdue, avec des bonds d\u00e9mesur\u00e9s, toutes pattes rentr\u00e9es, aussi incroyables et aussi a\u00e9riens que ceux que l\u2019on fait quelquefois dans les r\u00eaves.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un beau coup, dit Wilson, ils n\u2019offrent pas une grande cible.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Est-ce que la t\u00eate vaut quelque chose&nbsp;? demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je comprends, c\u2019est tr\u00e8s bien, lui dit Wilson. Tirez comme \u00e7a et \u00e7a ira tout seul.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous croyez que nous trouverons du buffle, demain&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il y a des chances. Ils vont pa\u00eetre de bonne heure, le matin, et avec un peu de veine on pourrait les surprendre \u00e0 d\u00e9couvert.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je voudrais bien liquider cette histoire de lion, fit Macomber. Ce n\u2019est pas tr\u00e8s agr\u00e9able que votre femme vous ait vu faire quelque chose de ce genre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019estime que cela devrait \u00eatre encore plus d\u00e9sagr\u00e9able de le faire, se dit Wilson, avec ou sans femme, ou d\u2019en parler une fois qu\u2019on l\u2019a fait. Mais il dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 votre place, je n\u2019y penserais plus. Cela peut arriver \u00e0 n\u2019importe qui de n\u2019\u00eatre pas dans son assiette pour un premier lion. Tout \u00e7a est fini.&nbsp;\u00bb Mais cette nuit-l\u00e0, apr\u00e8s le d\u00eener suivi d\u2019un whisky-soda pris aupr\u00e8s du feu avant d\u2019aller se coucher, alors que Francis Macomber, \u00e9tendu sur son lit de camp sous la moustiquaire, \u00e9coutait les bruits de la nuit, ce n\u2019\u00e9tait pas fini du tout. Ce n\u2019\u00e9tait ni fini, ni sur le point de commencer. C\u2019\u00e9tait l\u00e0, exactement comme cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9, avec des \u00e9pisodes ressortant d\u2019une mani\u00e8re ind\u00e9l\u00e9bile, et il en \u00e9tait honteux, lamentablement. Mais, plus fort que la honte, il ressentait en lui une peur froide, sourde. La peur \u00e9tait toujours l\u00e0, froide et visqueuse caverne dans l\u2019immense vide o\u00f9 logeait autrefois toute sa belle assurance, et il en avait la naus\u00e9e. En ce moment m\u00eame, elle \u00e9tait toujours l\u00e0, en lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela avait commenc\u00e9 la nuit pr\u00e9c\u00e9dente, quand il s\u2019\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 et avait entendu le lion rugir quelque part l\u00e0-haut, le long du torrent C\u2019\u00e9tait un bruit profond, sourd, avec, \u00e0 la fin, des esp\u00e8ces de grognements poussifs qui donnaient l\u2019impression qu\u2019il \u00e9tait l\u00e0, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la tente, et quand Francis Macomber se r\u00e9veilla au milieu de la nuit et l\u2019entendit, il eut peur. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 de lui, sa femme respirait r\u00e9guli\u00e8rement, paisiblement II n\u2019y avait personne \u00e0 qui dire qu\u2019il avait peur, ou pour avoir peur avec lui. Allong\u00e9 l\u00e0, tout seul, il ne connaissait pas le proverbe somali qui dit qu\u2019un brave a toujours peur trois fois d\u2019un lion&nbsp;: quand il voit ses traces pour la premi\u00e8re fois, quand il l\u2019entend rugir pour la premi\u00e8re fois et quand il se trouve face \u00e0 face avec lui pour la premi\u00e8re fois. Ensuite, pendant qu\u2019ils prenaient le petit d\u00e9jeuner \u00e0 la lanterne, dans la tente-salle \u00e0 manger, avant le lever du soleil, le lion rugit \u00e0 nouveau et il parut \u00e0 Francis qu\u2019il \u00e9tait juste \u00e0 la lisi\u00e8re du camp.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;M\u2019a l\u2019air d\u2019un vieux r\u00e9cidiviste, dit Wilson en levant les yeux de dessus ses kippers et son caf\u00e9, \u00e9coutez-le tousser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il est tr\u00e8s pr\u00e8s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; \u00c0 peu pr\u00e8s un mille en amont du torrent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Nous le verrons&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On va aller jeter un coup d\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ses rugissements portent tellement loin&nbsp;? On croirait qu\u2019il est l\u00e0, \u00e0 deux pas, dans le camp&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je comprends qu\u2019ils portent loin, dit Robert Wilson. C\u2019est \u00e9trange comme ils portent. J\u2019esp\u00e8re que c\u2019est un chat bon \u00e0 tuer. Les boys disaient qu\u2019il y en avait un tr\u00e8s gros dans les parages.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Si je peux placer une balle, demanda Macomber, o\u00f9 dois-je tirer pour l\u2019arr\u00eater court&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Dans l\u2019\u00e9paule, r\u00e9pondit Wilson. Dans le cou, si vous y arrivez. Cherchez \u00e0 toucher un os, d\u00e9molissez-le.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; J\u2019esp\u00e8re la mettre au bon endroit, dit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous tirez tr\u00e8s bien, lui dit Wilson. Prenez votre temps, soyez s\u00fbr de l\u2019avoir. C\u2019est la premi\u00e8re qui compte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; \u00c0 quelle distance faudra-t-il le tirer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Peux pas savoir. Le lion a son mot \u00e0 dire l\u00e0-dessus. Pas tirer \u00e0 moins qu\u2019il ne soit assez pr\u00e8s pour \u00eatre s\u00fbr de votre coup.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; \u00c0 moins de cent m\u00e8tres&nbsp;?&nbsp;\u00bb demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson lui lan\u00e7a un rapide coup d\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Oui, disons cent, \u00e0 peu pr\u00e8s. Pourriez \u00eatre forc\u00e9 de le prendre un peu moins loin. Gu\u00e8re au-dessus, en tout cas, trop hasardeux. Voil\u00e0 la Memsahib.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Bonjour, dit-elle. Alors, nous allons le chercher, ce lion&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; D\u00e8s que vous aurez liquid\u00e9 votre petit d\u00e9jeuner, dit Wilson. Comment vous sentez-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Merveilleusement bien, r\u00e9pondit-elle. Je suis tr\u00e8s impatiente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je vais simplement m\u2019assurer que tout est bien pr\u00eat, fit Wilson. Nous allons le faire taire&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Qu\u2019y a-t-il, Francis&nbsp;? lui demanda sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Rien, r\u00e9pondit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Si, tu as quelque chose. Qu\u2019est-ce qui te tourmente&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Rien, fit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Dis-le moi.&nbsp;\u00bb Elle le regarda. \u00ab&nbsp;Tu ne te sens pas bien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ce sont ces maudits rugissements, dit-il. \u00c7a n\u2019a pas cess\u00e9 de toute la nuit, tu sais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi ne m\u2019as-tu pas r\u00e9veill\u00e9e&nbsp;? dit-elle. J\u2019aurais tellement voulu l\u2019entendre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il faut absolument que je tue cette maudite b\u00eate, dit Macomber, d\u2019un ton lamentable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Mais c\u2019est bien pour cela que tu es venu, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui. Mais je me sens \u00e9nerv\u00e9. \u00c7a me porte sur le syst\u00e8me d\u2019entendre cette b\u00eate rugir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Eh bien alors, comme l\u2019a dit Wilson, tue-le et fais-le taire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui, ma ch\u00e9rie, dit Francis Macomber. Cela para\u00eet facile, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu n\u2019aurais pas peur, par hasard&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Bien s\u00fbr que non. Mais de l\u2019avoir entendu rugir toute la nuit, cela m\u2019a \u00e9nerv\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu vas le tuer magnifiquement. J\u2019en suis s\u00fbre. Je suis terriblement impatiente de voir cela.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Finis ton petit d\u00e9jeuner et nous partons.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il ne fait pas encore jour, dit-elle. C\u2019est une heure absurde.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Juste \u00e0 ce moment, le lion poussa un rugissement, vibration ascendante montant du creux de la poitrine, sorte de plainte rauque brusquement gutturale qui sembla \u00e9branler l\u2019air, pour se terminer par un soupir et un grognement lourd, grave, profond.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On dirait qu\u2019il est l\u00e0, \u00e0 c\u00f4t\u00e9, dit la femme de Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Bon Dieu, fit Macomber. Je d\u00e9teste ce maudit vacarme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019est tr\u00e8s impressionnant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Impressionnant&nbsp;? C\u2019est \u00e9pouvantable.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce moment, Robert Wilson s\u2019amena en souriant, portant son horrible Gibbs 505, arme courte au canon affreusement large. \u00ab&nbsp;Allons-y, dit-il. Votre porteur a votre Springf\u00efeld et la grosse carabine. Tout est dans la voiture. Avez-vous pris des balles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je suis pr\u00eate, dit Mrs. Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Faut lui faire cesser ce raffut, dit Wilson. Mettez-vous devant. La Memsahib s\u2019assi\u00e9ra derri\u00e8re, avec moi.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ils mont\u00e8rent dans l\u2019auto, et dans l\u2019aube grise, ils partirent \u00e0 travers les arbres, longeant la rive vers l\u2019amont. Macomber ouvrit sa carabine, vit qu\u2019il y avait des balles blind\u00e9es, referma la culasse et poussa le cran de s\u00fbret\u00e9. Il s\u2019aper\u00e7ut que ses mains tremblaient. Il t\u00e2ta sa poche \u00e0 la recherche d\u2019autres cartouches et passa les doigts sur celles qui remplissaient les \u00e9tuis de sa tunique. Il se retourna vers Wilson et vers sa femme, tous deux assis dans la voiture sans porti\u00e8res, au ch\u00e2ssis en forme de caisse, tous deux surexcit\u00e9s et souriant \u00e0 l\u2019avance, et Wilson se pencha et lui chuchota&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Voyez comme les oiseaux descendent\u2026 Signifie que le vieux bougre a l\u00e2ch\u00e9 ce qu\u2019il a tu\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sur la rive oppos\u00e9e de la rivi\u00e8re, Macomber pouvait voir, au-dessus des arbres, les vautours qui tournoyaient et piquaient comme des fl\u00e8ches. \u00ab&nbsp;Il y a des chances pour qu\u2019il vienne boire par ici, chuchota Wilson, avant d\u2019aller faire la sieste. Ouvrez l\u2019\u0153il.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auto suivait lentement la rive la plus haute du torrent, qui, \u00e0 cet endroit, entaillait profond\u00e9ment son lit de rochers et serpentait \u00e0 travers les arbres. Macomber surveillait la berge d\u2019en face quand il sentit Wilson lui prendre le bras. La voiture stoppa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Le voil\u00e0, entendit-il chuchoter. Devant et \u00e0 droite. Descendez et tirez-le. C\u2019est une b\u00eate magnifique.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors Macomber vit le lion. Il se tenait l\u00e0, presque compl\u00e8tement de flanc, sa grosse t\u00eate lev\u00e9e et tourn\u00e9e vers eux. La brise matinale qui soufflait de leur c\u00f4t\u00e9 commen\u00e7ait \u00e0 agiter sa crini\u00e8re sombre, et le lion, se profilant sur la pente du talus dans la lumi\u00e8re grise du matin, paraissait \u00e9norme, avec ses \u00e9paules massives, son corps en tonneau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 combien est-il&nbsp;? interrogea Macomber en levant sa carabine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Soixante-quinze m\u00e8tres, environ. Descendez et tirez-le.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi ne pas tirer d\u2019o\u00f9 je suis&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Cela ne se fait pas de les tirer en auto, lui dit Wilson \u00e0 l\u2019oreille. Descendez. Il ne va pas rester l\u00e0 toute la journ\u00e9e.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber enjamba l\u2019ouverture en demi-cercle pr\u00e8s du si\u00e8ge avant, posa le pied sur le marchepied puis sur le sol. Le lion \u00e9tait toujours l\u00e0, regardant d\u2019un air majestueux et placide en direction de cet objet bizarre, trapu comme une sorte de super-rhinoc\u00e9ros, que ses yeux ne lui montraient qu\u2019en silhouette. Aucune odeur d\u2019homme ne parvenait jusqu\u2019\u00e0 lui et il observait l\u2019objet, bougeant l\u00e9g\u00e8rement sa grande t\u00eate de c\u00f4t\u00e9 et d\u2019autre. Puis, observant l\u2019objet, sans avoir peur, mais h\u00e9sitant avant d\u2019aller boire \u00e0 la berge avec une chose pareille en face de lui, il vit une forme d\u2019homme s\u2019en d\u00e9tacher. Alors, il d\u00e9tourna sa t\u00eate massive pour filer en direction du couvert des arbres, lorsqu\u2019il entendit un craquement de tonnerre et ressentit le choc brutal d\u2019une balle blind\u00e9e de 50-06, de 220 grains qui lui mordait le flanc et, en une soudaine bouillante naus\u00e9e, lui d\u00e9chirait l\u2019estomac.<\/p>\n\n\n\n<p>Il partit au trot, lourd, pattu, oscillant de toute l\u2019ampleur de son ventre bless\u00e9, \u00e0 travers les arbres, vers le refuge des hautes herbes, quand cela craqua de nouveau et d\u00e9chira l\u2019air en passant pr\u00e8s de lui. Ensuite, cela craqua encore une fois et il sentit le coup le frapper dans les basses c\u00f4tes et se forcer un chemin dans sa chair, et subitement dans sa gueule une \u00e9cume de sang chaud&nbsp;; alors il s\u2019enfuit au galop vers les hautes herbes, o\u00f9 il pourrait se blottir sans \u00eatre vu et les forcer \u00e0 amener la chose qui craquait assez pr\u00e8s pour qu\u2019il p\u00fbt charger et attraper l\u2019homme qui la tenait.<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber n\u2019avait pas song\u00e9 \u00e0 ce que pouvait ressentir le lion, en descendant de l\u2019auto. Il savait seulement que ses mains tremblaient, et, lorsqu\u2019il s\u2019\u00e9carta de la voiture, il lui fut presque impossible de remuer les jambes. Elles \u00e9taient raides aux cuisses, mais il sentit fr\u00e9mir les muscles. Il \u00e9paula sa carabine, visa la jointure de la nuque du lion et pressa la d\u00e9tente. Il ne se passa rien, et pourtant il tirait \u00e0 s\u2019en casser le doigt. Puis il comprit qu\u2019il avait laiss\u00e9 le cran de s\u00fbret\u00e9 et tout en abaissant la carabine pour le pousser, ses jambes p\u00e9trifi\u00e9es le port\u00e8rent encore d\u2019un pas en avant et le lion, voyant maintenant sa silhouette se d\u00e9tacher nettement de la silhouette de l\u2019auto, fit demi-tour et partit au petit trot et quand Macomber tira, il entendit un \u00ab&nbsp;ploc&nbsp;\u00bb mat signifiant que la balle avait port\u00e9. Macomber tira de nouveau et chacun put voir la balle soulever un jet de poussi\u00e8re devant le lion qui trottait. Il tira encore une fois, se souvenant qu\u2019il fallait viser bas, et tout le monde entendit le choc de la balle&nbsp;; alors le lion prit le galop et se trouva dans les hautes herbes avant qu\u2019il e\u00fbt referm\u00e9 la culasse.<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber restait l\u00e0, envahi par une l\u00e9g\u00e8re sensation de naus\u00e9e, et ses mains, qui tenaient le Springfield toujours arm\u00e9, tremblaient&nbsp;; sa femme et Robert Wilson \u00e9taient \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s. \u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s aussi se tenaient les deux porteurs de fusils. Ils jacassaient en wakamba.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je l\u2019ai touch\u00e9, dit Macomber. Je l\u2019ai touch\u00e9 deux fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Une dans les tripes, et une quelque part en avant&nbsp;\u00bb, dit Wilson, sans enthousiasme.<\/p>\n\n\n\n<p>Les porteurs de fusils avaient un air tr\u00e8s grave. Ils s\u2019\u00e9taient tus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il se peut que vous l\u2019ayez tu\u00e9, continua Wilson. Il va falloir que nous attendions un moment avant de rentrer dedans voir ce qu\u2019il en est.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Que voulez-vous dire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Lui laisser le temps de se refroidir avant de le poursuivre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ah&nbsp;! fit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Un lion \u00e9patant, nom d\u2019un chien&nbsp;! fit Wilson d\u2019un ton encourageant. Dommage qu\u2019il soit all\u00e9 se mettre dans un coin aussi mauvais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi est-ce mauvais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On ne le verra que quand on sera dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ah&nbsp;! fit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Allons-y, dit Wilson. La Memsahib peut rester dans la voiture. Nous allons jeter un coup d\u2019\u0153il sur les traces de sang.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Reste-l\u00e0, Margot&nbsp;\u00bb, dit Macomber \u00e0 sa femme. Sa bouche \u00e9tait tr\u00e8s s\u00e8che et il \u00e9prouvait des difficult\u00e9s \u00e0 articuler.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pourquoi&nbsp;? demanda-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Wilson trouve que cela vaut mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Nous allons jeter un coup d\u2019\u0153il, fit Wilson. Restez l\u00e0. Vous verrez d\u2019ailleurs mieux d\u2019ici.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tr\u00e8s bien&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson parla en swahili au chauffeur. Ce dernier inclina la t\u00eate et fit&nbsp;: \u00ab&nbsp;Oui,&nbsp;<em>B\u2019wana<\/em>.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite ils descendirent la berge escarp\u00e9e, travers\u00e8rent le torrent en escaladant ou en contournant les rochers, et grimp\u00e8rent sur l\u2019autre rive en s\u2019aidant de racines qui saillaient \u00e0 m\u00eame le talus, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 le lion \u00e9tait parti quand Macomber avait tir\u00e9 son premier coup de fusil. Les porteurs de fusils d\u00e9sign\u00e8rent du bout de leurs longues tiges d\u2019herbe des traces de sang noir sur l\u2019herbe courte, et ces traces allaient se perdre derri\u00e8re les arbres de la rive. \u00ab&nbsp;Que faisons-nous&nbsp;? interrogea Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pas le choix, dit Wilson. Peut pas amener la voiture ici. Berge trop raide. Laissons-le s\u2019ankyloser un peu et apr\u00e8s \u00e7a on ira voir ce qu\u2019il devient, vous et moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On ne pourrait pas mettre le feu \u00e0 l\u2019herbe&nbsp;? demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Trop verte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On ne peut pas envoyer des rabatteurs&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson le jaugea du regard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est chose possible, bien entendu, dit-il. Mais cela ferait un tout petit peu assassinat Vous comprenez, nous savons que le lion est bless\u00e9. On peut lever un lion indemne \u2013 d\u00e8s qu\u2019il entend du bruit derri\u00e8re lui, il part en avant \u2013 mais un lion bless\u00e9 est s\u00fbr de charger. On ne peut pas le voir avant d\u2019\u00eatre en plein dessus. Il s\u2019aplatit tellement bien qu\u2019il se dissimule l\u00e0\u2019o\u00f9 on ne croirait pas qu\u2019il y ait place pour un li\u00e8vre. C\u2019est un peu d\u00e9licat d\u2019envoyer des boys l\u00e0dedans, \u00e0 ce genre de divertissement. Ferait s\u00fbrement des d\u00e9g\u00e2ts.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Et les porteurs de fusils&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oh&nbsp;! Ils nous suivront. C\u2019est leur&nbsp;<em>shaurV.<\/em>&nbsp;Ils ont sign\u00e9 un engagement pour \u00e7a, vous comprenez. \u00c7a n\u2019a pas l\u2019air de les enthousiasmer outre mesure\u2026, qu\u2019en dites-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je n\u2019ai pas envie d\u2019aller l\u00e0-dedans&nbsp;\u00bb, fit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela partit tout seul, sans qu\u2019il s\u2019en rend\u00eet compte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Moi non plus, dit Wilson avec beaucoup de bonne humeur. Cependant, on n\u2019a vraiment pas le choix.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, comme pour v\u00e9rifier une pens\u00e9e qui lui serait venue apr\u00e8s coup, il eut un coup d\u2019\u0153il vers Macomber et vit soudain comme il tremblait et son visage d\u00e9fait<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Rien ne vous force \u00e0 y aller, naturellement dit-il. C\u2019est pour cela qu\u2019on m\u2019engage. C\u2019est mon m\u00e9tier. Et c\u2019est pourquoi je me fais payer si cher.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous voulez dire que vous iriez seul&nbsp;? Pourquoi ne pas le laisser l\u00e0&nbsp;?&nbsp;\u00bb Robert Wilson, dont l\u2019unique pr\u00e9occupation avait \u00e9t\u00e9 ce lion et le probl\u00e8me qu\u2019il posait et qui n\u2019avait pas song\u00e9 \u00e0 Macomber, sauf pour noter qu\u2019il semblait avoir un peu le trac, ressentit soudain le m\u00eame choc que s\u2019il s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9 de porte dans un h\u00f4tel et e\u00fbt entrevu quelque chose de honteux&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Comment cela&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi ne pas simplement le laisser&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Faire comme si nous ne le savions pas bless\u00e9, vous voulez dire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non. Laisser tomber, simplement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; \u00c7a ne se fait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi donc&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; D\u2019abord, parce qu\u2019il souffre, \u00e0 coup s\u00fbr. Ensuite, quelqu\u2019un d\u2019autre pourrait tr\u00e8s bien tomber dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je comprends.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Mais rien ne vous force \u00e0 y prendre part.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je voudrais bien, dit Macomber. C\u2019est seulement que j\u2019ai peur, vous comprenez.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je passerai devant quand nous nous engagerons dans les herbes, dit Wilson, avec Kongoni qui suivra la piste. Tenez-vous derri\u00e8re moi et un peu de c\u00f4t\u00e9. Il se peut que nous l\u2019entendions grogner. Si nous l\u2019apercevons, nous tirons tous les deux. Ne vous inqui\u00e9tez de rien. Je suis l\u00e0 pour vous \u00e9pauler. Mais, en fait, peut-\u00eatre feriez-vous mieux de ne pas venir, vous savez. Cela vaudrait peut-\u00eatre mieux. Pourquoi n\u2019iriez-vous pas retrouver la Memsahib pendant que je liquide \u00e7a&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non, je veux y aller.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Bon, dit Wilson. Mais n\u2019entrez pas si vous n\u2019en avez pas envie. \u00c0 partir de maintenant, c\u2019est mon&nbsp;<em>shauri<\/em>&nbsp;\u00e0 moi, vous savez.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je veux y aller&nbsp;\u00bb, dit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils s\u2019assirent sous un arbre et rest\u00e8rent \u00e0 fumer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Voulez-vous parler \u00e0 la Memsahib pendant que nous attendons&nbsp;? demanda Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je vais simplement aller lui dire de ne pas s\u2019impatienter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019est cela&nbsp;\u00bb, dit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait assis, suant des aisselles, la bouche s\u00e8che, une sensation de vide au creux de l\u2019estomac, souhaitant trouver le courage de dire \u00e0 Wilson d\u2019aller finir le lion sans lui. Il ne pouvait pas savoir que Wilson \u00e9tait furieux de ne pas avoir remarqu\u00e9 plus t\u00f4t l\u2019\u00e9tat dans lequel il \u00e9tait et de ne pas l\u2019avoir renvoy\u00e9 aupr\u00e8s de sa femme. \u00c0 ce moment, Wilson revint.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai votre grosse carabine, lui dit-il. Prenez-la. Nous lui avons laiss\u00e9 assez de temps, je crois. Venez.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber prit la grosse carabine et Wilson lui dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tenez-vous derri\u00e8re moi, \u00e0 environ cinq m\u00e8tres sur la droite, et faites exactement ce que je vous dirai.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis il parla en swahili aux deux porteurs de fusils qui \u00e9taient l\u2019image m\u00eame de la consternation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Allons-y, fit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourrais-je avoir un peu d\u2019eau&nbsp;?&nbsp;\u00bb s\u2019enquit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson dit quelque chose au plus \u00e2g\u00e9 des porteurs de fusils qui portait un bidon \u00e0 sa ceinture et l\u2019homme le d\u00e9boucla, en d\u00e9vissa le bouchon et le tendit \u00e0 Macomber qui le prit, remarquant combien il lui semblait lourd et comme l\u2019enveloppe de feutre \u00e9tait velue et pelucheuse \u00e0 la main. Il le leva pour boire et regarda devant lui l\u2019herbe haute avec les arbres en parasol dans le fond. Une l\u00e9g\u00e8re brise soufflait vers eux et l\u2019herbe ondulait doucement sous le vent. Il regarda le porteur de fusils et s\u2019aper\u00e7ut que ce dernier souffrait lui aussi de la peur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 trente-cinq m\u00e8tres \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des herbes, le gros lion \u00e9tait aplati tout de son long contre le sol. Il avait les oreilles en arri\u00e8re et \u00e9tait compl\u00e8tement immobile, \u00e0 part une l\u00e9g\u00e8re crispation de sa longue queue dont la touffe noire fouettait l\u2019air de haut en bas. Il s\u2019\u00e9tait tapi d\u00e8s qu\u2019il avait atteint cet abri et il \u00e9tait malade \u00e0 cause de la blessure qui avait perc\u00e9 son ventre plein et s\u2019affaiblissait \u00e0 cause de la blessure qui lui traversait les poumons et amenait \u00e0 sa gueule une mince pellicule d\u2019\u00e9cume rouge chaque fois qu\u2019il respirait. Ses flancs \u00e9taient humides et chauds et il y avait des mouches sur la petite ouverture que les balles blind\u00e9es avaient faite dans sa peau rousse&nbsp;; ses grands yeux jaunes, contract\u00e9s par la haine, regardaient droit devant eux, ne cillant que lorsque la douleur apparaissait avec chaque respiration, et ses griffes labouraient la terre meuble et dess\u00e9ch\u00e9e. Tout en lui, souffrance, maladie, haine, et tout ce qui lui restait de forces, se crispait en une concentration totale en vue d\u2019un bond. Il entendait les hommes parler et il attendait, rassemblant toute sa vitalit\u00e9, se pr\u00e9parant \u00e0 charger d\u00e8s que les hommes s\u2019engageraient dans l\u2019herbe. Au son de leurs voix, sa queue se raidit et fouetta l\u2019air et au moment o\u00f9 ils franchirent la lisi\u00e8re des hautes herbes, il poussa un grognement d\u2019asthmatique et chargea. Rongoni, le vieux porteur de fusils, en t\u00eate et suivant les traces de sang \u2013 Wilson guettant l\u2019herbe, \u00e0 l\u2019aff\u00fbt du moindre mouvement, sa grosse carabine pr\u00eate \u2013 le deuxi\u00e8me porteur de fusils, le regard port\u00e9 en avant et l\u2019oreille tendue \u2013 Macomber aux c\u00f4t\u00e9s de Wilson, le fusil d\u00e9j\u00e0 lev\u00e9 \u2013 tous venaient de s\u2019engager dans l\u2019herbe, quand<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber entendit le grognement poussif voil\u00e9 par le sang et vit le jaillissement de la b\u00eate dans les herbes. Avant de s\u2019en \u00eatre rendu compte, il d\u00e9talait&nbsp;; il d\u00e9talait comme un fou, en pleine panique et en terrain d\u00e9couvert, il d\u00e9talait en direction du torrent.<\/p>\n\n\n\n<p>Il entendit le \u00e7a<em>-ra-wang<\/em>&nbsp;de la grosse carabine de Wilson, puis de nouveau un craquement,&nbsp;<em>carawang,<\/em>&nbsp;et se retournant, il vit le lion, affreux \u00e0 voir maintenant, la t\u00eate paraissant \u00e0 moiti\u00e9 emport\u00e9e, qui rampait vers Wilson sur la lisi\u00e8re des hautes herbes, tandis que l\u2019homme \u00e0 la figure rougeaude actionnait la culasse de sa courte et laide carabine et visait avec soin et qu\u2019un autre tonnerre,&nbsp;<em>carawang<\/em>, sortait de la gueule d\u2019acier, la masse jaune, lourde rampante du lion se raidissait et l\u2019\u00e9norme t\u00eate mutil\u00e9e glissait en avant. Alors Macomber, seul dans la clairi\u00e8re o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait enfui, un fusil charg\u00e9 dans les mains, tandis que deux Noirs et un Blanc se retournaient et le regardaient avec m\u00e9pris, comprit que le lion \u00e9tait mort. Il s\u2019avan\u00e7a vers Wilson, son grand corps semblant n\u2019\u00eatre tout entier qu\u2019un motif de honte \u00e0 nu, et Wilson le regarda et dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Voulez-vous prendre des photos&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait tout ce qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient dit jusqu\u2019au moment o\u00f9 ils avaient regagn\u00e9 l\u2019auto. L\u00e0, Wilson avait dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Un lion \u00e9patant, nom d\u2019un chien&nbsp;! Les boys vont l\u2019\u00e9corcher. Nous serons aussi bien ici \u00e0 l\u2019ombre.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La femme de Macomber ne l\u2019avait pas regard\u00e9 et lui ne l\u2019avait pas regard\u00e9e non plus&nbsp;; il s\u2019\u00e9tait assis \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, tandis que Wilson prenait place sur le si\u00e8ge avant. \u00c0 un moment donn\u00e9, il avait tendu le bras et avait pris la main de sa femme dans la sienne sans la regarder, mais elle avait retir\u00e9 sa main. En regardant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la rivi\u00e8re les porteurs de fusils en train d\u2019\u00e9corcher le lion, il se rendait compte que sa femme avait d\u00fb \u00eatre t\u00e9moin de toute la sc\u00e8ne. Pendant qu\u2019ils \u00e9taient assis l\u00e0, elle avait pos\u00e9 sa main sur l\u2019\u00e9paule de Wilson&nbsp;; il s\u2019\u00e9tait retourn\u00e9, alors elle s\u2019\u00e9tait pench\u00e9e en avant par-dessus le dossier peu \u00e9lev\u00e9 et l\u2019avait embrass\u00e9 sur la bouche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Eh bien, eh bien&nbsp;\u00bb, fit Wilson, et de rouge cuit, sa teinte normale, son visage tourna au cramoisi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mr. Robert Wilson, dit-elle. Le beau Mr. Wilson au visage rouge.&nbsp;\u00bb Ensuite elle se rassit pr\u00e8s de Macomber et se d\u00e9tourna pour regarder par-del\u00e0 le torrent l\u2019endroit o\u00f9 gisait le lion qui levait en l\u2019air des avant-bras d\u00e9nud\u00e9s o\u00f9 saillaient les tendons sur les muscles blancs, et exhibait un ventre ballonn\u00e9 qui blanchissait \u00e0 mesure aue les Noirs d\u00e9tachaient la peau de la viande. Finalement les porteurs de fusils apport\u00e8rent la peau, humide et lourde, et apr\u00e8s l\u2019avoir roul\u00e9e, la mont\u00e8rent avec eux \u00e0 l\u2019arri\u00e8re&nbsp;; puis la voiture d\u00e9marra. Personne n\u2019avait prononc\u00e9 une seule parole avant l\u2019arriv\u00e9e au camp.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait l\u00e0 l\u2019histoire du lion. Macomber n\u2019avait pas su ce qu\u2019avait ressenti le lion avant de charger, ni pendant la charge, quand l\u2019incroyable masse du 505 dot\u00e9e d\u2019une vitesse initiale de deux tonnes s\u2019\u00e9tait \u00e9cras\u00e9e sur sa gueule, ni ce qui l\u2019avait pouss\u00e9 \u00e0 continuer d\u2019avancer quand le deuxi\u00e8me craquement assourdissant lui avait broy\u00e9 l\u2019arri\u00e8re-train et l\u2019avait amen\u00e9, rampant, vers la chose explosante et fracassante qui l\u2019avait d\u00e9truit. Wilson avait son id\u00e9e l\u00e0-dessus et ne l\u2019avait exprim\u00e9e que par les mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;Un lion \u00e9patant, nom d\u2019un chien&nbsp;!&nbsp;\u00bb Mais Macomber ne savait rien non plus des sentiments de Wilson. Il ne savait rien des sentiments de sa femme, sinon que pour elle tout \u00e9tait fini entre eux.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa femme en avait d\u00e9j\u00e0 eu assez de lui auparavant, mais cela ne durait jamais. Il \u00e9tait tr\u00e8s riche, et allait l\u2019\u00eatre encore beaucoup plus, et il savait que jamais elle ne le quitterait, maintenant. C\u2019\u00e9tait une des rares choses qu\u2019il s\u00fbt vraiment. Il savait cela, et puis des choses sur les motocyclettes \u2013 cela remontait \u00e0 plus loin \u2013 sur les autos, sur la chasse au canard, sur la p\u00eache \u2013 truite, saumon et poisson de pleine mer \u2013 sur la question sexuelle dans les livres, beaucoup de livres, trop de livres, sur tous les jeux de plein air, sur les chiens, tr\u00e8s peu sur les chevaux, sur la fa\u00e7on de s\u2019accrocher \u00e0 son argent, sur la plupart des autres choses dont s\u2019occupait le milieu qui \u00e9tait le sien, et sur le fait que sa femme ne le quitterait pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa femme avait \u00e9t\u00e9 une beaut\u00e9 remarqu\u00e9e et elle \u00e9tait toujours une beaut\u00e9 remarqu\u00e9e en Afrique, mais elle n\u2019\u00e9tait plus une beaut\u00e9 assez remarqu\u00e9e dans son pays pour avoir avantage \u00e0 le quitter et elle le savait, et lui le savait. S\u2019il avait eu plus de qualit\u00e9s question femmes, elle e\u00fbt probablement commenc\u00e9 \u00e0 avoir des craintes qu\u2019il ne la quitt\u00e2t pour \u00e9pouser une nouvelle beaut\u00e9, mais elle en savait trop sur son compte pour s\u2019inqui\u00e9ter \u00e0 son sujet. Par ailleurs, il avait toujours montr\u00e9 une grande tol\u00e9rance et cela semblait \u00eatre son meilleur c\u00f4t\u00e9, \u00e0 moins que ce ne f\u00fbt le plus sinistre.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans l\u2019ensemble, ils \u00e9taient consid\u00e9r\u00e9s, toutes proportions gard\u00e9es, comme un heureux m\u00e9nage, un de ceux dont la rupture est souvent chuchot\u00e9e, mais ne se produit jamais, et, suivant l\u2019expression d\u2019un chroniqueur mondain, ils \u00e9taient en train d\u2019ajouter plus qu\u2019un soup\u00e7on d\u2019<em>aventure<\/em>&nbsp;\u00e0 une&nbsp;<em>idylle<\/em>&nbsp;aussi envi\u00e9e que durable, gr\u00e2ce \u00e0 un safari dans une contr\u00e9e connue sous le nom de \u00ab&nbsp;La plus noire des Afriques&nbsp;\u00bb jusqu\u2019\u00e0 ce que les Martin Johnson&rsquo; l\u2019eussent expos\u00e9e \u00e0 la lumi\u00e8re d\u2019innombrables \u00e9crans argent\u00e9s sur lesquels ils poursuivaient&nbsp;<em>Simba&nbsp;<\/em>le lion, le buffle,&nbsp;<em>Tembo<\/em>&nbsp;l\u2019\u00e9l\u00e9phant, tout en r\u00e9coltant des sp\u00e9cimens pour le mus\u00e9e d\u2019histoire naturelle. Le m\u00eame chroniqueur les avait, dans le pass\u00e9, signal\u00e9s au moins trois fois comme \u00e0&nbsp;<em>deux doigts\u2026<\/em>&nbsp;et ils l\u2019avaient \u00e9t\u00e9. Mais ils se raccommodaient toujours. Leur union avait des bases solides. Margot \u00e9tait trop belle pour que Macomber e\u00fbt envie de demander le divorce et Macomber avait trop d\u2019argent pour que Margot p\u00fbt jamais le quitter.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait maintenant pr\u00e8s de trois heures du matin et Francis Macomber, qui s\u2019\u00e9tait endormi un peu apr\u00e8s avoir cess\u00e9 de penser au lion, s\u2019\u00e9tait ensuite r\u00e9veill\u00e9, puis rendormi, s\u2019\u00e9veilla soudain, effray\u00e9 par son r\u00eave o\u00f9 il avait devant lui la t\u00eate du lion ensanglant\u00e9e et, tendant l\u2019oreille pendant que son c\u0153ur battait \u00e0 se rompre, il se rendit compte que sa femme n\u2019\u00e9tait pas dans l\u2019autre lit de camp sous la tente. Il resta ainsi \u00e9veill\u00e9, sachant cela, deux heures durant.<\/p>\n\n\n\n<p>Au bout de ce temps sa femme entra sous la tente, souleva sa moustiquaire et se glissa douillettement dans le lit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;D\u2019o\u00f9 viens-tu&nbsp;? demanda Macomber dans l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tiens, dit-elle, tu es r\u00e9veill\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; D\u2019o\u00f9 viens-tu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je suis simplement sortie prendre un peu l\u2019air.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu parles&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Que veux-tu que je te dise, mon ch\u00e9ri&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; D\u2019o\u00f9 viens-tu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; De prendre l\u2019air dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ah, \u00e7a s\u2019appelle comme \u00e7a&nbsp;? Tu es vraiment une garce, tu sais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Et toi, tu es un l\u00e2che.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Possible, dit-il. Et apr\u00e8s&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Apr\u00e8s. Rien, en ce qui me concerne. Mais, je t\u2019en prie, mon ch\u00e9ri, ne parlons pas, j\u2019ai vraiment trop sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu t\u2019imagines que je supporterai n\u2019importe quoi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; J\u2019en suis persuad\u00e9e, mon tr\u00e9sor.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Eh bien, tu te trompes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je t\u2019en prie, mon ch\u00e9ri, ne parlons pas. J\u2019ai tellement sommeil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il avait \u00e9t\u00e9 entendu qu\u2019il n\u2019y aurait pas d\u2019histoires de ce genre. Tu me l\u2019avais promis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Eh bien, maintenant il y en a une, dit-elle suavement.<\/p>\n\n\n\n<p>\/.&nbsp;<strong><em>Martin Elina Johnson (1884-19)7), cin\u00e9aste am\u00e9ricain qui tourna de remarquables documentaires sur la faune qfricaine pour le compte du Mus\u00e9um of Natural Iliston&rsquo;.<\/em><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu avais dit que si nous faisions ce voyage, il n\u2019y aurait pas d\u2019histoires de ce genre. Tu l\u2019avais promis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui, mon ch\u00e9ri. Et j\u2019entendais bien qu\u2019il en f\u00fbt ainsi. Mais notre voyage a \u00e9t\u00e9 g\u00e2ch\u00e9 hier. Est-ce bien utile d\u2019en parler&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Quand tu sens que tu as un avantage, tu n\u2019es pas longue \u00e0 en profiter, n\u2019est-ce pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je t\u2019en prie, ne parlons pas. J\u2019ai tellement sommeil, ch\u00e9ri.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je vais parler.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Alors ne te g\u00eane pas pour moi, parce que j\u2019ai l\u2019intention de dormir.&nbsp;\u00bb Ce qu\u2019elle fit.<\/p>\n\n\n\n<p>Au petit d\u00e9jeuner, ils se trouv\u00e8rent attabl\u00e9s tous trois avant l\u2019aube et Francis Macomber d\u00e9couvrit que, parmi tous les hommes qu\u2019il avait d\u00e9test\u00e9s, c\u2019\u00e9tait Robert Wilson qu\u2019il d\u00e9testait le plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Bien dormi&nbsp;? demanda Wilson de sa voix gutturale, tout en bourrant sa pipe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Et vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; \u00c9patamment&nbsp;\u00bb, lui r\u00e9pondit le chasseur blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>Le salaud, pensa Macomber, l\u2019insolent salaud.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc elle l\u2019a r\u00e9veill\u00e9 en rentrant, se dit Wilson en les observant tous deux de ses yeux impassibles, froids. Apr\u00e8s tout il n\u2019a qu\u2019\u00e0 tenir sa femme&nbsp;! Pour qui me prend-il, pour un foutu saint de pl\u00e2tre&nbsp;? Il n\u2019a qu\u2019\u00e0 la tenir. C\u2019est sa faute.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Croyez-vous que nous trouverons du buffle&nbsp;? demanda Margot, en repoussant un plat d\u2019abricots.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Des chances, r\u00e9pondit Wilson avec un sourire \u00e0 son adresse. Pourquoi ne restez-vous pas au camp&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pour rien au monde, lui dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi ne pas lui donner l\u2019ordre de rester au camp&nbsp;? dit Wilson \u00e0 Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Donnez-le-lui, vous, dit froidement Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Cessons donc de parler de donner des ordres ou \u2013 ceci \u00e0 Macomber<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; de dire des b\u00eatises, Francis, fit Margot, d\u2019un ton tr\u00e8s affable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pr\u00eat \u00e0 partir&nbsp;? demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Quand vous voudrez, lui dit Wilson. Voulez-vous que la Memsahib vienne&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Est-ce que cela changerait quelque chose que je le veuille ou non&nbsp;!&nbsp;\u00bb Au diable leurs histoires, se dit Robert Wilson. Au diable leurs sacr\u00e9es foutues histoires. Ah&nbsp;! c\u2019est comme \u00e7a. Tr\u00e8s bien, alors \u00e7a sera comme \u00e7a. \u00ab&nbsp;Rien du tout, fit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous ne pr\u00e9f\u00e9rez vraiment pas rester au camp avec elle et me laisser chasser le buffle tout seul&nbsp;? demanda Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Peux pas faire \u00e7a, r\u00e9pondit Wilson. \u00c0 votre place, je m\u2019abstiendrais de dire des idioties.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je ne dis pas d\u2019idioties. Je suis d\u00e9go\u00fbt\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Francis, t\u00e2che de parler un peu plus raisonnablement, je te prie, lui dit sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je parle bien trop raisonnablement, bon Dieu, r\u00e9pondit Macomber. A-t-on jamais mang\u00e9 cuisine aussi infecte&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il y a quelque chose qui cloche avec la nourriture&nbsp;? demanda Wilson, imperturbable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pas plus qu\u2019avec tout le reste.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Allons, remettez-vous, voyons. \u00c0 votre place, je ferais un effort, mon petit, dit Wilson d\u2019une voix tr\u00e8s calme. Un des boys qui servent \u00e0 table comprend un peu l\u2019anglais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Qu\u2019il aille au diable.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson se leva et s\u2019en alla en tirant sur sa pipe, adressant quelques mots en swahili \u00e0 l\u2019un des porteurs de fusils qui \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 l\u2019attendre. Macomber et sa femme restaient assis \u00e0 table. Il regardait fixement sa tasse \u00e0 caf\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Mon ch\u00e9ri, si tu fais une sc\u00e8ne, je te quitte, dit calmement Margot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non, tu ne me quitteras pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu peux essayer pour voir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu ne me quitteras pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Non, dit-elle, je ne te quitterai pas et tu vas te tenir convenablement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Me tenir convenablement&nbsp;? Je trouve \u00e7a joli. Moi, me tenir convenablement&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui, tiens-toi convenablement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Et si toi, tu essayais de te tenir convenablement<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il y a si longtemps que j\u2019essaie&nbsp;! Tellement longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je d\u00e9teste ce porc avec sa face rougeaude, dit Macomber, je ne peux pas le sentir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je t\u2019assure qu\u2019il est&nbsp;<em>tr\u00e8s<\/em>&nbsp;gentil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oh&nbsp;! la ferme&nbsp;\u00bb, fit Macomber, hurlant presque. Juste \u00e0 ce moment la voiture arriva et stoppa devant la tente-salle \u00e0 manger et le chauffeur en descendit, avec les deux porteurs de fusils. Wilson s\u2019avan\u00e7a et consid\u00e9ra le mari et la femme assis l\u00e0 tous deux \u00e0 la table.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Venez \u00e0 la chasse&nbsp;? demanda-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui, fit Macomber en se levant. Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Feriez bien de prendre un chandail. Il fera un peu frais dans l\u2019auto, dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je vais aller chercher mon cuir, dit Margot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Le boy l\u2019a pris&nbsp;\u00bb, lui dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>Il monta devant avec le chauffeur, tandis que Francis Macomber et sa femme s\u2019asseyaient sans mot dire \u00e0 l\u2019arri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Pourvu qu\u2019il ne prenne pas fantaisie \u00e0 cette esp\u00e8ce d\u2019idiot de me faire sauter le derri\u00e8re de la t\u00eate, pensa Wilson \u00e0 part lui. Les femmes sont&nbsp;<em>vraiment<\/em>&nbsp;une plaie dans un safari.<\/p>\n\n\n\n<p>La voiture descendit dans un crissement de pneus, pour aller traverser le cours d\u2019eau \u00e0 un gu\u00e9 caillouteux, puis gravit de biais la rive escarp\u00e9e o\u00f9 Wilson avait fait pelleter la veille un chemin afin de leur permettre d\u2019atteindre le terrain ondul\u00e9 et bois\u00e9 comme un parc qui s\u2019\u00e9tendait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Belle matin\u00e9e, songeait Wilson. Il y avait une forte ros\u00e9e et, comme les roues passaient \u00e0 travers les herbes et les buissons nains, il pouvait sentir l\u2019odeur des foug\u00e8res \u00e9cras\u00e9es. Cela ressemblait au parfum de la verveine, et il aimait cette odeur de ros\u00e9e \u00e0 l\u2019aube, les foug\u00e8res broy\u00e9es et l\u2019aspect des troncs d\u2019arbres qui se d\u00e9tachaient en noir sur le brouillard du petit jour, tandis que la voiture se frayait un chemin \u00e0 travers celle contr\u00e9e vierge de toute piste et semblable \u00e0 un grand parc.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait fini par ne plus se pr\u00e9occuper des deux qui \u00e9taient assis \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et pensait maintenant \u00e0 la\u2019 question buffle. Les buffles qu\u2019il cherchait se tenaient durant le jour dans un marais bourbeux o\u00f9 ils \u00e9taient difficiles \u00e0 tirer&nbsp;; mais la nuit ils sortaient pa\u00eetre sur une bande de terrain d\u00e9bois\u00e9 et, s\u2019il r\u00e9ussissait \u00e0 les intercepter en amenant la voiture entre eux et le marais, Macomber aurait l\u00e0 quelques chances de les tenir \u00e0 port\u00e9e en terrain d\u00e9couvert. Il n\u2019avait pas envie de chasser le \u00ab&nbsp;buff&nbsp;\u00bb avec Macomber dans la brousse \u00e9paisse. Il n\u2019avait pas envie de chasser le \u00ab&nbsp;buff&nbsp;\u00bb ni quoi que ce fut d\u2019autre avec Macomber, dans n\u2019importe quelles circonstances, mais il \u00e9tait chasseur de son m\u00e9tier et il avait chass\u00e9 avec de dr\u00f4les d\u2019oiseaux en son temps. S\u2019ils tuaient du buffle aujourd\u2019hui, il ne resterait plus que le rhinoc\u00e9ros et le pauvre homme en aurait fini avec le gibier dangereux, et peut-\u00eatre cela irait-il mieux pour lui. Il ne reverrait plus la femme, et Macomber finirait par oublier cela aussi. Elle a d\u00fb lui en faire voir de dr\u00f4les d\u00e9j\u00e0, \u00e0 en juger par \u00e7a. Pauvre diable. Il doit avoir sa fa\u00e7on \u00e0 lui de surmonter cela. Enfin, bon Dieu, c\u2019\u00e9tait sa faute, \u00e0 ce pauvre couillon.<\/p>\n\n\n\n<p>Lui, Robert Wilson, emmenait un lit de camp \u00e0 deux places en safari, en pr\u00e9vision des bonnes fortunes \u00e9ventuelles. Il avait chass\u00e9 pour une client\u00e8le particuli\u00e8re, le milieu sportif international des jeunes viveurs, o\u00f9 les femmes estimaient ne pas en avoir pour leur argent tant qu\u2019elles n\u2019avaient pas partag\u00e9 la couchette en question avec le chasseur blanc. Il les m\u00e9prisait quand il \u00e9tait loin d\u2019elles, et cependant plusieurs d\u2019entre elles lui avaient assez plu, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, mais elles \u00e9taient son gagne-pain, et il faisait siens leurs go\u00fbts et leurs habitudes, puisque c\u2019\u00e9taient elles qui le payaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faisait siens tous leurs go\u00fbts et leurs d\u00e9sirs, sauf en ce qui concernait la chasse. Sur la mani\u00e8re de tuer il avait ses r\u00e8gles \u00e0 lui et ils pouvaient toujours, ou bien s\u2019y conformer, ou bien aller s\u2019adresser \u00e0 un autre chasseur. D\u2019ailleurs il savait que tous le respectaient \u00e0 cause de cela. Mais Macomber \u00e9tait un dr\u00f4le de pistolet. Merde, alors. Et sa femme, donc. Eh bien, quoi, sa femme. Eh oui, sa femme. Hum, sa femme. En tout cas, pour lui, il avait laiss\u00e9 tomber tout \u00e7a. Il se retourna pour les regarder. Macomber avait l\u2019air furieux et sinistre. Margot lui sourit. Elle faisait moins beaut\u00e9 professionnelle. Dieu sait ce qu\u2019elle a dans le c\u0153ur, songeait Wilson. Elle n\u2019avait pas beaucoup parl\u00e9 la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. \u00c0 part cela, elle \u00e9tait vraiment tr\u00e8s agr\u00e9able \u00e0 voir.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auto grimpa une petite pente, roula sous les arbres, puis d\u00e9boucha dans une clairi\u00e8re couverte d\u2019herbe grasse qui faisait songer \u00e0 la steppe, et se tint sous le couvert des arbres qui la bordaient&nbsp;; le chauffeur conduisait tr\u00e8s lentement et Wilson observait au loin avec attention l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la prairie, sur toute son \u00e9tendue. Il fit stopper l\u2019auto et parcourut la clairi\u00e8re avec ses jumelles. Puis il fit signe au chauffeur de repartir et la voiture continua d\u2019avancer lentement, le chauffeur \u00e9vitant les trous de sangliers et contournant les ch\u00e2teaux de boue que les termites avaient construits. Puis, le regard \u00e9piant l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la clairi\u00e8re, Wilson soudain se retourna et fit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Nom de Dieu&nbsp;! les voil\u00e0&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, regardant l\u2019endroit d\u00e9sign\u00e9, tandis que l\u2019auto bondissait en avant et que Wilson parlait rapidement au chauffeur en swahili, Macomber aper\u00e7ut trois animaux \u00e9normes et noirs, d\u2019une lourdeur allong\u00e9e qui les faisait para\u00eetre presque cylindriques comme de gros camions-citernes noirs, et qui se d\u00e9pla\u00e7aient au galop le long de la lisi\u00e8re \u00e9loign\u00e9e de la clairi\u00e8re. Cous raidis, corps raidis, leur galop avait une allure rigide, et il pouvait voir sur leurs t\u00eates le jet haut et noir des larges cornes pendant qu\u2019ils galopaient la t\u00eate en avant, fixe. \u00ab&nbsp;Ce sont trois vieux m\u00e2les, dit Wilson. Nous allons les couper avant qu\u2019ils n\u2019atteignent le marais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auto fon\u00e7ait, \u00e0 soixante-quinze \u00e0 l\u2019heure, \u00e0 travers la clairi\u00e8re et pendant que Macomber les regardait, les buffles devinrent de plus en plus gros, et bient\u00f4t, il put distinguer l\u2019aspect gris sale, chauve et cro\u00fbteux d\u2019un m\u00e2le \u00e9norme et remarquer comme le cou formait bloc avec les \u00e9paules. Ses cornes \u00e9taient d\u2019un noir brillant\u2026 et il galopait\u2026 il galopait l\u00e9g\u00e8rement en arri\u00e8re des autres, lesquels se maintenaient de front \u00e0 une allure plongeante et r\u00e9guli\u00e8re&nbsp;; et alors, la voiture chassant comme si elle venait de sauter un foss\u00e9, ils se rapproch\u00e8rent et il vit l\u2019\u00e9normit\u00e9 plongeante du taureau, la poussi\u00e8re sur son cuir aux poils clairsem\u00e9s, la masse \u00e9paisse de sa bosse, son mufle \u00e9pat\u00e9, aux larges narines, et il \u00e9paulait sa carabine quand Wilson cria&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pas de la voiture, esp\u00e8ce d\u2019idiot&nbsp;!&nbsp;\u00bb et il n\u2019\u00e9prouva aucune peur, seulement de la haine pour Wilson, tandis que les freins se bloquaient et que la voiture d\u00e9rapait en labourant le sol, presque stopp\u00e9e d\u2019un seul coup, avec Wilson descendu d\u2019un c\u00f4t\u00e9 et lui de l\u2019autre&nbsp;; il tr\u00e9bucha en touchant le sol encore fuyant sous ses pieds, puis tira sur le taureau qui s\u2019\u00e9loignait, entendant les balles s\u2019enfoncer dans la chair avec un \u00ab&nbsp;ploc&nbsp;\u00bb mat, vida sur lui son chargeur alors qu\u2019il s\u2019\u00e9loignait \u00e0 bonne allure, se rappelant finalement qu\u2019il fallait placer ses balles en avant dans l\u2019\u00e9paule, et tout en t\u00e2tonnant h\u00e2tivement pour recharger, il s\u2019aper\u00e7ut que le taureau \u00e9tait tomb\u00e9. Tomb\u00e9 sur les genoux, sa grande t\u00eate agit\u00e9e de secousses&nbsp;; et voyant que les deux autres galopaient toujours, il tira sur le premier et le toucha. Il tira une seconde fois, manqua, entendit le&nbsp;<em>carawang<\/em>&nbsp;de tonnerre du fusil de Wilson et vit l\u2019animal de t\u00eate piquer en avant et s\u2019affaler sur le nez.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Prenez l\u2019autre, dit Wilson. Voil\u00e0 ce qui s\u2019appelle tirer, au moins, bravo&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l\u2019autre m\u00e2le continuait \u00e0 galoper \u00e0 la m\u00eame allure r\u00e9guli\u00e8re et il le rata, soulevant un jet de poussi\u00e8re&nbsp;; Wilson le rata. Un nuage de poussi\u00e8re s\u2019\u00e9leva et Wilson cria&nbsp;: \u00ab&nbsp;Venez, il est trop loin&nbsp;!&nbsp;\u00bb et l\u2019empoigna par le bras et de nouveau ils se retrouv\u00e8rent sur l\u2019auto, Macomber et Wilson accroch\u00e9s de chaque c\u00f4t\u00e9 du ch\u00e2ssis, vertigineusement ballott\u00e9s sur le terrain accident\u00e9, gagnant peu \u00e0 peu sur le galop r\u00e9gulier, plongeant, rigide et rectiligne du taureau. Ils \u00e9taient derri\u00e8re lui et Macomber chargeait son fusil, laissant tomber les cartouches par terre, enrayant son arme, la d\u00e9gageant, et ils se trouv\u00e8rent presque \u00e0 la hauteur du m\u00e2le, lorsque Wilson cria&nbsp;: \u00ab&nbsp;Stop&nbsp;\u00bb, et la voiture fit une telle embard\u00e9e qu\u2019elle faillit se retourner. Macomber fut pr\u00e9cipit\u00e9 en avant et retomba sur ses pieds, poussa violemment la fermeture de la culasse et tira aussi loin en avant qu\u2019il lui \u00e9tait possible de viser dans le dos rond et noir qui galopait, visa et tira encore, encore, et les balles qui avaient toutes port\u00e9, n\u2019avaient aucun effet sur le buffle, autant qu\u2019il pouvait en juger.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensuite, Wilson tira, la d\u00e9flagration manquant lui crever les tympans, et il vit le taureau chanceler. Macomber tira de nouveau, visant avec soin, et cette fois il s\u2019affaissa sur les genoux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c7a y est, dit Wilson. C\u2019est du beau travail. On les a eus tous les trois&nbsp;!&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Une exaltante ivresse envahit Macombeir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Combien de fois avez-vous tir\u00e9&nbsp;? demanda-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Trois fois seulement, fit Wilson. Vous avez tu\u00e9 le premier. Le plus gros. Je vous ai aid\u00e9 \u00e0 finir les deux autres. J\u2019avais peur qu\u2019ils n\u2019aillent se mettre \u00e0 couvert. Mais en r\u00e9alit\u00e9 vous les aviez. J\u2019ai simplement fait un peu de nettoyage. Vous avez sacr\u00e9ment bien tir\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Allons jusqu\u2019\u00e0 la voiture, dit Macomber. J\u2019ai soif.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Faut d\u2019abord finir celui-l\u00e0&nbsp;\u00bb, lui dit Wilson. Le buffle \u00e9tait sur les genoux, et quand ils s\u2019approch\u00e8rent, il agita furieusement la t\u00eate, les yeux rapetiss\u00e9s par la col\u00e8re, et poussa des mugissements de rage f\u00e9roces.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Attention qu\u2019il ne se rel\u00e8ve pas&nbsp;\u00bb, dit Wilson. Puis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Prenez-le un peu de flanc et tirez-le dans le cou, juste derri\u00e8re l\u2019oreille.&nbsp;\u00bb Macomber visa soigneusement le milieu de l\u2019\u00e9norme cou qui s\u2019agitait furieusement. Le coup partit, la t\u00eate s\u2019affaissa.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Et voil\u00e0, fit Wilson. Dans l\u2019\u00e9pine dorsale. Insens\u00e9 l\u2019aspect de ces b\u00eates-l\u00e0, trouvez pas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Buvons un coup&nbsp;\u00bb, dit Macomber. De sa vie il ne s\u2019\u00e9tait senti aussi content.<\/p>\n\n\n\n<p>Assise dans l\u2019auto, la femme de Macomber \u00e9tait bl\u00eame.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tu as \u00e9t\u00e9 magnifique, ch\u00e9ri, dit-elle \u00e0 Macomber. Quelle randonn\u00e9e&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019\u00e9tait mauvais&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; \u00c9pouvantable. Jamais je n\u2019ai eu aussi peur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Buvons tous un coup&nbsp;! dit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Comment donc&nbsp;! dit Wilson. Passez-le \u00e0 la Memsahib.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle but le whisky sec au goulot et frissonna l\u00e9g\u00e8rement en l\u2019avalant. Elle passa la gourde \u00e0 Macomber qui la tendit \u00e0 Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019\u00e9tait terriblement excitant, dit-elle. \u00c7a m\u2019a donn\u00e9 une affreuse migraine. \u00c0 part \u00e7a, je ne savais pas qu\u2019on avait le droit de les tirer d\u2019une auto.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Personne n\u2019a tir\u00e9 d\u2019une auto, dit calmement Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je veux dire&nbsp;: de les chasser en auto.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; L\u2019aurais pas fait, d\u2019ordinaire, dit Wilson. M\u2019a paru n\u00e9anmoins assez sport pendant qu\u2019on y \u00e9tait. Plus risqu\u00e9 de rouler \u00e0 cette allure dans un terrain plein de trous et de tout ce que vous voudrez, que de chasser \u00e0 pied. Le buffle aurait pu nous charger chaque fois que nous avons tir\u00e9, s\u2019il l\u2019avait voulu. On lui a laiss\u00e9 toutes ses chances. N\u2019en parlerais \u00e0 personne, si j\u2019\u00e9tais vous, malgr\u00e9 tout. C\u2019est ill\u00e9gal, si vous allez par l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je trouve cela assez d\u00e9loyal, dit Margot, de chasser ces pauvres grosses b\u00eates sans d\u00e9fense en automobile.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vraiment&nbsp;? dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Qu\u2019arriverait-il si on l\u2019apprenait \u00e0 Nairobi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On m\u2019enl\u00e8verait ma licence, et d\u2019une. Tas d\u2019autres d\u00e9sagr\u00e9ments, dit Wilson, qui but une rasade \u00e0 la gourde. Je serais sans situation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; S\u00e9rieusement&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; S\u00e9rieusement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Eh bien&nbsp;! dit Macomber, et pour la premi\u00e8re fois de la journ\u00e9e, il sourit. Maintenant, elle vous tient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu as vraiment une fa\u00e7on charmante de pr\u00e9senter les choses, Francis&nbsp;\u00bb, dit Margot Macomber. Wilson les observa tous les deux. Un c\u2026 qui \u00e9pouse une garce, qu\u2019est-ce que \u00e7a donnera comme prog\u00e9niture&nbsp;? songeait-il. Mais \u00e0 haute voix, il dit simplement&nbsp;: \u00ab&nbsp;Nous avons perdu un porteur de fusils. Vous l\u2019aviez remarqu\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Bon Dieu, non, dit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Le voil\u00e0, dit Wilson. Il n\u2019a rien. Il a d\u00fb l\u00e2cher prise quand nous sommes repartis apr\u00e8s le premier taureau.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait le porteur de fusils, un homme d\u2019\u00e2ge m\u00fbr, qui venait vers eux en clopinant, en casquette de tricot, tunique kaki, short et sandales de caoutchouc, le visage morne et l\u2019air d\u00e9go\u00fbt\u00e9. En s\u2019approchant, il cria quelque chose en swahili et tous virent le changement qui se produisit dans la figure du chasseur blanc.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019il dit&nbsp;? interrogea Margot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il dit que le premier m\u00e2le s\u2019est remis debout et est rentr\u00e9 dans la brousse, fit Wilson d\u2019une voix sans timbre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Ah&nbsp;! fit Macomber, d\u00e9concert\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Alors, cela va \u00eatre exactement comme avec le lion, fit Margot, escomptant \u00e0 l\u2019avance ce qui allait se passer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; N\u2019est pas du tout question que ce soit comme avec le lion, lui dit Wilson. Vouliez boire encore un coup, Macomber&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui, merci&nbsp;\u00bb, r\u00e9pondit Macomber. Il s\u2019attendait \u00e0 voir r\u00e9appara\u00eetre en lui ce qu\u2019il avait \u00e9prouv\u00e9 \u00e0 propos du lion, mais il n\u2019y eut rien. Pour la premi\u00e8re fois de sa vie, il se sentait enti\u00e8rement d\u00e9livr\u00e9 de la peur. Au lieu d\u2019avoir peur, il exultait, tr\u00e8s nettement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;On va aller jeter un coup d\u2019\u0153il sur le deuxi\u00e8me, dit Wilson. Je vais dire au chauffeur de mettre la voiture \u00e0 l\u2019ombre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Qu\u2019allez-vous faire&nbsp;? s\u2019enquit Margaret Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Jeter un coup d\u2019\u0153il sur le \u201cbuff\u201d, r\u00e9pondit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Je vais avec vous.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Venez.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Ils se dirig\u00e8rent tous trois vers le deuxi\u00e8me buffle, dont la masse noire bombait \u00e0 d\u00e9couvert, t\u00eate en avant\u2018dans l\u2019herbe, les puissantes cornes largement ouvertes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est une tr\u00e8s belle b\u00eate, dit Wilson. Pas loin d\u2019un m\u00e8tre cinquante d\u2019envergure.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber le regardait d\u2019un air radieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Horrible \u00e0 voir, dit Margot. Nous ne pourrions pas aller \u00e0 l\u2019ombre&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Mais si, dit Wilson. Regardez, dit-il \u00e0 Macomber, voyez ces fourr\u00e9s l\u00e0-bas&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019est l\u00e0-dedans qu\u2019est rentr\u00e9 le premier taureau. Le porteur de fusils a dit qu\u2019au moment o\u00f9 il avait d\u00e9gringol\u00e9, le buffle \u00e9tait tomb\u00e9. Il regardait la voiture rouler \u00e0 un train d\u2019enfer et les deux autres \u201cbuffs\u201d galoper. En levant les yeux il a vu le m\u00e2le debout sur ses pattes qui le regardait. Porteur de fusils a fil\u00e9 comme un z\u00e8bre et le buffle s\u2019en est all\u00e9 tout doucement dans ces fourr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On peut aller le chercher, maintenant&nbsp;?&nbsp;\u00bb demanda avidement Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson le consid\u00e9ra d\u2019un \u0153il appr\u00e9ciateur. Que je sois pendu si ce n\u2019est pas un \u00e9trange bonhomme, se dit-il. Hier, il est froussard comme un li\u00e8vre, et aujourd\u2019hui il veut tout bouffer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Non, laissons-lui encore un moment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Allons nous mettre \u00e0 l\u2019ombre, je vous en supplie&nbsp;\u00bb, dit Margot. Son visage \u00e9tait bl\u00eame, elle avait l\u2019air malade.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils all\u00e8rent \u00e0 l\u2019endroit o\u00f9 se trouvait l\u2019auto, sous un arbre solitaire au feuillage \u00e9vas\u00e9, et tous mont\u00e8rent dedans.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;De grandes chances pour qu\u2019il soit mort l\u00e0-dedans, observa Wilson. On ira voir dans un petit moment.&nbsp;\u00bb Macomber se sentit envahi par une joie folle, extravagante, qu\u2019il n\u2019avait jamais \u00e9prouv\u00e9e auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c7a, c\u2019\u00e9tait du sport, bon sang, dit-il, jamais je n\u2019ai rien ressenti de pareil. Tu ne trouves pas que c\u2019\u00e9tait merveilleux, Margot&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; J\u2019ai d\u00e9test\u00e9 cela.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Pourquoi&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; J\u2019ai d\u00e9test\u00e9 cela, dit-elle aigrement, cela m\u2019a r\u00e9pugn\u00e9&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Vous savez, je crois bien que je n\u2019aurai plus jamais peur de rien, dit Macomber \u00e0 Wilson. Il s\u2019est pass\u00e9 quelque chose en moi quand nous avons aper\u00e7u le premier m\u00e2le et que nous nous sommes lanc\u00e9s \u00e0 sa poursuite. Comme line digue qui aurait crev\u00e9. C\u2019\u00e9tait simplement l\u2019excitation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; \u00c7a nettoie le foie, dit Wilson. Il arrive de sacr\u00e9es dr\u00f4les de choses aux gens.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber avait le visage \u00e9panoui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est vrai, vous savez, qu\u2019il m\u2019est vraiment arriv\u00e9 quelque chose, dit-il, je me sens compl\u00e8tement transform\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Sa femme le consid\u00e9ra d\u2019un \u0153il \u00e9trangement soup\u00e7onneux. Elle \u00e9tait affal\u00e9e en arri\u00e8re sur le si\u00e8ge et Macomber se tenait assis sur le bord du sien, parlant \u00e0 Wilson qui se d\u00e9tournait pour lui parler pardessus le dossier du si\u00e8ge avant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous savez, j\u2019aimerais essayer un autre lion, dit Macomber. Je n\u2019en ai vraiment plus peur, maintenant. Apr\u00e8s tout, qu\u2019est-ce qu\u2019ils peuvent vous faire&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tr\u00e8s juste, dit Wilson. Pire qu\u2019ils puissent vous faire, c\u2019est vous tuer. Comment est-ce donc dans Shakespeare&nbsp;? Voir si je peux me rappeler. Oh&nbsp;! c\u2019est fameux, nom de Dieu. Me le r\u00e9citais \u00e0 moi-m\u00eame, dans le temps. Voyons voir&nbsp;: \u201cPar ma foi, peu m\u2019importe. On ne meurt qu\u2019une fois. Nous devons une mort \u00e0 Dieu et de quelque c\u00f4t\u00e9 qu\u2019on le prenne, qui meurt cette ann\u00e9e est quitte pour la prochaine.\u201d \u00c9patant, sacr\u00e9 nom, hein&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il se sentait tr\u00e8s g\u00ean\u00e9 d\u2019avoir amen\u00e9 sur le tapis cette chose \u00e0 laquelle il avait conform\u00e9 sa vie, mais il en avait vu au cours de son existence, des hommes devenir majeurs, et cela l\u2019avait toujours remu\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas une question de vingt et uni\u00e8me anniversaire. Il avait fallu le hasard extraordinaire d\u2019une chasse, le fait d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 subitement pr\u00e9cipit\u00e9 dans l\u2019action sans avoir eu l\u2019occasion de s\u2019en pr\u00e9occuper par avance, pour amener cette chose chez Macomber, mais, toutes consid\u00e9rations sur la mani\u00e8re dont c\u2019\u00e9tait arriv\u00e9 mises \u00e0 part, c\u2019\u00e9tait bel et bien arriv\u00e9. Regardez-moi cet animal, pensait Wilson. Cela lient \u00e0 ce que certains d\u2019entre eux restent enfants si longtemps. Parfois toute leur vie. \u00c0 cinquante ans, ils vous ont des allures de jeunes gar\u00e7ons. Les fameux hommes-enfants am\u00e9ricains. Dr\u00f4le de peuple, bon Dieu. Mais maintenant, il lui plaisait, ce Macomber. Sacr\u00e9 dr\u00f4le de bonhomme. Cette aventure allait probablement mettre un terme \u00e0 leurs histoires de cocufiage. Ehbien&nbsp;! ce serait une sacr\u00e9e bonne chose. Pauvre diable, devait probablement avoir eu peur toute sa vie. Peut pas savoir d\u2019o\u00f9 \u00e7a venait. Mais maintenant, fini. N\u2019avait pas eu le temps d\u2019avoir peur avec le \u00ab&nbsp;buff&nbsp;\u00bb. \u00c7a, et la col\u00e8re, aussi. L\u2019auto, aussi. S\u2019accoutume plus facilement en auto. Allait cracher feu et flammes, maintenant, bon Dieu. Il avait vu cela tourner de la m\u00eame fa\u00e7on pendant la guerre. Plut\u00f4t une transformation qu\u2019une perte de virginit\u00e9. La peur partie, comme enlev\u00e9e au bistouri. Quelque chose d\u2019autre poussant \u00e0 la place. Ce que l\u2019homme avait de plus pr\u00e9cieux en lui. Ce qui faisait de lui un homme. Les femmes le savaient, d\u2019ailleurs. Plus peur de rien, sacr\u00e9 bon Dieu.<\/p>\n\n\n\n<p>Du fond de son coin, Margaret Macomber les consid\u00e9rait tous les deux. Il ne s\u2019\u00e9tait pas produit de changement en Wilson. Elle voyait Wilson comme elle l\u2019avait vu la veille, quand elle avait compris ce qui faisait sa grande force. Mais \u00e0 pr\u00e9sent, elle voyait le changement op\u00e9r\u00e9 en Francis Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Est-ce que vous ressentez aussi cette joie \u00e0 l\u2019id\u00e9e de ce qui va arriver&nbsp;? interrogea Macomber, encore tout \u00e0 l\u2019exploration de ses nouvelles richesses.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il vaut mieux ne pas en parler, dit Wilson, regardant l\u2019autre dans les yeux. Fait beaucoup plus distingu\u00e9 de dire qu\u2019on a peur. Et ditesvous bien que cela vous arrivera d\u2019avoir peur, et plus d\u2019une fois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Mais vous l\u2019avez, cette sensation de joie \u00e0 l\u2019id\u00e9e de la bagarre \u00e0 venir&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oui, dit Wilson. Cela existe. Pas recommand\u00e9 de parler de tout \u00e7a. G\u00e2che tout. Plus de plaisir \u00e0 rien si on va le crier \u00e0 l\u2019avance sur les toits.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Quand vous aurez fini de dire des \u00e2neries, fit Margot. Sous pr\u00e9texte que vous avez chass\u00e9 de pauvres b\u00eates inoffensives en auto, vous vous prenez pour des h\u00e9ros.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; M\u2019excuse, dit Wilson. J\u2019ai trop jacass\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Cette histoire la tracasse d\u00e9j\u00e0, se dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Si tu ne sais pas de quoi nous parlons, pourquoi t\u2019en m\u00ealer&nbsp;? dit Macomber \u00e0 sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Tu es devenu tr\u00e8s courageux, bien subitement&nbsp;\u00bb, dit sa femme d\u2019un ton de m\u00e9pris, mais son m\u00e9pris manquait d\u2019assurance. Elle avait tr\u00e8s peur de quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Macomber se mit \u00e0 rire, d\u2019un rire tr\u00e8s jovial et tr\u00e8s naturel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est vrai, figure-toi, dit-il. C\u2019est on ne peut plus vrai.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Est-ce qu\u2019il ne commence pas \u00e0 se faire tard&nbsp;?&nbsp;\u00bb dit Margot avec amertume. Parce que depuis des ann\u00e9es elle faisait tout son possible et s\u2019ils en \u00e9taient l\u00e0 maintenant, ce n\u2019\u00e9tait pas plus particuli\u00e8rement la faute de l\u2019un ou de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Pas pour moi&nbsp;\u00bb, dit Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>Margot ne dit rien, mais s\u2019enfon\u00e7a dans son coin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Croyez-vous que nous lui avons laiss\u00e9 assez de temps&nbsp;? demanda all\u00e8grement Macomber \u00e0 Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; On peut aller jeter un coup d\u2019\u0153il, dit Wilson. Est-ce qu\u2019il vous reste des balles&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Le porteur de fusils en a.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson cria quelque chose en swahili et le plus \u00e2g\u00e9 des porteurs de fusils, qui \u00e9tait occup\u00e9 \u00e0 d\u00e9pouiller une t\u00eate, se leva, tira de sa poche une bo\u00eete de balles et l\u2019apporta \u00e0 Macomber, ce dernier chargea son fusil et mit les balles qui restaient dans sa poche.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Vous feriez aussi bien de vous servir du Springfield, dit Wilson. Vous y \u00eates habitu\u00e9. On va laisser le Mannlicher dans la voiture avec la Memsahib. Votre porteur de fusils pourra porter votre fusil lourd. Moi, j\u2019ai ce foutu obusier. Et maintenant que je vous apprenne quelques petites choses sur eux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait gard\u00e9 cela pour la derni\u00e8re minute afin de ne pas inqui\u00e9ter Macomber.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Quand un \u201cbuff\u2019 s\u2019am\u00e8ne sur vous, il vient la t\u00eate dress\u00e9e et le cou compl\u00e8tement allong\u00e9. La bosse des cornes couvre la cervelle et emp\u00eache de rien tenter par l\u00e0. Le seul endroit, c\u2019est en plein dans le nez. Le seul autre, c\u2019est dans la poitrine ou encore, si vous l\u2019avez de flanc, dans le cou ou les \u00e9paules. Apr\u00e8s qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s une fois, ils sont durs comme tout \u00e0 tuer. Surtout pas de fantaisies. Tirez au plus simple et au plus facile. Voil\u00e0 qu\u2019ils ont fini de d\u00e9pouiller cette t\u00eate. On y va&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il appela les porteurs de fusils qui vinrent en s\u2019essuyant les mains, et le plus vieux monta derri\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Je prends seulement Rongoni, dit Wilson. L\u2019autre fera le guet, pour \u00e9loigner les oiseaux.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis que l\u2019auto avan\u00e7ait lentement \u00e0 travers le terrain d\u00e9couvert en direction de l\u2019\u00eelot broussailleux coiff\u00e9 d\u2019arbustes qui rejoignait une langue de feuillages courant le long du cours d\u2019eau ass\u00e9ch\u00e9, Macomber sentit son c\u0153ur cogner \u00e0 grands coups et sa bouche \u00e9tait s\u00e8che comme la premi\u00e8re fois, mais c\u2019\u00e9tait la surexcitation, pas la peur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;C\u2019est ici qu\u2019il est entr\u00e9&nbsp;\u00bb, dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis au porteur de fusils, en swahili&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Prends les traces de sang.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La voiture \u00e9tait arr\u00eat\u00e9e parall\u00e8lement au fourr\u00e9. Macomber, Wilson et le porteur de fusils descendirent. Jetant un regard en arri\u00e8re, Macomber vit sa femme qui le regardait, le fusil \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle. Il lui fit signe de la main et elle ne r\u00e9pondit pas.<\/p>\n\n\n\n<p>La brousse devant eux \u00e9tait tr\u00e8s \u00e9paisse et le sol \u00e9tait sec. Le plus \u00e2g\u00e9 des porteurs de fusils suait abondamment. Wilson avait rabattu son chapeau sur ses yeux et son cou rouge apparaissait juste en avant de Macomber. Soudain le porteur de fusils dit quelque chose en swahili \u00e0 Wilson et courut en avant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Il est mort l\u00e0-dedans, dit Wilson. C\u2019est du beau travail.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et il se retourna pour empoigner la main de Macomber et au moment o\u00f9 ils se serraient la main, en se souriant mutuellement, le porteur de fusils se mit \u00e0 hurler comme un poss\u00e9d\u00e9 et ils le virent sortir des fourr\u00e9s et courir de c\u00f4t\u00e9 \u00e0 toute vitesse comme un crabe, avec le taureau qui fon\u00e7ait, mufle dehors, bouche serr\u00e9e, ruisselant de sang, sa t\u00eate massive tendue, qui s\u2019amenait en chargeant, les regardant de ses petits yeux de cochon inject\u00e9s de sang. Wilson, qui \u00e9tait devant, \u00e9tait agenouill\u00e9 et tirait, et Macomber, tirant sans entendre la d\u00e9tonation de sa carabine compl\u00e8tement perdue dans le fracas du fusil de Wilson, vit sauter de l\u2019\u00e9norme bosse des cornes des \u00e9clats semblables \u00e0 de l\u2019ardoise, puis la t\u00eate se releva en une violente secousse&nbsp;; il tira une seconde fois sur le large mufle, vit de nouveau tressauter les cornes et voler des \u00e9clats&nbsp;; maintenant il ne voyait plus Wilson&nbsp;; alors, visant soigneusement, il tira encore au moment o\u00f9 l\u2019\u00e9norme masse du buffle \u00e9tait presque sur lui et sa carabine presque \u00e0 toucher la t\u00e8te qui lui arrivait dessus, mufle dehors, et il pouvait voir les petits yeux m\u00e9chants et la t\u00eate commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019affaisser, quand il sentit un brusque \u00e9clair aveuglant et incandescent faire explosion \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de son cr\u00e2ne et ce fut tout ce qu\u2019il ressentit jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson s\u2019\u00e9tait jet\u00e9 de c\u00f4t\u00e9 pour pouvoir le tirer dans l\u2019\u00e9paule. Macomber \u00e9tait rest\u00e9 plant\u00e9 de pied ferme et avait tir\u00e9 au museau chaque fois un peu haut, touchant les lourdes cornes, les \u00e9br\u00e9chant et les faisant voler en \u00e9clats comme des bouts d\u2019ardoise, et Mrs. Macomber, de l\u2019auto, avait tir\u00e9 sur le buffle avec le Mannlicher 6,5, au moment o\u00f9 il semblait \u00eatre sur le point d\u2019\u00e9ventrer Macomber, et avait atteint son mari \u00e0 peu pr\u00e8s deux pouces plus haut que la base du cr\u00e2ne, et l\u00e9g\u00e8rement de c\u00f4t\u00e9. Et maintenant Francis Macomber \u00e9tait \u00e9tendu le visage contre le sol, \u00e0 moins de deux m\u00e8tres du buffle qui gisait sur le flanc. Sa femme s\u2019agenouilla pr\u00e8s de lui, Wilson \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;\u00c0 votre place je ne le retournerais pas&nbsp;\u00bb, dit Wilson.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme sanglotait \u00e9perdument.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019irais dans la voiture, poursuivit Wilson. O\u00f9 est le fusil&nbsp;?&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle secoua la t\u00eate, le visage crisp\u00e9. Le porteur de fusils ramassa l\u2019arme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Laisse-le o\u00f9 il est&nbsp;\u00bb, dit Wilson. Puis&nbsp;: \u00ab&nbsp;Va chercher Abdullah qu\u2019il puisse t\u00e9moigner de la fa\u00e7on dont l\u2019accident s\u2019est produit.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019agenouilla, tira un mouchoir de sa poche et le d\u00e9ploya sur la t\u00eate aux cheveux ras de Francis Macomber, l\u00e0 o\u00f9 elle gisait. Le sang s\u2019infiltrait dans la terre meuble dess\u00e9ch\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson se releva et vit le buffle couch\u00e9 sur le flanc, les pattes \u00e9tendues, son ventre aux poils clairsem\u00e9s grouillant de tiques. Beau m\u00e2le, nom d\u2019un chien, enregistra automatiquement son cerveau. Largement cinquante pouces, ou plus. Plus. Il cria au chauffeur d\u2019\u00e9tendre une couverture sur le corps et de rester \u00e0 c\u00f4t\u00e9. Ensuite, il alla vers la voiture dans laquelle la femme \u00e9tait assise, pleurant dans son coin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Tr\u00e8s joli ce que vous avez fait l\u00e0, dit-il d\u2019une voix sans timbre. C\u2019est&nbsp;<em>vrai<\/em>&nbsp;qu\u2019il vous aurait quitt\u00e9e, en plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Taisez-vous, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; C\u2019est un accident, bien entendu, fit-il. Je sais cela.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Taisez-vous, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; N\u2019ayez pas d\u2019inqui\u00e9tude, fit-il. Il y aura quelques d\u00e9sagr\u00e9ments \u00e0 subir, mais je vais faire prendre des photos qui seront tr\u00e8s utiles pour l\u2019enqu\u00eate. Il y aura aussi les t\u00e9moignages des porteurs de fusils et du chauffeur. Vous vous en sortirez tr\u00e8s bien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Taisez-vous, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Il y a un boulot de tonnerre de Dieu \u00e0 faire, dit-il. Et je vais \u00eatre forc\u00e9 d\u2019envoyer une camionnette jusqu\u2019au lac demander un avion par sans-fil pour nous transporter tous les trois \u00e0 Nairobi. Pourquoi ne l\u2019avez-vous pas empoisonn\u00e9&nbsp;? C\u2019est ce qu\u2019on fait, en Angleterre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Taisez-vous. Taisez-vous. Taisez-vous.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La femme sanglota.<\/p>\n\n\n\n<p>Wilson la consid\u00e9ra de ses yeux bleus et froids.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;J\u2019ai fini, maintenant J\u2019\u00e9tais un peu en col\u00e8re. Je commen\u00e7ais \u00e0 aimer votre mari.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Oh&nbsp;! je vous en prie. Taisez-vous, dit-elle. Taisez-vous, taisez-vous, s\u2019il vous pla\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp; Voil\u00e0 qui est mieux, dit Wilson. \u201cS\u2019il vous pla\u00eet\u201d est beaucoup mieux. Maintenant je me tais.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n<style>.wp-block-kadence-column.kb-section-dir-horizontal > .kt-inside-inner-col > .kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{max-width:unset;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{border-top:2px solid var(--base);border-right:2px solid var(--base);border-bottom:2px solid var(--base);border-left:2px solid var(--base);border-top-left-radius:10px;border-top-right-radius:10px;border-bottom-right-radius:10px;border-bottom-left-radius:10px;background:#bc7b77;padding-top:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);padding-right:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);padding-bottom:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);padding-left:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);margin-top:var(--global-kb-spacing-sm, 1.5rem);margin-bottom:var(--global-kb-spacing-sm, 1.5rem);}.kt-info-box19611_152926-bc .kadence-info-box-icon-container .kt-info-svg-icon, .kt-info-box19611_152926-bc .kt-info-svg-icon-flip, .kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-number{font-size:50px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-media{background:var(--global-palette7, #eeeeee);border-color:var(--global-palette7, #eeeeee);border-radius:200px;overflow:hidden;border-top-width:0px;border-right-width:0px;border-bottom-width:0px;border-left-width:0px;padding-top:2px;padding-right:2px;padding-bottom:2px;padding-left:2px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-media-container{margin-top:0px;margin-right:15px;margin-bottom:10px;margin-left:15px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-media .kadence-info-box-image-intrisic img{border-radius:200px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-infobox-textcontent h2.kt-blocks-info-box-title{color:#dbc7c9;font-size:20px;padding-top:0px;padding-right:0px;padding-bottom:0px;padding-left:0px;margin-top:5px;margin-right:0px;margin-bottom:10px;margin-left:0px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-infobox-textcontent .kt-blocks-info-box-text{color:var(--base-3);}.wp-block-kadence-infobox.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-text{font-size:16px;font-style:normal;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-learnmore{color:var(--base-3);background:#cd9b9d;border-radius:10px;font-size:var(--global-kb-font-size-sm, 0.9rem);text-transform:uppercase;border-width:0px 0px 0px 0px;padding-top:4px;padding-right:20px;padding-bottom:4px;padding-left:20px;margin-top:10px;margin-right:0px;margin-bottom:10px;margin-left:0px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{box-shadow:0px 0px 0px 0px rgba(0, 0, 0, 0);}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap:hover{box-shadow:0px 0px 14px 0px rgba(0, 0, 0, 0.2);}@media all and (max-width: 1024px){.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{border-top:2px solid var(--base);border-right:2px solid var(--base);border-bottom:2px solid var(--base);border-left:2px solid var(--base);box-shadow:0px 0px 0px 0px rgba(0, 0, 0, 0);}}@media all and (max-width: 1024px){.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap:hover{box-shadow:0px 0px 14px 0px rgba(0, 0, 0, 0.2);}}@media all and (max-width: 767px){.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{border-top:2px solid var(--base);border-right:2px solid var(--base);border-bottom:2px solid var(--base);border-left:2px solid var(--base);box-shadow:0px 0px 0px 0px rgba(0, 0, 0, 0);}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap:hover{box-shadow:0px 0px 14px 0px rgba(0, 0, 0, 0.2);}}<\/style>\n<div class=\"wp-block-kadence-infobox kt-info-box19611_152926-bc\"><a class=\"kt-blocks-info-box-link-wrap info-box-link kt-blocks-info-box-media-align-top kt-info-halign-center\" href=\"https:\/\/lecturia.org\/fr\/resumes-de-nouvelles\/ernest-hemingway-lheure-triomphale-de-francis-macomber-resume-et-analyse\/19711\/\"><div class=\"kt-infobox-textcontent\"><h2 class=\"kt-blocks-info-box-title\">Ernest Hemingway: L\u2019heure triomphale de Francis Macomber<\/h2><p class=\"kt-blocks-info-box-text\">R\u00e9sum\u00e9 et analyse<\/p><div class=\"kt-blocks-info-box-learnmore-wrap\"><span class=\"kt-blocks-info-box-learnmore\">LIRE<\/span><\/div><\/div><\/a><\/div>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;heure triomphale de Francis Macomber, une nouvelle d&rsquo;Ernest Hemingway publi\u00e9e en 1936, raconte la relation entre un couple et leur guide lors d&rsquo;un safari en Afrique. 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