{"id":19968,"date":"2025-02-21T09:30:53","date_gmt":"2025-02-21T13:30:53","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=19968"},"modified":"2025-02-21T09:30:55","modified_gmt":"2025-02-21T13:30:55","slug":"juan-rulfo-on-nous-a-donne-la-terre-resume-et-analyse","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/resumes-de-nouvelles\/juan-rulfo-on-nous-a-donne-la-terre-resume-et-analyse\/19968\/","title":{"rendered":"Juan Rulfo : On nous a donn\u00e9 la terre. R\u00e9sum\u00e9 et analyse"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis <\/strong>:<em> On nous a donn\u00e9 la terre<\/em> (Nos han dado la tierra), un conte de Juan Rulfo publi\u00e9 dans <em>El llano en llamas<\/em> en 1953, raconte le parcours de quatre paysans qui marchent sous un soleil de plomb apr\u00e8s avoir re\u00e7u des terres du gouvernement. \u00c0 travers un paysage aride et d\u00e9sol\u00e9, le r\u00e9cit montre leur fatigue, leur silence et l&rsquo;incertitude quant \u00e0 l&rsquo;avenir qui les attend. Avec une prose simple, Rulfo d\u00e9peint la duret\u00e9 de la campagne et la frustration de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s par le syst\u00e8me. L&rsquo;histoire, charg\u00e9e de symbolisme et de critique sociale, expose le combat silencieux des d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s dans un monde injuste.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-59af5590\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Juan-Rulfo-Nos-han-dado-la-tierra.-Resumen-y-analisis.webp\" alt=\"Juan Rulfo : On nous a donn\u00e9 la terre. 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Ils ne se substituent en aucun cas \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience de la lecture int\u00e9grale de l&rsquo;\u0153uvre.<\/p><\/div><\/span><\/div>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">R\u00e9sum\u00e9 de On nous a donn\u00e9 la terre de Juan Rulfo<\/h2>\n\n\n\n<p>Dans le conte <em>On nous a donn\u00e9 la terre<\/em>, Juan Rulfo raconte l&rsquo;histoire de quatre hommes qui marchent sous un soleil de plomb \u00e0 travers une vaste plaine aride et s\u00e8che. Ils marchent depuis l&rsquo;aube et maintenant, vers quatre heures de l&rsquo;apr\u00e8s-midi, ils sentent l&rsquo;\u00e9puisement \u00e0 chaque pas. Ils \u00e9taient plus de vingt auparavant, mais le groupe s&rsquo;est dispers\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 ce qu&rsquo;il ne reste plus qu&rsquo;eux : le narrateur, Melit\u00f3n, Faustino et Esteban. Au loin, les aboiements des chiens et l&rsquo;odeur de fum\u00e9e annoncent la proximit\u00e9 d&rsquo;un village, mais ils ont encore beaucoup de chemin \u00e0 faire pour y arriver.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chemin est dur et monotone. La chaleur est \u00e9touffante et les mots se dess\u00e8chent dans leur bouche, de sorte qu&rsquo;ils peuvent \u00e0 peine se parler. Une nu\u00e9e charg\u00e9e d&rsquo;eau passe au-dessus de leurs t\u00eates, g\u00e9n\u00e9rant un bref instant d&rsquo;espoir, mais ne laisse tomber qu&rsquo;une goutte sur la terre dess\u00e9ch\u00e9e avant d&rsquo;\u00eatre emport\u00e9e par le vent. La plaine ne change pas ; elle reste un terrain st\u00e9rile, sans arbres ni ombre, sans vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure qu&rsquo;ils avancent, le narrateur r\u00e9fl\u00e9chit \u00e0 la terre qui leur a \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e. Avant, ils avaient des chevaux et des armes, mais maintenant, il ne leur reste que leurs pieds et le poids de la r\u00e9alit\u00e9. Le gouvernement leur a donn\u00e9 cette immense plaine dans le cadre d&rsquo;un partage agraire, mais ils savent que la terre ne sert \u00e0 rien. Ils voulaient des terres fertiles au bord du fleuve, o\u00f9 poussent des arbres et o\u00f9 la terre est humide, mais au lieu de cela, on leur a donn\u00e9 ce terrain st\u00e9rile et dur comme de la pierre. Ils ont essay\u00e9 de protester et d&rsquo;expliquer que rien ne pousserait l\u00e0-bas, mais le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du gouvernement ne les a pas \u00e9cout\u00e9s. Il leur a remis les papiers et les a cong\u00e9di\u00e9s avec l&rsquo;indiff\u00e9rence de celui qui a d\u00e9j\u00e0 accompli son devoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Melit\u00f3n, r\u00e9sign\u00e9, dit que c&rsquo;est la terre qui leur a \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9e. Faustino, incr\u00e9dule, r\u00e9pond \u00e0 peine. Le narrateur, en revanche, pense qu&rsquo;il est absurde de consid\u00e9rer cette plaine comme un v\u00e9ritable h\u00e9ritage. M\u00eame les vautours ne restent pas dans cette \u00e9tendue morte, ils ne font que la survoler en passant. Esteban, quant \u00e0 lui, cache un poulet sous son manteau, comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;un symbole de ce qu&rsquo;il leur reste. Il explique qu&rsquo;il l&rsquo;a apport\u00e9 avec lui parce qu&rsquo;il ne voulait pas qu&rsquo;il ait faim dans sa maison vide.<\/p>\n\n\n\n<p>En arrivant au ravin, le paysage change. La terre devient plus fertile, la poussi\u00e8re se soul\u00e8ve \u00e0 chaque pas et l&rsquo;on sent l&rsquo;air de la v\u00e9g\u00e9tation proche. Pour la premi\u00e8re fois de la journ\u00e9e, les hommes \u00e9prouvent un sentiment de soulagement. Des vol\u00e9es de chachalacas volent au-dessus de la rivi\u00e8re et le bruit des chiens est maintenant plus net. Esteban se s\u00e9pare du groupe et se perd avec son poulet parmi les arbres. Les autres continuent d&rsquo;avancer vers le village.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais la r\u00e9alit\u00e9 est toujours l\u00e0 : la terre qu&rsquo;on leur a donn\u00e9e est en haut, dans la plaine s\u00e8che et hostile. C&rsquo;est un cadeau inutile, un morceau de terre morte o\u00f9 rien ne poussera, o\u00f9 la vie ne peut s&rsquo;\u00e9tablir.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Personnages de On nous a donn\u00e9 la terre de Juan Rulfo<\/h2>\n\n\n\n<p><strong>Le narrateur<\/strong> est la voix principale du r\u00e9cit. C&rsquo;est un homme r\u00e9fl\u00e9chi qui observe et analyse attentivement l&rsquo;environnement et la situation dans laquelle lui et ses compagnons vivent. Bien que son nom ne soit pas mentionn\u00e9, sa vision du monde est empreinte d&rsquo;une lucidit\u00e9 am\u00e8re. Avec une attitude entre la r\u00e9signation et l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9, il exprime un scepticisme profond quant \u00e0 l&rsquo;utilit\u00e9 de la terre qu&rsquo;on leur a donn\u00e9e. Son regard r\u00e9v\u00e8le non seulement l&rsquo;\u00e9puisement physique caus\u00e9 par la marche sous le soleil, mais aussi la fatigue \u00e9motionnelle de celui qui a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pouill\u00e9 de tout espoir. C&rsquo;est le personnage qui remet le plus en question la d\u00e9cision du gouvernement et, bien qu&rsquo;il ne se rebelle pas ouvertement, son monologue int\u00e9rieur r\u00e9v\u00e8le l&rsquo;ironie de la situation : on leur a donn\u00e9 un territoire inhabitable, un cadeau vide.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Melit\u00f3n<\/strong> est un autre des paysans qui font partie du petit groupe. Il se montre silencieux et r\u00e9sign\u00e9, comme s&rsquo;il avait d\u00e9j\u00e0 accept\u00e9 son destin sans trop le remettre en question. C&rsquo;est lui qui, par une simple phrase, r\u00e9sume la d\u00e9sillusion du conte : \u00ab Voici la terre qu&rsquo;on nous a donn\u00e9e \u00bb. Son attitude transmet le poids de la soumission, comme si la souffrance et l&rsquo;injustice faisaient d\u00e9j\u00e0 naturellement partie de son existence. Sa passivit\u00e9 et son manque de r\u00e9action face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 contrastent avec la pens\u00e9e critique du narrateur.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Faustino<\/strong>, quant \u00e0 lui, est un personnage plut\u00f4t silencieux qui n&rsquo;intervient gu\u00e8re dans le r\u00e9cit. Sa seule participation notable est lorsqu&rsquo;il r\u00e9pond presque automatiquement \u00e0 l&rsquo;affirmation de Melit\u00f3n. Sa figure repr\u00e9sente ceux qui ont \u00e9t\u00e9 r\u00e9duits au r\u00f4le de spectateurs dans leur propre vie, trop \u00e9puis\u00e9s ou d\u00e9motiv\u00e9s pour exprimer ne serait-ce qu&rsquo;une plainte. Son mutisme renforce l&rsquo;id\u00e9e que le d\u00e9couragement a profond\u00e9ment p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 les paysans, au point qu&rsquo;ils ne voient m\u00eame plus l&rsquo;int\u00e9r\u00eat de protester.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>Esteban<\/strong> est le seul du groupe \u00e0 montrer un attachement tangible \u00e0 autre chose que sa propre survie. Il porte un poulet cach\u00e9 sous son manteau, un d\u00e9tail apparemment insignifiant mais charg\u00e9 de symbolisme. Alors que les autres ont abandonn\u00e9 tout espoir, il conserve un lien avec son foyer et son pass\u00e9. Il dit qu&rsquo;il l&rsquo;a amen\u00e9e parce qu&rsquo;il n&rsquo;y avait personne pour la nourrir dans sa maison vide, ce qui sugg\u00e8re qu&rsquo;il n&rsquo;a pas de famille qui l&rsquo;attende. Malgr\u00e9 tout, il prend soin de l&rsquo;animal avec soin, lui parlant et le prot\u00e9geant de la chaleur. Quand ils arrivent au village, il se s\u00e9pare du groupe et dispara\u00eet avec sa poule, comme s&rsquo;il cherchait un moyen de continuer sa vie ailleurs. Son attitude contraste avec la r\u00e9signation des autres et montre que, m\u00eame si elle est minime, il existe encore une volont\u00e9 de s&rsquo;accrocher \u00e0 quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\">Analyse de On nous a donn\u00e9 la terre de Juan Rulfo<\/h2>\n\n\n\n<p><em>On nous a donn\u00e9 la terre<\/em>, de Juan Rulfo, est une nouvelle courte mais charg\u00e9e de sens. \u00c0 premi\u00e8re vue, elle raconte le voyage de quatre paysans qui traversent une plaine aride, mais en r\u00e9alit\u00e9, c&rsquo;est une r\u00e9flexion profonde sur l&rsquo;injustice, le d\u00e9sespoir et l&rsquo;\u00e9chec de la r\u00e9forme agraire au Mexique. Pour mieux la comprendre, il est n\u00e9cessaire d&rsquo;analyser son contenu et ce que l&rsquo;auteur veut nous transmettre \u00e0 travers son style unique et son symbolisme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le titre nous donne d\u00e9j\u00e0 un indice sur le conflit central : les personnages ont re\u00e7u des terres dans le cadre d&rsquo;une politique de redistribution agraire, mais le probl\u00e8me est que ces terres ne servent \u00e0 rien. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;eau, la terre est dure comme de la pierre et on ne peut rien y semer. C&rsquo;est un cadeau inutile, une fa\u00e7on de leur faire croire qu&rsquo;ils ont \u00e9t\u00e9 favoris\u00e9s alors qu&rsquo;en r\u00e9alit\u00e9, ils ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s \u00e0 leur sort. Ce point est essentiel pour comprendre la critique de Rulfo : le gouvernement distribue des terres, mais ne se soucie pas de savoir si elles peuvent r\u00e9ellement \u00eatre cultiv\u00e9es, de sorte que les paysans se retrouvent dans une situation identique ou pire qu&rsquo;auparavant.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;espace dans lequel se d\u00e9roule l&rsquo;histoire est fondamental pour comprendre le sentiment de vide et de d\u00e9sespoir qui impr\u00e8gne le conte. La plaine est un endroit mort, sans ombre, sans eau, sans vie. Rulfo le d\u00e9crit avec des phrases courtes et directes, et transmet la fatigue et l&rsquo;\u00e9puisement des personnages. Le soleil br\u00fblant, la poussi\u00e8re et l&rsquo;absence de v\u00e9g\u00e9tation renforcent l&rsquo;id\u00e9e que les paysans ont \u00e9t\u00e9 condamn\u00e9s \u00e0 un destin impossible. L&rsquo;environnement est si hostile que m\u00eame le langage est affect\u00e9 : les personnages ne parlent presque pas parce que la chaleur leur dess\u00e8che la bouche et leur enl\u00e8ve l&rsquo;envie de communiquer. Le silence est une m\u00e9taphore de leur r\u00e9signation.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;attitude des personnages en dit \u00e9galement long sur le message du conte. Il n&rsquo;y a pas de grandes r\u00e9voltes ni de discours de protestation ; il n&rsquo;y a que de la lassitude et un d\u00e9senchantement silencieux. Lorsqu&rsquo;ils ont tent\u00e9 de d\u00e9montrer que les terres \u00e9taient inutiles, le d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du gouvernement ne les a pas \u00e9cout\u00e9s. Il n&rsquo;a pas tenu compte de leur demande, car la d\u00e9cision \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 prise. Cet \u00e9pisode refl\u00e8te l&rsquo;impuissance des paysans face \u00e0 un syst\u00e8me qui ne leur donne pas la parole. Au lieu de se battre ou de se r\u00e9volter, ils acceptent leur destin avec un m\u00e9lange de r\u00e9signation et de d\u00e9sespoir. Leur passivit\u00e9 n&rsquo;est pas le signe d&rsquo;un conformisme, mais le r\u00e9sultat d&rsquo;ann\u00e9es d&rsquo;ignorance et de maltraitance.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;un des symboles les plus importants du conte est la poule qu&rsquo;Esteban porte. Au milieu d&rsquo;un paysage o\u00f9 tout semble mort, ce petit animal est la seule chose qui repr\u00e9sente la vie. Alors que les autres ont laiss\u00e9 derri\u00e8re eux tout lien avec leur pass\u00e9, Esteban s&rsquo;accroche encore \u00e0 quelque chose, aussi insignifiant soit-il, comme une poule. Cela contraste avec la terre st\u00e9rile qu&rsquo;on leur a donn\u00e9e : alors que la plaine ne peut pas soutenir la vie, Esteban s&rsquo;accroche au peu qu&rsquo;il a. Quand ils arrivent au village, il se s\u00e9pare du groupe et dispara\u00eet avec sa poule, ce qui peut \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9 comme une petite r\u00e9sistance face au destin impos\u00e9. Contrairement aux autres, qui continuent \u00e0 marcher sans but, il choisit un chemin diff\u00e9rent, m\u00eame si nous ne savons pas o\u00f9 il le m\u00e8ne.<\/p>\n\n\n\n<p>La fin de l&rsquo;histoire est l&rsquo;un des passages les plus marquants. Bien que les paysans arrivent au village, la terre qui leur appartient est toujours l\u00e0-haut, dans la plaine s\u00e8che et inhabitable. C&rsquo;est une fin qui laisse un go\u00fbt amer : ils ont march\u00e9 pendant des heures, ont souffert de la chaleur et de la fatigue, mais n&rsquo;ont en r\u00e9alit\u00e9 pas avanc\u00e9 d&rsquo;un pouce. Ils sont toujours aussi d\u00e9munis qu&rsquo;au d\u00e9but. Cette fin renforce la critique de Rulfo : la r\u00e9partition des terres n&rsquo;a pas am\u00e9lior\u00e9 la vie de ces hommes, elle leur a seulement donn\u00e9 une illusion de progr\u00e8s vide de sens.<\/p>\n\n\n\n<p>En d\u00e9finitive, <em>On nous a donn\u00e9 la terre<\/em> est un conte qui, en tr\u00e8s peu de mots, transmet un message profond sur l&rsquo;injustice sociale et le d\u00e9sespoir. \u00c0 travers la description de la plaine, l&rsquo;attitude des personnages et de petits d\u00e9tails comme la poule, Juan Rulfo nous montre la souffrance silencieuse des paysans et l&rsquo;ironie d&rsquo;un syst\u00e8me qui leur promet un avenir meilleur, mais qui en r\u00e9alit\u00e9 les condamne \u00e0 une vie dans la mis\u00e8re. C&rsquo;est une histoire qui ne parle pas seulement du Mexique de la r\u00e9forme agraire, mais qui reste d&rsquo;actualit\u00e9 dans tous les contextes o\u00f9 l&rsquo;in\u00e9galit\u00e9 et le manque d&rsquo;opportunit\u00e9s condamnent les gens \u00e0 survivre dans des conditions impossibles.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>On nous a donn\u00e9 la terre (Nos han dado la tierra), un conte de Juan Rulfo publi\u00e9 dans El llano en llamas en 1953, raconte le parcours de quatre paysans qui marchent sous un soleil de plomb apr\u00e8s avoir re\u00e7u des terres du gouvernement. \u00c0 travers un paysage aride et d\u00e9sol\u00e9, le r\u00e9cit montre leur fatigue, leur silence et l&rsquo;incertitude quant \u00e0 l&rsquo;avenir qui les attend. Avec une prose simple, Rulfo d\u00e9peint la duret\u00e9 de la campagne et la frustration de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9s par le syst\u00e8me. L&rsquo;histoire, charg\u00e9e de symbolisme et de critique sociale, expose le combat silencieux des d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s dans un monde injuste.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":19945,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[851],"tags":[869,870],"class_list":["post-19968","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-resumes-de-nouvelles","tag-juan-rulfo-fr","tag-mexique","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":851,"label":"R\u00e9sum\u00e9s de nouvelles"}],"post_tag":[{"value":869,"label":"Juan Rulfo"},{"value":870,"label":"Mexique"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2023\/10\/Juan-Rulfo-Nos-han-dado-la-tierra.-Resumen-y-analisis.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":851,"name":"R\u00e9sum\u00e9s de nouvelles","slug":"resumes-de-nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":851,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":42,"filter":"raw","cat_ID":851,"category_count":42,"category_description":"","cat_name":"R\u00e9sum\u00e9s de nouvelles","category_nicename":"resumes-de-nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":869,"name":"Juan Rulfo","slug":"juan-rulfo-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":869,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":2,"filter":"raw"},{"term_id":870,"name":"Mexique","slug":"mexique","term_group":0,"term_taxonomy_id":870,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":3,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19968","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=19968"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/19968\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/19945"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=19968"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=19968"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=19968"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}