{"id":22176,"date":"2025-05-20T17:54:51","date_gmt":"2025-05-20T21:54:51","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=22176"},"modified":"2025-05-29T07:50:09","modified_gmt":"2025-05-29T11:50:09","slug":"h-p-lovecraft-la-musique-derich-zann","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/h-p-lovecraft-la-musique-derich-zann\/22176\/","title":{"rendered":"H. P. Lovecraft : La Musique d&rsquo;Erich Zann"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis<\/strong> : \u00ab La Musique d&rsquo;Erich Zann \u00bb (The Music of Erich Zann) est une nouvelle de H. P. Lovecraft, publi\u00e9e en mars 1922 dans le magazine The National Amateur. L&rsquo;histoire suit un jeune \u00e9tudiant en m\u00e9taphysique qui, \u00e0 la recherche d&rsquo;un logement bon march\u00e9, s&rsquo;installe dans une pension d\u00e9labr\u00e9e de la rue d&rsquo;Auseil, une rue escarp\u00e9e et \u00e9trangement inaccessible. Il y fait la connaissance d&rsquo;Erich Zann, un violoniste muet qui vit dans le grenier le plus haut. Fascin\u00e9 par la musique inqui\u00e9tante qu&rsquo;il entend chaque nuit depuis sa chambre, le narrateur tente de se rapprocher du myst\u00e9rieux musicien, sans se rendre compte que chaque note cache une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re et terrifiante.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-4d92a790\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/H.-P.-Lovecraft-La-musica-de-Erich-Zann.webp\" alt=\"H. P. Lovecraft : La Musique d'Erich Zann\" class=\"wp-image-22135\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/H.-P.-Lovecraft-La-musica-de-Erich-Zann.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/H.-P.-Lovecraft-La-musica-de-Erich-Zann-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/H.-P.-Lovecraft-La-musica-de-Erich-Zann-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/05\/H.-P.-Lovecraft-La-musica-de-Erich-Zann-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">La Musique d&rsquo;Erich Zann<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">H. P. Lovecraft<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai examin\u00e9 des plans de la ville avec le plus grand soin et pourtant jamais je n\u2019ai pu retrouver la rue d\u2019Auseil. Mes recherches ne se sont pas limit\u00e9es aux plans actuels, car je sais que les noms changent. Au contraire, j\u2019ai plus que longuement interrog\u00e9 tous les t\u00e9moignages anciens sur la ville, et j\u2019ai personnellement explor\u00e9 tous les quartiers, quels que fussent leurs noms, qui pouvaient receler une rue d\u2019Auseil. Mais malgr\u00e9 tous mes efforts, il me faut humblement avouer que je n\u2019ai pu, que je ne peux retrouver ni la maison, ni la rue, ni le quartier de cette ville, o\u00f9, pendant les derniers mois de ma pr\u00e9caire existence d\u2019\u00e9tudiant en m\u00e9taphysique \u00e0 l\u2019universit\u00e9, j\u2019entendis la musique d\u2019Erich Zann.<\/p>\n\n\n\n<p>Que ma m\u00e9moire soit d\u00e9faillante, je ne m\u2019en \u00e9tonne pas&nbsp;; car mon \u00e9quilibre, physique et mental, subit de rudes coups pendant toute l\u2019\u00e9poque de mon s\u00e9jour rue d\u2019Auseil, et je sais fort bien que je n\u2019ai fait venir en cet endroit aucune des rares personnes que je connais. Mais le fait que je ne puisse pas retrouver cet endroit est \u00e0 la fois curieux et inqui\u00e9tant, car il se trouvait \u00e0 moins d\u2019une demi-heure de marche de l\u2019universit\u00e9, et se distinguait par des traits si particuliers que toute personne l\u2019ayant vu une fois \u00e9tait incapable de l\u2019oublier. Je n\u2019ai jamais rencontr\u00e9 une seule personne qui conn\u00fbt la rue d\u2019Auseil.<\/p>\n\n\n\n<p>La rue d\u2019Auseil se trouvait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 d\u2019un fleuve sombre, bord\u00e9 d\u2019immenses entrep\u00f4ts de brique aux fen\u00eatres opaques, et franchi par un lourd pont de pierre noir\u00e2tre. L\u2019air \u00e9tait toujours gris et presque obscur pr\u00e8s de ce fleuve, comme si la fum\u00e9e des usines proches y emp\u00eachait en permanence le soleil de percer. Ce fleuve \u00e9mettait aussi une odeur charg\u00e9e de relents douteux que je n\u2019ai jamais sentis autre part, et qui pourront peut-\u00eatre un jour me permettre de le retrouver car je les reconna\u00eetrais imm\u00e9diatement. Au-del\u00e0 du pont, d\u2019\u00e9troites ruelles pav\u00e9es, long\u00e9es de grilles. Et on montait ensuite, doucement d\u2019abord, puis tr\u00e8s vite&nbsp;: on \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 la rue d\u2019Auseil.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019ai jamais vu de rue aussi \u00e9troite et aussi raide que la rue d\u2019Auseil. C\u2019\u00e9tait presque une escalade&nbsp;; elle \u00e9tait ferm\u00e9e \u00e0 tous v\u00e9hicules, coup\u00e9e d\u2019escaliers par endroits, et bouch\u00e9e \u00e0 son sommet par un mur \u00e9lev\u00e9 et couvert de lierre. Son rev\u00eatement changeait en cours de route&nbsp;: par endroits de vastes dalles&nbsp;; en d\u2019autres des pav\u00e9s&nbsp;; en d\u2019autres encore une terre battue \u00e0 laquelle s\u2019accrochait comme elle pouvait une v\u00e9g\u00e9tation d\u2019un vert gris\u00e2tre. Les maisons qui bordaient la rue \u00e9taient hautes, avec des toits pointus, incroyablement vieilles, et toutes penchaient de la fa\u00e7on la plus fantasque qui f\u00fbt, en avant, en arri\u00e8re ou de c\u00f4t\u00e9. Par endroits, deux maisons se faisant face s\u2019inclinaient l\u2019une vers l\u2019autre formant une sorte de pont au-dessus de la rue, ce qui l\u2019emp\u00eachait naturellement d\u2019\u00eatre bien claire. Il y avait aussi quelques passerelles jet\u00e9es \u00e0 hauteur d\u2019\u00e9tage d\u2019une maison \u00e0 l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<p>Les habitants de cette rue me firent une impression profonde. Au d\u00e9but, je pensai que c\u2019\u00e9tait parce qu\u2019ils paraissaient tous silencieux et secrets, mais plus tard je compris que c\u2019\u00e9tait parce qu\u2019ils \u00e9taient tous tr\u00e8s vieux. Je suis incapable de dire ce qui m\u2019a amen\u00e9 \u00e0 vivre dans une pareille rue&nbsp;: je n\u2019\u00e9tais pas moi-m\u00eame lorsque j\u2019y emm\u00e9nageai. J\u2019avais v\u00e9cu jusqu\u2019alors dans des endroits mis\u00e9rables d\u2019o\u00f9 mon manque d\u2019argent m\u2019avait toujours fait partir&nbsp;: je finis par tomber sur cette b\u00e2tisse chancelante de la rue d\u2019Auseil tenue par Blandot le paralytique. C\u2019\u00e9tait la troisi\u00e8me maison \u00e0 partir du bout de la rue, et de loin la plus haute de toutes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma chambre se trouvait au cinqui\u00e8me \u00e9tage&nbsp;; la seule qui y fut occup\u00e9e, car la maison \u00e9tait presque vide. La nuit de mon arriv\u00e9e, j\u2019entendis, venant des mansardes au-dessus de moi, une \u00e9trange musique, et le lendemain j\u2019interrogeai le vieux Blandot. Il me r\u00e9pondit que c\u2019\u00e9tait un vieil Allemand qui jouait de la viole, un homme muet, \u00e9trange, qui signait du nom de Erich Zann et qui le soir faisait partie d\u2019un pauvre orchestre d\u2019op\u00e9ra&nbsp;; et il ajouta que Zann, ayant la manie de jouer la nuit apr\u00e8s son retour du th\u00e9\u00e2tre, avait choisi cette mansarde isol\u00e9e, dont l\u2019unique fen\u00eatre, m\u00e9nag\u00e9e dans le toit, \u00e9tait le seul endroit d\u2019o\u00f9 l\u2019on pouvait voir, par-dessus l\u2019\u00e9norme mur se dressant au bout de la rue, l\u2019autre versant de la colline et le panorama qui s\u2019\u00e9tendait au-del\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>Par la suite, j\u2019entendis Zann chaque nuit, et, bien qu\u2019il m\u2019emp\u00each\u00e2t de dormir, je me sentis progressivement hant\u00e9 par la bizarrerie de sa musique. Quoique ignorant presque tout de cet art, j\u2019\u00e9tais convaincu qu\u2019aucune de ses harmonies ne pouvait entretenir le moindre rapport avec une musique d\u00e9j\u00e0 entendue&nbsp;; et j\u2019en conclus que le vieil homme \u00e9tait un compositeur hautement original. Plus j\u2019\u00e9coutais, plus j\u2019\u00e9tais fascin\u00e9, et finalement, au bout d\u2019une semaine, je me d\u00e9cidai \u00e0 faire la connaissance du vieux musicien.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir qu\u2019il revenait de son travail, je lui adressai la parole dans le couloir&nbsp;: je lui dis que j\u2019aimerais le conna\u00eetre et l\u2019\u00e9couter jouer. C\u2019\u00e9tait un vieil homme mince, petit, courb\u00e9 en deux, avec des v\u00eatements r\u00e2p\u00e9s, des yeux bleus, une t\u00eate caricaturale qui faisait penser \u00e0 celle d\u2019un satyre, et un cr\u00e2ne presque chauve&nbsp;; \u00e0 mes premiers mots, il parut \u00e0 la fois furieux et effray\u00e9. Mais mon bon vouloir \u00e9tait si \u00e9vident qu\u2019il finit par se radoucir&nbsp;; et, grognant vaguement, il me fit signe de le suivre dans l\u2019escalier noir, craquant, branlant, qui menait chez lui. Sa chambre \u2013&nbsp;il n\u2019y en avait que deux sous ce toit pointu&nbsp;\u2013 donnait sur l\u2019ouest, dans la direction du haut mur sur lequel se terminait la rue. D\u00e9j\u00e0 tr\u00e8s grande, son extraordinaire abandon, sa nudit\u00e9 presque totale la faisaient para\u00eetre immense. En fait de mobilier, il n\u2019y avait qu\u2019un lit de fer \u00e9troit, un n\u00e9cessaire de toilette \u00e9br\u00e9ch\u00e9, une petite table, une grande biblioth\u00e8que, un pupitre \u00e0 musique m\u00e9tallique, et trois fauteuils vieillots. Sur le plancher, en d\u00e9sordre, des cahiers de musique. Les murs \u00e9taient faits de planches nues qui sans doute n\u2019avaient jamais connu le cr\u00e9pi&nbsp;; la poussi\u00e8re omnipr\u00e9sente, les innombrables toiles d\u2019araign\u00e9es \u00e9voquaient un endroit d\u00e9sert et inhabit\u00e9. L\u2019univers esth\u00e9tique d\u2019Erich Zann hantait de toute \u00e9vidence les lointains cosmos de l\u2019imagination.<\/p>\n\n\n\n<p>Me faisant signe de m\u2019asseoir, le muet ferma la porte, poussa le gros verrou de bois et alluma une bougie, en plus de celle qu\u2019il tenait \u00e0 la main. Puis il sortit sa viole de son \u00e9tui d\u00e9vor\u00e9 par les mites, et, finalement, son instrument en main, il s\u2019installa dans le moins inconfortable des fauteuils. Il ne se servit pas de son pupitre, et, sans me proposer de choix et jouant de t\u00eate, il me ravit pendant plus d\u2019une heure avec des morceaux que je n\u2019avais jamais entendus&nbsp;; des morceaux qui devaient \u00eatre de sa propre invention. Les d\u00e9crire avec exactitude est impossible \u00e0 une personne ignorant tout de la musique. C\u2019\u00e9tait une sorte de fugue avec des reprises v\u00e9ritablement merveilleuses, mais je remarquai surtout l\u2019absence totale de ces accords bizarres que j\u2019avais entendus de ma chambre les autres nuits.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces notes ensorcelantes, je m\u2019en souvenais, et je me les \u00e9tais souvent fredonn\u00e9es et sifflot\u00e9es, pour autant que j\u2019en avais \u00e9t\u00e9 capable, si bien que lorsque le musicien posa son archet, je lui demandai s\u2019il voulait bien m\u2019en rejouer quelques passages. \u00c0 ma question, les traits de mon h\u00f4te \u00e0 la t\u00eate de satyre perdirent subitement le calme quelque peu indiff\u00e9rent qu\u2019ils avaient rev\u00eatu pendant tout le r\u00e9cital, et parurent trahir ce curieux m\u00e9lange de col\u00e8re et de frayeur que je leur avais vu lorsque j\u2019avais abord\u00e9 le vieillard pour la premi\u00e8re fois. Pendant un moment, peu respectueux des sautes d\u2019humeur de la vieillesse, je voulus insister, et j\u2019essayai m\u00eame de piquer cet h\u00f4te au temp\u00e9rament instable en lui sifflant un des airs que j\u2019avais entendus la nuit pr\u00e9c\u00e9dente. Mais je ne m\u2019ent\u00eatai pas longtemps dans cette voie&nbsp;; d\u00e8s que le vieux musicien eut reconnu ce que je sifflais, ses traits se d\u00e9form\u00e8rent brutalement, poss\u00e9d\u00e9s par un sentiment d\u00e9fiant l\u2019analyse, en m\u00eame temps qu\u2019il levait sa longue main froide et osseuse pour me fermer la bouche et imposer silence \u00e0 cette imitation maladroite. Et le regard craintif qu\u2019il jeta en direction de la fen\u00eatre solitaire, aveugl\u00e9e par un rideau, comme s\u2019il redoutait l\u2019arriv\u00e9e d\u2019un intrus, me donna une preuve suppl\u00e9mentaire de sa bizarrerie&nbsp;; c\u2019\u00e9tait doublement absurde puisque la mansarde \u00e9tait bien plus haute que les toits des maisons voisines, par cons\u00e9quent inaccessible, le seul endroit, le concierge me l\u2019avait dit, d\u2019o\u00f9 il \u00e9tait possible d\u2019apercevoir ce qu\u2019il y avait de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du mur fermant la rue.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce regard jet\u00e9 par le vieil homme me remit \u00e0 l\u2019esprit cette remarque de Blandot, et, non sans une certaine malice, je voulus aller contempler le vaste et vertigineux panorama des toits baign\u00e9s par la lune, de la ville illumin\u00e9e, que l\u2019on devait d\u00e9couvrir de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de la colline et que, seul de tous les habitants de la rue d\u2019Auseil, ce vieux musicien grincheux pouvait voir. J\u2019allai \u00e0 la fen\u00eatre et j\u2019en aurais tir\u00e9 les rideaux anonymes si le vieillard, dans une rage terroris\u00e9e comme je ne lui en avais pas encore vue, ne s\u2019\u00e9tait pr\u00e9cipit\u00e9 sur moi. Empoignant mes v\u00eatements pour me faire reculer, il me fit clairement comprendre qu\u2019il entendait me mettre \u00e0 la porte. D\u00e9go\u00fbt\u00e9 de cet h\u00f4te impossible, je lui demandai s\u00e8chement de me l\u00e2cher, ajoutant que j\u2019allais partir sur-le-champ. Il me laissa aussit\u00f4t, et, voyant que j\u2019\u00e9tais bless\u00e9 et furieux, sa propre col\u00e8re parut s\u2019apaiser. Il posa \u00e0 nouveau la main sur moi, cette fois-ci dans un geste amical, et m\u2019obligea \u00e0 m\u2019asseoir dans un fauteuil&nbsp;; puis, avec une sorte d\u2019expression songeuse, il alla s\u2019asseoir \u00e0 la table encombr\u00e9e et, arm\u00e9 d\u2019un crayon, se mit \u00e0 couvrir une page d\u2019un fran\u00e7ais laborieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Le papier qu\u2019il me tendit finalement \u00e9tait un appel \u00e0 ma tol\u00e9rance et \u00e0 mon oubli des offenses. Zann me disait qu\u2019il \u00e9tait \u00e2g\u00e9, solitaire, et sujet \u00e0 d\u2019\u00e9tranges terreurs et \u00e0 des troubles nerveux non sans rapport avec son art et avec d\u2019autres choses aussi. Il \u00e9tait tr\u00e8s heureux que je fisse venu l\u2019\u00e9couter, esp\u00e9rait que je reviendrais, et que je consentirais \u00e0 oublier ses excentricit\u00e9s. Mais il ne pouvait pas jouer \u00e0 une personne \u00e9trang\u00e8re les harmonies qui m\u2019avaient frapp\u00e9, et il ne pouvait pas supporter que quelqu\u2019un d\u2019autre lui en parl\u00e2t&nbsp;; de m\u00eame, il ne pouvait supporter qu\u2019une autre personne touch\u00e2t aucun objet dans cette chambre. Il ne s\u2019\u00e9tait pas rendu compte, jusqu\u2019au moment o\u00f9 je l\u2019avais abord\u00e9 dans le couloir, que je pouvais l\u2019entendre jouer de ma chambre, et il me demandait si je voulais bien prier Blandot de me donner une autre chambre \u00e0 un \u00e9tage inf\u00e9rieur, d\u2019o\u00f9 je ne pourrais pas l\u2019entendre pendant la nuit. Il \u00e9tait dispos\u00e9, avait-il enfin \u00e9crit, \u00e0 me d\u00e9frayer des d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fur et \u00e0 mesure que je lisais avec peine ce fran\u00e7ais ex\u00e9crable, je sentis ma mauvaise humeur \u00e0 l\u2019\u00e9gard du vieil homme s\u2019apaiser. Il \u00e9tait atteint de troubles physiques et mentaux, comme moi&nbsp;; et mes \u00e9tudes en m\u00e9taphysique m\u2019avaient enseign\u00e9 la tol\u00e9rance. Dans le silence qui r\u00e9gnait alors, on entendit un l\u00e9ger bruit venant de la fen\u00eatre \u2013&nbsp;le vent nocturne qui, sans doute, faisait battre le volet&nbsp;; mais, pour une raison ou pour une autre, je sursautai presque aussi violemment qu\u2019Erich Zann. D\u00e8s que j\u2019eus termin\u00e9 son message, je lui donnai une poign\u00e9e de main et le quittai, en ami.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour suivant, Blandot me donna une chambre moins \u00e9conomique au troisi\u00e8me \u00e9tage, entre l\u2019appartement d\u2019un vieil usurier et la chambre d\u2019un tapissier respectable. Personne n\u2019habitait au quatri\u00e8me \u00e9tage.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais au bout de peu de temps, je me rendis compte que Zann \u00e9tait loin d\u2019\u00e9prouver un d\u00e9sir aussi r\u00e9el de me voir qu\u2019il avait paru le manifester lors qu\u2019il m\u2019avait suppli\u00e9 de quitter son \u00e9tage. Non seulement il ne me demanda pas d\u2019aller lui rendre visite, mais, lorsque je le fis, il sembla mal \u00e0 l\u2019aise et joua d\u2019un air distrait. Ceci se passa naturellement la nuit \u2013&nbsp;le jour, il dormait et ne recevait personne. Ma sympathie pour lui \u00e9videmment ne s\u2019en trouva pas renforc\u00e9e, et pourtant cette mansarde et cette \u00e9trange musique semblaient exercer sur moi une fascination curieuse, mais de plus en plus marqu\u00e9e. J\u2019\u00e9prouvais un d\u00e9sir presque insurmontable d\u2019aller regarder par cette fen\u00eatre, par-dessus le mur, le versant invisible de la colline, les toits et les fl\u00e8ches luisantes qui devaient s\u2019y trouver. Un jour, je montai \u00e0 la chambre solitaire \u00e0 l\u2019heure du th\u00e9\u00e2tre, en l\u2019absence de Zann, mais sa porte \u00e9tait ferm\u00e9e \u00e0 clef.<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9ussis n\u00e9anmoins \u00e0 surprendre le jeu solitaire et nocturne du vieil homme muet. Au d\u00e9but, je montai sur la pointe des pieds jusqu\u2019\u00e0 mon ancien cinqui\u00e8me \u00e9tage. Ensuite, mon audace s\u2019accentuant, je m\u2019avan\u00e7ai jusqu\u2019aux derni\u00e8res marches de l\u2019escalier grin\u00e7ant qui menait \u00e0 la mansarde. L\u00e0, dans ce couloir \u00e9troit, devant cette porte bloqu\u00e9e, le trou de la serrure bouch\u00e9, j\u2019entendis plus d\u2019une fois des bruits qui me remplissaient d\u2019une anxi\u00e9t\u00e9 ind\u00e9finissable \u2013 crainte d\u2019un myst\u00e8re vague, d\u2019une trouble \u00e9nigme&nbsp;; non pas que ces sons fussent d\u00e9sagr\u00e9ables \u00e0 l\u2019oreille&nbsp;; ils ne l\u2019\u00e9taient pas mais ils \u00e9taient anim\u00e9s de vibrations qui ne rappelaient absolument rien de connu sur terre, et \u00e0 certains moments, assumaient une qualit\u00e9 r\u00e9ellement symphonique que, m\u00eame par l\u2019imagination, je ne pouvais mettre sur le compte du musicien seul. Il n\u2019y avait aucun doute, Erich Zann \u00e9tait un g\u00e9nie exceptionnel. Tandis que les semaines s\u2019\u00e9coulaient, le jeu devenait toujours plus sauvage, et le vieux musicien faisait preuve d\u2019absences toujours plus nettes en m\u00eame temps que d\u2019une pitoyable volont\u00e9 de passer inaper\u00e7u. Il refusait syst\u00e9matiquement de me recevoir, et se d\u00e9tournait de moi chaque fois que nous nous croisions dans l\u2019escalier.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, une nuit, alors que j\u2019\u00e9coutais \u00e0 sa porte, j\u2019entendis la viole insens\u00e9e porter ses harmonies jusqu\u2019\u00e0 un d\u00e9ferlement chaotique&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un pand\u00e9monium qui aurait pu me faire douter de ma pr\u00e9caire sant\u00e9 mentale, si ne m\u2019\u00e9tait parvenue de derri\u00e8re cette porte condamn\u00e9e la preuve atroce que le drame \u00e9tait bien r\u00e9el \u2013&nbsp;ce pleur \u00e9pouvantable, inarticul\u00e9, ce sanglot que seul un muet peut \u00e9mettre, et qu\u2019il ne pousse que dans les moments de terreur ou d\u2019angoisse les plus effrayants. Je frappai f\u00e9brilement au vantail mais ne re\u00e7us aucune r\u00e9ponse. Je restai \u00e0 attendre dans ce couloir obscur, tremblant de froid et de crainte&nbsp;; mais je per\u00e7us enfin les tristes efforts du musicien qui essayait de se relever en s\u2019aidant d\u2019un des fauteuils. Pensant qu\u2019il venait de reprendre conscience apr\u00e8s s\u2019\u00eatre \u00e9vanoui, je recommen\u00e7ai \u00e0 frapper \u00e0 la porte tout en lui criant mon nom pour le rassurer. J\u2019entendis Zann tituber jusqu\u2019\u00e0 la fen\u00eatre, fermer les volets et la vitre, puis revenir, p\u00e9niblement, \u00e0 la porte, et, enfin, d\u2019une main tremblante, m\u2019ouvrir. Cette fois, la joie qu\u2019il montrait \u00e0 me voir \u00e9tait authentique&nbsp;; son visage encore crisp\u00e9 s\u2019\u00e9claira en me reconnaissant&nbsp;; il agrippa les pans de ma veste, comme un enfant les jupes de sa m\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Agit\u00e9 de frissons path\u00e9tiques, le vieil homme m\u2019obligea \u00e0 m\u2019asseoir dans un fauteuil tandis qu\u2019il se laissait tomber dans un autre&nbsp;; sa viole et son archet gisaient \u00e0 terre, abandonn\u00e9s. Il resta assis un long moment, sans rien faire, hochant bizarrement la t\u00eate, et, curieusement, comme s\u2019il \u00e9tait en train d\u2019\u00e9couter quelque chose, avec autant d\u2019intensit\u00e9 que de crainte. Il parut enfin satisfait de ce qu\u2019il entendit, ou n\u2019entendit pas, et, s\u2019installant dans le fauteuil qui faisait face \u00e0 la table, il m\u2019\u00e9crivit quelques lignes sur une feuille de papier qu\u2019il me tendit, puis il retourna \u00e0 la table et se remit \u00e0 \u00e9crire, d\u2019une main f\u00e9brile et pressante. La note qu\u2019il m\u2019avait pass\u00e9e m\u2019implorait au nom de la piti\u00e9 humaine, et de ma propre curiosit\u00e9, d\u2019attendre qu\u2019il e\u00fbt fini d\u2019\u00e9crire&nbsp;: il me ferait un compte rendu d\u00e9taill\u00e9 en allemand de toutes les merveilles et de toutes les horreurs qui l\u2019obs\u00e9daient. J\u2019attendis&nbsp;; le crayon du vieil homme courait sur le papier.<\/p>\n\n\n\n<p>Environ une heure plus tard, alors que j\u2019attendais toujours, regardant les feuillets couverts d\u2019une \u00e9criture fi\u00e9vreuse s\u2019empiler les uns sur les autres, je vis soudain Zann se contracter comme sous l\u2019effet d\u2019un choc tr\u00e8s violent. Il n\u2019y avait pas \u00e0 en douter, il fixait bien la fen\u00eatre obstru\u00e9e par les rideaux, l\u2019oreille tendue, en transes. Puis j\u2019eus vaguement l\u2019impression d\u2019entendre moi-m\u00eame un son. Rien d\u2019horrible, mais bien plut\u00f4t comme une note musicale merveilleusement sombre, infiniment distante, comme en aurait pu lancer un musicien d\u2019une des maisons voisines, ou d\u2019une retraite situ\u00e9e au\u2013 del\u00e0 du grand mur par-dessus lequel je n\u2019avais toujours pas pu regarder. Sur Zann en tout cas, l\u2019effet fut terrible&nbsp;; abandonnant son crayon, il se leva brusquement, s\u2019empara de sa viole et commen\u00e7a \u00e0 rompre le silence nocturne de la musique la plus folle qui me soit jamais parvenue aux oreilles pendant les nuits pass\u00e9es de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 de sa porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Il serait inutile d\u2019essayer de d\u00e9crire ce que fut le jeu d\u2019Erich Zann pendant ces heures-l\u00e0. Plus effrayant que tout ce que j\u2019avais jamais entendu en cachette, car maintenant je pouvais voir l\u2019expression de sa figure et je me rendis compte, cette fois-ci, qu\u2019il \u00e9tait anim\u00e9 par la terreur la plus r\u00e9elle. Il essayait de faire du bruit, de chasser quelque chose, de noyer quelque chose \u2013&nbsp;mais quoi&nbsp;? Je ne pouvais l\u2019imaginer, mais ce devait \u00eatre redoutable. Son jeu \u00e9tait fantastique, d\u00e9lirant, hyst\u00e9rique, et pourtant il conserva jusqu\u2019\u00e0 la fin ces qualit\u00e9s de g\u00e9nie supr\u00eame que je savais appartenir \u00e0 cet \u00e9trange vieillard. Je reconnaissais l\u2019air \u2013&nbsp;une sorte de danse hongroise \u00e9chevel\u00e9e que l\u2019on jouait beaucoup dans les th\u00e9\u00e2tres, et je me dis, un moment, que pour la premi\u00e8re fois j\u2019entendais Zann jouer la musique d\u2019un autre compositeur.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours plus forte, toujours plus forte et plus sauvage montait la supplication de cette viole d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Le joueur \u00e9tait en nage, inond\u00e9 d\u2019une transpiration inqui\u00e9tante&nbsp;; il se d\u00e9menait comme un automate, fixant toujours f\u00e9brilement la fen\u00eatre ferm\u00e9e. \u00c0 travers cette musique indicible, je pouvais presque deviner des satyres et des bacchantes masqu\u00e9s qui dansaient, qui tourbillonnaient au sein d\u2019ab\u00eemes insondables peupl\u00e9s de nu\u00e9es et sillonn\u00e9s d\u2019\u00e9clairs. Puis j\u2019eus l\u2019impression d\u2019entendre une note plus haute et plus r\u00e9guli\u00e8re, et qui, elle, ne provenait pas de la viole&nbsp;; une note moqueuse, calme, volontaire, et qui venait de tr\u00e8s loin vers l\u2019ouest.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ce moment pr\u00e9cis, le volet se mit \u00e0 battre sous l\u2019effet d\u2019une bourrasque qui venait de se lever dans la nuit, comme pour r\u00e9pondre \u00e0 la musique folle jou\u00e9e dans la chambre. La viole d\u00e9cha\u00een\u00e9e de Zann se surpassa, \u00e9mettant des sons dont je ne l\u2019aurais jamais crue capable. Le volet battait toujours plus fort, il se d\u00e9verrouilla et se mit \u00e0 buter alternativement contre la fen\u00eatre et contre le mur. Puis les vitres se fracass\u00e8rent sous ces \u00e9branlements r\u00e9p\u00e9t\u00e9s et un vent glac\u00e9 s\u2019engouffra dans la pi\u00e8ce&nbsp;; les bougies vacill\u00e8rent et s\u2019envol\u00e8rent de la table les feuilles de papier sur lesquelles Zann avait commenc\u00e9 \u00e0 me confier son horrible secret. Je me tournai vers lui et m\u2019aper\u00e7us qu\u2019il avait perdu connaissance. Ses yeux bleus sortaient de leurs orbites, vitreux, aveugles, et la m\u00e9lodie hyst\u00e9rique n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une sorte d\u2019orgie folle et m\u00e9canique dont aucun mot ne saurait donner le moindre aper\u00e7u.<\/p>\n\n\n\n<p>Une rafale plus violente que les autres souleva le manuscrit et l\u2019emporta vers la fen\u00eatre. Dans un essai d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, je voulus me lancer \u00e0 la poursuite des feuilles tourbillonnantes, mais elles avaient disparu dans la nuit avant que j\u2019eusse pu atteindre la fen\u00eatre b\u00e9ante. Il me revint alors en m\u00e9moire ma vieille envie de regarder par cette fen\u00eatre, la plus haute de la plus haute maison de la rue d\u2019Auseil, d\u2019o\u00f9 l\u2019on pouvait apercevoir le versant de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du mur, et la ville endormie \u00e0 ses pieds. Il faisait nuit, mais les lumi\u00e8res de la ville br\u00fblaient encore \u00e0 cette heure, et je m\u2019attendais \u00e0 les voir \u00e0 travers la pluie et le vent. Pourtant, quand je regardai de cette mansarde a\u00e9rienne, quand je regardai, le dos tourn\u00e9 aux bougies clignotantes et au hurlement vers la nuit de cette viole incroyable, je ne vis rien&nbsp;: pas de ville \u00e9tal\u00e9e en bas, pas de lumi\u00e8res famili\u00e8res dans des rues mille fois arpent\u00e9es, rien&nbsp;; seul l\u2019infini d\u2019un espace sans fond&nbsp;; d\u2019un espace inimaginable vibrant de musique et de mouvement, ne ressemblant \u00e0 rien de ce qui pouvait exister sur cette terre. Et au moment m\u00eame o\u00f9 je contemplais ce spectacle, empli d\u2019une sainte terreur, le vent souffla les deux bougies, me laissant seul dans cette mansarde solitaire, au sein d\u2019une obscurit\u00e9 sauvage et imp\u00e9n\u00e9trable, avec, devant moi, ce chaos, ce pand\u00e9monium, et, derri\u00e8re moi, le d\u00e9lire d\u00e9moniaque de la viole hurlant \u00e0 la lune.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tr\u00e9buchai \u00e0 reculons dans le noir, n\u2019ayant rien qui m\u2019e\u00fbt permis de rallumer les bougies, me cognai contre la table, renversai un fauteuil, cherchant \u00e0 t\u00e2tons l\u2019endroit d\u2019o\u00f9 provenait la musique interdite. Nous sauver, Erich Zann et moi, je pouvais le tenter, quels que fussent les pouvoirs auxquels j\u2019avais \u00e0 faire face. Un moment, je crus sentir quelque chose de froid me fr\u00f4ler&nbsp;; je hurlai, mais mon cri je ne l\u2019entendis m\u00eame pas moi-m\u00eame par-dessus la viole en d\u00e9mence. Tout \u00e0 coup, toujours dans l\u2019obscurit\u00e9, l\u2019archet me fr\u00f4la, et je compris que j\u2019\u00e9tais tout pr\u00e8s du musicien. Avan\u00e7ant les bras, je rencontrai le dos du fauteuil de Zann, t\u00e2tonnai, trouvai son \u00e9paule, la secouai pour le faire revenir \u00e0 lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne r\u00e9agit pas, et la viole continua \u00e0 grincer, sans marquer de pause. Je posai ma main sur la t\u00eate de Zann, interrompis son branlement m\u00e9canique&nbsp;; je criai dans l\u2019oreille du vieillard qu\u2019il nous fallait \u00e0 tout prix fuir les choses inconnues qu\u2019\u00e9veille la nuit. Mais il ne me r\u00e9pondit pas, ne ralentit pas le rythme de sa musique inexprimable, et pendant ce temps, d\u2019\u00e9tranges tourbillons d\u2019air semblaient danser dans la nuit et l\u2019orgie sonore. Lorsque ma main rencontra l\u2019oreille de Zann, je fr\u00e9mis, sans comprendre pourquoi \u2013&nbsp;jusqu\u2019\u00e0 ce que j\u2019aie touch\u00e9, palp\u00e9 la t\u00eate impossible&nbsp;; cette t\u00eate glac\u00e9e, raide, immobile, dans laquelle des yeux vitreux saillaient dans le noir, fix\u00e9s sur le vide. Puis, par une sorte de miracle, je trouvai la porte avec son verrou de bois, et je m\u2019enfuis comme un fou loin de cette chose aux yeux vitreux, immobile dans le noir, et de la m\u00e9lodie vampirique de cette viole maudite dont l\u2019ardeur me parut cro\u00eetre encore au moment o\u00f9 je la quittai.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai d\u00e9val\u00e9, quatre \u00e0 quatre, sans rien voir, les interminables escaliers de cette b\u00e2tisse obscure&nbsp;; d\u00e9val\u00e9 sans m\u2019en rendre compte cette rue \u00e9troite, antique, raide, coup\u00e9e de marches, bord\u00e9e de maisons chancelantes&nbsp;; tr\u00e9buch\u00e9 sur les pav\u00e9s in\u00e9gaux des rues basses, jusqu\u2019au fleuve putride enserr\u00e9 entre ses murs aveugles&nbsp;; j\u2019ai couru enfin jusqu\u2019\u00e0 l\u2019autre bout du pont immense confondu dans la nuit, jusqu\u2019aux avenues, jusqu\u2019aux boulevards larges et rassurants que nous connaissons&nbsp;; ces souvenirs atroces tra\u00eenent encore dans ma m\u00e9moire. Et je me rappelle aussi qu\u2019il n\u2019y avait pas de vent cette nuit-l\u00e0, que la lune brillait et que toutes les lumi\u00e8res de la ville clignotaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 toutes mes recherches, malgr\u00e9 toutes mes enqu\u00eates, je n\u2019ai jamais pu, depuis, retrouver la rue d\u2019Auseil. Et je ne le regrette qu\u2019\u00e0 demi, qu\u2019il s\u2019agisse du fait en lui-m\u00eame ou de la perte, dans d\u2019impensables ab\u00eemes, des feuillets denses qui seuls pourraient expliquer la musique d\u2019Erich Zann.<\/p>\n\n\n<style>.wp-block-kadence-column.kb-section-dir-horizontal > .kt-inside-inner-col > .kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{max-width:unset;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{border-top:2px solid var(--base);border-right:2px solid var(--base);border-bottom:2px solid var(--base);border-left:2px solid var(--base);border-top-left-radius:10px;border-top-right-radius:10px;border-bottom-right-radius:10px;border-bottom-left-radius:10px;background:#bc7b77;padding-top:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);padding-right:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);padding-bottom:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);padding-left:var(--global-kb-spacing-xs, 1rem);margin-top:var(--global-kb-spacing-sm, 1.5rem);margin-bottom:var(--global-kb-spacing-sm, 1.5rem);}.kt-info-box19611_152926-bc .kadence-info-box-icon-container .kt-info-svg-icon, .kt-info-box19611_152926-bc .kt-info-svg-icon-flip, .kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-number{font-size:50px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-media{background:var(--global-palette7, #eeeeee);border-color:var(--global-palette7, #eeeeee);border-radius:200px;overflow:hidden;border-top-width:0px;border-right-width:0px;border-bottom-width:0px;border-left-width:0px;padding-top:2px;padding-right:2px;padding-bottom:2px;padding-left:2px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-media-container{margin-top:0px;margin-right:15px;margin-bottom:10px;margin-left:15px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-media .kadence-info-box-image-intrisic img{border-radius:200px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-infobox-textcontent h2.kt-blocks-info-box-title{color:#dbc7c9;font-size:20px;padding-top:0px;padding-right:0px;padding-bottom:0px;padding-left:0px;margin-top:5px;margin-right:0px;margin-bottom:10px;margin-left:0px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-infobox-textcontent .kt-blocks-info-box-text{color:var(--base-3);}.wp-block-kadence-infobox.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-text{font-size:16px;font-style:normal;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-learnmore{color:var(--base-3);background:#cd9b9d;border-radius:10px;font-size:var(--global-kb-font-size-sm, 0.9rem);text-transform:uppercase;border-width:0px 0px 0px 0px;padding-top:4px;padding-right:20px;padding-bottom:4px;padding-left:20px;margin-top:10px;margin-right:0px;margin-bottom:10px;margin-left:0px;}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{box-shadow:0px 0px 0px 0px rgba(0, 0, 0, 0);}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap:hover{box-shadow:0px 0px 14px 0px rgba(0, 0, 0, 0.2);}@media all and (max-width: 1024px){.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{border-top:2px solid var(--base);border-right:2px solid var(--base);border-bottom:2px solid var(--base);border-left:2px solid var(--base);box-shadow:0px 0px 0px 0px rgba(0, 0, 0, 0);}}@media all and (max-width: 1024px){.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap:hover{box-shadow:0px 0px 14px 0px rgba(0, 0, 0, 0.2);}}@media all and (max-width: 767px){.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap{border-top:2px solid var(--base);border-right:2px solid var(--base);border-bottom:2px solid var(--base);border-left:2px solid var(--base);box-shadow:0px 0px 0px 0px rgba(0, 0, 0, 0);}.kt-info-box19611_152926-bc .kt-blocks-info-box-link-wrap:hover{box-shadow:0px 0px 14px 0px rgba(0, 0, 0, 0.2);}}<\/style>\n<div class=\"wp-block-kadence-infobox kt-info-box19611_152926-bc\"><a class=\"kt-blocks-info-box-link-wrap info-box-link kt-blocks-info-box-media-align-top kt-info-halign-center\" href=\"https:\/\/lecturia.org\/fr\/resumes-de-nouvelles\/h-p-lovecraft-la-musique-derich-zann-resume-et-analyse\/22346\/\"><div class=\"kt-infobox-textcontent\"><h2 class=\"kt-blocks-info-box-title\">H. P. Lovecraft: La Musique d&rsquo;Erich Zann<\/h2><p class=\"kt-blocks-info-box-text\">R\u00e9sum\u00e9 et analyse<\/p><div class=\"kt-blocks-info-box-learnmore-wrap\"><span class=\"kt-blocks-info-box-learnmore\">LIRE<\/span><\/div><\/div><\/a><\/div>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La Musique d&rsquo;Erich Zann \u00bb (The Music of Erich Zann) est une nouvelle de H. P. Lovecraft, publi\u00e9e en mars 1922 dans le magazine The National Amateur. L&rsquo;histoire suit un jeune \u00e9tudiant en m\u00e9taphysique qui, \u00e0 la recherche d&rsquo;un logement bon march\u00e9, s&rsquo;installe dans une pension d\u00e9labr\u00e9e de la rue d&rsquo;Auseil, une rue escarp\u00e9e et \u00e9trangement inaccessible. Il y fait la connaissance d&rsquo;Erich Zann, un violoniste muet qui vit dans le grenier le plus haut. Fascin\u00e9 par la musique inqui\u00e9tante qu&rsquo;il entend chaque nuit depuis sa chambre, le narrateur tente de se rapprocher du myst\u00e9rieux musicien, sans se rendre compte que chaque note cache une r\u00e9alit\u00e9 \u00e9trang\u00e8re et terrifiante.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":22135,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[837,855,933,834],"class_list":["post-22176","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-etats-unis","tag-fantastique","tag-h-p-lovecraft-fr","tag-horreur","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":837,"label":"\u00c9tats-Unis"},{"value":855,"label":"Fantastique"},{"value":933,"label":"H. 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