{"id":24374,"date":"2025-10-05T11:23:48","date_gmt":"2025-10-05T15:23:48","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=24374"},"modified":"2025-10-05T11:23:51","modified_gmt":"2025-10-05T15:23:51","slug":"william-hope-hodgson-la-voix-dans-la-nuit","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/william-hope-hodgson-la-voix-dans-la-nuit\/24374\/","title":{"rendered":"William Hope Hodgson : La voix dans la nuit"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis :<\/strong> \u00ab <em>La voix dans la nuit <\/em>\u00bb (<em>The Voice in the Night<\/em>) est une nouvelle de William Hope Hodgson, publi\u00e9e en novembre 1907 dans <em>The Blue Book Magazine<\/em>. Par une nuit brumeuse et sans \u00e9toiles dans le Pacifique Nord, une go\u00e9lette demeure immobile au milieu de l\u2019oc\u00e9an. Soudain, une voix troublante surgit du brouillard, appelant le navire avec insistance. Celui qui parle reste dissimul\u00e9 dans l\u2019ombre et refuse de s\u2019approcher de la lumi\u00e8re. Son ton est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, et sa demande, \u00e9trange. Les marins, d\u00e9concert\u00e9s, tentent de comprendre qui il est et quel myst\u00e8re cache cette silhouette invisible qui fuit les regards.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-bbfd21d9\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/William-Hope-Hodgson-Una-voz-en-la-noche.webp\" alt=\"William Hope Hodgson : La voix dans la nuit\" class=\"wp-image-24368\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/William-Hope-Hodgson-Una-voz-en-la-noche.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/William-Hope-Hodgson-Una-voz-en-la-noche-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/William-Hope-Hodgson-Una-voz-en-la-noche-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/William-Hope-Hodgson-Una-voz-en-la-noche-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">La voix dans la nuit<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">William Hope Hodgson<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait une nuit sombre, sans \u00e9toiles. Nous \u00e9tions encalmin\u00e9s dans le Pacifique nord. Je ne pouvais conna\u00eetre notre position car le soleil \u00e9tait rest\u00e9 cach\u00e9, pendant une semaine ext\u00e9nuante, oppressante, par un l\u00e9ger brouillard qui semblait flotter au-dessus de nous, presque \u00e0 la pomme du grand m\u00e2t, et nous dissimulait la mer environnante.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme il n\u2019y avait pas de vent, nous avions amarr\u00e9 la barre et j\u2019\u00e9tais le seul homme sur le pont. L\u2019\u00e9quipage se composait de deux hommes et d\u2019un jeune gar\u00e7on qui dormaient dans le poste avant. Will \u2013&nbsp;mon ami et le ma\u00eetre de notre petit navire&nbsp;\u2013 \u00e9tait couch\u00e9 dans sa cabine, \u00e0 b\u00e2bord.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, sortant de l\u2019obscurit\u00e9, vint un appel&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oh\u00e9, de la go\u00e9lette&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Ce cri \u00e9tait tellement inattendu que je ne r\u00e9pondis pas imm\u00e9diatement, \u00e0 cause de ma surprise.<\/p>\n\n\n\n<p>Il recommen\u00e7a&nbsp;; une voix bizarrement enrou\u00e9e et inhumaine qui appelait de quelque part sur la mer \u00e0 b\u00e2bord.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oh\u00e9, de la go\u00e9lette&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Hol\u00e0&nbsp;! r\u00e9pondis-je, ayant quelque peu retrouv\u00e9 l\u2019esprit. Qui \u00eates-vous&nbsp;? Que voulez-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;N\u2019ayez pas peur, r\u00e9pondit l\u2019\u00e9trange voix qui avait, sans doute, remarqu\u00e9 un peu de confusion dans le ton de la mienne. Je ne suis qu\u2019un vieil homme.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y eut une pause qui me parut \u00e9trange mais je n\u2019en compris la signification qu\u2019apr\u00e8s coup.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Alors, pourquoi ne vous montrez-vous pas le long du bord&nbsp;? demandai-je avec une certaine irritation, car j\u2019\u00e9tais&nbsp;vex\u00e9 qu\u2019il ait pu penser que j\u2019\u00e9tais un tant soit peu \u00e9mu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je\u2026 je\u2026 ne peux pas. \u00c7a ne serait pas s\u00fbr. Je\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>La voix cessa brusquement et ce fut le silence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Que voulez-vous dire&nbsp;? demandai-je de plus en plus \u00e9tonn\u00e9. Qu\u2019est-ce qui n\u2019est pas s\u00fbr&nbsp;? Qui \u00eates-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je tendis l\u2019oreille un moment, mais aucune r\u00e9ponse ne me parvint. Soup\u00e7onnant, je ne sais pourquoi, quelque chose d\u2019\u00e9trange, j\u2019allai \u00e0 l\u2019habitacle et pris la lampe allum\u00e9e. En m\u00eame temps, je frappai du talon sur le pont pour r\u00e9veiller Will, puis je retournai \u00e0 la lisse en promenant mon fanal lumineux par-dessus la rambarde. J\u2019entendis alors un cri \u00e9touff\u00e9 puis une \u00e9claboussure comme si quelqu\u2019un avait plong\u00e9 brutalement ses avirons dans l\u2019eau. Je ne peux pas dire que je vis distinctement quoi que ce soit, mais j\u2019eus l\u2019impression qu\u2019il y avait, \u00e0 un moment donn\u00e9, quelque chose sur l\u2019eau, et maintenant, il n\u2019y avait plus rien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Hol\u00e0&nbsp;! appelai-je. Qu\u2019est-ce que toute cette folie.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je n\u2019entendis que le bruit indistinct d\u2019un canot qui&nbsp;s\u2019en allait dans la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est alors que j\u2019entendis la voix de Will venant du hublot arri\u00e8re&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qui se passe, George&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Viens vite, Will&nbsp;! r\u00e9pondis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a&nbsp;? demanda-t-il en montant sur le pont.<\/p>\n\n\n\n<p>Je lui racontai ce qui venait de se passer. Il posa plusieurs questions et, apr\u00e8s un moment de silence, il porta ses mains \u00e0 sa bouche et h\u00e9la&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oh\u00e9&nbsp;! du canot&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Du lointain, nous parvint une r\u00e9ponse inintelligible et mon compagnon recommen\u00e7a son appel. Bient\u00f4t, apr\u00e8s un court silence, on entendit un vague bruit d\u2019avirons. Will h\u00e9la de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette fois on r\u00e9pondit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c9teignez la lumi\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Jamais de la vie, murmurai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais Will me demanda de faire ce que la voix demandait et je cachai la lampe sous le pavois.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Approchez, dit-il.<\/p>\n\n\n\n<p>On entendit les coups d\u2019avirons \u00e0 quelques m\u00e8tres de distance et ils s\u2019arr\u00eat\u00e8rent de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Venez le long du bord, s\u2019\u00e9cria Will, il n\u2019y a rien d\u2019inqui\u00e9tant \u00e0 bord de ce bateau&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous promettez d\u2019\u00e9teindre la lumi\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce qui se passe&nbsp;? dis-je furieux. Pourquoi avez-vous si peur de la lumi\u00e8re&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Parce que\u2026 fit la voix qui s\u2019arr\u00eata court.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Parce que quoi&nbsp;? demandai-je brutalement.<\/p>\n\n\n\n<p>Will mit sa main sur mon \u00e9paule.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tais-toi une minute, mon vieux, dit-il d\u2019une voix calme. Laisse-moi m\u2019arranger avec lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se pencha par-dessus la rambarde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c9coutez, monsieur, dit-il, ce sont de dr\u00f4les de mani\u00e8res que vous avez de nous interpeller comme \u00e7a au milieu de ce sacr\u00e9 Pacifique. Comment pouvons-nous savoir si vous ne manigancez pas un dr\u00f4le de coup&nbsp;? Vous dites que vous \u00eates seul. Comment peut-on s\u2019en rendre compte si vous ne vous montrez pas, hein&nbsp;? Pourquoi craignez-vous la lumi\u00e8re, d\u2019abord&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait \u00e0 peine fini que j\u2019entendis le bruit des avirons et la voix. Mais c\u2019\u00e9tait maintenant beaucoup plus lointain et cette voix semblait d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et path\u00e9tique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je regrette&nbsp;!\u2026 regrette&nbsp;! Je ne voulais pas vous d\u00e9ranger mais j\u2019ai faim et\u2026 elle aussi.<\/p>\n\n\n\n<p>On n\u2019entendit plus rien sauf le bruit des avirons plongeant irr\u00e9guli\u00e8rement dans la mer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Arr\u00eatez&nbsp;! cria Will. Je ne veux pas vous laisser partir comme \u00e7a. Revenez&nbsp;! Nous cacherons la lumi\u00e8re puisque vous ne l\u2019aimez pas.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se tourna vers moi&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;En voil\u00e0 une dr\u00f4le d\u2019histoire&nbsp;! mais il ne faut tout de m\u00eame pas s\u2019affoler, non&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait dans sa mani\u00e8re et je r\u00e9pondis&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bien s\u00fbr. Je crois que le pauvre type a fait naufrage par ici et qu\u2019il est devenu un peu dingue.<\/p>\n\n\n\n<p>Le bruit des avirons se rapprocha.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Va remettre la lampe dans l\u2019habitacle, dit Will.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se pencha sur la rambarde pour \u00e9couter. Je remis la lampe en place et revins vers lui. Les coups d\u2019avirons cess\u00e8rent \u00e0 quelques m\u00e8tres de distance.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Voulez-vous venir pr\u00e8s du bord&nbsp;? demanda Will d\u2019une voix calme. J\u2019ai fait replacer la lampe dans l\u2019habitacle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je\u2026 je ne peux pas, r\u00e9pondit la voix. Je n\u2019ose pas venir plus pr\u00e8s. Je n\u2019ose m\u00eame pas vous rembourser les\u2026 les provisions.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u00c7a va comme \u00e7a, dit Will, un peu h\u00e9sitant. On vous donnera toute la nourriture que vous pouvez emporter.<\/p>\n\n\n\n<p>Il h\u00e9sita encore.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous \u00eates bien bon, fit la voix. Que Dieu, qui comprend tout, vous r\u00e9compense.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa voix s\u2019\u00e9trangla.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et\u2026 et la dame&nbsp;? demanda brusquement Will. O\u00f9 est-elle&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je l\u2019ai laiss\u00e9e sur l\u2019\u00eele, r\u00e9pondit la voix.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Quelle \u00eele&nbsp;? interrompis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne sais pas son nom, r\u00e9pliqua la voix. Je voudrais bien, par Dieu&nbsp;!\u2026 commen\u00e7a-t-il&nbsp;; et une fois de plus, il se retint brusquement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ne peut-on lui envoyer un canot&nbsp;? demanda Will.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non&nbsp;! fit la voix avec une violence extraordinaire. Mon Dieu&nbsp;! Non.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019arr\u00eata un moment puis ajouta, comme un reproche envers lui-m\u00eame&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est parce que nous en avons besoin que je me suis aventur\u00e9 jusqu\u2019ici\u2026 Parce que son agonie me torture.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je suis une vraie brute, s\u2019exclama Will. Attendez une seconde, qui que vous soyez, et je vais vous rapporter quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Il revenait, deux minutes plus tard, les bras charg\u00e9s de divers comestibles. Il les posa sur la rambarde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pouvez-vous venir le long du bord&nbsp;? demanda-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Non\u2026&nbsp;<em>je n\u2019ose pas,<\/em>&nbsp;r\u00e9pondit la voix.<\/p>\n\n\n\n<p>Et dans le ton de cette voix il y avait, me sembla-t-il, comme la suffocation de quelqu\u2019un d\u2019affam\u00e9, de quelqu\u2019un qui serait sur le point de rendre l\u2019\u00e2me. Je compris que le pauvre \u00eatre avait le plus&nbsp;<em>urgent<\/em>&nbsp;besoin des provisions que Will avait dans les bras, mais qu\u2019une peur atroce et, pour moi, inintelligible, l\u2019emp\u00eachait de venir les chercher \u00e0 bord de notre petite go\u00e9lette. Sa peur de la lumi\u00e8re me laissait penser que l\u2019Homme Invisible n\u2019\u00e9tait pas fou, mais qu\u2019il \u00e9tait terroris\u00e9 par quelque chose d\u2019intol\u00e9rable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bon Dieu, Will&nbsp;! dis-je, anim\u00e9 de sentiments divers mais surtout d\u2019une grande sympathie, va chercher une caisse qui puisse flotter. On lui enverra les provisions de cette mani\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce&nbsp;que nous f\u00eemes, poussant la caisse dans la direction du canot \u00e0 l\u2019aide d\u2019une gaffe. Une minute plus tard, l\u2019Homme Invisible fit entendre une sourde exclamation. Cela voulait dire qu\u2019il avait attrap\u00e9 la caisse.<\/p>\n\n\n\n<p>Un peu plus tard, il nous dit au revoir en nous remerciant de tout son c\u0153ur. Nous avions donc fait pour le mieux. Puis, sans plus de c\u00e9r\u00e9monie, nous l\u2019entend\u00eemes partir \u00e0 la rame dans l\u2019obscurit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il se d\u00e9p\u00eache, remarqua Will, peut-\u00eatre un peu vex\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Attends, r\u00e9pondis-je. J\u2019ai l\u2019impression qu\u2019il va revenir. Il devait avoir terriblement besoin de ces victuailles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Et la dame aussi, dit Will.<\/p>\n\n\n\n<p>Il resta un moment silencieux et continua&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est la chose la plus \u00e9trange que j\u2019aie jamais vue depuis que je pratique la p\u00eache.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Certainement, dis-je, et je me mis \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir.<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps passa&nbsp;; une heure, puis une autre. Will et moi nous restions l\u00e0 car cette curieuse aventure nous avait \u00f4t\u00e9 toute envie de dormir.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus de trois heures s\u2019\u00e9taient&nbsp;\u00e9coul\u00e9es quand nous entend\u00eemes, de nouveau, le bruit des avirons sur l\u2019oc\u00e9an&nbsp;silencieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le voil\u00e0&nbsp;! dit Will assez surexcit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il revient, c\u2019est bien ce que je pensais, murmurai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Les coups d\u2019avirons se rapproch\u00e8rent et je remarquai&nbsp;qu\u2019ils \u00e9taient donn\u00e9s d\u2019une main plus ferme. Les provisions avaient servi \u00e0 quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>Le canot s\u2019arr\u00eata \u00e0 peu de distance de notre coque et, dans l\u2019ombre, nous parvint la voix \u00e9trange&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oh\u00e9&nbsp;! de la go\u00e9lette&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019est vous&nbsp;? demanda Will.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui, r\u00e9pondit la voix. Je vous ai quitt\u00e9s brusquement mais\u2026 mais nous \u00e9tions dans un grand besoin\u2026 La\u2026 dame&nbsp;vous en est bien reconnaissante sur cette terre\u2026 Elle vous en sera encore plus reconnaissante, bient\u00f4t\u2026 au ciel.<\/p>\n\n\n\n<p>Will essaya de r\u00e9pondre quelque chose d\u2019assez embrouill\u00e9 tellement m\u00eame qu\u2019il dut s\u2019arr\u00eater de parler. Je ne dis rien. Je me demandai ce que pouvaient signifier ces silences altern\u00e9s et, en dehors de ma curiosit\u00e9, je ressentais une grande sympathie.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix reprit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nous (elle et moi) avons discut\u00e9 et nous avons partag\u00e9 ce qui est d\u00fb \u00e0 la bont\u00e9 de Dieu\u2026 et \u00e0 la v\u00f4tre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Will voulut dire quelque chose, mais cela n\u2019avait pas de sens.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous prie de ne pas\u2026 rabaisser l\u2019acte de charit\u00e9 chr\u00e9tienne que vous avez accompli cette nuit, dit la voix. Soyez s\u00fbr qu\u2019il l\u2019a not\u00e9 en bonne place.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019arr\u00eata pendant une bonne&nbsp;minute et reprit la parole.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nous avons discut\u00e9 de ce qui\u2026 nous est arriv\u00e9. Nous avions pens\u00e9 dispara\u00eetre sans parler \u00e0 personne de la vie \u00e9pouvantable qui est la n\u00f4tre. Elle pense comme moi que ce qui est arriv\u00e9 cette nuit nous autorise \u00e0 le faire et que c\u2019est la volont\u00e9 du Seigneur de vous faire conna\u00eetre ce que nous avons souffert depuis\u2026 depuis\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui&nbsp;? dit doucement Will.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Depuis le naufrage de l\u2019<em>Albatross.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u2014&nbsp;<\/em>Ah&nbsp;! m\u2019exclamai-je involontairement. Il a quitt\u00e9 New Castle pour \u00ab&nbsp;Frisco&nbsp;\u00bb, il y a six mois et on n\u2019en a jamais plus entendu parler depuis.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui, r\u00e9pondit la voix. Mais \u00e0 quelques degr\u00e9s au nord de l\u2019\u00c9quateur, il a \u00e9t\u00e9 pris dans une terrible temp\u00eate et d\u00e9m\u00e2t\u00e9. Quand le jour revint, on s\u2019aper\u00e7ut qu\u2019il faisait eau de partout, et bient\u00f4t, ce fut le calme plat. Alors les matelots s\u2019empar\u00e8rent des canots, abandonnant\u2026 une jeune femme\u2026 ma fianc\u00e9e\u2026 et moi-m\u00eame sur l\u2019\u00e9pave.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions en bas, en train de rassembler ce qui restait de nos affaires quand ils sont partis. La peur en avait fait des brutes sans c\u0153ur et quand nous sommes remont\u00e9s sur le pont leurs chaloupes n\u2019\u00e9taient plus que des points sombres \u00e0 l\u2019horizon. Mais nous n\u2019avons pas d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et nous nous m\u00eemes au travail pour construire un petit radeau. Nous y entass\u00e2mes le plus de choses possible, une grande quantit\u00e9&nbsp;d\u2019eau douce et des biscuits. Quand le bateau s\u2019enfon\u00e7a dans la mer, nous embarqu\u00e2mes sur le radeau et pr\u00eemes le large.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019observai, au bout d\u2019un moment, qu\u2019un courant nous \u00e9loignait du bateau et au bout de trois heures, \u00e0 ma montre, sa coque disparut \u00e0 notre vue. On ne vit plus pendant quelque temps encore, que ses m\u00e2ts bris\u00e9s. Vers le soir, le brouillard se leva et dura toute la nuit. Tout le jour suivant nous f\u00fbmes environn\u00e9s par la brume mais le temps \u00e9tait calme.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant quatre jours nous d\u00e9riv\u00e2mes dans cette brume. Le&nbsp;soir du quatri\u00e8me jour, nous entend\u00eemes le murmure des brisants \u00e0 une certaine distance. Le bruit devint de plus en plus distinct et vers minuit nous l\u2019entend\u00eemes tr\u00e8s proche d\u2019un bord et de l\u2019autre.&nbsp;\u00c0&nbsp;plusieurs reprises le radeau fut soulev\u00e9 par une&nbsp;grosse vague, puis nous f\u00fbmes au calme et le bruit des brisants \u00e9tait derri\u00e8re nous.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand vint le jour, nous d\u00e9couvr\u00eemes que nous \u00e9tions dans une sorte de grande lagune, mais nous n\u2019y pr\u00eat\u00e2mes pas beaucoup d\u2019attention sur le moment, car, \u00e0 travers le brouillard, nous d\u00e9couvr\u00eemes, tout proche, la coque d\u2019un grand voilier.&nbsp;D\u2019un commun accord, nous nous m\u00eemes \u00e0 genoux pour&nbsp;remercier Dieu en pensant que c\u2019\u00e9tait la fin de nos peines\u2026 Nous allions en conna\u00eetre d\u2019autres.<\/p>\n\n\n\n<p>Le radeau s\u2019approcha du navire et nous appel\u00e2mes pour qu\u2019on nous pr\u00eet \u00e0 bord, mais personne ne r\u00e9pondit. Bient\u00f4t, le radeau toucha le flanc du bateau et, voyant un cordage qui pendait, je m\u2019en saisis pour monter \u00e0 bord. J\u2019eus beaucoup de mal \u00e0 grimper car le filin \u00e9tait couvert d\u2019une sorte de lichen gris\u00e2tre qui recouvrait aussi les flancs du bateau.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019atteignis la rambarde et sautai \u00e0 bord. Je remarquai que les ponts \u00e9taient recouverts, par grandes plaques, de ce lichen qui formait, en certains endroits, des bosses assez hautes mais, sur le moment, je pensai moins \u00e0 cette v\u00e9g\u00e9tation qu\u2019\u00e0 la possibilit\u00e9 de trouver quelqu\u2019un \u00e0 bord. Je criai mais personne ne r\u00e9pondit. Je me dirigeai ensuite vers la porte du carr\u00e9 sous la dunette. Je l\u2019ouvris et risquai un coup d\u2019\u0153il. Cela sentait une forte odeur de moisi, et je compris qu\u2019il n\u2019y avait personne \u00e0 bord. Je fermai la porte et me sentis tr\u00e8s seul.<\/p>\n\n\n\n<p>Je revins vers le flanc du bateau que j\u2019avais escalad\u00e9. Ma\u2026 ma fianc\u00e9e \u00e9tait tranquillement assise sur le radeau.<\/p>\n\n\n\n<p>En me voyant, elle demanda s\u2019il y avait quelqu\u2019un \u00e0 bord. Je lui r\u00e9pondis que ce bateau semblait avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9sert\u00e9 depuis longtemps et qu\u2019elle veuille bien patienter un peu en attendant que je trouve quelque chose comme une \u00e9chelle pour qu\u2019elle puisse monter \u00e0 bord. Nous continuerions ensuite les recherches ensemble. Peu apr\u00e8s, de l\u2019autre c\u00f4te du pont, je trouvai une \u00e9chelle de corde. Je l\u2019apportai et, une minute apr\u00e8s, elle \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Ensemble nous visit\u00e2mes les cabines et les appartements de l\u2019arri\u00e8re, sans d\u00e9couvrir trace de vie. Par-ci, par-l\u00e0, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame des cabines, il y avait des plaques de lichen, mais ma fianc\u00e9e pensait qu\u2019on pouvait nettoyer tout cela.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, nous \u00e9tant assur\u00e9 que la partie arri\u00e8re du bateau \u00e9tait vide, nous all\u00e2mes vers l\u2019avant, \u00e0 travers ces curieux monticules de v\u00e9g\u00e9tation gris\u00e2tre et, ayant bien tout inspect\u00e9, nous d\u00fbmes reconna\u00eetre que nous \u00e9tions seuls \u00e0 bord.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y avait aucun doute possible et nous rev\u00eenmes \u00e0 l\u2019arri\u00e8re pour essayer de nous installer aussi confortablement que possible. Nous ouvr\u00eemes en grand deux cabines pour les nettoyer \u00e0 fond et, quand ce fut fait, j\u2019allai voir s\u2019il n\u2019y avait pas du ravitaillement quelque part. J\u2019en d\u00e9couvris bient\u00f4t et remerciai Dieu de tout mon c\u0153ur pour sa bont\u00e9. Je trouvai ensuite l\u2019installation de la pompe d\u2019eau douce. L\u2019ayant assujettie, je go\u00fbtai l\u2019eau. Elle \u00e9tait potable mais d\u2019un go\u00fbt un peu f\u00e9tide.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant plusieurs jours nous rest\u00e2mes \u00e0 bord du bateau sans essayer d\u2019aller \u00e0 terre. Nous avions beaucoup de travail pour rendre l\u2019endroit habitable et nous d\u00fbmes vite nous rendre compte que notre sort \u00e9tait moins enviable qu\u2019on pouvait l\u2019imaginer. Nous avions commenc\u00e9 en premier lieu par racler et d\u00e9tacher les plaques de lichen \u2013&nbsp;ou plut\u00f4t de fongus&nbsp;\u2013 qui couvraient les planchers et les murs des cabines et du salon, mais dans l\u2019espace de vingt-quatre heures, elles \u00e9taient redevenues comme avant. C\u2019\u00e9tait d\u00e9courageant et cela nous donnait un vague sentiment de malaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme nous ne voulions pas nous avouer vaincus, nous nous rem\u00eemes au travail. Non seulement nous gratt\u00e2mes le fongus,&nbsp;mais nous imbib\u00e2mes tous les endroits o\u00f9 il y en avait d\u2019acide carbonique, dont j\u2019avais trouv\u00e9 une bonbonne dans l\u2019office.&nbsp;\u00c0&nbsp;la fin de la semaine, cette v\u00e9g\u00e9tation parasite avait repouss\u00e9 aussi forte et s\u2019\u00e9tait m\u00eame r\u00e9pandue ailleurs. Sans doute en avions-nous r\u00e9pandu les germes en y touchant.<\/p>\n\n\n\n<p>Le septi\u00e8me jour, ma fianc\u00e9e d\u00e9couvrit, \u00e0 son r\u00e9veil, qu\u2019une petite plaque de fongus poussait sur son oreiller \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de son visage. Voyant cela, elle vint vers moi d\u00e8s qu\u2019elle fut habill\u00e9e. J\u2019\u00e9tais dans la cuisine en train d\u2019allumer le feu pour le petit d\u00e9jeuner.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Viens voir quelque chose, John, dit-elle en me prenant par la main.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand je vis cette&nbsp;tache&nbsp;sur son oreiller, je frissonnai et nous tomb\u00e2mes d\u2019accord pour quitter le bateau au plus vite et tenter de trouver un logement plus confortable.<\/p>\n\n\n\n<p>Rapidement nous rassembl\u00e2mes nos quelques affaires et je remarquai que le fongus les avait d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9es. L\u2019une de ses \u00e9charpes avait une petite&nbsp;tache&nbsp;dans un coin. Je la jetai \u00e0 la mer sans lui en dire un mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Le radeau \u00e9tait toujours le long du bord, mais il \u00e9tait trop mal commode \u00e0 diriger. Je mis \u00e0 l\u2019eau un petit canot qui \u00e9tait sur son porte-manteau \u00e0 l\u2019arri\u00e8re et nous gagn\u00e2mes la c\u00f4te. En approchant, je me rendis compte que partout ce mis\u00e9rable fongus qui nous avait chass\u00e9s du bateau, poussait abondamment. Par endroits, il constituait des sortes de tertres fantastiques qui semblaient presque fr\u00e9mir quand le vent soufflait. Ici ou l\u00e0, on aurait dit d\u2019\u00e9normes doigts. Ailleurs, il se r\u00e9pandait mollement sur le sol mais ce n\u2019\u00e9tait pas moins perfide. Dans certains endroits, cela prenait la forme d\u2019arbres grotesques extraordinairement noueux et chevelus. Et, par moment, toute cette v\u00e9g\u00e9tation maudite se mettait \u00e0 trembler.<\/p>\n\n\n\n<p>Il nous sembla d\u2019abord qu\u2019il n\u2019y avait pas un seul coin de la c\u00f4te qui ne f\u00fbt envahi par cet affreux lichen. Mais je me trompais. Un peu plus tard, comme nous longions le rivage d\u2019assez pr\u00e8s, nous d\u00e9couvr\u00eemes un recoin qui nous parut, dans sa blancheur, \u00eatre une plage de sable et nous y abord\u00e2mes. Ce n\u2019\u00e9tait pas du sable et je ne sais pas ce que cela pouvait \u00eatre mais, de toute mani\u00e8re, j\u2019observai que l\u00e0-dessus le fongus ne pouvait pas pousser. Partout autour on ne voyait que v\u00e9g\u00e9tation d\u00e9sol\u00e9e et sa sinistre grisaille.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est difficile de vous faire comprendre le plaisir que nous e\u00fbmes en trouvant cet endroit enti\u00e8rement d\u00e9gag\u00e9 de la fausse v\u00e9g\u00e9tation. Nous y d\u00e9pos\u00e2mes nos bagages et retourn\u00e2mes \u00e0 bord chercher diff\u00e9rents objets qui pouvaient nous \u00eatre utiles. Entre autres choses, j\u2019emportai \u00e0 terre une des voiles du bateau. J\u2019en fabriquai deux petites tentes qui, bien que taill\u00e9es grossi\u00e8rement, nous rendaient les services que nous leur demandions. Nous nous organis\u00e2mes et v\u00e9c\u00fbmes l\u00e0 tant bien que mal et, pendant quatre semaines, tout se passa bien. Nous \u00e9tions m\u00eame heureux car\u2026 car nous \u00e9tions ensemble.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur le pouce de sa main droite qu\u2019apparut d\u2019abord le lichen. Ce n\u2019\u00e9tait d\u2019abord qu\u2019une petite&nbsp;tache&nbsp;circulaire, une&nbsp;sorte de grain de beaut\u00e9 gris\u00e2tre. Grands dieux&nbsp;! Une terrible peur m\u2019\u00e9treignit quand elle me le montra. Tous les deux nous nettoy\u00e2mes la&nbsp;tache&nbsp;avec de l\u2019eau et du gaz carbonique. Le lendemain matin, elle me montra de nouveau sa main. La petite&nbsp;tache&nbsp;grise \u00e9tait revenue. Nous nous regard\u00e2mes, un moment, en silence, et sans un mot, nous recommen\u00e7\u00e2mes \u00e0 la nettoyer. Et pendant que nous \u00e9tions occup\u00e9s \u00e0 cela, elle dit,&nbsp;brusquement, d\u2019une voix inqui\u00e8te&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que tu as l\u00e0 sur le visage, mon ch\u00e9ri&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je portai la main \u00e0 ma joue.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;L\u00e0&nbsp;! sous les cheveux, pr\u00e8s de l\u2019oreille\u2026 Plus pr\u00e8s du front.<\/p>\n\n\n\n<p>Mon doigt se posa sur l\u2019endroit indiqu\u00e9 et je compris.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Nettoyons ton pouce d\u2019abord, dis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle accepta, surtout parce qu\u2019elle ne voulait pas me toucher avant qu\u2019il ne soit propre. Je finis de nettoyer et de d\u00e9sinfecter son pouce et elle me regarda bien en face. Avant d\u2019en avoir fini, nous nous ass\u00eemes pour parler de diff\u00e9rentes choses. Nous \u00e9tions pleins de douloureuses pens\u00e9es. Nous \u00e9tions, tout d\u2019un coup, en face de quelque chose de plus terrible que la mort. Nous parl\u00e2mes de charger le canot de provisions et d\u2019eau douce et de reprendre la mer. Mais nous \u00e9tions d\u00e9sempar\u00e9s pour beaucoup de raisons\u2026 et le lichen nous avait d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9s. Nous d\u00e9cid\u00e2mes de rester. Dieu ferait de nous selon sa volont\u00e9. Nous attendrions.<\/p>\n\n\n\n<p>Un mois, deux mois, trois mois pass\u00e8rent, et les&nbsp;taches grandissaient. D\u2019autres \u00e9taient apparues. Mais nous luttions si&nbsp;vigoureusement contre la peur que la progression \u00e9tait assez lente, si j\u2019ose dire.<\/p>\n\n\n\n<p>De temps en temps, nous allions sur le bateau pour chercher les provisions dont nous avions besoin. Nous constat\u00e2mes qu\u2019\u00e0 bord le fongus continuait \u00e0&nbsp;cro\u00eetre. L\u2019un des mamelons qui&nbsp;poussait sur le pont, avait atteint ma hauteur.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avions d\u00e9sormais perdu tout espoir de quitter l\u2019\u00eele. Nous comprenions qu\u2019il ne nous \u00e9tait pas permis de retourner parmi les hommes en bonne sant\u00e9, avec ce mal dont nous souffrions.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela \u00e9tant bien clair dans nos esprits, il fallait, d\u00e9sormais, pr\u00e9voir le rationnement de la nourriture et de l\u2019eau car nous pouvions, peut-\u00eatre, vivre plusieurs ann\u00e9es. Je me souviens vous avoir dit que j\u2019\u00e9tais un vieillard. Ce n\u2019est pas vrai par l\u2019\u00e2ge. Mais\u2026 mais\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019arr\u00eata puis reprit brusquement&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Comme je viens de le dire, nous savions qu\u2019il fallait \u00e9conomiser la nourriture avec soin. Mais nous ne savions pas qu\u2019il nous restait si peu de ravitaillement. C\u2019est une semaine plus tard que je d\u00e9couvris que les coffres \u00e0 pain \u2013&nbsp;que je croyais pleins&nbsp;\u2013 \u00e9taient vides et que (\u00e0 part quelques bo\u00eetes de viande et de l\u00e9gumes) nous n\u2019avions plus rien pour subsister. Il ne restait qu\u2019un peu de pain dans le coffre que j\u2019avais d\u00e9j\u00e0 ouvert.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019eus r\u00e9alis\u00e9 cela, je cherchai ce que je pouvais faire et je commen\u00e7ai \u00e0 p\u00eacher dans la lagune, mais sans succ\u00e8s. J\u2019en \u00e9tais d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 jusqu\u2019au moment o\u00f9 l\u2019id\u00e9e me vint de sortir de la lagune et d\u2019aller p\u00eacher au large.<\/p>\n\n\n\n<p>De temps en temps, je pris un peu de poisson mais c\u2019\u00e9tait peu fr\u00e9quent et ce ne fut qu\u2019un pi\u00e8tre secours contre la faim qui mena\u00e7ait et contre ces excroissances de lichen qui envahissaient nos corps.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous \u00e9tions dans cet \u00e9tat d\u2019esprit quand se termina le quatri\u00e8me mois. Je fis, \u00e0 ce moment, une horrible d\u00e9couverte. Un matin, un peu avant midi, je revenais du bateau avec quelques biscuits retrouv\u00e9s \u00e0 bord et je vis ma fianc\u00e9e assise devant sa tente en train de manger quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Qu\u2019est-ce que c\u2019est, ma ch\u00e9rie&nbsp;? lui demandai-je en sautant \u00e0 terre.<\/p>\n\n\n\n<p>En entendant ma voix, elle se troubla et, faisant demi-tour, elle jeta, furtivement, quelque chose vers la lisi\u00e8re de notre petite plage. Cela n\u2019alla pas loin et, vaguement soup\u00e7onneux, j\u2019allai le ramasser. C\u2019\u00e9tait un morceau de fongus.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme j\u2019allais vers elle avec le morceau dans la main, elle devint mortellement p\u00e2le puis rougit.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais \u00e9trangement surpris et effray\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ma ch\u00e9rie&nbsp;! ma ch\u00e9rie&nbsp;! dis-je sans pouvoir ajouter un mot.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais, en m\u2019entendant, elle s\u2019effondra et \u00e9clata en sanglots. Quand elle redevint un peu plus calme, elle m\u2019apprit qu\u2019elle avait essay\u00e9 la veille et\u2026 et qu\u2019elle aimait \u00e7a. Je lui fis promettre \u00e0 genoux de ne pas recommencer, si affam\u00e9e soit-elle. Apr\u00e8s m\u2019avoir donn\u00e9 sa parole, elle m\u2019expliqua que le d\u00e9sir lui en \u00e9tait venu subitement. Auparavant, elle n\u2019\u00e9prouvait qu\u2019un sentiment de r\u00e9pulsion.<\/p>\n\n\n\n<p>Plus tard, dans l\u2019apr\u00e8s-midi, me sentant tr\u00e8s agit\u00e9 et l\u2019esprit \u00e9branl\u00e9 par ce que je venais de d\u00e9couvrir, j\u2019allai me promener sur l\u2019un des sentiers \u2013&nbsp;un sentier au sol blanc comme cet \u00e9l\u00e9ment qui ressemble \u00e0 du sable&nbsp;\u2013 qui p\u00e9n\u00e9trait \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la v\u00e9g\u00e9tation fongo\u00efde. Je m\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 aventur\u00e9 par-l\u00e0, mais sans aller tr\u00e8s loin. Cette fois, \u00e9tant donn\u00e9 la confusion qui r\u00e9gnait dans mon esprit, je m\u2019enfon\u00e7ai plus profond\u00e9ment.<\/p>\n\n\n\n<p>Brusquement, je fus rappel\u00e9 \u00e0 moi-m\u00eame par une \u00e9trange rumeur sur ma gauche. Me retournant, je vis un monticule de fongus d\u2019une forme extravagante se mettre en mouvement tout pr\u00e8s de mon coude. Ce monticule glissait maladroitement comme s\u2019il \u00e9tait anim\u00e9 d\u2019une vie individuelle. Je remarquai, au moment m\u00eame, que cette chose avait une ressemblance grotesque avec une cr\u00e9ature humaine toute difforme. Cette id\u00e9e folle s\u2019\u00e9tait \u00e0 peine pr\u00e9sent\u00e9e \u00e0 mon esprit que j\u2019entendis un vague pleurnichement et je vis l\u2019une des branches, faite comme un bras, se d\u00e9tacher de l\u2019\u00e9paisse forme gris\u00e2tre et se tendre vers moi. Ce qui pouvait \u00eatre la t\u00eate, une boule grise indescriptible, s\u2019inclina dans ma direction. Je restai l\u00e0, interdit, et le bras informe fr\u00f4la mon visage. Je poussai un cri d\u2019effroi et reculai de quelques pas. J\u2019\u00e9prouvais un go\u00fbt douce\u00e2tre au bord des l\u00e8vres l\u00e0 o\u00f9 la chose m\u2019avait touch\u00e9. Je passai la langue et fus imm\u00e9diatement saisi d\u2019un d\u00e9sir inhumain. J\u2019arrachai une masse de fongus, une autre, encore une autre. J\u2019\u00e9tais insatiable. Je d\u00e9vorais litt\u00e9ralement quand le souvenir de ce que j\u2019avais d\u00e9couvert le matin m\u00eame traversa mon esprit en d\u00e9sordre. C\u2019\u00e9tait un avertissement de Dieu. Je jetai par terre le morceau que je m\u00e2chais. Me sentant affreusement coupable et mis\u00e9rable, je retournai \u00e0 notre petit campement.<\/p>\n\n\n\n<p>Je crois qu\u2019elle comprit, par cette intuition merveilleuse que donne l\u2019amour, d\u00e8s que son regard rencontra le mien. Sa sympathie tranquille rendait les choses plus faciles et je lui avouai ma soudaine faiblesse sans parler, pourtant, de ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 avant. Je ne voulais pas l\u2019affoler inutilement.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 moi, cette exp\u00e9rience me causait un sentiment de terreur insurmontable. J\u2019\u00e9tais convaincu que je venais de voir comment avait fini un de ces hommes qui \u00e9taient venus dans l\u2019\u00eele sur le bateau \u00e9chou\u00e9 dans la lagune. C\u2019\u00e9tait la fin monstrueuse qui nous attendait.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous nous gard\u00e2mes de toucher \u00e0 l\u2019abominable nourriture malgr\u00e9 le d\u00e9sir que nous en avions. Mais nous \u00e9tions d\u00e9j\u00e0 terriblement punis de l\u2019avoir fait. Jour apr\u00e8s jour, avec une rapidit\u00e9 incroyable, la v\u00e9g\u00e9tation fongo\u00efde prit possession de nos mis\u00e9rables corps. Il n\u2019y a plus rien \u00e0 faire. Pourtant\u2026 pourtant nous qui avons \u00e9t\u00e9 des \u00eatres humains, nous sommes devenus\u2026 Mais cela a de moins en moins d\u2019importance\u2026 Seulement\u2026 voil\u00e0\u2026 nous avons \u00e9t\u00e9 un homme et une femme&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Il devint de plus en plus difficile de combattre le d\u00e9sir insens\u00e9 de calmer notre faim avec le terrible lichen.<\/p>\n\n\n\n<p>Nous avons mang\u00e9 le dernier biscuit il y a une semaine et&nbsp;depuis j\u2019ai p\u00e9ch\u00e9 trois poissons. Cette nuit, j\u2019\u00e9tais en train de p\u00eacher quand votre go\u00e9lette a d\u00e9riv\u00e9 vers moi dans le brouillard. Je vous ai h\u00e9l\u00e9. Vous savez le reste. Que Dieu, dans la bont\u00e9 de son c\u0153ur, vous b\u00e9nisse pour votre g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 envers deux pauvres \u00e2mes\u2026 de&nbsp;parias\u2026&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On entendit un coup d\u2019aviron, puis un autre\u2026 et de nouveau la voix \u2013&nbsp;pour la derni\u00e8re fois&nbsp;\u2013 nous parvint, \u00e0 travers le brouillard, fantomatique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Dieu vous b\u00e9nisse&nbsp;! Au revoir&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Au revoir&nbsp;! f\u00eemes-nous tous les deux ensemble d\u2019une voix incertaine tant nous \u00e9tions \u00e9mus.<\/p>\n\n\n\n<p>Je jetai un regard autour de nous. L\u2019aurore venait de na\u00eetre.<\/p>\n\n\n\n<p>Un rayon de soleil filtra sur la mer envelopp\u00e9e de brume, per\u00e7a insensiblement la couche de brouillard et \u00e9claira d\u2019une mani\u00e8re lugubre le canot qui s\u2019\u00e9loignait et o\u00f9 quelque chose remuait entre les avirons. Cela ressemblait \u00e0 une \u00e9ponge \u2013&nbsp;une grosse \u00e9ponge grise et tremblotante. Les avirons entraient et sortaient de l\u2019eau. Ils \u00e9taient gris \u2013&nbsp;comme le canot&nbsp;\u2013 et je ne pouvais voir quelle sorte de bras maniaient les avirons. Je cherchai la t\u00eate. Elle s\u2019inclinait sur l\u2019avant quand les avirons revenaient sur l\u2019arri\u00e8re. Les avirons plong\u00e8rent dans l\u2019eau, le canot sortit de la&nbsp;tache&nbsp;lumineuse et la\u2026 la chose disparut en dodelinant, dans le brouillard.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab La voix dans la nuit \u00bb (The Voice in the Night) est une nouvelle de William Hope Hodgson, publi\u00e9e en novembre 1907 dans The Blue Book Magazine. Par une nuit brumeuse et sans \u00e9toiles dans le Pacifique Nord, une go\u00e9lette demeure immobile au milieu de l\u2019oc\u00e9an. Soudain, une voix troublante surgit du brouillard, appelant le navire avec insistance. Celui qui parle reste dissimul\u00e9 dans l\u2019ombre et refuse de s\u2019approcher de la lumi\u00e8re. Son ton est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, et sa demande, \u00e9trange. 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