{"id":24600,"date":"2025-10-18T09:12:58","date_gmt":"2025-10-18T13:12:58","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=24600"},"modified":"2025-10-18T09:13:01","modified_gmt":"2025-10-18T13:13:01","slug":"h-g-wells-lhistoire-de-feu-m-elvesham","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/h-g-wells-lhistoire-de-feu-m-elvesham\/24600\/","title":{"rendered":"H. G. Wells : L\u2019histoire de feu M.\u00a0Elvesham"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis :<\/strong> <em>L\u2019Histoire du d\u00e9funt Monsieur Elvesham<\/em> (<em>The Story of the Late Mr. Elvesham<\/em>) est une nouvelle de H.\u202fG.\u202fWells, publi\u00e9e en mai 1896 dans la revue <em>The Idler<\/em>. Edward Eden, un jeune \u00e9tudiant en m\u00e9decine, est abord\u00e9 dans la rue par un vieil homme inconnu qui l\u2019invite \u00e0 d\u00e9jeuner et lui propose de faire de lui son h\u00e9ritier. Intrigu\u00e9 et s\u00e9duit par l\u2019offre, Eden accepte de se soumettre \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019examens que le vieillard exige comme condition pour conclure le march\u00e9. Ce qui semble \u00eatre une chance providentielle devient bient\u00f4t le seuil d\u2019un destin troublant.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-01fe0e53\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/10\/H.-G.-Wells-La-historia-del-difunto-Mister-Elvesha.webp\" alt=\"H. G. 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Wells<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p>Je relate cette histoire, non pas dans l\u2019espoir qu\u2019on y croira, mais afin de pr\u00e9parer, si possible, un moyen de salut pour la prochaine victime. Qu\u2019un autre au moins profite de mon infortune\u2026 Mon cas, je le sais, est sans rem\u00e8de et je suis, \u00e0 pr\u00e9sent, presque r\u00e9sign\u00e9 \u00e0 mon destin.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019appelle Edward George Eden&nbsp;; je suis n\u00e9 \u00e0 Trentham, dans le Staffordshire, o\u00f9 mon p\u00e8re \u00e9tait employ\u00e9 aux jardins de la ville.<\/p>\n\n\n\n<p>Je perdis ma m\u00e8re \u00e0 l\u2019\u00e2ge de trois ans, mon p\u00e8re \u00e0 cinq ans, et ce fut mon oncle George Eden qui m\u2019adopta. Il s\u2019\u00e9tait instruit et \u00e9lev\u00e9 lui-m\u00eame et avait acquis, \u00e0 Birmingham, la r\u00e9putation d\u2019un journaliste entreprenant. C\u00e9libataire, il se chargea g\u00e9n\u00e9reusement de mon \u00e9ducation, \u00e9veilla en moi l\u2019ambition de r\u00e9ussir dans le monde, et, \u00e0 sa mort, qui survint il y a quatre ans, \u2013 j\u2019avais alors dix-huit ans, \u2013 il me laissa toute sa fortune, un total d\u2019environ cinq cents livres sterling. Dans son testament, il me conseillait de consacrer cet argent \u00e0 l\u2019ach\u00e8vement de mes \u00e9tudes. J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 choisi la profession de m\u00e9decin et, gr\u00e2ce \u00e0 sa lib\u00e9ralit\u00e9 posthume et \u00e0 ma bonne chance dans un concours de bourses, je pus suivre les cours de m\u00e9decine \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Londres. Au moment o\u00f9 commence cette histoire, j\u2019habitais, au 11 d\u2019University Street, une petite chambre sous les toits, mal close et pauvrement meubl\u00e9e. Cette unique pi\u00e8ce me servait \u00e0 la fois de bureau, de salon et de chambre \u00e0 coucher, tant je d\u00e9sirais faire durer le plus longtemps possible mes ressources.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en allant porter une paire de bottines \u00e0 ressemeler que je rencontrai, pour la premi\u00e8re fois, le petit vieillard \u00e0 la figure jaune avec qui ma vie est \u00e0 pr\u00e9sent si inextricablement enchev\u00eatr\u00e9e. Debout sur la bordure du trottoir, il examinait d\u2019un air perplexe la fa\u00e7ade de l\u2019immeuble. Ses yeux \u2013 de ternes yeux gris aux paupi\u00e8res rouges \u2013 scrut\u00e8rent mon visage et, imm\u00e9diatement, il prit une attitude aimable.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Vous arrivez juste au bon moment, \u2013 dit-il. \u2013 J\u2019avais oubli\u00e9 le num\u00e9ro de votre maison. Comment allez-vous, monsieur Eden&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais un peu \u00e9tonn\u00e9 de cette apostrophe famili\u00e8re de la part de quelqu\u2019un que je n\u2019avais jamais vu de ma vie, et un peu ennuy\u00e9 aussi de ce qu\u2019il m\u2019e\u00fbt surpris avec mes bottines sous le bras. Il remarqua mon manque de cordialit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Vous vous demandez qui diable je suis, hein&nbsp;? Un ami, permettez-moi de vous l\u2019assurer. Je vous ai d\u00e9j\u00e0 vu, bien que vous n\u2019en sachiez rien. Y a-t-il un endroit o\u00f9 je pourrais vous entretenir d\u2019un sujet qui vous int\u00e9resse&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019h\u00e9sitai. Je ne tenais pas \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler \u00e0 un \u00e9tranger la pauvret\u00e9 de ma mansarde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Peut-\u00eatre, \u2013 insinuai-je, \u2013 pourrions-nous descendre ensemble la rue. Je suis malheureusement oblig\u00e9 de\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mon geste expliquait le reste de ma phrase.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est parfait, \u2013 dit-il, regardant \u00e0 droite et \u00e0 gauche \u2013\u2026 la rue&nbsp;?\u2026 De quel c\u00f4t\u00e9 nous dirigeons-nous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je posai mes bottines dans le corridor.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Mais voyons, \u2013 reprit-il brusquement. \u2013 Ce que j\u2019ai \u00e0 vous dire est assez long. Venez donc d\u00e9jeuner avec moi, monsieur Eden. Je suis vieux, tr\u00e8s vieux, et, comme les gens \u00e2g\u00e9s, enclin \u00e0 rab\u00e2cher. Comment causer ici, avec ma voix fluette et le vacarme des voitures et des passants&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>De sa main d\u00e9charn\u00e9e qui tremblait un peu, il tapota persuasivement mon bras. Je n\u2019\u00e9tais pas d\u2019un \u00e2ge o\u00f9 l\u2019on ne saurait accepter de d\u00e9jeuner en t\u00eate \u00e0 t\u00eate avec un vieillard, et cependant je n\u2019\u00e9tais pas absolument satisfait de cette soudaine invitation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je pr\u00e9f\u00e9rerais\u2026 \u2013 commen\u00e7ai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Non, laissez-vous faire violence, \u2013 dit-il, en m\u2019interrompant, \u2013 il faut que vous soyez indulgent pour mes cheveux blancs.<\/p>\n\n\n\n<p>Finalement, je consentis \u00e0 l\u2019accompagner. Il m\u2019emmena chez Blavitski&nbsp;; ses pas menus m\u2019obligeaient \u00e0 marcher tr\u00e8s lentement. Au cours d\u2019un d\u00e9jeuner comme je n\u2019en avais jamais encore go\u00fbt\u00e9 de semblable, il \u00e9carta habilement mes questions. Je pus me faire une id\u00e9e plus pr\u00e9cise de son ext\u00e9rieur. Son visage ras\u00e9 \u00e9tait maigre et rid\u00e9&nbsp;; ses l\u00e8vres ratatin\u00e9es couvraient un r\u00e2telier&nbsp;; il portait assez longs des cheveux clairsem\u00e9s. Il me parut de stature moyenne, \u2013 \u00e0 vrai dire tout le monde paraissait petit \u00e0 ma haute taille, \u2013 et ses \u00e9paules s\u2019arrondissaient et se courbaient. En l\u2019observant, je m\u2019aper\u00e7us qu\u2019il m\u2019examinait, lui aussi, qu\u2019il promenait sur moi, depuis mes larges \u00e9paules jusqu\u2019\u00e0 mes mains h\u00e2l\u00e9es et ma figure parsem\u00e9e de taches de rousseur, des regards auxquels je trouvai une bizarre expression d\u2019avidit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;\u00c0 pr\u00e9sent, \u2013 dit-il, au moment o\u00f9 nous allumions une cigarette, \u2013 il est temps que je vous expose mon affaire. Comme vous voyez, je suis vieux, tr\u00e8s vieux\u2026 \u2013 Apr\u00e8s ces mots, il resta silencieux un long moment. \u2013 Le hasard a fait que je poss\u00e8de une fortune qu\u2019il me faut laisser \u00e0 quelqu\u2019un, mais je n\u2019ai pas, je n\u2019ai jamais eu d\u2019enfant.<\/p>\n\n\n\n<p>Je songeai aussit\u00f4t au \u00ab&nbsp;coup de la confidence&nbsp;\u00bb, et je me promis d\u2019\u00eatre en alerte pour veiller sur le reste de mes cinq cents livres. Il continua, insistant sur la tristesse de la solitude et sur la peine qu\u2019il avait eue \u00e0 trouver un emploi convenable de sa fortune apr\u00e8s sa mort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;J\u2019ai pes\u00e9 bien des combinaisons&nbsp;: charit\u00e9s, institutions, bourses, prix, biblioth\u00e8ques, et je suis parvenu \u00e0 cette conclusion \u2013 il fixa alors ses yeux sur les miens, \u2013 que je me mettrais en qu\u00eate d\u2019un jeune homme, ambitieux, s\u00e9rieux et pauvre, sain de corps et d\u2019esprit, pour lui laisser tout ce que j\u2019ai, pour faire de lui, en un mot, mon h\u00e9ritier. \u2013 Et il r\u00e9p\u00e9ta&nbsp;: \u2013 Pour lui laisser tout ce que j\u2019ai, de sorte qu\u2019il sera brusquement arrach\u00e9 aux luttes et aux d\u00e9boires au milieu desquels aura commenc\u00e9 son \u00e9ducation&nbsp;: il jouira de la libert\u00e9, il exercera une influence\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019effor\u00e7ai de para\u00eetre d\u00e9sint\u00e9ress\u00e9. Avec une hypocrisie transparente, j\u2019insinuai&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Et vous d\u00e9sirez mon aide, mes services professionnels, peut-\u00eatre, pour d\u00e9couvrir ce jeune homme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Il sourit en me lan\u00e7ant un regard entendu par-dessus sa cigarette, et je ne pus m\u2019emp\u00eacher de rire de la fa\u00e7on tranquille avec laquelle il d\u00e9masquait ma pu\u00e9rile malice.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Quelle carri\u00e8re lui est r\u00e9serv\u00e9e, \u00e0 ce jeune homme&nbsp;! \u2013 reprit-il. \u2013 J\u2019\u00e9prouve de l\u2019envie quand je pense que j\u2019ai amass\u00e9 pour qu\u2019un autre puisse d\u00e9penser\u2026 Mais il y a des conditions, bien entendu, des charges impos\u00e9es \u00e0 ce legs\u2026 Le jeune homme devra, par exemple, prendre mon nom. On ne saurait tout avoir sans accorder quelque chose en retour. Et, avant de l\u2019agr\u00e9er comme h\u00e9ritier, je ferai une enqu\u00eate minutieuse sur sa vie. Il faut qu\u2019il soit sain et vigoureux. Il faut que je connaisse son h\u00e9r\u00e9dit\u00e9&nbsp;; que je sache comment ses parents et ses grands-parents sont morts, que j\u2019examine strictement ses habitudes et ses m\u0153urs\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ceci mitigeait quelque peu les secr\u00e8tes congratulations que je m\u2019adressais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Dois-je supposer, \u2013 demandai-je, \u2013 que c\u2019est moi qui\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Oui, certes&nbsp;! \u2013 r\u00e9pondit-il, presque farouchement. \u2013 Oui, c\u2019est vous,&nbsp;<em>vous<\/em>&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne r\u00e9pliquai rien. Mon imagination gambadait follement, et mon scepticisme naturel \u00e9tait impuissant \u00e0 mod\u00e9rer ces transports. Il n\u2019entra pas dans mon esprit le moindre soup\u00e7on de gratitude. Je ne savais quoi dire et n\u2019aurais su comment le dire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Mais pourquoi moi en particulier&nbsp;? \u2013 questionnai-je enfin. Il avait, expliqua-t-il, entendu parler de moi par le professeur Haslar, comme d\u2019un jeune homme pr\u00e9sentant le type d\u2019une constitution solide et saine, et il d\u00e9sirait, autant que possible, laisser ses biens \u00e0 quelqu\u2019un dont la sant\u00e9 et l\u2019honn\u00eatet\u00e9 fussent certaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Telle fut ma premi\u00e8re rencontre avec le petit vieillard. Il resta myst\u00e9rieux sur ce qui le concernait, et pr\u00e9tendit ne pas vouloir encore me faire conna\u00eetre son nom. Puis, lorsque j\u2019eus content\u00e9 sa curiosit\u00e9, il me quitta \u00e0 la porte du restaurant. J\u2019avais remarqu\u00e9 que, pour payer l\u2019addition, il avait sorti de sa poche une poign\u00e9e de pi\u00e8ces d\u2019or.<\/p>\n\n\n\n<p>Son insistance sur ma sant\u00e9 physique \u00e9tait bizarre. Comme il avait \u00e9t\u00e9 convenu, je contractai ce m\u00eame jour une assurance sur la vie, pour une somme \u00e9norme, \u00e0 la Loyal Insurance Company, dont les conseillers m\u00e9dicaux, la semaine suivante, me t\u00e2t\u00e8rent, me palp\u00e8rent, m\u2019auscult\u00e8rent de la fa\u00e7on la plus compl\u00e8te. Cela m\u00eame ne satisfit pas le vieillard, et il voulut que je fusse examin\u00e9 de nouveau par le fameux docteur Henderson. Le vendredi d\u2019apr\u00e8s la Pentec\u00f4te arriva, avant qu\u2019il e\u00fbt pris une d\u00e9cision. Ce soir-l\u00e0, tr\u00e8s tard \u2013 il \u00e9tait pr\u00e8s de neuf heures et je repassais mes formules chimiques pour un examen, \u2013 il vint me demander. Je le trouvai en bas, dans le corridor, et la faible lueur du bec de gaz projetait sur sa face un jeu d\u2019ombres grotesques. Il me parut plus courb\u00e9 que la premi\u00e8re fois et ses joues un peu plus creuses. Sa voix tremblait d\u2019\u00e9motion.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;L\u2019enqu\u00eate ne laisse rien \u00e0 d\u00e9sirer, monsieur Eden, absolument rien, \u2013 d\u00e9clara-t-il, \u2013 et, cette soir\u00e9e qui comptera entre toutes, nous allons la passer ensemble et c\u00e9l\u00e9brer votre \u00ab&nbsp;accession&nbsp;\u00bb. \u2013 Une quinte de toux l\u2019interrompit. \u2013 Vous n\u2019aurez pas longtemps \u00e0 attendre, du reste, \u2013 ajouta-t-il, en passant un mouchoir sur ses l\u00e8vres, et, de son autre longue patte osseuse, saisissant ma main&nbsp;: \u2013\u2026 \u00e0 coup s\u00fbr pas longtemps \u00e0 attendre&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sort\u00eemes et pr\u00eemes un cab. Je me rappelle avec une pr\u00e9cision extr\u00eame tous les incidents du parcours&nbsp;: le roulement rapide et doux de la voiture&nbsp;; le contraste du p\u00e9trole, du gaz et de l\u2019\u00e9lectricit\u00e9, dans les vitrines&nbsp;; la foule des passants dans les rues&nbsp;; le restaurant de Regent Street, o\u00f9 un somptueux d\u00eener nous fut servi. Tout d\u2019abord, les coups d\u2019\u0153il que le gar\u00e7on en frac abaissait sur mon modeste complet me d\u00e9contenanc\u00e8rent. Je ne savais comment me d\u00e9barrasser des noyaux d\u2019olives&nbsp;; mais, \u00e0 mesure que le champagne m\u2019\u00e9chauffait, ma confiance s\u2019affermissait.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vieillard parla de lui-m\u00eame&nbsp;; d\u00e9j\u00e0, dans le cab, il m\u2019avait dit comment il s\u2019appelait&nbsp;: j\u2019avais affaire \u00e0 Egbert Elvesham, le grand philosophe, dont le nom m\u2019\u00e9tait connu depuis l\u2019\u00e9cole. Je ne parvenais pas \u00e0 me convaincre que cet homme, dont l\u2019intelligence avait sit\u00f4t domin\u00e9 la mienne, que cette grande abstraction se f\u00fbt soudain r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00e0 moi sous cette forme d\u00e9cr\u00e9pite et famili\u00e8re. Il est probable que tout jeune homme qui se trouve inopin\u00e9ment en contact avec des c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s doit \u00e9prouver un peu mon d\u00e9sappointement. Il m\u2019entretint de la fortune que les courants taris de sa vie laisseraient bient\u00f4t passer entre mes mains&nbsp;: immeubles, valeurs, droits d\u2019auteur\u2026 Je n\u2019avais jamais soup\u00e7onn\u00e9 que les philosophes pussent \u00eatre aussi riches. Il me regardait boire et manger avec un air d\u2019envie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Quelles dispositions \u00e0 vivre vous avez&nbsp;! \u2013 constata-t-il&nbsp;; puis, avec un soupir, un soupir de soulagement, aurais-je pu croire, il ajouta&nbsp;: \u2013 Ce ne sera pas long.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est vrai&nbsp;! \u2013 fis-je, la t\u00eate \u00e9tourdie par le champagne. \u2013 C\u2019est vrai, un avenir singuli\u00e8rement agr\u00e9able m\u2019est r\u00e9serv\u00e9, gr\u00e2ce \u00e0 vous. J\u2019aurai l\u2019honneur de porter votre nom, mais vous avez un pass\u00e9, un pass\u00e9 qui vaut tout mon avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Il hocha la t\u00eate et sourit, m\u00e9lancoliquement satisfait, pensai-je, de ma flatteuse admiration.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Cet avenir, y renonceriez-vous&nbsp;? \u2013 demanda-t-il, au moment o\u00f9 le gar\u00e7on apportait les liqueurs. \u2013 Vous ne voyez aucun inconv\u00e9nient sans doute \u00e0 prendre mon nom, mes biens, mais voudriez-vous, de gaiet\u00e9 de c\u0153ur, prendre mes ann\u00e9es&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Oui, si l\u2019on me donnait aussi votre g\u00e9nie et votre \u0153uvre, \u2013 r\u00e9pondis-je, g\u00e9n\u00e9reusement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il sourit encore.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Des kummels, pour tous les deux, \u2013 commanda-t-il, en tirant de sa poche un petit paquet plat, envelopp\u00e9 de papier blanc, qu\u2019il examina attentivement. \u2013 Cette heure-ci, cette heure d\u2019apr\u00e8s d\u00eener est propice aux futilit\u00e9s. Voici un brin de ma sagesse in\u00e9dite.<\/p>\n\n\n\n<p>De ses doigts jaunes et tremblants il ouvrit le paquet et me montra une fine poudre ros\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ceci\u2026&nbsp;! \u2013 reprit-il. \u2013 Bah&nbsp;! vous devinez ce que c\u2019est&nbsp;! Mettez-en une pinc\u00e9e dans votre kummel, et vous verrez\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Ses yeux gris m\u2019\u00e9piaient avec une impression indicible. Je fus quelque peu choqu\u00e9 de constater que ce grand penseur attachait du prix au parfum des liqueurs. Cependant, je feignis de prendre int\u00e9r\u00eat \u00e0 ce faible, car j\u2019avais assez bu pour \u00eatre capable de cette innocente hypocrisie.<\/p>\n\n\n\n<p>Il versa la poudre, en quantit\u00e9s \u00e9gales, dans nos verres, puis, se levant brusquement, avec une solennit\u00e9 aussi \u00e9trange qu\u2019inattendue, il tendit son verre&nbsp;: j\u2019en fis autant, et nous trinqu\u00e2mes.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;\u00c0 votre h\u00e9ritage prochain&nbsp;! \u2013 dit-il, en portant la liqueur \u00e0 ses l\u00e8vres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Non pas&nbsp;! Non pas&nbsp;! \u2013 protestai-je vivement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019arr\u00eata, le verre \u00e0 la hauteur de son menton, et ses yeux brillants fix\u00e9s sur les miens.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;\u00c0 votre longue vie&nbsp;! \u2013 souhaitai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Il parut h\u00e9siter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;\u00c0 votre longue vie&nbsp;! \u2013 r\u00e9p\u00e9ta-t-il, avec un soudain \u00e9clat de rire, et, sans nous quitter du regard, nous trinqu\u00e2mes derechef.<\/p>\n\n\n\n<p>Ses yeux continu\u00e8rent \u00e0 me surveiller pendant que j\u2019avalais le kummel. Aussit\u00f4t je ressentis une chaleur intense&nbsp;; il se fit dans mon cerveau un furieux tumulte. Il me sembla que r\u00e9ellement tout s\u2019agitait sous mon cr\u00e2ne et un bourdonnement assourdissant m\u2019emplit les oreilles. Je ne discernai ni le go\u00fbt, ni l\u2019ar\u00f4me de la liqueur, m\u00e9dus\u00e9 que j\u2019\u00e9tais, pour ainsi dire, par la lueur flamboyante des yeux gris du vieillard. Cette confusion, ce tumulte, parurent durer un temps interminable. De vagues impressions de choses \u00e0 demi oubli\u00e9es dans\u00e8rent et s\u2019\u00e9vanouirent sur les confins de ma m\u00e9moire. Il rompit \u00e0 la fin le charme, et, avec un bruyant soupir, il posa son verre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Eh bien&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est merveilleux&nbsp;! \u2013 r\u00e9pondis-je, quoique je n\u2019eusse aucune id\u00e9e de la saveur v\u00e9ritable qu\u2019avait la mixture.<\/p>\n\n\n\n<p>Ma t\u00eate tourbillonnait, mon cerveau \u00e9tait un chaos. Je m\u2019assis. Puis mes perceptions devinrent pr\u00e9cises et menues, comme si je voyais les choses dans un miroir concave. Les mani\u00e8res du vieillard \u00e9taient \u00e0 pr\u00e9sent nerveuses et impatientes. Il tira sa montre et fit la grimace.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Onze heures sept&nbsp;! Et je dois prendre un train \u00e0 onze heures vingt-cinq\u2026 Il faut que je file tout de suite.<\/p>\n\n\n\n<p>Il demanda l\u2019addition, et je l\u2019aidai \u00e0 endosser son pardessus. Des gar\u00e7ons empress\u00e9s accoururent \u00e0 notre aide. L\u2019instant d\u2019apr\u00e8s, il montait dans un cab et je lui disais au revoir, avec toujours cette impression de nettet\u00e9 menue, comme si non seulement je voyais, mais comme si je&nbsp;<em>sentais&nbsp;<\/em>aussi par le gros bout de la lorgnette.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est la poudre, \u2013 expliqua-t-il, portant la main \u00e0 son front. \u2013 Je n\u2019aurais pas d\u00fb vous en donner. Vous aurez demain matin un mal de t\u00eate \u00e0 tout casser. Attendez une seconde. Tenez&nbsp;! \u2013 et il me tendit un petit paquet blanc, semblable \u00e0 ceux que font les pharmaciens. \u2013 Prenez cela dans un verre d\u2019eau avant de vous mettre au lit. L\u2019autre poudre \u00e9tait un excitant\u2026 N\u2019oubliez pas de prendre celle-ci au moment de vous coucher. \u00c7a vous d\u00e9gagera le cerveau. C\u2019est tout. Encore une poign\u00e9e de main, Futurus&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9treignis sa patte racornie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Au revoir&nbsp;! \u2013 cria-t-il encore&nbsp;; et, \u00e0 la fa\u00e7on dont il battait des paupi\u00e8res, je jugeai qu\u2019il devait \u00eatre aussi sous l\u2019influence de cette drogue vivifiante.<\/p>\n\n\n\n<p>Avec un sursaut, et comme pour r\u00e9parer une omission, il fouilla dans son gousset et en tira un paquet cylindrique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Voici&nbsp;! \u2013 dit-il. \u2013 Je n\u2019y songeais plus&nbsp;! Ne l\u2019ouvrez pas avant que je vienne demain\u2026 mais emportez-le maintenant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Tr\u00e8s bien&nbsp;! \u2013 bredouillai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Au moment o\u00f9 le cocher r\u00e9veillait son cheval d\u2019un l\u00e9ger coup de fouet, mon compagnon m\u2019envoya un dernier sourire \u00e0 travers la vitre du cab\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Le paquet qu\u2019il m\u2019avait remis \u00e9tait scell\u00e9 de rouge au milieu et aux deux extr\u00e9mit\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Si \u00e7a n\u2019est pas un rouleau d\u2019or, ce doit \u00eatre du plomb ou du platine, \u2013 pensai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Je le serrai avec grand soin dans ma poche. Puis, le cerveau tournoyant, je partis \u00e0 pied pour rentrer chez moi, par Regent Street, o\u00f9 des fl\u00e2neurs d\u00e9ambulaient encore, et par les ruelles sombres, au-del\u00e0 de Portland Road.<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rappelle nettement les diverses sensations que j\u2019\u00e9prouvai pendant le trajet. J\u2019\u00e9tais encore assez moi-m\u00eame pour remarquer dans quel \u00e9tat insolite je me trouvais, et je me demandai si cette poudre que j\u2019avais absorb\u00e9e n\u2019\u00e9tait pas de l\u2019opium, drogue dont j\u2019ignore les effets. Il m\u2019est, \u00e0 l\u2019heure actuelle, difficile de d\u00e9crire exactement cette anomalie mentale, cette sorte de dualit\u00e9 d\u2019esprit que je constatais en moi. En suivant Regent Street, j\u2019avais la conviction que j\u2019\u00e9tais dans la gare du Sud-Ouest, et je fus sur le point d\u2019entrer \u00e0 l\u2019Institut polytechnique comme on entre dans un train. Je me frottai les yeux&nbsp;: j\u2019\u00e9tais bien dans Regent Street.<\/p>\n\n\n\n<p>Comment exprimerais-je l\u2019effet de cette hallucination&nbsp;? Un acteur habile vous regarde tranquillement, il fait une grimace, et, du coup, vous croyez \u00eatre devant une personne toute diff\u00e9rente. Serait-ce trop extravagant de vous dire qu\u2019il me semblait qu\u2019un instant Regent Street venait de me jouer ce tour&nbsp;? Certain, n\u00e9anmoins, que j\u2019\u00e9tais bien dans cette rue, je fus de nouveau troubl\u00e9 par de fantasques r\u00e9miniscences qui afflu\u00e8rent soudain.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Il y a trente ans, \u2013 pensai-je, \u2013 c\u2019est ici que je me querellai avec mon fr\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais aussit\u00f4t, j\u2019\u00e9clatai de rire, au grand amusement d\u2019un groupe de noctambules. Il y a trente ans je n\u2019\u00e9tais pas n\u00e9, et je n\u2019ai jamais pu me vanter d\u2019avoir un fr\u00e8re. Cette mixture que j\u2019avais bue \u00e9tait certainement de la folie liquide car un regret poignant de ce fr\u00e8re perdu s\u2019obstinait \u00e0 m\u2019\u00e9treindre. Au long de Portland Road, cette aberration prit une autre forme. Je me souvins de boutiques qui n\u2019existaient pas, et je comparai la rue avec ce qu\u2019elle \u00e9tait autrefois. Il n\u2019y avait rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce qu\u2019apr\u00e8s un plantureux d\u00eener, copieusement arros\u00e9, mes pens\u00e9es fussent quelque peu d\u00e9sordonn\u00e9es, mais j\u2019\u00e9tais fort perplexe \u00e0 cause de ces r\u00e9miniscences fantastiques, si curieusement pr\u00e9cises, qui envahissaient mon esprit, et j\u2019\u00e9tais interloqu\u00e9 non seulement des souvenirs qui se pr\u00e9sentaient, mais surtout de ceux qui m\u2019\u00e9chappaient. Je m\u2019arr\u00eatai devant la vitrine d\u2019un naturaliste, me mettant le cerveau \u00e0 la torture pour retrouver ce qui pouvait bien m\u2019int\u00e9resser l\u00e0. Un omnibus passa avec un tintamarre qui ressemblait de fa\u00e7on extraordinaire au roulement d\u2019un train.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Ah&nbsp;! j\u2019y suis&nbsp;! \u2013 fis-je \u00e0 la fin. \u2013 Je dois venir chercher ici, demain, trois grenouilles \u00e0 diss\u00e9quer. N\u2019est-ce pas curieux que j\u2019aie oubli\u00e9&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Quand j\u2019\u00e9tais enfant, on me donna pour jouet un kal\u00e9idoscope. Les dessins se chassaient les uns les autres et se superposaient&nbsp;: c\u2019est de la m\u00eame mani\u00e8re que cette s\u00e9rie de sensations nouvelles s\u2019effor\u00e7ait de se substituer \u00e0 celles de mon ordinaire individu.<\/p>\n\n\n\n<p>Toujours perplexe et un peu effray\u00e9, je gagnai Tottenham Court Road par Euston Road, sans remarquer quel chemin je prenais, car, d\u2019habitude, je coupais \u00e0 travers le r\u00e9seau de petites rues environnantes. En tournant dans University Street, je constatai que j\u2019avais oubli\u00e9 le num\u00e9ro de ma maison. Il me fallut un violent effort de m\u00e9moire pour \u00eatre certain que c\u2019\u00e9tait le 11, et, m\u00eame alors, j\u2019eus l\u2019impression qu\u2019un inconnu me l\u2019avait souffl\u00e9. J\u2019essayai de raffermir mes id\u00e9es en \u00e9voquant les incidents du d\u00eener, et, quoi que je fisse, il me fut impossible de me rappeler les traits de mon h\u00f4te. Je ne le voyais qu\u2019en contours vagues, comme on s\u2019aper\u00e7oit dans une vitre. \u00c0 sa place, je distinguais, devant une table, une image de moi-m\u00eame, rouge, loquace et les yeux brillants.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;\u00c7a devient insupportable. Il faut que je prenne cette autre poudre, \u2013 pensai-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Je cherchais mon chandelier et les allumettes du c\u00f4t\u00e9 du vestibule o\u00f9 il n\u2019y avait aucun meuble, et je ne savais plus \u00e0 quel \u00e9tage je demeurais.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Je suis ivre, c\u2019est certain, \u2013 marmottai-je, et je tr\u00e9buchai maladroitement contre la premi\u00e8re marche, ce qui corrobora mon assertion.<\/p>\n\n\n\n<p>Au premier coup d\u2019\u0153il, l\u2019aspect de ma chambre me parut bizarre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Est-ce b\u00eate&nbsp;! \u2013 grommelai-je, en regardant tout autour de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>Je repris cette fois possession de moi-m\u00eame, et les visions fantastiques s\u2019effac\u00e8rent devant l\u2019aspect familier de la mansarde. La vieille glace \u00e9tait toujours l\u00e0, avec mes notes sur les albumino\u00efdes fix\u00e9es dans un coin du cadre, et mes v\u00eatements de tous les jours gisaient \u00e9pars sur le plancher. Et cependant, tout cela n\u2019\u00e9tait pas indubitablement r\u00e9el. La conviction tentait de s\u2019imposer \u00e0 mon esprit que je me trouvais dans un train qui s\u2019arr\u00eatait, et que je cherchais \u00e0 distinguer par la porti\u00e8re le nom de la station inconnue. J\u2019empoignai fermement les barreaux du lit pour me rassurer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est sans doute un ph\u00e9nom\u00e8ne de double vue. Il faudra que je le communique \u00e0 la Soci\u00e9t\u00e9 des Recherches Psychiques, \u2013 me dis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>Je posai le rouleau pesant sur la table, m\u2019assis sur le pied du lit et commen\u00e7ai \u00e0 retirer mes bottines. On e\u00fbt dit que mes sensations pr\u00e9sentes se tra\u00e7aient sur un dessin ancien qui reparaissait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Sacrebleu&nbsp;! \u2013 grondai-je. \u2013 Est-ce que je perds la t\u00eate, ou serais-je en deux endroits \u00e0 la fois&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 demi d\u00e9shabill\u00e9, je versai la poudre dans un verre&nbsp;; l\u2019eau bouillonna et prit une couleur ambr\u00e9e. J\u2019avalai le breuvage et, avant m\u00eame d\u2019\u00eatre au lit, j\u2019avais recouvr\u00e9 ma tranquillit\u00e9. Je sentis l\u2019oreiller frais sous ma joue et je ne dus pas tarder \u00e0 m\u2019endormir.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019\u00e9veillai brusquement d\u2019un cauchemar o\u00f9 figuraient des b\u00eates f\u00e9roces&nbsp;: j\u2019\u00e9tais couch\u00e9 sur le dos. Tout le monde conna\u00eet ces r\u00eaves horribles et angoissants d\u2019o\u00f9 l\u2019on s\u2019\u00e9chappe, \u00e9veill\u00e9 sans doute, mais \u00e9trangement penaud. J\u2019avais dans la bouche un go\u00fbt bizarre&nbsp;; j\u2019\u00e9prouvais dans les membres une fatigue inaccoutum\u00e9e, un malaise g\u00e9n\u00e9ral. Je demeurai immobile, la t\u00eate sur l\u2019oreiller, esp\u00e9rant que cette sensation d\u2019\u00e9tranget\u00e9 et de terreur ne tarderait pas \u00e0 se dissiper, et que je pourrais me rendormir. Mais, au lieu de cela, ces sensations anormales s\u2019accrurent. D\u2019abord, je ne remarquai rien d\u2019insolite. Dans la chambre, un jour trouble, si faible qu\u2019on l\u2019e\u00fbt pu confondre avec les t\u00e9n\u00e8bres, permettait d\u2019entrevoir les meubles comme des taches d\u2019obscurit\u00e9 plus \u00e9paisse. J\u2019\u00e9carquillai les yeux, au-dessus des couvertures, pour mieux me reconna\u00eetre. J\u2019eus l\u2019id\u00e9e que quelqu\u2019un entrait pour me d\u00e9rober mon rouleau d\u2019or, mais, apr\u00e8s \u00eatre rest\u00e9 immobile quelques instants encore, en respirant avec r\u00e9gularit\u00e9 pour simuler le sommeil, je me rendis compte que ce n\u2019\u00e9tait qu\u2019une illusion. N\u00e9anmoins, la certitude qu\u2019il se passait quelque chose d\u2019inqui\u00e9tant m\u2019\u00e9treignait de plus en plus. Avec un effort je soulevai ma t\u00eate et regardai autour de moi. J\u2019examinai les formes vagues, les taches d\u2019obscurit\u00e9 plus ou moins \u00e9paisse qui indiquaient les tentures, la table, la chemin\u00e9e, les rayons de la biblioth\u00e8que. Alors, je per\u00e7us quelque chose d\u2019inhabituel dans ces t\u00e9n\u00e9breuses silhouettes. Avait-on chang\u00e9 le lit de c\u00f4t\u00e9&nbsp;?\u2026 Ceci devait \u00eatre la biblioth\u00e8que, l\u00e0-bas, o\u00f9 se dressait une masse envelopp\u00e9e et gris\u00e2tre, qui ne ressemblait pas du tout \u00e0 des rayons charg\u00e9s de livres. Et cela certainement paraissait beaucoup trop grand pour \u00eatre ma chemise jet\u00e9e sur un dossier de chaise.<\/p>\n\n\n\n<p>Surmontant une terreur pu\u00e9rile, je rejetai les couvertures et passai une jambe hors du lit. \u00c0 l\u2019ordinaire, quand je sortais de mon grabat, mon pied posait imm\u00e9diatement sur le plancher, et c\u2019est \u00e0 peine si maintenant il atteignait le bord du matelas. Je me glissai davantage en avant et m\u2019assis les jambes pendantes. L\u00e0, tout aupr\u00e8s, sur un tabouret boiteux, se trouvaient certainement le bougeoir et les allumettes. J\u2019\u00e9tendis la main\u2026 rien&nbsp;! J\u2019agitai mon bras dans les t\u00e9n\u00e8bres, et je rencontrai une \u00e9paisse tenture, d\u2019une \u00e9toffe lourde et soyeuse&nbsp;; je la palpai et tirai dessus&nbsp;: c\u2019\u00e9tait bien un rideau suspendu \u00e0 la t\u00eate du lit.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9tais, \u00e0 pr\u00e9sent, tout \u00e0 fait \u00e9veill\u00e9, et je commen\u00e7ais \u00e0 comprendre que j\u2019occupais une autre chambre que la mienne. Je ne savais que m\u2019imaginer. J\u2019essayai de me rappeler les \u00e9v\u00e9nements, et ils me revinrent \u00e0 l\u2019esprit avec une singuli\u00e8re nettet\u00e9&nbsp;: le d\u00eener, les petits paquets, mon \u00e9tonnement \u00e0 me sentir ivre, mon retour, ma lenteur \u00e0 me d\u00e9shabiller, la fra\u00eecheur de l\u2019oreiller contre mes joues br\u00fblantes\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9prouvai une soudaine inqui\u00e9tude. \u00c9tait-ce la veille ou l\u2019avant-veille&nbsp;? En tout cas, cette chambre n\u2019\u00e9tait pas la mienne, et je ne concevais pas de quelle fa\u00e7on j\u2019avais pu m\u2019y introduire. La silhouette gris\u00e2tre qui avait d\u00e9j\u00e0 attir\u00e9 mon attention devenait plus p\u00e2le et je reconnus une fen\u00eatre contre laquelle se d\u00e9coupait le miroir ovale d\u2019une table de toilette. Un petit jour blafard filtrait \u00e0 travers le store baiss\u00e9. Je voulus me mettre debout, et je fus \u00e9tonn\u00e9 d\u2019\u00e9prouver une faiblesse et une instabilit\u00e9 curieuses. J\u2019\u00e9tendis en avant mes mains qui tremblaient et je me dirigeai lentement vers la fen\u00eatre, me cognant en route le genou contre un si\u00e8ge. En t\u00e2tonnant de chaque c\u00f4t\u00e9 du miroir orn\u00e9 de cand\u00e9labres, je cherchai, dans l\u2019embrasure, le cordon du store. Je n\u2019en trouvai pas. Par hasard, je tirai sur une frange, et, avec le d\u00e9clic d\u2019un ressort, le store s\u2019envola.<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9cor que je contemplai m\u2019\u00e9tait tout \u00e0 fait \u00e9tranger. Sous le ciel couvert, \u00e0 travers les masses moutonnantes des nuages, per\u00e7ait la demi-clart\u00e9 de l\u2019aube. \u00c0 l\u2019horizon, la coupole du ciel reposait sur une bordure de tra\u00een\u00e9es rouges&nbsp;; au-dessous, tout \u00e9tait sombre et indistinct. Dans le lointain, un vague profil de collines&nbsp;; plus pr\u00e8s, un amoncellement d\u2019\u00e9difices avec tourelles et clochers, des bouquets d\u2019arbres semblables \u00e0 des taches d\u2019encre et, sous la fen\u00eatre, un r\u00e9seau de massifs sombres et d\u2019all\u00e9es grises. Tout cela m\u2019\u00e9tait si peu familier qu\u2019un instant je crus que je r\u00eavais. Je touchai la table de toilette&nbsp;: elle me parut d\u2019un bois poli, et garnie d\u2019accessoires nombreux, de flacons de cristal taill\u00e9 et de brosses. Il y avait aussi, dans une soucoupe, un bizarre petit objet en forme de fer \u00e0 cheval avec des saillies irr\u00e9guli\u00e8res et lisses.<\/p>\n\n\n\n<p>Impossible de d\u00e9couvrir ni bougeoir ni allumettes.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tournai mes regards vers la chambre. Maintenant que le store \u00e9tait relev\u00e9, le mobilier surgissait moins confus\u00e9ment des t\u00e9n\u00e8bres. Au milieu se dressait un lit drap\u00e9 de vastes tentures, et, au pied, une large chemin\u00e9e blanche qui avait les reflets du marbre. Je m\u2019appuyai contre la table, fermai les yeux, les rouvris et m\u2019effor\u00e7ai de penser. Tout cela \u00e9tait beaucoup trop r\u00e9el pour que je pusse croire \u00e0 un r\u00eave. Je songeai qu\u2019il devait y avoir, dans ma m\u00e9moire, quelque hiatus, effet de l\u2019\u00e9trange liqueur que j\u2019avais bue. Peut-\u00eatre \u00e9tais-je entr\u00e9 en possession de mon h\u00e9ritage, et avais-je perdu tout souvenir depuis l\u2019annonce de ma bonne fortune.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un instant tout redeviendrait clair. Pourtant, le d\u00eener avec le vieil Elvesham me paraissait \u00e0 pr\u00e9sent tout \u00e0 fait r\u00e9cent&nbsp;; le champagne, les gar\u00e7ons attentifs, la poudre ros\u00e9e et les liqueurs, \u2013 j\u2019aurais pari\u00e9 ma vie que tout cela s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 il y avait quelques heures.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, il se produisit quelque chose de si trivial et cependant de si terrible pour moi que je frissonne encore en y pensant. Je me demandai \u00e0 haute voix&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Comment diable suis-je venu ici&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><em>La voix que j\u2019entendis n\u2019\u00e9tait pas la mienne.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Ce n\u2019\u00e9tait pas ma voix&nbsp;! C\u2019\u00e9tait une voix gr\u00eale, cass\u00e9e, d\u2019une r\u00e9sonance tout \u00e0 fait diff\u00e9rente. Pour me rassurer, je frottai mes mains l\u2019une sur l\u2019autre et je sentis des mains osseuses, \u00e0 la peau flasque, les mains d\u2019un vieillard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Assur\u00e9ment, \u2013 fis-je, de cette horrible voix, qui, sans que je pusse deviner comment, s\u2019\u00e9tait install\u00e9e dans mon gosier, \u2013 assur\u00e9ment tout ceci doit \u00eatre un r\u00eave&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Presque aussi vite que si je l\u2019eusse fait involontairement, je mis mes doigts dans ma bouche&nbsp;:&nbsp;<em>je n\u2019avais plus de dents&nbsp;!&nbsp;<\/em>L\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de mes doigts se promenait sur des gencives racornies. Je fus \u00e9c\u0153ur\u00e9 de d\u00e9go\u00fbt et de consternation.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019\u00e9prouvai alors un d\u00e9sir passionn\u00e9 de me voir, d\u2019envisager tout de suite, dans sa pleine horreur, le hideux changement qui s\u2019\u00e9tait fait en moi&nbsp;: d\u2019un pas chancelant, j\u2019allai jusqu\u2019\u00e0 la chemin\u00e9e et je cherchai des allumettes. Un acc\u00e8s de toux me saisit \u00e0 la gorge et je serrai autour de moi l\u2019\u00e9paisse chemise de flanelle dont j\u2019\u00e9tais rev\u00eatu. Il n\u2019y avait pas d\u2019allumettes sur la chemin\u00e9e et je m\u2019aper\u00e7us, tout \u00e0 coup, que mes pieds et mes mains \u00e9taient glac\u00e9s. \u00c9ternuant et toussant, g\u00e9missant aussi malgr\u00e9 moi, je regagnai mon lit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est certainement un r\u00eave&nbsp;! \u2013 pleurnichai-je en me hissant sur le matelas. \u2013 C\u2019est certainement un r\u00eave&nbsp;! \u2013 r\u00e9p\u00e9tai-je avec une s\u00e9nile persistance.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tirai les couvertures sur mes \u00e9paules, par-dessus mes oreilles&nbsp;; je glissai sous le traversin ma main dess\u00e9ch\u00e9e et r\u00e9solus de me rendormir. \u00c9videmment, c\u2019\u00e9tait un r\u00eave&nbsp;! Au matin, je me r\u00e9veillerais jeune, fort et vigoureux, pour reprendre mes \u00e9tudes\u2026 Je fermai les yeux, respirai r\u00e9guli\u00e8rement, et, pour aider le sommeil \u00e0 venir, je me mis \u00e0 calculer les multiples de trois.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le sommeil s\u2019obstinait \u00e0 me fuir. La conviction de l\u2019inexorable r\u00e9alit\u00e9 du changement qui s\u2019\u00e9tait op\u00e9r\u00e9 en moi grandissait \u00e0 chaque minute. Bient\u00f4t, je me retrouvai les yeux ouverts, ne pensant plus aux multiples de trois, et promenant les doigts sur mes gencives d\u00e9charn\u00e9es. J\u2019\u00e9tais vraiment transform\u00e9 en vieillard. De quelque mani\u00e8re inexplicable, j\u2019avais franchi toute mon existence pour arriver \u00e0 la vieillesse&nbsp;: sans que je susse comment, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 frustr\u00e9 du meilleur de ma vie, de l\u2019amour, de la force, de la lutte, de l\u2019espoir&nbsp;! J\u2019enfon\u00e7ai ma t\u00eate dans l\u2019oreiller, essayant de me persuader que de pareilles hallucinations sont possibles. Lentement, imperceptiblement l\u2019aube devenait plus claire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 la fin, d\u00e9sesp\u00e9rant de me rendormir, je me mis sur mon s\u00e9ant pour examiner la pi\u00e8ce. Elle \u00e9tait spacieuse et bien meubl\u00e9e, mieux meubl\u00e9e qu\u2019aucune des chambres que j\u2019avais jusqu\u2019alors occup\u00e9es. Je distinguai un bougeoir et des allumettes sur une petite table dans une encoignure. Je rejetai les couvertures, et, frissonnant \u00e0 la fra\u00eecheur du matin, bien qu\u2019on f\u00fbt en \u00e9t\u00e9, je me levai et allumai la bougie. Puis, tremblant affreusement, \u00e0 tel point que l\u2019\u00e9teignoir tambourinait sur son support, je trottinai jusqu\u2019\u00e0 la glace et aper\u00e7us\u2026&nbsp;<em>le visage d\u2019Elvesham&nbsp;!&nbsp;<\/em>Bien que j\u2019eusse d\u00e9j\u00e0 redout\u00e9 cette conclusion, ce n\u2019en \u00e9tait pas moins terrifiant&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Le savant m\u2019avait paru affaibli et pitoyable, mais, \u00e0 le voir maintenant, v\u00eatu seulement d\u2019une chemise de flanelle d\u00e9boutonn\u00e9e qui d\u00e9couvrait le cou fibreux, \u00e0 le voir maintenant comme \u00e9tant mon corps \u00e0 moi, je ne saurais d\u00e9crire sa d\u00e9solante d\u00e9cr\u00e9pitude. Des joues creuses, des m\u00e8ches \u00e9parses de cheveux gris, des yeux humides et chassieux, des l\u00e8vres tremblantes et fl\u00e9tries, dont l\u2019inf\u00e9rieure pendante laissait entrevoir les muqueuses p\u00e2lies et les hideuses gencives noir\u00e2tres\u2026 Vous qui poss\u00e9dez ensemble votre esprit et votre corps, le nombre v\u00e9ritable de vos ann\u00e9es, vous ne pouvez vous imaginer ce que cet infernal emprisonnement signifiait pour moi. \u00catre jeune et plein des d\u00e9sirs et de l\u2019\u00e9nergie de la jeunesse, et se laisser prendre, se laisser an\u00e9antir dans ce corps qui n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019une ruine branlante&nbsp;!\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais je m\u2019\u00e9loigne de mon r\u00e9cit. Pendant un certain temps, je dus rester abasourdi de ce changement. Il faisait grand jour quand je repris suffisamment conscience de moi-m\u00eame pour \u00eatre capable de penser. Donc, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 chang\u00e9, sans que je pusse m\u2019expliquer de quelle mani\u00e8re. Si ce n\u2019\u00e9tait de la magie, je n\u2019arrivais pas \u00e0 imaginer comment ce miracle avait pu s\u2019accomplir. En r\u00e9fl\u00e9chissant ainsi je compris la diabolique ing\u00e9niosit\u00e9 d\u2019Elvesham. Il m\u2019apparut absolument clair que, puisque je me trouvais dans sa carcasse, il devait, lui, \u00eatre en possession de mon avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais comment le prouver&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Plus j\u2019y songeais, plus la chose devenait incroyable&nbsp;; la t\u00eate me tourna, et je dus me pincer, t\u00e2ter mes gencives \u00e9dent\u00e9es, me regarder dans la glace, toucher les objets qui m\u2019entouraient, avant de pouvoir \u00e0 nouveau affronter les faits. L\u2019existence n\u2019\u00e9tait-elle plus qu\u2019une hallucination&nbsp;? \u00c9tais-je vraiment Elvesham, et lui \u00e9tait-il moi&nbsp;? Avais-je r\u00eav\u00e9 d\u2019un certain \u00e9tudiant nomm\u00e9 Eden&nbsp;? Existait-il m\u00eame un Eden&nbsp;?\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Mais si j\u2019\u00e9tais Elvesham, je devrais savoir ce que je faisais le matin pr\u00e9c\u00e9dent, le nom de la ville dans laquelle j\u2019habitais, tout ce qui \u00e9tait arriv\u00e9 avant que ce r\u00eave commen\u00e7\u00e2t. Je me d\u00e9battais au milieu de ces pens\u00e9es. Je me rappelai la bizarre dualit\u00e9 de mes souvenirs de la veille. Mais \u00e0 pr\u00e9sent mon esprit \u00e9tait clair&nbsp;; il ne restait plus l\u2019ombre d\u2019autres souvenirs que ceux qui appartenaient en propre \u00e0 Eden l\u2019\u00e9tudiant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Tout cela ressemble fort \u00e0 la folie&nbsp;! \u2013 m\u2019\u00e9criai-je de ma petite voix gr\u00eale.<\/p>\n\n\n\n<p>Je tra\u00eenai mes membres lourds et pesants jusqu\u2019\u00e0 la table de toilette, et je plongeai ma t\u00eate grise dans une cuvette d\u2019eau froide. Je m\u2019essuyai et recommen\u00e7ai. Cela ne servit \u00e0 rien. Je sentais de la fa\u00e7on la plus cat\u00e9gorique que j\u2019\u00e9tais bien Eden et non Elvesham.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 une autre \u00e9poque, j\u2019aurais pu accepter mon destin avec enchantement. Mais, en notre si\u00e8cle sceptique, les miracles n\u2019ont pas cours. Il y avait ici quelque artifice de psychologie. Ce qu\u2019une drogue et un regard fixe avaient fait, une drogue ou un regard fixe, ou tel autre traitement similaire, sauraient le d\u00e9faire. Ce n\u2019est pas la premi\u00e8re fois que des hommes ont perdu la m\u00e9moire. Mais \u00e9changer sa m\u00e9moire comme on \u00e9change son parapluie&nbsp;!\u2026 J\u2019\u00e9clatai de rire, non pas d\u2019un rire sonore, h\u00e9las&nbsp;! mais d\u2019un gloussement s\u00e9nile et asthmatique. J\u2019aurais pu croire que c\u2019\u00e9tait le vieil Elvesham qui riait de ma m\u00e9saventure, et un acc\u00e8s de col\u00e8re p\u00e9tulante, fort extraordinaire de ma part, fit place \u00e0 tout autre sentiment. Je me mis \u00e0 rev\u00eatir pr\u00e9cipitamment les v\u00eatements que je ramassais \u00e7\u00e0 et l\u00e0 sur les meubles et le plancher, et c\u2019est seulement quand je fus habill\u00e9 que je me rendis compte que j\u2019avais endoss\u00e9 un frac. J\u2019ouvris la garde-robe, o\u00f9 je trouvai des effets plus ordinaires, un pantalon de molleton et une robe de chambre d\u00e9mod\u00e9e. Je posai sur ma t\u00eate une v\u00e9n\u00e9rable calotte, et, toussotant apr\u00e8s tous ces efforts, je m\u2019acheminai vers le palier.<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait alors environ six heures moins le quart&nbsp;; les stores \u00e9taient baiss\u00e9s partout et la maison absolument silencieuse. Sur le palier, des plus spacieux, aboutissait un large escalier, richement tapiss\u00e9, qui surgissait des t\u00e9n\u00e8bres du vestibule d\u2019en bas. Devant moi, une porte entrouverte me laissa voir un bureau, une biblioth\u00e8que tournante, le dossier d\u2019un fauteuil, et des rang\u00e9es de livres reli\u00e9s et bien en ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;Mon cabinet, \u2013 bredouillai-je, en traversant le palier. Alors, au son de ma voix, une pens\u00e9e m\u2019arr\u00eata et je rentrai dans la chambre pour chercher mon r\u00e2telier. Il se pla\u00e7a avec toute l\u2019aisance d\u2019une habitude ancienne.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013&nbsp;C\u2019est mieux comme cela. \u2013 me dis-je en faisant claquer et grincer l\u2019une contre l\u2019autre les fausses m\u00e2choires.<\/p>\n\n\n\n<p>Je revins dans le cabinet de travail. Les tiroirs du bureau \u00e9taient ferm\u00e9s&nbsp;: ferm\u00e9 aussi le couvercle articul\u00e9 du dessus. Nulle part, je n\u2019aper\u00e7us de clefs, et il n\u2019y en avait pas non plus dans la poche du pantalon. Je me tra\u00eenai jusqu\u2019\u00e0 la chambre encore une fois, explorai les poches de l\u2019habit, puis celles de tous les autres v\u00eatements que je pus d\u00e9couvrir. Je proc\u00e9dai \u00e0 ces recherches avec un acharnement tel qu\u2019on aurait pu s\u2019imaginer que des cambrioleurs avaient saccag\u00e9 la pi\u00e8ce. Non seulement je ne trouvai aucune clef, mais pas une pi\u00e8ce de monnaie non plus, ni le moindre bout de papier, \u00e0 l\u2019exception de la note acquitt\u00e9e du d\u00eener de la veille.<\/p>\n\n\n\n<p>Une singuli\u00e8re fatigue m\u2019envahit. Je m\u2019assis et contemplai ces nippes jet\u00e9es dans tous les coins, avec leurs poches retourn\u00e9es. La premi\u00e8re ardeur de ma fr\u00e9n\u00e9sie s\u2019\u00e9tait \u00e9puis\u00e9e. De minute en minute, je me rendais compte davantage de la prodigieuse perspicacit\u00e9 avec laquelle mon ennemi avait combin\u00e9 ses plans, et de la situation inextricable o\u00f9 il m\u2019avait accul\u00e9. Avec un nouvel effort, je me levai et, tra\u00eenant la jambe, j\u2019allai encore dans la biblioth\u00e8que. Sur le palier, une servante relevait les stores. Elle parut interdite par l\u2019expression de mon visage. Je fermai derri\u00e8re moi la porte, et, saisissant un tisonnier, j\u2019attaquai le bureau. C\u2019est au cours de cette op\u00e9ration que je fus surpris. Le couvercle du meuble \u00e9tait d\u00e9fonc\u00e9, la serrure forc\u00e9e, les lettres et les papiers des casiers \u00e9parpill\u00e9s par terre. Dans ma rage s\u00e9nile, j\u2019avais lanc\u00e9 au loin des plumes et les autres accessoires et renvers\u00e9 l\u2019encrier. En outre, sur la chemin\u00e9e, j\u2019avais cass\u00e9 un grand vase, sans m\u00eame m\u2019en apercevoir. Je ne trouvai ni carnet de ch\u00e8ques, ni argent, ni la moindre indication qui p\u00fbt me permettre de recouvrer mon corps v\u00e9ritable. Je fracassais les tiroirs \u00e0 grands coups de tisonnier, quand le valet de chambre, flanqu\u00e9 de deux servantes, p\u00e9n\u00e9tra dans la pi\u00e8ce\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Telle est l\u2019histoire de mon changement.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne ne veut croire \u00e0 mes fr\u00e9n\u00e9tiques affirmations. On me traite comme un d\u00e9ment et, en ce moment m\u00eame, on me tient emprisonn\u00e9. Mais je suis sain d\u2019esprit, absolument sain, et c\u2019est pour le prouver que je me suis mis \u00e0 relater par le menu comment tout cela m\u2019est arriv\u00e9. J\u2019en appelle au lecteur&nbsp;: y a-t-il dans le style et la disposition de l\u2019histoire qu\u2019il vient de lire la moindre trace de trouble c\u00e9r\u00e9bral&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Je suis un jeune homme s\u00e9questr\u00e9 dans le corps d\u2019un vieillard. Mais ce simple fait est incroyable pour ceux \u00e0 qui je l\u2019expose. Naturellement, je parais fou \u00e0 ceux qui ne veulent pas ajouter foi \u00e0 mon histoire. Naturellement, j\u2019ignore les noms de mes secr\u00e9taires, des docteurs qui viennent me voir, de mes serviteurs et de mes voisins, le nom m\u00eame de cette ville o\u00f9 je me trouve. Naturellement, je me perds dans ma propre maison et subis des avanies de toutes sortes. Naturellement, je pose les questions les plus saugrenues. Naturellement, je me lamente, je me d\u00e9sole et j\u2019arrive \u00e0 des paroxysmes de d\u00e9sespoir. Je n\u2019ai ni argent ni carnet de ch\u00e8ques. La banque refuse de reconna\u00eetre ma signature, car je suppose que mon \u00e9criture est encore celle d\u2019Eden, d\u00e9form\u00e9e sans doute par le tremblement de mes vieux doigts. Ces gens qui me gardent ne veulent pas me laisser aller \u00e0 la banque en personne. Il semble, d\u2019ailleurs, qu\u2019il n\u2019y ait pas de banque dans cette ville et que mon argent soit d\u00e9pos\u00e9 \u00e0 Londres. Il para\u00eet qu\u2019Elvesham avait laiss\u00e9 ignorer \u00e0 tout son personnel le nom de son solicitor. Je ne puis rien savoir de certain sur ces sujets-l\u00e0. Comme Elvesham s\u2019adonnait \u00e0 l\u2019\u00e9tude des sciences mentales, toutes mes d\u00e9clarations concernant les faits de la cause ont pour r\u00e9sultat de confirmer la th\u00e9orie que ma folie provient d\u2019un surmenage c\u00e9r\u00e9bral dans ces \u00e9tudes psychologiques&nbsp;: des chim\u00e8res \u00e0 propos d\u2019identit\u00e9 personnelle, voil\u00e0 tout.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y a deux jours j\u2019\u00e9tais un jeune homme plein de sant\u00e9, avec toute une vie devant moi. Maintenant je suis un vieillard exasp\u00e9r\u00e9, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9 et mis\u00e9rable, errant dans une vaste maison luxueuse qu\u2019il ne conna\u00eet pas, un \u00eatre qu\u2019on \u00e9pie, qu\u2019on craint et qu\u2019on \u00e9vite comme un dangereux maniaque. Et, \u00e0 Londres, Elvesham recommence une existence, dans un corps vigoureux, avec toute la sagesse et les connaissances accumul\u00e9es pendant soixante-dix ans. Il m\u2019a vol\u00e9 ma vie&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-il arriv\u00e9 au juste&nbsp;? Je n\u2019en sais rien. Dans le cabinet de travail, il y a des volumes de notes manuscrites ayant trait principalement \u00e0 la psychologie de la m\u00e9moire, et des fragments de calculs, des formules symboliques qui sont absolument ind\u00e9chiffrables pour moi. Certains passages indiquent qu\u2019il s\u2019occupa aussi de la philosophie des math\u00e9matiques. J\u2019en conclus que l\u2019ensemble de ses souvenirs, l\u2019accumulation de la science qui compose sa personnalit\u00e9, il a tout transf\u00e9r\u00e9 de son vieux cerveau fl\u00e9tri dans le mien, et pareillement qu\u2019il a transport\u00e9 ma personnalit\u00e9 dans l\u2019habitacle us\u00e9 dont il ne voulait plus&nbsp;; c\u2019est-\u00e0-dire qu\u2019en r\u00e9alit\u00e9 il nous a fait changer de corps. Mais par quel moyen un changement de ce genre est possible, c\u2019est l\u00e0 un point qui d\u00e9passe mon entendement. Depuis que je suis capable de penser, j\u2019ai accept\u00e9 des id\u00e9es mat\u00e9rialistes, mais, ici, je me trouve en pr\u00e9sence d\u2019un cas indiscutable qui prouve que l\u2019esprit peut se d\u00e9tacher de la mati\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vais tenter bient\u00f4t une exp\u00e9rience d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e. Quand j\u2019aurai fini d\u2019\u00e9crire, je t\u00e2cherai d\u2019amener le d\u00e9nouement de ce myst\u00e8re. Ce matin, avec l\u2019aide d\u2019un couteau de table que j\u2019avais subtilis\u00e9 pendant le petit d\u00e9jeuner, j\u2019ai r\u00e9ussi \u00e0 fracturer un tiroir secret, assez apparent d\u2019ailleurs, dans ce bureau d\u00e9fonc\u00e9. Je n\u2019ai d\u00e9couvert autre chose qu\u2019un petit flacon de cristal vert contenant une poudre blanche. Autour du col, une \u00e9tiquette porte ce seul mot&nbsp;: \u00ab&nbsp;D\u00e9livrance.&nbsp;\u00bb C\u2019est peut-\u00eatre, c\u2019est vraisemblablement du poison. Je ne serais pas \u00e9tonn\u00e9 qu\u2019Elvesham e\u00fbt plac\u00e9 du poison \u00e0 ma port\u00e9e, et je soup\u00e7onnerais m\u00eame qu\u2019il est entr\u00e9 dans ses intentions de se d\u00e9barrasser ainsi du seul t\u00e9moin vivant qui p\u00fbt le g\u00eaner\u2026 Mais alors, il n\u2019aurait pas dissimul\u00e9 le flacon dans cette cachette\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Cet homme a pratiquement r\u00e9solu le probl\u00e8me de l\u2019immortalit\u00e9. \u00c0 moins d\u2019accidents impr\u00e9vus, il vivra dans mon corps jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il l\u2019ait us\u00e9, et alors, rejetant cette carcasse, \u00e9puis\u00e9e \u00e0 son tour, il se rev\u00eatira de la force et de la jeunesse d\u2019une autre victime. Quand on pense \u00e0 l\u2019impitoyable cruaut\u00e9 avec laquelle il a agi, on s\u2019imagine avec terreur ce qu\u2019il acquerra d\u2019exp\u00e9rience toujours perfectionn\u00e9e\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis combien de si\u00e8cles m\u00eame bondit-il ainsi de corps nouveau en corps nouveau&nbsp;?\u2026 Mais je suis las d\u2019\u00e9crire\u2026 La poudre blanche para\u00eet soluble dans l\u2019eau. Le go\u00fbt n\u2019en est pas d\u00e9sagr\u00e9able\u2026<\/p>\n\n\n\n<p><br>Ici se termine le r\u00e9cit qu\u2019on trouva sur le sous-main de M.\u00a0Elvesham. Son cadavre gisait entre le bureau et le fauteuil que, dans ses derni\u00e8res convulsions, il avait repouss\u00e9 de c\u00f4t\u00e9. L\u2019histoire \u00e9tait relat\u00e9e au crayon, d\u2019une \u00e9criture incoh\u00e9rente, tout \u00e0 fait diff\u00e9rente de ses caract\u00e8res ordinairement menus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il ne reste que deux faits curieux \u00e0 enregistrer. Sans aucun doute, il existait entre Eden et Elvesham un rapport quelconque, puisque la totalit\u00e9 des biens du vieux savant \u00e9tait l\u00e9gu\u00e9e au jeune homme. Mais l\u2019\u00e9tudiant n\u2019en h\u00e9rita jamais. Quand Elvesham se suicida, Eden \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 mort. Vingt-quatre heures auparavant, il avait \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9 par un cab et tu\u00e9 sur le coup au carrefour de Gower Street et d\u2019Euston Road. De sorte que le seul individu capable de donner quelques \u00e9claircissements sur ce fantastique r\u00e9cit n\u2019\u00e9tait plus en \u00e9tat de r\u00e9pondre aux questions de l\u2019enqu\u00eate, et, sans autre commentaire, je laisse \u00e0 la sagacit\u00e9 du lecteur le soin de d\u00e9cider sur la v\u00e9racit\u00e9 de cette histoire.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019Histoire du d\u00e9funt Monsieur Elvesham (The Story of the Late Mr. Elvesham) est une nouvelle de H.\u202fG.\u202fWells, publi\u00e9e en mai 1896 dans la revue The Idler. Edward Eden, un jeune \u00e9tudiant en m\u00e9decine, est abord\u00e9 dans la rue par un vieil homme inconnu qui l\u2019invite \u00e0 d\u00e9jeuner et lui propose de faire de lui son h\u00e9ritier. Intrigu\u00e9 et s\u00e9duit par l\u2019offre, Eden accepte de se soumettre \u00e0 une s\u00e9rie d\u2019examens que le vieillard exige comme condition pour conclure le march\u00e9. Ce qui semble \u00eatre une chance providentielle devient bient\u00f4t le seuil d\u2019un destin troublant.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":24594,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[855,1451,865],"class_list":["post-24600","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-fantastique","tag-h-g-wells-fr","tag-royaume-uni","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":855,"label":"Fantastique"},{"value":1451,"label":"H. G. 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