{"id":24673,"date":"2025-10-21T20:51:51","date_gmt":"2025-10-22T00:51:51","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=24673"},"modified":"2025-10-21T20:51:58","modified_gmt":"2025-10-22T00:51:58","slug":"katherine-mansfield-felicite","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/katherine-mansfield-felicite\/24673\/","title":{"rendered":"Katherine Mansfield\u00a0: F\u00e9licit\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis<\/strong> : \u00ab F\u00e9licit\u00e9 \u00bb (<em>Bliss<\/em>) est une nouvelle de Katherine Mansfield publi\u00e9e en ao\u00fbt 1918 dans <em>English Review<\/em>. Elle raconte une journ\u00e9e de la vie de Bertha Young, une femme de trente ans qui \u00e9prouve un bonheur d\u00e9bordant et un profond sentiment d\u2019accomplissement. Alors qu\u2019elle organise un d\u00eener chez elle, sa joie se refl\u00e8te dans les moindres d\u00e9tails du quotidien : la tendresse envers sa fille, la satisfaction de son mariage et la beaut\u00e9 de son jardin, o\u00f9 un poirier en fleurs semble symboliser son \u00e9tat d\u2019\u00e2me. Cependant, \u00e0 travers les gestes et les regards de ses invit\u00e9s, un d\u00e9tail inattendu se d\u00e9voile, mena\u00e7ant de bouleverser son harmonie.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-811396a6\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Katherine-Mansfield-Extasis.webp\" alt=\"Katherine Mansfield\u00a0: F\u00e9licit\u00e9\" class=\"wp-image-20524\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Katherine-Mansfield-Extasis.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Katherine-Mansfield-Extasis-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Katherine-Mansfield-Extasis-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Katherine-Mansfield-Extasis-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">F\u00e9licit\u00e9<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Katherine Mansfield<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 ses trente ans, Bertha Young avait encore des moments comme celui-ci, o\u00f9 elle avait envie de courir au lieu de marcher, d&rsquo;esquisser des pas de danse du haut en bas du trottoir, de pousser un cerceau, de lancer quelque chose en l\u2019air et de le rattraper, ou de rester immobile et de rire&#8230; \u00e0 rien, tout simplement.<\/p>\n\n\n\n<p>Que pouvez-vous faire, si vous avez trente ans, et qu&rsquo;en tournant l\u2019angle de votre propre rue, vous vous sentez envahie, soudain, par une sensation de f\u00e9licit\u00e9, d\u2019absolue f\u00e9licit\u00e9 ? Comme si vous veniez tout \u00e0 coup d\u2019avaler un morceau brillant de ce tardif soleil d\u2019apr\u00e8s-midi, qui continuerait \u00e0 br\u00fbler dans votre poitrine, envoyant des petites fus\u00e9es d\u2019\u00e9tincelles dans chaque parcelle de votre \u00eatre, dans chaque doigt et chaque orteil ?&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Oh ! n\u2019y a-t-il pas moyen d\u2019exprimer cela autrement que par \u00ab ivresse et d\u00e9r\u00e8glement \u00bb ? Que la civilisation est donc idiote ! Pourquoi avoir re\u00e7u un corps, si c\u2019est pour le garder enferm\u00e9 dans son \u00e9tui, comme un violon tr\u00e8s rare ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Non, cette comparaison du violon n\u2019est pas tout \u00e0 fait cela&#8230; \u00bb songea-t-elle, tandis qu\u2019elle montait les marches en courant, t\u00e2tait son sac pour y chercher sa clef, oubli\u00e9e comme d\u2019habitude, et secouait la bo\u00eete aux lettres&#8230; \u00ab Ce n\u2019est pas ce que je veux dire, parce que&#8230; \u2013 Merci, Mary \u2013elle entra dans le hall \u2013 : Nurse est-elle revenue ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui, Madame.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 On a apport\u00e9 les fruits ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui, Madame, tout est l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Donnez-moi les fruits de la salle \u00e0 manger, je vous prie, je les arrangerai avant de monter. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il faisait sombre dans la salle \u00e0 manger, et tr\u00e8s frais.<\/p>\n\n\n\n<p>Malgr\u00e9 cela Bertha Young rejeta son manteau. Elle ne pouvait en supporter la pression un instant de plus, et l\u2019air froid tomba sur ses bras.<\/p>\n\n\n\n<p>Mcis c\u2019an? sa poitrine demeurait encore ce point brillant, br\u00fblant, d\u2019o\u00f9 partaient ces averses de petites \u00e9tincelles.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle osait \u00e0 peine respirer de peur de l\u2019attiser, et cependant elle respirait tr\u00e8s profond\u00e9ment. Elle osait \u00e0 peine regarder dans le miroir glac\u00e9, mais elle y regarda tout de m\u00eame, et il lui rendit l\u2019image d\u2019une femme radieuse, aux l\u00e8vres souriantes, tremblantes, aux grands yeux sombres, et qui semblait \u00e9couter, attendre que quelque chose de divin arriv\u00e2t, qu\u2019elle savait devoir arriver&#8230; infailliblement.<\/p>\n\n\n\n<p>Mary apporta les fruits sur un plateau avec une coupe de cristal et un plat bleu, tr\u00e8s joli, aux reflets bizarres, comme s\u2019il avait \u00e9t\u00e9 tremp\u00e9 dans du lait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Dois-je allumer, Madame ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non, merci, j\u2019y vois tr\u00e8s bien. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait des mandarines et des pommes teint\u00e9es d\u2019un rose de fraise, des poires jaunes aussi lisses que de la soie, des raisins blancs, velout\u00e9s d\u2019argent, et une grosse grappe de raisin pourpre. Elle avait achet\u00e9 cette derni\u00e8re pour l\u2019assortir au nouveau tapis de la salle \u00e0 manger. Oui ; cela vous avait un air recherch\u00e9 et absurde, niais c\u2019\u00e9tait bien l\u00e0 la raison qui la lui avait fait prendre. Elle avait song\u00e9 dans le magasin : \u00ab Il faut que j\u2019aie du raisin pourpre avant de mettre le tapis sur la table. \u00bb Et, sur le moment m\u00eame, cela lui avait paru plein de bon sens.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019elle eut termin\u00e9 les deux belles pyramides rondes et brillantes, elle se recula pour juger de l\u2019effet, et il \u00e9tait vraiment des plus curieux : car la table sombre semblait se fondre dans la p\u00e9nombre, la coupe de verre et le plat bleu flotter dans l\u2019air. Ceci, naturellement, dans son \u00e9tat d\u2019esprit actuel, lui sembla \u00eatre d\u2019une indicible beaut\u00e9&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Elle commen\u00e7a \u00e0 rire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Non, non, je deviens nerveuse \u00bb ; et s\u2019emparant de son sac, elle s\u2019\u00e9lan\u00e7a vers la nursery.<\/p>\n\n\n\n<p>Nurse, assise \u00e0 une table basse, faisait d\u00eener la petite B&#8230;, qui sortait de son bain.<\/p>\n\n\n\n<p>Le b\u00e9b\u00e9 avait une robe de flanelle et un casaquin de laine bleue ; ses cheveux fins et noirs \u00e9taient bross\u00e9s en l\u2019air, en une dr\u00f4le de petite touffe pointue. Elle leva la t\u00eate lorsqu\u2019elle vit sa m\u00e8re et se mit \u00e0 sauter.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Allons, ma jolie, mangeons tout, comme une bonne petite fille \u00bb, dit Nurse, comprimant les l\u00e8vres d\u2019une fa\u00e7on que Bertha connaissait bien et qui signifiait qu\u2019elle venait, une fois de plus, d\u2019entrer dans la nursery au mauvais moment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab A-t-elle \u00e9t\u00e9 sage, Nanny ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Un vrai petit amour toute l\u2019apr\u00e8s-midi, chuchota Nanny. Nous sommes all\u00e9es dans le parc, je me suis assise sur une chaise, je l\u2019ai sortie de sa voiture, et un grand chien est venu poser sa t\u00eate sur mon genou ; elle lui attrapait l\u2019oreille et la tirait ; j\u2019aurais voulu que vous la voyiez. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Bertha avait envie de lui demander si ce n\u2019\u00e9tait pas un peu dangereux de lui laisser ainsi tirer l\u2019oreille d\u2019un chien inconnu. Mais elle n\u2019osait pas. Elle restait l\u00e0 \u00e0 regarder, les mains pendantes \u00e0 son c\u00f4t\u00e9, comme la petite fille pauvre devant une petite fille riche avec la poup\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Le b\u00e9b\u00e9 leva de nouveau les yeux vers elle, le regard fixe, puis elle sourit si gentiment que Bertha ne put s\u2019emp\u00eacher de s\u2019\u00e9crier :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh ! Nanny, laissez-moi finir de lui donner son souper, pendant que vous mettrez les affaires du bain en ordre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tr\u00e8s bien, Madame, mais on ne devrait pas la changer de mains pendant qu\u2019elle mange, r\u00e9pondit Nurse toujours \u00e0 voix basse. \u00c7a la d\u00e9range, et il est tr\u00e8s probable que \u00e7a l\u2019indisposera. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Combien c\u2019\u00e9tait absurde ! Pourquoi avoir un b\u00e9b\u00e9 s\u2019il doit \u00eatre gard\u00e9 dans un \u00e9tui comme un violon tr\u00e8s rare, mais dans les bras d\u2019une autre femme ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh ! il le faut ! \u00bb dit Bertha.<\/p>\n\n\n\n<p>Tr\u00e8s offens\u00e9e, Nanny la lui tendit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab A pr\u00e9sent, ne l\u2019excitez pas apr\u00e8s son souper, vous savez que cela vous arrive, Madame, et j\u2019ai toutes les peines du monde avec elle ensuite ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Dieu merci ! Nanny sortait de la pi\u00e8ce avec les serviettes de bain.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab A pr\u00e9sent, je t\u2019ai toute \u00e0 moi, mon petit tr\u00e9sor \u00bb, dit Bertha, tandis que le b\u00e9b\u00e9 s\u2019appuyait contre elle.<\/p>\n\n\n\n<p>La petite mangeait d\u00e9licieusement, avan\u00e7ant les l\u00e8vres vers la cuill\u00e8re, et agitant les mains. Quelquefois, elle ne voulait pas l\u00e2cher la cuill\u00e8re, et d\u2019autres fois, elle la renvoyait aux quatre vents, comme Bertha venait juste de la remplir.<\/p>\n\n\n\n<p>La soupe finie, Bertha se retourna vers le feu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Tu es mignonne, tu es tr\u00e8s mignonne ! dit-elle en embrassant son b\u00e9b\u00e9 tout chaud. Je t\u2019aime ! Je t\u2019adore ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et vraiment, elle aimait tellement la petite B&#8230; et tellement son cou, lorsqu\u2019elle le penchait en avant, ses exquis doigts de pied luisant en transparence \u00e0 la lumi\u00e8re du feu, que toute sa sensation de f\u00e9licit\u00e9 lui revint ; et de nouveau elle ne savait, ni comment l\u2019exprimer, ni qu\u2019en faire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab On vous demande au t\u00e9l\u00e9phone ! \u00bb dit Nanny, triomphante, qui revenait s\u2019emparer de la petite B&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Bertha descendit en courant. C\u2019\u00e9tait Harry.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh ! c\u2019est toi, Ber ? dit-il. \u00c9coute, je serai en retard, je prendrai un taxi, et je viendrai aussi vite que je pourrai, mais fais repousser le d\u00eener de dix minutes&#8230; Veux-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>Tout va bien ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui, parfaitement. Oh !&#8230; Harry ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Quoi ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019avait-elle \u00e0 dire ? Rien. Elle voulait seulement se sentir pr\u00e8s de lui un instant. Elle ne pouvait pourtant pas s\u2019\u00e9crier de fa\u00e7on absurde : N\u2019est-ce pas que la journ\u00e9e a \u00e9t\u00e9 divine ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Qu\u2019est-ce qu\u2019il y a ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Rien&#8230; entendu \u00bb, dit Bertha, et elle raccrocha le r\u00e9cepteur, en songeant combien la civilisation \u00e9tait chose plus qu\u2019idiote !<\/p>\n\n\n\n<p>Ils avaient des invit\u00e9s \u00e0 d\u00eener : les Norman Knight,<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 un couple de tout repos : lui \u00e9tait sur le point de lancer un th\u00e9\u00e2tre, et elle s&rsquo;occupait avec beaucoup d\u2019ardeur de d\u00e9coration d\u2019int\u00e9rieurs ; \u2013 un jeune homme, Eddie Warren, qui venait tout juste de publier un premier volume de po\u00e9sies, et que tout le monde invitait \u00e0 d\u00eener, et une \u00ab trouvaille \u00bb de Bertha appel\u00e9e Pearl Fulton. Que faisait Miss Fulton ? Bertha l\u2019ignorait. Elles s&rsquo;\u00e9taient rencontr\u00e9es au club, et Bertha s&rsquo;\u00e9tait \u00e9prise d\u2019elle, comme elle le faisait de toutes les belles femmes qui avaient un air \u00e9trange.<\/p>\n\n\n\n<p>La chose aga\u00e7ante, c\u2019est qu\u2019elles avaient beau \u00eatre sorties ensemble bon nombre de fois, et avoir vraiment caus\u00e9, Bertha ne pouvait pas encore la comprendre. Jusqu\u2019\u00e0 un certain point, Miss Fulton \u00e9tait d\u2019une franchise rare, admirable, mais ce point demeurait, et ne pouvait \u00eatre franchi.<\/p>\n\n\n\n<p>Y avait-il quelque chose au-del\u00e0 ? Harry pr\u00e9tendait que non, la d\u00e9clarait un peu \u00ab terne \u00bb et \u00ab froide \u00bb comme toutes les blondes, avec une l\u00e9g\u00e8re atteinte, peut-\u00eatre, d\u2019an\u00e9mie au cerveau. Mais Bertha ne voulait pas lui donner raison, pas encore, du moins.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Non, cette mani\u00e8re qu\u2019elle a de s\u2019asseoir, la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement de c\u00f4t\u00e9, en souriant, cache quelque chose, Harry, et il faut que je d\u00e9couvre ce que c\u2019est.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Plus que probable, un bon estomac \u00bb, avait r\u00e9pondu Harry.<\/p>\n\n\n\n<p>Il avait l\u2019habitude d\u2019arr\u00eater les \u00e9lans de Bertha par des r\u00e9ponses de ce genre : \u00ab foie gel\u00e9, ma ch\u00e8re fille \u00bb, ou \u00ab simple flatulence \u00bb, ou \u00ab maladie des reins \u00bb&#8230; et ainsi de suite. Par quelque raison inexpliqu\u00e9e, ce trait plaisait \u00e0 Bertha ; pour un peu, elle l\u2019e\u00fbt m\u00eame beaucoup admir\u00e9 chez lui.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle entra dans le salon et alluma le feu ; puis ramassant un \u00e0 un les coussins si soigneusement dispos\u00e9s par Mary, elle les lan\u00e7a sur les fauteuils et les divans. Cela faisait toute la diff\u00e9rence, la pi\u00e8ce se mit \u00e0 vivre aussit\u00f4t.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur le point de jeter le dernier, elle se surprit \u00e0 le presser contre elle, passionn\u00e9ment, passionn\u00e9ment. Mais cela n\u2019\u00e9teignit pas le feu dans sa poitrine, au contraire&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les portes-fen\u00eatres du salon s\u2019ouvraient sur un balcon qui donnait dans le jardin. Au fond, contre le mur, s\u2019\u00e9levait un grand poirier \u00e9lanc\u00e9, en sa plus riche floraison. Il se tenait l\u00e0, dans sa perfection, comme abrit\u00e9 contre le ciel vert de jade. Bertha, malgr\u00e9 la distance, ne put s\u2019emp\u00eacher de sentir qu\u2019il n\u2019avait pas un seul bouton, ni un seul p\u00e9tale fan\u00e9. Plus bas, dans les massifs, les pieds de tulipes rouges et jaunes, lourds de fleurs, semblaient s\u2019appuyer sur la p\u00e9nombre. Une chatte grise, tra\u00eenant son ventre, rampa \u00e0 travers le gazon ; un chat noir, son ombre, se faufilait par derri\u00e8re. A les voir si tendus, si rapides, Bertha eut un \u00e9trange frisson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ces chats vous donnent la chair de poule ! \u00bb balbutiat-elle, et, se d\u00e9tournant de la fen\u00eatre, elle se mit \u00e0 marcher de long en large&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Les jonquilles avaient un parfum bien fort dans la pi\u00e8ce chaude. Trop fort ? Oh non ! Et cependant, comme ext\u00e9nu\u00e9e, elle se laissa tomber sur un divan, pressant ses mains sur ses yeux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je suis trop heureuse, trop heureuse ! \u00bb murmura-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle semblait voir le beau poirier, avec ses fleurs grandes ouvertes, imprim\u00e9 sur ses paupi\u00e8res, symbole de sa propre vie.<\/p>\n\n\n\n<p>Vraiment&#8230; vraiment&#8230; elle \u00e9tait combl\u00e9e. Elle \u00e9tait jeune. Harry et elle, aussi amoureux que jamais, s\u2019entendaient \u00e0 merveille, tout \u00e0 fait en bons camarades. Elle avait un b\u00e9b\u00e9 adorable ; ils ne se pr\u00e9occupaient pas de questions d\u2019argent ; ils poss\u00e9daient cette maison et ce jardin, si satisfaisants en tous points. Et leurs amis&#8230; modernes, palpitants, des \u00e9crivains, des peintres, des po\u00e8tes, ou des gens int\u00e9ress\u00e9s aux questions sociales ; juste le genre d\u2019amis qu\u2019ils d\u00e9siraient. Et puis il y avait les livres, la musique ; elle venait aussi de d\u00e9couvrir une merveilleuse petite couturi\u00e8re ; ils voyageaient \u00e0 l\u2019\u00e9tranger et leur cuisini\u00e8re faisait des omelettes superbes&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je suis absurde, absurde ! \u00bb Elle se leva, mais se sentit tout \u00e9tourdie, comme ivre. Ce devait \u00eatre le printemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Oui, c\u2019\u00e9tait le printemps. A pr\u00e9sent elle se trouvait si fatigu\u00e9e qu\u2019elle ne pouvait plus se tra\u00eener l\u00e0-haut pour s\u2019habiller.<\/p>\n\n\n\n<p>Une robe blanche, un collier de perles de jade, des souliers et des bas verts. Aucune intention l\u00e0-dessous. Elle a vait song\u00e9 \u00e0 cet assemblage, des heures avant de regarder par la fen\u00eatre du salon.<\/p>\n\n\n\n<p>Entrant dans le hall, avec un doux froufrou de ses p\u00e9tales, Bertha embrassa Mrs Norman Knight, qui retirait le plus amusant manteau orange, sur l\u2019ourlet et les devants duquel courait une procession de singes noirs.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab &#8230; Pourquoi, pourquoi, mais pourquoi donc la classe bourgeoise est-elle si encro\u00fbt\u00e9e, si d\u00e9pourvue d\u2019humour ?<\/p>\n\n\n\n<p>Ma ch\u00e8re, ce n\u2019est que par un coup de hasard que je suis ici, Norman \u00e9tant ce hasard protecteur. Car mes amours de singes ont tellement boulevers\u00e9 les gens du train qu\u2019ils se sont lev\u00e9s comme un seul homme, et m\u2019ont d\u00e9vor\u00e9e des yeux, tout simplement. Ils ne riaient pas&#8230; ne s\u2019amusaient pas&#8230; Non, des regards fixes&#8230; qui me per\u00e7aient de part en part.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Et le bouquet, dit Norman, pressant un monocle au large bord d\u2019\u00e9caille dans son \u0153il, cela t\u2019est \u00e9gal que je le raconte, n\u2019est-ce pas, Face ? \u2013 chez eux et chez leurs amis, ils s\u2019appelaient mutuellement Face et Mug \u2013 le&#8230; bouquet, c\u2019est que lorsqu\u2019elle en a eu par-dessus la t\u00eate, elle s\u2019est retourn\u00e9e vers sa voisine en disant : \u00ab N\u2019avez-vous jamais vu de singes ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oh ! oui ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mrs Norman Knight se joignit aux rires. N\u2019\u00e9tait-ce pas absolument d\u00e9licieux ?<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce qui \u00e9tait le plus dr\u00f4le encore, c\u2019est que, sans son manteau, Mrs Norman Knight ressemblait vraiment \u00e0 un singe tr\u00e8s intelligent, qui, m\u00eame, aurait fait cette robe de soie jaune avec des peaux de bananes racl\u00e9es. Et ses boucles d\u2019oreilles d\u2019ambre \u00e9taient comme de petites noisettes qui se balan\u00e7aient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Triste, triste d\u00e9gringolade \u00bb, d\u00e9clama Mug en face de la voiture d\u2019enfant de la petite B&#8230;, \u00ab quand la petite voiture vient dans le hall !&#8230; \u00bb et il fit envoler, de la main, le reste de la citation.<\/p>\n\n\n\n<p>La sonnette retentit. Le p\u00e2le et maigre Eddie Warren entrait, comme d\u2019habitude, dans un \u00e9tat de d\u00e9tresse aigu\u00eb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab C\u2019est bien ici la bonne maison, n\u2019est-ce pas ? implora-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oh ! je le crois, je l\u2019esp\u00e8re, fit Bertha joyeusement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je viens d\u2019avoir une affaire terrible avec un chauffeur de taxi. Il \u00e9tait sinistre. Je ne pouvais pas l&rsquo;arr\u00eater. Plus je frappais et appelais, plus il allait vite. Et dans le clair de lune, cette silhouette bizarre, avec la t\u00eate aplatie, pench\u00e9e sur la petite roue&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il frissonna, enlevant un immense cache-nez de soie blanche. Bertha remarqua que ses chaussettes aussi \u00e9taient blanches : effet charmant !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Mais comme c\u2019est terrible ! s\u2019\u00e9cria-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui, \u00e7a l\u2019\u00e9tait vraiment, dit Eddie. \u2013 Il la suivit dans le salon. \u2013 Je me voyais roulant \u00e0 travers l\u2019\u00c9ternit\u00e9 dans un taxi sans dur\u00e9e ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il connaissait Norman Knight et sa femme. En fait, il se pr\u00e9parait \u00e0 \u00e9crire une pi\u00e8ce pour lui lorsque son projet de th\u00e9\u00e2tre serait r\u00e9alis\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Eh bien, Warren, o\u00f9 en est la pi\u00e8ce ? \u00bb demanda Norman Knight, laissant tomber son monocle, pour permettre \u00e0 son \u0153il de remonter un peu \u00e0 la surface, avant d\u2019\u00eatre reviss\u00e9 de nouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>Et Mrs Norman Knight ajouta : \u00ab Oh ! Mr Warren, quelles amusantes chaussettes !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je suis si heureux que vous les aimiez, r\u00e9pondit-il, les yeux fix\u00e9s sur ses pieds. Elles semblent avoir beaucoup blanchi depuis que la lune s\u2019est lev\u00e9e. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il tourna sa triste jeune figure \u00e9maci\u00e9e vers Bertha :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il y a une lune, vous savez. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle eut envie de s\u2019\u00e9crier : \u00ab Oh ! j\u2019en suis s\u00fbre, souvent&#8230; souvent ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il \u00e9tait vraiment un personnage tr\u00e8s attirant, mais Face aussi, accroupie devant le feu dans ses peaux de banane, et Mug qui fumait une cigarette, et disait en faisant tomber la cendre : \u00ab Pourquoi l\u2019\u00e9poux tarde-t-il ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le voil\u00e0 ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Bing ! la porte d\u2019entr\u00e9e s\u2019ouvrait, et se refermait.<\/p>\n\n\n\n<p>Harry criait : \u00ab Bonsoir, vous autres ; je redescends dans cinq minutes ! \u00bb Et ils l\u2019entendirent monter quatre \u00e0 quatre.<\/p>\n\n\n\n<p>Bertha ne put s\u2019emp\u00eacher de sourire ; elle savait combien il aimait \u00e0 faire les choses \u00e0 haute pression. Que signifiaient, apr\u00e8s tout, cinq minutes de plus ? Mais il se persuadait \u00e0 lui-m\u00eame qu\u2019elles \u00e9taient de la plus haute importance. Puis il mettait son point d\u2019honneur \u00e0 entrer, excessivement calme et de sang-froid, dans le salon.<\/p>\n\n\n\n<p>Harry avait un tel go\u00fbt pour la vie ! Oh ! combien elle appr\u00e9ciait cela chez lui ! Et sa passion pour la lutte, pour chercher dans tout ce qui se dressait contre lui une pierre de touche de sa force, de son courage. Elle comprenait cela aussi, m\u00eame si, \u00e0 l\u2019occasion, aux yeux de ceux qui ne le connaissaient pas bien, il pouvait passer pour un peu ridicule&#8230; Car il y avait des moments o\u00f9 il partait en guerre l\u00e0 o\u00f9 il n\u2019y avait pas de guerre&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Occup\u00e9e \u00e0 parler et \u00e0 rire jusqu\u2019\u00e0 l\u2019entr\u00e9e de Harry (qui s\u2019\u00e9tait produite exactement comme elle se l\u2019\u00e9tait imagin\u00e9), Bertha n\u2019avait positivement pas remarqu\u00e9 l\u2019absence de Miss Fulton.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je me demande si Miss Fulton a oubli\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je le suppose, dit Harry. A-t-elle le t\u00e9l\u00e9phone ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ah ! voil\u00e0 ! J\u2019entends un taxi. \u00bb Et Bertha, souriant de ce petit air de propri\u00e9taire qu\u2019elle prenait chaque fois que ses trouvailles f\u00e9minines \u00e9taient encore nouvelles et myst\u00e9rieuses, ajouta : \u00ab Elle vit en taxi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Elle engraissera si elle continue, dit Harry froidement. \u2013 Il appuya sur la sonnette pour demander le d\u00eener.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Danger terrible pour les femmes blondes !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Harry, non ! \u00bb avertit Bertha en riant.<\/p>\n\n\n\n<p>Un autre petit instant d\u2019attente suivit, tandis qu\u2019ils causaient gaiement, un rien trop \u00e0 leur aise, sans appr\u00e9hension. Puis Miss Fulton, v\u00eatue d\u2019argent, les cheveux enserr\u00e9s d\u2019un filet d\u2019argent, fit son entr\u00e9e, souriante, la t\u00eate un peu pench\u00e9e de c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Suis-je en retard ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non, pas du tout, dit Bertha. Allons, venez ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle prit le bras de Miss Fulton, et ils se dirig\u00e8rent vers la salle \u00e0 manger.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019y avait-il dans l\u2019attouchement de ce bras frais pour aviver ainsi, faire flamber ce feu de f\u00e9licit\u00e9 dont Bertha \u00e9tait en peine ?<\/p>\n\n\n\n<p>Miss Fulton ne la regarda pas, mais elle regardait rarement les gens en face. Ses lourdes paupi\u00e8res reposaient sur ses yeux, un \u00e9trange demi-sourire allait et venait sur ses l\u00e8vres. Il semblait que, plus que la vue, les sons la faisaient vivre. Cependant Bertha comprit tout \u00e0 coup, aussi bien que si le long, le plus intime des regards e\u00fbt \u00e9t\u00e9 \u00e9chang\u00e9 entre elles, comme si elles s\u2019\u00e9taient dit : \u00ab Vous aussi ?\u00bb \u2013 que Pearl Fulton, en remuant la belle soupe rouge dans l\u2019assiette grise, \u00e9prouvait juste la m\u00eame sensation qu\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les autres ? Face et Mug, Eddie et Harry ? leurs cuill\u00e8res montent et redescendent, leurs serviettes touchent leurs bouches, ils \u00e9miettent du pain, jouent avec leurs fourchettes, leurs verres, et causent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je l\u2019ai rencontr\u00e9e \u00e0 l\u2019exposition d\u2019Alpha ; quelle fantastique petite personne ! Elle ne s\u2019\u00e9tait pas content\u00e9e de se couper les cheveux, mais elle semblait aussi avoir enlev\u00e9 un bon morceau de ses jambes, et de son pauvre petit nez, par la m\u00eame occasion.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 N\u2019est-elle pas tr\u00e8s li\u00e9e avec Michael Oat ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 L\u2019homme qui a \u00e9crit L&rsquo;Amour en fausses dents ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Il veut me faire une pi\u00e8ce. Un acte, un personnage. Veut se suicider. Donne toutes les raisons pour et contre. Au moment o\u00f9 il d\u00e9cide de le faire, ou de ne pas le faire : rideau. Pas si mauvaise id\u00e9e !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Comment va-t-il l\u2019intituler ? Troubles digestifs, ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je crois que j\u2019ai rencontr\u00e9 la m\u00eame id\u00e9e dans une petite revue fran\u00e7aise tout \u00e0 fait inconnue en Angleterre. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Non, eux ne partagent pas cette sensation. Ils sont des amours \u2013 des amours \u2013 et elle aime les recevoir l\u00e0, \u00e0 sa table, leur donner une nourriture et des vins d\u00e9licieux. En fait, elle voudrait tant leur dire combien ils sont exquis, quel groupe d\u00e9coratif ils forment, et comme ils se font mutuellement valoir, et lui rappellent une pi\u00e8ce de Tch\u00e9kov.<\/p>\n\n\n\n<p>Harry jouissait de son d\u00eener. C\u2019\u00e9tait, en quelque sorte, un trait chez lui, plut\u00f4t que sa nature ou l\u2019effet d\u2019une pose, que de parler ainsi de nourriture, de faire \u00e9talage de son \u00ab go\u00fbt \u00e9hont\u00e9 pour la chair blanche du homard, ou le ton vert des glaces \u00e0 la pistache, vertes et froides comme les paupi\u00e8res des danseuses \u00e9gyptiennes \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019il la regarda et dit : \u00ab Bertha, ce souffl\u00e9 est admirable ! \u00bb elle aurait presque pu pleurer de joie enfantine.<\/p>\n\n\n\n<p>Oh ! pourquoi se sentait-elle ce soir si tendre envers le monde entier ? Tout \u00e9tait bon, juste. Tout ce qui survenait semblait emplir \u00e0 nouveau sa coupe d\u00e9bordante de f\u00e9licit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Et toujours, au fond de sa pens\u00e9e, demeurait le poirier.<\/p>\n\n\n\n<p>Il devait \u00eatre en argent, \u00e0 cette heure-ci, \u00e9clair\u00e9 par la lune de ce pauvre Eddie, en argent comme Miss Fulton, qui, assise l\u00e0, retournait une mandarine entre ses doigts d\u00e9licats, si p\u00e2les qu&rsquo;une lueur semblait en \u00e9maner.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que Bertha n\u2019arrivait pas \u00e0 comprendre \u2013 ce qui lui semblait miraculeux \u2013 c\u2019\u00e9tait la mani\u00e8re dont elle avait devin\u00e9 si exactement, si rapidement, l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e2me de Miss Fulton. Car elle ne mit pas un instant en doute qu\u2019elle avait devin\u00e9 juste. Et cependant sur quoi se basait-elle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Sur moins que rien.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je pense que cela n\u2019arrive que tr\u00e8s, tr\u00e8s rarement entre femmes, et jamais entre hommes ! songeait Bertha.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais tandis que je ferai le caf\u00e9 dans le salon, peut-\u00eatre me donnera-t-elle un signe ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne savait pas au juste ce qu\u2019elle entendait par l\u00e0, ce qui arriverait apr\u00e8s.<\/p>\n\n\n\n<p>En r\u00e9fl\u00e9chissant ainsi, elle se voyait elle-m\u00eame rire et parler. Il lui fallait parler \u00e0 cause de son envie de rire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Il faut que je rie ou que je meure ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Mais lorsqu\u2019elle remarqua la dr\u00f4le de petite manie de Face, d\u2019enfouir quelque chose dans le devant de son corsage \u2013 comme si elle gardait, l\u00e0 aussi, une petite r\u00e9serve de noisettes \u2013 Bertha dut s\u2019enfoncer les ongles dans les mains \u2013 pour ne pas rire trop.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait fini enfin, et : \u00ab Venez voir ma nouvelle machine \u00e0 faire le caf\u00e9 ! dit Bertha.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Nous n\u2019avons qu\u2019une nouvelle machine \u00e0 caf\u00e9 par quinzaine \u00bb, dit Harry. Face prit le bras de Bertha, cette fois-ci ; Miss Fulton pencha la t\u00eate et la suivit.<\/p>\n\n\n\n<p>Le feu avait baiss\u00e9 dans le salon ; rouge avec des flammes vacillantes, il n\u2019\u00e9tait plus qu\u2019un nid de \u00ab b\u00e9b\u00e9s salamandres \u00bb, au dire de Face.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab N\u2019allumez pas encore, c\u2019est exquis ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>De nouveau Mrs Norman Knight s\u2019accroupit pr\u00e8s du foyer. Elle avait toujours froid&#8230; \u2013 sans sa petite veste de flanelle rouge, naturellement, songea Bertha.<\/p>\n\n\n\n<p>A ce moment Miss Fulton \u00ab donna le signe \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Avez-vous un jardin ? \u00bb demanda sa voix calme et endormie.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait si exquis de sa part que Bertha ne put qu\u2019ob\u00e9ir.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle traversa la pi\u00e8ce, s\u00e9para les rideaux, et ouvrit les portesfen\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L\u00e0 \u00bb, dit-elle, en un souffle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et les deux femmes c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te regardaient l\u2019arbre \u00e9lanc\u00e9, tout fleuri. Bien qu\u2019il f\u00fbt si immobile, il semblait, ainsi que l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 d\u2019une flamme de bougie, s\u2019\u00e9tirer, pointer, trembler dans l\u2019air pur, s\u2019\u00e9lever, grandir, tandis qu\u2019elles le contemplaient \u2013 jusqu\u2019\u00e0 presque toucher le bord de la lune d\u2019argent, toute ronde.<\/p>\n\n\n\n<p>Combien de temps demeur\u00e8rent-elles ainsi, toutes les deux comme prises dans ce cercle de lumi\u00e8re immat\u00e9rielle, se comprenant l\u2019une l\u2019autre parfaitement, cr\u00e9atures d\u2019un autre monde, qui se demandaient ce qu\u2019elles devaient faire dans celui-ci, avec tout ce tr\u00e9sor de f\u00e9licit\u00e9 qui br\u00fblait dans leur poitrine et retombait, en fleurs d\u2019argent, de leurs cheveux et de leurs mains ?<\/p>\n\n\n\n<p>Une \u00e9ternit\u00e9, un instant ? Et Miss Fulton murmura-t-elle vraiment : \u00ab Oui, c\u2019est cela \u00bb ? Ou Bertha le r\u00eava t-elle ?<\/p>\n\n\n\n<p>Puis brusquement on alluma, Face fit le caf\u00e9, et Harry dit : \u00ab Ma ch\u00e8re Mrs Knight, ne me demandez pas des nouvelles de ma petite fille. Je ne la vois jamais. Je ne sentirai le moindre int\u00e9r\u00eat pour sa personne que le jour o\u00f9 elle aura un amoureux. \u00bb Et Mug retira un instant son \u0153il de sa serre pour le remettre de nouveau sous verre.<\/p>\n\n\n\n<p>Eddie Warren but son caf\u00e9 et posa sa tasse, avec le visage angoiss\u00e9 de quelqu\u2019un qui aurait vu une araign\u00e9e au fond.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce \u00e0 quoi je veux arriver, c\u2019est \u00e0 donner aux jeunes une chance. Je crois que Londres regorge de pi\u00e8ces de premier ordre qui n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9crites. Ce que je veux leur dire, c\u2019est ceci : Voil\u00e0 le th\u00e9\u00e2tre., allez de l\u2019avant !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous savez, ma ch\u00e8re, que je vais d\u00e9corer une chambre pour les Jacob Nathans. Oh ! je suis terriblement tent\u00e9e de d\u00e9velopper le th\u00e8me \u00ab poisson frit \u00bb ; les dossiers des chaises en forme de po\u00eale \u00e0 frire, et de d\u00e9licieuses petites pommes de terre paille brod\u00e9es sur les rideaux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 La difficult\u00e9 avec vos jeunes, c\u2019est qu\u2019ils sont encore si romantiques&#8230; Vous ne pouvez pas aller en mer sans \u00eatre malade et avoir besoin d\u2019une cuvette. Eh bien, pourquoi n\u2019ont-ils pas le courage de ces cuvettes ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Un po\u00e8me terrible \u00e0 propos d\u2019une jeune fille viol\u00e9e dans un petit bois, par un mendiant sans nez&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Miss Fulton se laissa tomber dans le fauteuil le plus bas, le plus profond, et Harry fit passer les cigarettes.<\/p>\n\n\n\n<p>A la mani\u00e8re dont il se tint devant elle, secoua la bo\u00eete d\u2019argent, et dit d\u2019un ton bref : \u00ab \u00c9gyptiennes ? Turques ?<\/p>\n\n\n\n<p>Virginie ? Elles sont toutes m\u00eal\u00e9es \u00bb, Bertha comprit que non seulement Pearl l\u2019ennuyait, mais lui \u00e9tait nettement antipathique. Et d\u2019apr\u00e8s la fa\u00e7on dont Miss Fulton r\u00e9pondit : \u00ab Non, merci, je ne fumerai pas \u00bb, elle vit qu\u2019elle aussi se rendait compte, et s\u2019en sentait froiss\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh ! Harry, ne lui sois pas hostile. Tu te trompes \u00e0 son \u00e9gard. Elle est admirable, admirable. Et puis comment peux-tu sentir si diff\u00e9remment de moi, vis-\u00e0-vis de quelqu\u2019un qui me tient tant \u00e0 c\u0153ur ? Ce qui s\u2019est pass\u00e9 entre nous, ce qu\u2019elle et moi avons partag\u00e9, j\u2019essaierai de te le raconter ce soir, quand nous serons couch\u00e9s. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>En se disant ces derniers mots, une impression singuli\u00e8re frappa l\u2019esprit de Bertha, et l\u2019effraya presque.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelque chose d\u2019aveugle et de souriant lui murmurait tout bas : \u00ab Bient\u00f4t ces gens vont partir, la maison sera tranquille, tranquille. Les lumi\u00e8res seront \u00e9teintes. Et vous serez seuls, ensemble, dans la chambre obscure, le lit chaud&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se leva d\u2019un bond et courut au piano.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Quel dommage que personne ne joue ! s\u2019\u00e9cria-t-elle. Quel dommage ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour la premi\u00e8re fois de sa vie, Bertha Young d\u00e9sirait son mari.<\/p>\n\n\n\n<p>Oh ! elle l\u2019aimait. Elle l\u2019avait aim\u00e9, bien s\u00fbr, de toutes les autres mani\u00e8res, sauf de celle-ci. Et elle avait compris aussi qu\u2019il \u00e9tait diff\u00e9rent. Ils en avaient discut\u00e9 si souvent !<\/p>\n\n\n\n<p>Au d\u00e9but, elle s\u2019\u00e9tait terriblement tourment\u00e9e de se sentir si froide, puis, apr\u00e8s un temps, cela semblait ne plus avoir d\u2019importance. Ils \u00e9taient si francs l\u2019un vis-\u00e0-vis de l\u2019autre, si bons camarades. C\u2019\u00e9tait l\u00e0 leur meilleure mani\u00e8re d\u2019\u00eatre modernes.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 pr\u00e9sent, ardemment ! ardemment ! Le mot lui faisait mal dans son corps ardent. \u00c9tait-ce \u00e0 cela que conduisait cette sensation de f\u00e9licit\u00e9 ? Mais alors&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ma ch\u00e8re, dit Mrs Norman Knight, vous connaissez notre inf\u00e9riorit\u00e9 : nous sommes les victimes de l\u2019heure et du train. Nous habitons Hampstead. Cela a \u00e9t\u00e9 charmant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je vous accompagne dans le hall, dit Bertha, j\u2019\u00e9tais si contente de vous avoir ! Mais il ne faut pas que vous manquiez le dernier train, c\u2019est si d\u00e9sagr\u00e9able, n\u2019est-ce pas ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Prenez un whisky, Knight, avant de partir, cria Harry.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non, merci, mon vieux. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Pour cette parole, Bertha lui serra la main en la secouant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Bonsoir, adieu \u00bb, criait-elle du haut de l&rsquo;escalier, sentant que son \u00eatre actuel prenait cong\u00e9 d\u2019eux \u00e0 jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsqu\u2019elle revint au salon, les autres se levaient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&#8230; Alors vous pouvez faire une partie du chemin dans mon taxi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je serai si reconnaissant de ne pas avoir \u00e0 envisager une autre course seul, apr\u00e8s ma terrible exp\u00e9rience !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Vous pouvez trouver un taxi \u00e0 la station, juste au bout de la rue. Vous n\u2019aurez \u00e0 marcher que quelques m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bien agr\u00e9able. Je vais mettre mon manteau. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Miss Fuit on se dirigea vers le hall et Bertha se pr\u00e9parait \u00e0 la suivre lorsque Harry se pr\u00e9cipita, la bouscula presque.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Laissez-moi vous aider. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Bertha comprit qu\u2019il se repentait de son impolitesse ; die le laissa aller. Quel gamin il \u00e9tait pour certaines choses, si impulsif, si simple !<\/p>\n\n\n\n<p>Eddie et Bertha rest\u00e8rent seuls pr\u00e8s du feu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je me demande si vous avez lu le nouveau po\u00e8me de Dick intitul\u00e9 Table d&rsquo;h\u00f4te, dit doucement Eddie. Il est si merveilleux ! Il se trouve dans la derni\u00e8re anthologie.<\/p>\n\n\n\n<p>En avez-vous un exemplaire ? J\u2019aimerais vous le montrer.<\/p>\n\n\n\n<p>Il commence par un vers d\u2019une ind\u00e9niable beaut\u00e9 : Pourquoi toujours la soupe \u00e0 la tomate ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui \u00bb, dit Bertha. Elle se dirigea vers une table, en face de la porte du salon, et Eddie la suivit, glissant silencieusement. Elle prit le petit livre et le lui donna ; ni l\u2019un ni l\u2019autre n\u2019avaient fait le moindre bruit.<\/p>\n\n\n\n<p>Tandis qu\u2019il feuilletait le livre, elle leva la t\u00eate vers le hall. Elle vit&#8230; Harry qui tendait le manteau de Miss Fulton, et Miss Fulton, le dos tourn\u00e9, la t\u00eate pench\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Harry jeta le manteau, lui mit les mains sur les \u00e9paules, et la ramena avec violence face \u00e0 lui. Sa bouche forma les mots : \u00ab Je vous adore \u00bb, et Miss Fulton posa ses doigts de clair de lune sur les joues de Harry, et sourit de son sourire endormi. Les narines de Harry fr\u00e9mirent, ses l\u00e8vres se retrouss\u00e8rent en un rictus, tandis qu\u2019il murmurait : \u00ab Demain \u00bb, et, de ses paupi\u00e8res, Miss Fulton dit : \u00ab Oui. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le voil\u00e0, dit Eddie : Pourquoi toujours la soupe \u00e0 la tomate ? C\u2019est si profond\u00e9ment vrai, ne le sentez-vous pas, la soupe \u00e0 la tomate est si terriblement \u00e9ternelle !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Si vous pr\u00e9f\u00e9rez, disait la voix de Harry venant, tr\u00e8s forte, du hall, je peux t\u00e9l\u00e9phoner pour demander un taxi \u00e0 la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oh ! non, c\u2019est inutile, dit Miss Fulton. \u2013 Elle s\u2019avan\u00e7a vers Bertha et lui donna ses doigts d\u00e9licats.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Adieu, et merci beaucoup.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Adieu, \u00bb dit Bertha.<\/p>\n\n\n\n<p>Miss Fulton retint sa main un moment de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Votre merveilleux poirier&#8230; \u00bb murmura-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis elle \u00e9tait partie. Eddie la suivait, comme le chat noir suivait la chatte grise.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je vais fermer la boutique \u00bb, s\u2019\u00e9cria Harry avec un sang-froid exag\u00e9r\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>&#8230; Votre merveilleux poirier&#8230; poirier&#8230; poirier&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Bertha courut simplement vers les portes-fen\u00eatres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Oh ! que va-t-il se passer \u00e0 pr\u00e9sent ? \u00bb s\u2019\u00e9cria-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais le poirier \u00e9tait aussi merveilleux que jamais, aussi couvert de fleurs, et aussi calme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab F\u00e9licit\u00e9 \u00bb (Bliss) est une nouvelle de Katherine Mansfield publi\u00e9e en ao\u00fbt 1918 dans English Review. Elle raconte une journ\u00e9e de la vie de Bertha Young, une femme de trente ans qui \u00e9prouve un bonheur d\u00e9bordant et un profond sentiment d\u2019accomplissement. Alors qu\u2019elle organise un d\u00eener chez elle, sa joie se refl\u00e8te dans les moindres d\u00e9tails du quotidien : la tendresse envers sa fille, la satisfaction de son mariage et la beaut\u00e9 de son jardin, o\u00f9 un poirier en fleurs semble symboliser son \u00e9tat d\u2019\u00e2me. Cependant, \u00e0 travers les gestes et les regards de ses invit\u00e9s, un d\u00e9tail inattendu se d\u00e9voile, mena\u00e7ant de bouleverser son harmonie.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":20524,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[1454,1455,1456],"class_list":["post-24673","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-katherine-mansfield-fr","tag-nouvelle-zelande","tag-realiste","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":1454,"label":"Katherine Mansfield"},{"value":1455,"label":"Nouvelle-Z\u00e9lande"},{"value":1456,"label":"R\u00e9aliste"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2022\/03\/Katherine-Mansfield-Extasis.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":826,"name":"Nouvelles","slug":"nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":826,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":72,"filter":"raw","cat_ID":826,"category_count":72,"category_description":"","cat_name":"Nouvelles","category_nicename":"nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":1454,"name":"Katherine Mansfield","slug":"katherine-mansfield-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":1454,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":1,"filter":"raw"},{"term_id":1455,"name":"Nouvelle-Z\u00e9lande","slug":"nouvelle-zelande","term_group":0,"term_taxonomy_id":1455,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":1,"filter":"raw"},{"term_id":1456,"name":"R\u00e9aliste","slug":"realiste","term_group":0,"term_taxonomy_id":1456,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":17,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24673","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24673"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24673\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/20524"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24673"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24673"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24673"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}