{"id":24714,"date":"2025-10-23T09:31:04","date_gmt":"2025-10-23T13:31:04","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=24714"},"modified":"2025-10-23T11:51:20","modified_gmt":"2025-10-23T15:51:20","slug":"ray-bradbury-le-vent","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/ray-bradbury-le-vent\/24714\/","title":{"rendered":"Ray Bradbury\u00a0: Le vent"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis :<\/strong> \u00ab Le Vent \u00bb (<em>The Wind<\/em>) est une nouvelle de terreur psychologique de Ray Bradbury, publi\u00e9e dans <em>Weird Tales<\/em> en mars 1943. Elle raconte l\u2019histoire d\u2019Allin, un homme convaincu que les vents sont des entit\u00e9s vivantes et que l\u2019un d\u2019eux cherche \u00e0 le poss\u00e9der. En qu\u00eate de soutien, Allin fait appel \u00e0 son ami Herb Thompson, mais celui-ci ne peut se rendre chez lui, car il attend des invit\u00e9s et ne peut abandonner son \u00e9pouse, qui pense qu\u2019Allin a perdu la raison. Au fil de la nuit, Herb re\u00e7oit plusieurs appels d\u2019Allin, de plus en plus angoissants et inqui\u00e9tants.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-98da917b\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Ray-Bradbury-El-viento.jpg\" alt=\"Ray Bradbury\u00a0: Le vent\" class=\"wp-image-24379\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Ray-Bradbury-El-viento.jpg 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Ray-Bradbury-El-viento-300x300.jpg 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Ray-Bradbury-El-viento-150x150.jpg 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Ray-Bradbury-El-viento-768x768.jpg 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Le vent<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Ray Bradbury<br>(Nouvelle complete)<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonna vers cinq heures trente, ce soir-l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>On \u00e9tait en d\u00e9cembre et il faisait noir depuis longtemps quand Thompson d\u00e9crocha l\u2019\u00e9couteur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Hello.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Hello, Herb ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh ! c\u2019est toi, Allin !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ta femme est-elle \u00e0 la maison, Herb ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bien s\u00fbr. Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh ! diable !&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Herb Thompson tenait calmement l&rsquo;\u00e9couteur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019i\u2019 se passe ? Tu parais tout dr\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019aurais voulu que tu viennes ce soir. Quand est-ce que ta femme s\u2019en va ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est la semaine prochaine \u00bb, dit Thompson. \u00ab Elle passera environ neuf jours dans l\u2019Ohio. Sa m\u00e8re est malade. Je viendrai alors.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je voudrais que tu puisses venir ce soir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je voudrais pouvoir ! Nous avons du monde, ma femme me tuerait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je voudrais que tu puisses venir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019est-ce que c\u2019est ? De nouveau le vent ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh non ! non.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Est-ce le vent ? \u00bb insista Thompson.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix au bout du fil h\u00e9sita :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ben oui. Oui. C\u2019est le vent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La nuit est claire, il n\u2019y a pas beaucoup de vent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il y en a assez. Il se glisse par la fen\u00eatre et fait l\u00e9g\u00e8rement voler les rideaux. Juste assez pour me faire comprendre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ecoute, pourquoi ne viens-tu pas passer la nuit ici ? \u00bb dit Herb Thompson, tout en lan\u00e7ant un regard vers le hall \u00e9clair\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh ! non. Il est trop tard pour cela. Il pourrait me rattraper sur le parcours. C\u2019est une distance salement longue. Je n\u2019oserais pas, merci tout de m\u00eame. \u00c7a fait trente milles, mais encore merci.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Prends un comprim\u00e9 de somnif\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je suis debout \u00e0 la porte depuis une heure, Herb. Je le vois qui se rassemble \u00e0 l\u2019ouest. Il y a des nuages par-l\u00e0 et j&rsquo;en ai vu un qui se d\u00e9chirait en deux. Il y a un vent qui s\u2019am\u00e8ne, pas de doute.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ecoute-moi, prends un bon comprim\u00e9 de somnif\u00e8re. Et appelle-moi n\u2019importe quand tu en \u00e9prouveras le besoin ou l\u2019envie. Plus tard dans la soir\u00e9e, si tu veux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 N\u2019importe quand ? \u00bb dit la voix dans le t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bien s\u00fbr !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je le ferai, mais comme j&rsquo;aurais voulu que tu puisses venir ! Et pourtant je ne voudrais pas que tu sois bless\u00e9. Tu es mon meilleur ami et je ne voudrais pas \u00eatre cause de cela. Peut-\u00eatre est-il pr\u00e9f\u00e9rable que j\u2019affronte tout seul la chose&#8230; Je suis navr\u00e9 de te d\u00e9ranger.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Diantre ! \u00e0 quoi servirait un ami ? Je vais te dire quoi faire. Assieds-toi et \u00e9cris ce soir \u00bb, dit Herb Thompson, en se d\u00e9pla\u00e7ant d\u2019un pied sur l\u2019autre dans le hall. \u00ab Tu oublieras l\u2019Himalaya et la vall\u00e9e des Vents et ton souci \u00e0 propos des temp\u00eates et des ouragans. Ecris un autre chapitre de ton prochain livre de voyages.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je pourrais faire \u00e7a, oui. Peut-\u00eatre est-ce que je le ferai. Je ne sais pas. Peut-\u00eatre le ferai-je. Oui, je pourrais faire \u00e7a. Merci de te laisser ainsi ennuyer par moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Au diable les remerciements ! Coupe maintenant, ma femme m\u2019appelle pour d\u00eener. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Herb Thompson raccrocha.<\/p>\n\n\n\n<p>Il alla s&rsquo;asseoir \u00e0 la table du souper et sa femme s\u2019assit en face de lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019\u00e9tait Allin ? \u00bb questionna-t-elle. (Il acquies\u00e7a d\u2019un signe.) \u00ab Lui et ses vents qui se l\u00e8vent et ses vents qui s\u2019abattent, et des vents qui soufflent chaud et d&rsquo;autres qui soufflent froid ! \u00bb dit-elle en lui tendant son assiette pleine.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il en a vu de dures dans l\u2019Himalaya, pendant la guerre \u00bb, dit Herb Thompson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu ne crois pas ce qu\u2019il raconte \u00e0 propos de la vall\u00e9e, tout de m\u00eame ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a fait une bonne histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Grimper partout, grimper sur tout. Pourquoi les hommes escaladent-ils les montagnes et s\u2019\u00e9pouvantent-ils eux-m\u00eames ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il neigeait \u00bb, dit Herb Thompson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vraiment ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Et il pleuvait, il gr\u00ealait, il faisait un vent affreux, le tout \u00e0 la fois, dans cette vall\u00e9e. Allin me l\u2019a racont\u00e9 une douzaine de fois. Il le raconte bien. Il \u00e9tait \u00e0 une assez forte altitude. Les nuages et tout. La vall\u00e9e faisait un bruit !&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019ose dire qu\u2019elle en faisait !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comme s\u2019il y avait eu une foule de vents au lieu d\u2019un seul. Des vents de tous les c\u00f4t\u00e9s du monde. (Il mangea une bouch\u00e9e.) C\u2019est ce que dit Allin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pour commencer il n\u2019aurait pas d\u00fb aller l\u00e0 et y regarder de pr\u00e8s \u00bb, dit-elle. \u00ab On va, on va, on fourre son nez partout et tout aussit\u00f4t on se met \u00e0 se faire des id\u00e9es. Les vents vous deviennent hostiles, ils se f\u00e2chent contre vous \u00e0 cause de votre intrusion, et ils vous suivent.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ne plaisante pas, Allin est mon meilleur ami \u00bb, dit s\u00e8chement Herb Thompson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tout cela est tellement absurde !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a n\u2019emp\u00eache qu\u2019il en a vu de dures \u2014 et beaucoup. Cette temp\u00eate \u00e0 Bombay plus tard, et le typhon au large de la Nouvelle-Guin\u00e9e deux mois apr\u00e8s. Et cette autre fois dans les Cornouailles.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je n\u2019ai aucune sympathie pour un homme qui passe continuellement son temps \u00e0 courir de temp\u00eate en ouragan et \u00e0 qui \u00e7a finit par donner un complexe de pers\u00e9cution.<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonna juste \u00e0 ce moment.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ne r\u00e9ponds pas \u00bb, dit-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est peut-\u00eatre important.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce n\u2019est qu\u2019Allin, une fois de plus.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils rest\u00e8rent l\u00e0 et le t\u00e9l\u00e9phone sonna \u00e0 neuf reprises sans qu\u2019ils r\u00e9pondent. Finalement, il se tut. Ils termin\u00e8rent leur d\u00eener. Dans la cuisine, les rideaux voltigeaient doucement sous une petite brise qui entrait par une fen\u00eatre entrouverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone retentit encore.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne peux pas le laisser sonner \u00bb, dit Herb \u2014 qui r\u00e9pondit :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh ! hello, Allin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Herb ! Il est ici. Il est parvenu ici !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu es trop pr\u00e8s de l\u2019appareil. Recule un peu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019\u00e9tais \u00e0 la porte ouverte et je l\u2019attendais. Je l\u2019ai vu arriver par la grand-route, secouant tous les arbres, l\u2019un apr\u00e8s l\u2019autre, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il secou\u00e2t les arbres juste autour de la maison, et plonge\u00e2t d\u2019un \u00e9lan vers la porte, et moi je lui ai claqu\u00e9 la porte \u00e0 la figure.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson ne dit rien. Il ne parvenait pas \u00e0 trouver quelque chose \u00e0 dire, sa femme le regardait, debout dans la porte du hall.<\/p>\n\n\n\n<p>Il se d\u00e9cida finalement :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comme c\u2019est int\u00e9ressant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il est tout autour de la maison, Herb. Je ne puis pas sortir \u00e0 pr\u00e9sent. Je ne peux rien faire. Mais je l\u2019ai bern\u00e9, je lui ai laiss\u00e9 croire qu\u2019il m\u2019avait, et juste comme il s\u2019avan\u00e7ait pour me cueillir, j\u2019ai claqu\u00e9 la porte et je l\u2019ai verrouill\u00e9e. J\u2019\u00e9tais pr\u00eat, tu comprends ; il y a des semaines que je m\u2019y pr\u00e9pare.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Non, c\u2019est vrai ? Raconte-moi \u00e7a, Allin, mon vieux.<\/p>\n\n\n\n<p>Herb Thompson jouait jovialement sa petite sc\u00e8ne au t\u00e9l\u00e9phone, tandis que sa femme le regardait toujours et qu\u2019il sentait son cou qui commen\u00e7ait \u00e0 suer.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cela a commenc\u00e9 il y a six semaines.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est vrai ? Voyez-vous \u00e7a !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je croyais que je l&rsquo;avais battu. Je croyais qu\u2019il avait renonc\u00e9 \u00e0 me poursuivre et \u00e0 tenter de m\u2019avoir. Mais il attendait, tout simplement. Il y a six semaines, j\u2019ai entendu le vent rire et chuchoter aux quatre coins de ma maison, ici. Pendant une heure \u00e0 peu pr\u00e8s. Pas tr\u00e8s longtemps, pas tr\u00e8s fort. Et puis il est parti.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson hocha la t\u00eate vers l\u2019appareil :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ravi de l\u2019apprendre, ravi de l\u2019apprendre. (Sa femme l\u2019observait.)<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il est revenu la nuit suivante. Il a fait claquer les volets et fait voltiger des \u00e9tincelles hors de la chemin\u00e9e. Il est revenu cinq nuits de suite. Chaque fois un peu plus fort que la pr\u00e9c\u00e9dente. Quand j\u2019ouvrais la porte de la rue, il entrait, se jetait sur moi, essayait de me tirer au-dehors, mais il n\u2019\u00e9tait pas assez fort. Ce soir il l\u2019est.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Content de savoir que tu vas mieux \u00bb, dit Thompson.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne vais pas mieux \u00bb, dit Thompson. \u00ab Qu&rsquo;est-ce qui cloche de ton c\u00f4t\u00e9 ? Ta femme \u00e9coute-t-elle ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais oui !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh ! je vois ! Je sais que j\u2019ai l\u2019air d\u2019un idiot.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pas le moins du monde. Continue. \u00bb ,<\/p>\n\n\n\n<p>La femme de Thompson retourna dans la cuisine. Il se d\u00e9tendit. Il s\u2019assit sur une chaise basse pr\u00e8s de l\u2019appareil.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Continue, Allin. D\u00e9barrasse-toi en racontant, tu dormiras mieux.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il est tout autour de la maison \u00e0 pr\u00e9sent, comme une grande machine \u00e0 nettoyer par le vide, reniflant toutes les fa\u00e7ades. Il secoue tous les arbres aux alentours, les entrechoque.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C&rsquo;est curieux, \u00e7a. Il n\u2019y a pas de vent ici, Allin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Evidemment pas. Il ne s\u2019occupe pas de toi, seulement de moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Cela peut \u00eatre une fa\u00e7on d&rsquo;expliquer la chose.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est un tueur, Herb. Le plus grand, le plus damn\u00e9 tueur pr\u00e9historique qui ait jamais poursuivi une proie. Un \u00e9norme limier renifleur qui essaye de me flairer, de me trouver. Il pousse son grand nez froid tout le long de la maison, prend l\u2019air, et quand il me d\u00e9couvre au salon, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il appuie sa pression, et quand je suis dans la cuisine, il y va. Il essaye d\u2019entrer par les fen\u00eatres \u00e0 pr\u00e9sent, mais je les ai fait consolider et renforcer, j\u2019ai fait mettre \u00e0 la porte de nouveaux gonds et de nouveaux verrous. La maison est r\u00e9sistante. On b\u00e2tissait solide, aux jours d\u2019autrefois. Maintenant, j\u2019ai allum\u00e9 toutes les lampes de la maison. Elle est enti\u00e8rement \u00e9clair\u00e9e, brillante du haut en bas. Le vent m\u2019a suivi de chambre en chambre, regardant \u00e0 toutes les fen\u00eatres \u00e0 mesure que j\u2019allumais. Oh !&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019y a-t-il de cass\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il vient d\u2019arracher la contre-porte de devant !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je voudrais que tu viennes passer la nuit ici, Allin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne peux pas ! Grands dieux, je ne peux pas quitter la maison. Je ne peux rien faire. Je crains ce vent. Seigneur, il est grand, puissant et malin. J\u2019ai essay\u00e9 d\u2019allumer une cigar&rsquo;ette il y a quelques minutes \u2014 et un tout petit courant d&rsquo;air a aval\u00e9 la flamme. Le vent aime jouer des tours, il aime me harceler, il prend son temps avec moi, il a toute la nuit. Et maintenant, mon Dieu, en cet instant m\u00eame, un de mes vieux livres de voyages sur la table de la biblioth\u00e8que \u2014 je voudrais que tu puisses le voir. Une petite brise venant de Dieu sait quel minuscule trou dans la maison, une petite brise \u2014 fait voler les pages une \u00e0 une. Je voudrais que tu puisses voir \u00e7a. Voil\u00e0 mon introduction. Tu te rappelles l&rsquo;introduction de mon livre sur le Thibet, Herb ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce livre est d\u00e9di\u00e9 \u00e0 ceux qui ont perdu la partie contre les \u00e9l\u00e9ments, \u00e9crit par quelqu\u2019un qui a vu, mais qui a toujours pu s&rsquo;\u00e9chapper.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oui, je me souviens.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les lumi\u00e8res viennent de s\u2019\u00e9teindre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone craqua.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les lignes \u00e9lectriques viennent de tomber. Es-tu la, Herb ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je t\u2019entends toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Le vent n\u2019aime pas toutes ces lumi\u00e8res dans ma maison, il vient d\u2019arracher les lignes. Le t\u00e9l\u00e9phone suivra probablement apr\u00e8s. Oh ! c\u2019est une vraie partie de plaisir, moi et le t\u00e9l\u00e9phone, je te le dis ! Attends une seconde.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Allin ?<\/p>\n\n\n\n<p>Un silence. Herb appuya l\u2019oreille contre l\u2019\u00e9couteur&#8230;. Sa femme vint, de la cuisine, donner un coup d\u2019\u0153il. Herb Thompson attendait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Allin ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Me voil\u00e0 revenu \u00bb, dit la voix dans l\u2019appareil. \u00ab Il y avait un courant d&rsquo;air sous la porte et j&rsquo;y ai fourr\u00e9 du rembourrage pour emp\u00eacher que \u00e7a me souffle sur les pieds. Tout compte fait, je suis content que tu ne sois pas venu, Herb, je ne voudrais pas que tu sois dans ce g\u00e2chis. L\u00e0 !&#8230; Il vient de briser une des fen\u00eatres du living-room, c&rsquo;est une vraie temp\u00eate \u00e0 pr\u00e9sent qui se d\u00e9cha\u00eene dans la maison, elle fait d\u00e9gringoler les tableaux des murs ! L&rsquo;entends-tu ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Herb \u00e9couta. Il y avait au t\u00e9l\u00e9phone le mugissement d\u2019une sir\u00e8ne folle, et un sifflement et des chocs. Par-dessus le vacarme, Allin cria :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 L\u2019entends-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>Herb avala, mais sa salive \u00e9tait s\u00e8che.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je l\u2019entends.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il me veut vivant, Herb ! Il n\u2019ose pas faire descendre toute la maison d\u2019un seul coup : cela me tuerait. Et il me veut vivant. Il me veut vivant afin de pouvoir me d\u00e9chiqueter, un doigt apr\u00e8s l\u2019autre. Il veut ce qu\u2019il y a \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de moi. Mon esprit, mon cerveau. Il veut ma puissance vitale, ma force psychique, mon ego. Il veut de l\u2019intelligence.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ma femme m\u2019appelle, Allin. Faut que j\u2019aille essuyer la vaisselle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est un grand nuage de vapeurs, des vents venus du monde entier. Le m\u00eame vent qui a ras\u00e9 les C\u00e9l\u00e8bes voici un an, le m\u00eame pampero qui a tu\u00e9 en Argentine, le typhon qui s\u2019est nourri de la substance de Hawaii, l\u2019ouragan qui a boulevers\u00e9 la c\u00f4te d\u2019Afrique cette ann\u00e9e. C\u2019est une partie de chacune de ces tourmentes auxquelles j\u2019ai \u00e9chapp\u00e9. Il m\u2019a suivi depuis l\u2019Himalaya parce qu\u2019il ne voulait pas que je sache ce que je sais au sujet de la vall\u00e9e des Vents o\u00f9 il se rassemble et dresse ses plans de destruction. Quelque chose, il y a tr\u00e8s longtemps, lui a donn\u00e9 un d\u00e9part dans la direction de la vie. Je connais ses p\u00e2turages, je connais le lieu o\u00f9 il na\u00eet et celui o\u00f9 certaines de ses parties expirent. C\u2019est pourquoi il me hait, et pour mes livres qui disent comment le vaincre. Il ne veut pas que j\u2019en dise davantage, il ne veut plus que je pr\u00eache. Il veut m\u2019absorber dans son corps immense, lui faire absorber ma science. Il me veut de son c\u00f4t\u00e9 !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il&nbsp;<em>faut&nbsp;<\/em>que je raccroche, Allin. Ma femme&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Quoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>Une pause. Le souffle du vent dans le t\u00e9l\u00e9phone, au loin.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Que disais-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Rappelle-moi dans une heure \u00e0 peu pr\u00e8s, Allin.<\/p>\n\n\n\n<p>Il raccrocha.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019en fut essuyer la vaisselle. Sa femme le regardait et regardait les assiettes et les plats, les frottait avec un torchon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Quel est le temps dehors, ce soir ? \u00bb questionna-t-il.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Beau. Pas tr\u00e8s froid. Des \u00e9toiles. Pourquoi ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Pour rien.<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonna trois fois pendant l\u2019heure suivante. A huit heures, les invit\u00e9s arriv\u00e8rent, \u2014 Stoddard et sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils rest\u00e8rent \u00e0 bavarder jusqu\u2019\u00e0 huit heures et demie et puis s\u2019install\u00e8rent autour de la table de jeu, prirent les cartes, et commenc\u00e8rent \u00e0 jouer \u00e0 la canasta.<\/p>\n\n\n\n<p>Herb Thompson m\u00eala et battit les cartes \u00e0 plusieurs reprises, avec des effets de cr\u00e9pitement, puis les plaqua, une par une devant les trois autres joueurs. La conversation continuait \u00e0 b\u00e2tons rompus. Il alluma un cigare, lui fit une fine pointe de cendre grise, disposa ses cartes dans sa main et, de temps en temps leva la t\u00eate pour \u00e9couter. On n\u2019entendait aucun son au-dehors de la maison. Sa femme le vit faire, et aussit\u00f4t il cessa, \u2014 et se d\u00e9faussa d\u2019un valet de tr\u00e8fle.<\/p>\n\n\n\n<p>Il tira lentement sur son cigare et tous parl\u00e8rent tranquillement, avec parfois de petites explosions de rire, et la pendule du hall tinta doucement neuf heures.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Nous sommes tous ici \u00bb, dit Herb Thompson, retirant son cigare d\u2019entre ses dents et le regardant pensivement. \u00ab Et vraiment la vie est dr\u00f4le !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Hein ? \u00bb dit M. Stoddard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Rien. Except\u00e9 que nous sommes ici \u00e0 vivre nos vies, et ailleurs sur la terre un milliard d\u2019hommes vivent leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est l\u00e0 une affirmation on ne peut plus \u00e9vidente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La vie \u00bb, dit-il, en repla\u00e7ant son cigare entre ses l\u00e8vres, \u00ab la vie est une chose solitaire. M\u00eame pour les gens mari\u00e9s. Parfois, lorsque vous \u00eates dans les bras d\u2019une personne, vous vous sentez \u00e0 un million de milles de l\u00e0.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019aime \u00e7a ! \u00bb dit sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne l&rsquo;entends pas ainsi \u00bb, expliqua-t-il sans h\u00e2te ; ne se sentant en rien coupable, il prenait son temps. \u00ab Je veux dire que tous nous croyons ce que nous croyons et vivons nos petites vies personnelles tandis que d\u2019autres personnes en vivent d\u2019enti\u00e8rement diff\u00e9rentes. Je veux dire que nous sommes assis dans cette pi\u00e8ce avec nos cartes, alors qu\u2019un millier de gens se meurent. Les uns de cancer, les autres de pneumonie, d&rsquo;autres encore de tuberculose. J\u2019imagine qu\u2019en cet instant m\u00eame, aux Etats-Unis, quelqu\u2019un meurt dans une voiture d\u00e9molie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ce n\u2019est pas l\u00e0 une conversation extr\u00eamement stimulante \u00bb, dit sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 &#8230; Je veux dire que nous vivons tous sans penser \u00e0 ce que pensent les autres, \u00e0 la fa\u00e7on dont ils vivent leur vie ou dont ils meurent. Nous attendons jusqu\u2019\u00e0 ce que la mort&nbsp;<em>vienne \u00e0 nous<\/em>. Je veux dire que nous sommes l\u00e0, assis avec assurance et bien d\u2019aplomb sur les os de nos fesses, cependant qu\u2019\u00e0 trente milles d\u2019ici, dans une vieille maison solitaire, enti\u00e8rement entour\u00e9e de nuit et de Dieu-seul-sait-quoi, un des plus chics types qui ait jamais v\u00e9cu est&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Herb !<\/p>\n\n\n\n<p>Il souffla une bouff\u00e9e de fum\u00e9e, m\u00e2chouilla le bout de son cigare et regarda ses cartes sans les voir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est \u00e0 moi ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C\u2019est \u00e0 toi.<\/p>\n\n\n\n<p>La partie continua tout autour de la table, avec des cartes qui voltigeaient au bout des doigts, des murmures, une conversation. Herb Thompson s\u2019enfon\u00e7a davantage dans son fauteuil, s\u2019enfon\u00e7a, commen\u00e7a \u00e0 sembler malade.<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone sonna. Thompson bondit et courut vers l\u2019appareil, d\u00e9crocha d\u2019une vive secousse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Herb ! J\u2019ai appel\u00e9, et rappel\u00e9, et rappel\u00e9 encore. De quoi \u00e7a a-t-il l\u2019air chez toi, Herb ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Que veux-tu dire, de quoi \u00e7a a-t-il l\u2019air ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Est-ce que les gens sont venus ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Diable oui !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Etes-vous en train de parler et de rire et de jouer aux cartes ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Bon sang, oui mais&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Epatant \u00bb, dit la voix au t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab \u00c7a, c\u2019est \u00e9patant. Je voudrais pouvoir \u00eatre l\u00e0. Je voudrais ne pas conna\u00eetre les choses que je connais, ne pas savoir ce que je sais. Je voudrais des tas de choses.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Te sens-tu bien ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Jusqu\u2019ici \u00e7a va. Je suis \u00e0 pr\u00e9sent enferm\u00e9 dans la cuisine. Une partie du mur de fa\u00e7ade de la maison s\u2019est \u00e9croul\u00e9e. Mais je pr\u00e9pare ma retraite. Aussit\u00f4t que la porte de la cuisine c\u00e8de, je plonge dans la cave. Si j\u2019ai de la chance je puis tenir le coup jusqu\u2019au matin. Il faut qu\u2019il mette toute la foutue maison en morceaux pour arriver jusqu\u2019\u00e0 moi, et le sol de la cave est assez solide. J\u2019ai une pelle, et je pourrai creuser plus profond&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il sembla \u00e0 Thompson que quantit\u00e9 d\u2019autres voix s\u2019entendaient dans le t\u00e9l\u00e9phone.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu&rsquo;est-ce que c\u2019est que \u00e7a ? \u00bb questionna-t-il, glac\u00e9, frissonnant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 \u00c7a ? Ce sont les voix de douze mille tu\u00e9s dans un typhon, de sept mille tu\u00e9s par un ouragan, de trois mille ensevelis par un cyclone. Est-ce que je t\u2019ennuie ? C\u2019est l\u00e0 ce qu\u2019est le vent. C&rsquo;est une quantit\u00e9 d\u2019humains morts. Le vent les a tu\u00e9s, leur a pris leur esprit pour s\u2019en faire une intelligence. Il a pris toutes leurs voix, et en a fait une voix. Tous ces millions de gens tu\u00e9s au cours des dix mille derni\u00e8res ann\u00e9es, tortur\u00e9s et lanc\u00e9s de continent \u00e0 continent, sur le dos et dans le ventre des moussons et des tourbillons. Oh ! Seigneur ! quel po\u00e8me tu pourrais \u00e9crire l\u00e0-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>Le t\u00e9l\u00e9phone retentissait de voix, de cris, de g\u00e9missements, fr\u00e9missait d\u2019\u00e9chos innombrables.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Reviens, Herb \u00bb, cria sa femme, de la table de jeu.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 C&rsquo;est ainsi que le vent devient chaque ann\u00e9e plus intelligent. Il s\u2019ajoute corps apr\u00e8s corps, vie apr\u00e8s vie, mort apr\u00e8s mort.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Nous t\u2019attendons, Herb \u00bb, cria sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Zut ! \u00bb fit-il, se retournant, montrant presque les dents, grondant presque. \u00ab Vous pouvez bien attendre un moment, non ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Puis, revenu face au t\u00e9l\u00e9phone :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Allin, si tu veux que je vienne \u00e0 pr\u00e9sent, je viendrai. J&rsquo;aurais d\u00fb le faire plus t\u00f4t&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je ne voudrais m\u00eame pas y penser. C&rsquo;est une bagarre \u00e0 base de vieilles rancunes, je ne voudrais pas que tu sois pris l\u00e0-dedans. Il vaut mieux que je raccroche. La porte de la cuisine \u00e0 l\u2019air malade ! Je vais devoir descendre \u00e0 la cave.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Rappelle-moi plus tard.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Peut-\u00eatre, si j\u2019ai de la chance. Je ne crois pas que je m&rsquo;en tirerai. J\u2019ai fil\u00e9 bien des fois hors de sa prise, j\u2019en ai souvent r\u00e9chapp\u00e9, mais ce coup-ci, je crois qu&rsquo;il me tient. J\u2019esp\u00e8re ne pas t\u2019avoir trop d\u00e9rang\u00e9, Herb.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu n\u2019as d\u00e9rang\u00e9 personne, bon sang. Rappelle-moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 J\u2019essayerai&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Herb Thompson retourna vers le jeu de cartes. Sa femme lui lan\u00e7a un regard indign\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Comment va ton ami Allin ? Est-il sobre ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il n\u2019a jamais pris un verre de sa vie \u00bb, dit Thompson, morose, tout en se rasseyant. \u00ab J\u2019aurais d\u00fb aller l\u00e0-bas depuis des heures.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mais il t\u2019a appel\u00e9 chaque soir depuis six semaines et tu es all\u00e9 au moins dix fois passer la nuit avec lui, et rien ne clochait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il a besoin d\u2019aide. Il pourrait se blesser.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu y es all\u00e9 il y a deux nuits. Tu ne peux pas passer ta vie \u00e0 courir derri\u00e8re lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La premi\u00e8re chose que je ferai demain matin sera de l\u2019emmener dans une maison de repos. Je ne voulais pas. Il est si raisonnable en dehors de cela. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>A dix heures et demie le caf\u00e9 fut servi. Herb but le sien lentement, le regard fix\u00e9 sur le t\u00e9l\u00e9phone. \u00ab Je me demande s\u2019il est dans la cave \u00e0 pr\u00e9sent \u00bb, pensa-t-il. Il alla jusqu\u2019\u00e0 l\u2019appareil, demanda la longue distance, donna le num\u00e9ro :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je regrette \u00bb, dit l\u2019op\u00e9rateur. \u00ab Les lignes sont coup\u00e9es dans cette r\u00e9gion. D\u00e8s qu\u2019elles seront r\u00e9par\u00e9es, nous ferons passer votre appel.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Les lignes t\u00e9l\u00e9phoniques sont vraiment troubl\u00e9es \u00bb, cria Thompson, l\u00e2chant le r\u00e9cepteur. Se retournant, il ouvrit brutalement la porte du placard et en tira son manteau.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Oh ! Seigneur ! \u00bb g\u00e9missait-il. \u00ab Oh ! Seigneur ! \u00bb r\u00e9p\u00e9ta-t-il, tourn\u00e9 vers ses h\u00f4tes stup\u00e9faits et vers sa femme qui restait debout la tasse de caf\u00e9 \u00e0 la main.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Herb ! \u00bb cria-t-elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il faut que j\u2019y aille \u00bb, r\u00e9pondit-il, enfilant son par-dessus.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y eut un faible et doux mouvement \u00e0 la porte.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans la pi\u00e8ce, chacun se redressa, tendu, silencieux, attentif.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu\u2019est-ce que \u00e7a peut bien \u00eatre ? \u00bb demanda sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Le faible mouvement fut r\u00e9p\u00e9t\u00e9, avec beaucoup de calme douceur.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson se h\u00e2ta de d\u00e9valer le hall, s\u2019arr\u00eata, en alerte ; dehors, il entendit, tr\u00e8s faible, un rire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Ah ! \u00e7a, alors !&#8230; \u00bb dit Thompson, qui posa la main sur le bouton de la porte. Agr\u00e9ablement surpris. Soulag\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Je reconna\u00eetrais ce rire n\u2019importe o\u00f9. C\u2019est Allin. Il est tout de m\u00eame arriv\u00e9 en voiture. Pas pu attendre jusqu\u2019au matin pour me raconter ses sacr\u00e9es histoires. (Il eut un p\u00e2le sourire.) A probablement amen\u00e9 des amis avec lui. On dirait qu\u2019un tas d\u2019autres&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Il ouvrit la porte&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le perron \u00e9tait vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson ne manifesta aucune surprise. Son visage prit une expression d\u2019amusement et de malice. Il rit.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Allin ? Pas de blague maintenant. Am\u00e8ne-toi.<\/p>\n\n\n\n<p>Il alluma la lanterne du perron et regarda dehors et aux alentours.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 O\u00f9 es-tu, Allin ? Am\u00e8ne-toi, voyons.<\/p>\n\n\n\n<p>Une brise lui souffla au visage. Il attendit un moment, soudain gel\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la moelle. Il sortit sur le perron et, tr\u00e8s mal \u00e0 son aise mais tr\u00e8s attentif, regarda tout autour de lui. Rien. Personne. Un soudain coup de vent s\u2019engouffra dans son manteau, en fit voltiger les pans, \u00e9bouriffa ses cheveux. Il pensa entendre de nouveau le rire&#8230; Le vent fit le tour de la maison, en un cercle continu, appuyant sa pression partout \u00e0 la fois, ragea en temp\u00eate puis, apr\u00e8s une minute enti\u00e8re, s\u2019en alla&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>Le vent s\u2019\u00e9teignit tristement, g\u00e9missant dans les grands arbres, partant plus loin&#8230; retournant vers la mer, vers les C\u00e9l\u00e8bes, vers la C\u00f4te d\u2019Ivoire, vers Sumatra, vers le cap Horn, vers les Cornouailles, vers les Philippines&#8230; S\u2019\u00e9teignant progressivement, faiblissant.<\/p>\n\n\n\n<p>Thompson restait l\u00e0, glac\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Il rentra, ferma la porte, s\u2019y adossa, ne bougea plus, les yeux clos.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Qu&rsquo;est-ce qui ne va pas ?&#8230; \u00bb questionna sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n<style>.wp-block-kadence-column.kb-section-dir-horizontal > .kt-inside-inner-col > .kt-info-box19611_152926-bc 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class=\"kt-blocks-info-box-learnmore\">LIRE<\/span><\/div><\/div><\/a><\/div>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Le Vent \u00bb (The Wind) est une nouvelle de terreur psychologique de Ray Bradbury, publi\u00e9e dans Weird Tales en mars 1943. Elle raconte l\u2019histoire d\u2019Allin, un homme convaincu que les vents sont des entit\u00e9s vivantes et que l\u2019un d\u2019eux cherche \u00e0 le poss\u00e9der. En qu\u00eate de soutien, Allin fait appel \u00e0 son ami Herb Thompson, mais celui-ci ne peut se rendre chez lui, car il attend des invit\u00e9s et ne peut abandonner son \u00e9pouse, qui pense qu\u2019Allin a perdu la raison. 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