{"id":25229,"date":"2025-11-24T08:36:12","date_gmt":"2025-11-24T12:36:12","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=25229"},"modified":"2025-11-24T08:37:07","modified_gmt":"2025-11-24T12:37:07","slug":"bob-shaw-lumiere-des-jours-enfuis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/bob-shaw-lumiere-des-jours-enfuis\/25229\/","title":{"rendered":"Bob Shaw : Lumi\u00e8re des jours enfuis"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis : <\/strong>\u00ab Lumi\u00e8re des jours enfuis \u00bb (Light of Other Days) est une nouvelle de Bob Shaw, publi\u00e9e en ao\u00fbt 1966 dans le magazine Analog Science Fiction\/Science Fact. Un couple en crise se rend dans une r\u00e9gion rurale d&rsquo;\u00c9cosse, o\u00f9 sont fabriqu\u00e9s des panneaux de verre lent, un mat\u00e9riau particulier qui ralentit le passage de la lumi\u00e8re et permet de capturer des sc\u00e8nes avec une nettet\u00e9 \u00e9tonnante. Au milieu d&rsquo;un paysage saisissant et silencieux, ils visitent une ferme isol\u00e9e et rencontrent l&rsquo;excentrique fabricant, qui leur propose un verre de grande qualit\u00e9 qui stocke la lumi\u00e8re depuis dix ans. Cependant, ce qui semble au premier abord \u00eatre une simple transaction commerciale r\u00e9v\u00e8le une histoire plus profonde et inqui\u00e9tante.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-b23b103b\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bob-Shaw-Luz-de-otros-dias.webp\" alt=\"Bob Shaw : Lumi\u00e8re des jours enfuis\" class=\"wp-image-25228\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bob-Shaw-Luz-de-otros-dias.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bob-Shaw-Luz-de-otros-dias-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bob-Shaw-Luz-de-otros-dias-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bob-Shaw-Luz-de-otros-dias-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Lumi\u00e8re des jours enfuis<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Bob Shaw<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 le village, nous suivions les pentes raides de la route qui nous \u00e9levaient vers le pays du verre lent.<\/p>\n\n\n\n<p>Je n\u2019avais jamais encore vu de ces fermes et, tout d\u2019abord, je les trouvai un peu insolites\u2026 effet qu\u2019accentuaient encore mon imagination et les circonstances. La turbine de la voiture tirait en souplesse et en silence dans l\u2019air humide, si bien qu\u2019il nous semblait suivre les contours de la route sur les ailes d\u2019une paix surnaturelle. \u00c0 notre droite, la montagne s\u2019\u00e9coulait en une vall\u00e9e de pins sans \u00e2ge, d\u2019une incroyable perfection&nbsp;; et partout se dressaient les grands cadres de verre lent, qui buvaient la lumi\u00e8re. De temps \u00e0 autre, un \u00e9clat de soleil sur leurs tendeurs donnait l\u2019illusion du mouvement, mais en r\u00e9alit\u00e9 les lieux \u00e9taient d\u00e9serts. Les rang\u00e9es de fen\u00eatres align\u00e9es au flanc de la hauteur contemplaient la vall\u00e9e, depuis des ann\u00e9es, et les hommes ne les nettoyaient qu\u2019au milieu de la nuit, lorsque la pr\u00e9sence humaine ne pouvait nuire en rien au verre assoiff\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait fascinant, mais ni S\u00e9lina ni moi ne parlions des fen\u00eatres. Je pense que nous nous d\u00e9testions au point de nous refuser \u00e0 salir quoi que ce soit de nouveau en le m\u00ealant \u00e0 nos conflits \u00e9motionnels. Je commen\u00e7ais \u00e0 comprendre que cette id\u00e9e de vacances avait \u00e9t\u00e9 une stupidit\u00e9. Je m\u2019\u00e9tais dit que cela remettrait tout en place, mais naturellement cela n\u2019emp\u00eachait pas S\u00e9lina d\u2019\u00eatre enceinte et, pire encore, cela ne l\u2019emp\u00eachait pas d\u2019\u00eatre furieuse parce qu\u2019elle \u00e9tait enceinte.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour donner de mauvaises raisons \u00e0 notre vive contrari\u00e9t\u00e9 de la voir dans cet \u00e9tat, nous avions fait courir les bruits habituels, \u00e0 savoir que nous aurions bien aim\u00e9 avoir des enfants\u2026 mais plus tard, au bon moment. La grossesse de S\u00e9lina nous avait co\u00fbt\u00e9 son emploi bien pay\u00e9, en m\u00eame temps que la nouvelle maison pour laquelle nous \u00e9tions en pourparlers et dont le prix d\u00e9passait largement les possibilit\u00e9s des revenus que me rapportait ma po\u00e9sie. Mais la v\u00e9ritable origine de nos difficult\u00e9s, c\u2019\u00e9tait que nous nous trouvions confront\u00e9s avec le fait que les gens qui pr\u00e9tendent vouloir des enfants plus tard n\u2019en veulent en r\u00e9alit\u00e9 pas du tout. Nos nerfs vibraient de la certitude que nous aussi, qui nous croyions si diff\u00e9rents, nous \u00e9tions tomb\u00e9s dans le m\u00eame pi\u00e8ge biologique que n\u2019importe quelle cr\u00e9ature ab\u00eatie et fornicatrice qui e\u00fbt jamais exist\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>La route nous conduisit au long des pentes m\u00e9ridionales du Ben Cruachan, et nous fin\u00eemes par apercevoir de temps \u00e0 autre l\u2019Atlantique gris et lointain. J\u2019avais r\u00e9duit la vitesse pour mieux jouir du paysage quand je remarquai l\u2019\u00e9criteau clou\u00e9 \u00e0 un pilier de barri\u00e8re. Il annon\u00e7ait&nbsp;: \u00ab&nbsp;verre lent&nbsp;\u2013 haute qualit\u00e9, bas prix&nbsp;\u2013 J. R. Hagan.&nbsp;\u00bb Sous l\u2019impulsion du moment, je stoppai la voiture sur la berge, en faisant la grimace, car l\u2019herbe dure fouettait effront\u00e9ment la carrosserie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Pourquoi nous arr\u00eatons-nous&nbsp;? fit S\u00e9lina, surprise, en tournant sa t\u00eate fine dont la chevelure \u00e9tait comme une fum\u00e9e argent\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Regarde cette enseigne. Allons voir ce qu\u2019ils ont. Peut-\u00eatre que les prix sont raisonnables, par ici.<\/p>\n\n\n\n<p>La voix de S\u00e9lina me signifia un refus m\u00e9prisant par son ton aigu, mais mon id\u00e9e me s\u00e9duisait trop pour que je lui pr\u00eate attention. J\u2019avais la conviction sans fondement que de faire quelque chose d\u2019extravagant, d\u2019un peu fou, nous remettrait d\u2019accord.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Viens, lui dis-je. L\u2019exercice nous fera peut-\u00eatre du bien. Il y a de toute fa\u00e7on trop longtemps que nous roulons.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle haussa les \u00e9paules d\u2019une mani\u00e8re qui me fit mal et elle descendit de la voiture. On s\u2019engagea dans un sentier fait de degr\u00e9s irr\u00e9guliers en glaise tass\u00e9e, maintenue par des tron\u00e7ons de bois rond. Il serpentait entre les arbres qui tapissaient le bord de la colline. \u00c0 son extr\u00e9mit\u00e9, il y avait une ferme basse. Derri\u00e8re le petit b\u00e2timent de pierre, de hauts ch\u00e2ssis de verre lent contemplaient la vue \u00e9crasante du Cruachan qui d\u00e9valait lourdement jusqu\u2019aux eaux du loch Linnhe. La plupart des vitres \u00e9taient parfaitement transparentes, mais quelques-unes \u00e9taient sombres, comme des panneaux d\u2019\u00e9b\u00e8ne poli.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que nous approchions de la maison par une cour pav\u00e9e bien propre, un homme d\u2019\u00e2ge moyen, de haute taille, v\u00eatu de tweed couleur cendre, se leva pour nous faire signe d\u2019avancer. Il \u00e9tait auparavant assis sur la murette de torchis qui fermait la cour, \u00e0 fumer sa pipe en contemplant la maison. \u00c0 la fen\u00eatre du cottage, une jeune femme en robe mandarine se tenait debout, un petit gar\u00e7on dans les bras, mais elle se d\u00e9tourna sans s\u2019int\u00e9resser \u00e0 nous et disparut \u00e0 notre arriv\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;M<sup>r<\/sup>&nbsp;Hagan&nbsp;? fis-je.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Exact. Vous venez voir du verre, pas vrai&nbsp;? Eh bien, vous avez choisi le bon endroit.<\/p>\n\n\n\n<p>Hagan s\u2019exprimait d\u2019un ton net o\u00f9 transparaissait l\u2019accent des Highlands que l\u2019oreille non exerc\u00e9e prend souvent pour de l\u2019irlandais. Il avait un de ces visages calmes et ahuris qu\u2019on trouve chez les cantonniers et chez les philosophes \u00e2g\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Oui, dis-je, nous avons lu votre pancarte. Nous sommes en vacances.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9lina qui d\u2019ordinaire est naturellement prolixe avec les inconnus, ne disait mot. Elle regardait vers la fen\u00eatre maintenant d\u00e9serte avec une expression que j\u2019estimai un rien intrigu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Vous venez de Londres, n\u2019est-ce pas&nbsp;? Eh bien, je le r\u00e9p\u00e8te, vous avez choisi le bon coin\u2026 et la bonne heure. Ma femme et moi ne voyons gu\u00e8re de monde \u00e0 cette \u00e9poque de la saison.<\/p>\n\n\n\n<p>Je l\u00e2chai un rire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Cela signifie-t-il que nous pourrions acheter un peu de verre sans hypoth\u00e9quer notre foyer&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Regardez-moi \u00e7a&nbsp;! fit Hagan, avec un sourire d\u00e9sarm\u00e9. Voil\u00e0 que j\u2019ai perdu tout le b\u00e9n\u00e9fice que je pouvais esp\u00e9rer de la transaction&nbsp;! Rose&nbsp;\u2013 c\u2019est ma femme&nbsp;\u2013 pr\u00e9tend que je ne saurai jamais. N\u00e9anmoins, asseyez-vous, qu\u2019on en parle. (Il d\u00e9signait la murette de torchis, puis il lan\u00e7a un coup d\u2019\u0153il dubitatif \u00e0 la jupe d\u2019un bleu immacul\u00e9 de S\u00e9lina.) Attendez que j\u2019aille prendre une couverture dans la baraque.<\/p>\n\n\n\n<p>Hagan partit vivement en boitillant et entra dans le cottage dont il referma la porte sur lui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Peut-\u00eatre n\u2019\u00e9tait-ce pas une id\u00e9e tellement formidable de venir ici, murmurai-je \u00e0 S\u00e9lina, mais tu pourrais au moins te montrer aimable envers lui. Je crois que je flaire une affaire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bel espoir&nbsp;! fit-elle avec une brutalit\u00e9 calcul\u00e9e. S\u00fbrement que, m\u00eame toi, tu as remarqu\u00e9 la vieille robe que porte sa femme&nbsp;? Il ne fera pas grands cadeaux \u00e0 des \u00e9trangers.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;C\u2019\u00e9tait sa femme&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Bien s\u00fbr que c\u2019\u00e9tait sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tiens, tiens, fis-je, surpris. De toute fa\u00e7on, t\u00e2che d\u2019\u00eatre polie avec lui. Je ne tiens pas \u00e0 l\u2019embarrasser.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9lina renifla, mais elle \u00e9baucha un p\u00e2le sourire quand Hagan revint et je me d\u00e9contractai un peu. Bizarre comme on peut aimer une femme et pourtant prier en m\u00eame temps le Ciel qu\u2019il la fasse tomber sous un train&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Hagan disposa une couverture \u00e0 carreaux sur la murette et on s\u2019assit, un peu intimid\u00e9s de nous trouver transf\u00e9r\u00e9s de notre vie de citadins en plein dans un tableau campagnard. Sur l\u2019ardoise lointaine du loch, par-del\u00e0 les cadres vigilants de verre lent, un vapeur voguait dans le calme, laissant un sillage blanc, en direction du sud. L\u2019air ent\u00eatant de la montagne semblait envahir nos poumons et nous apporter plus d\u2019oxyg\u00e8ne qu\u2019il ne nous en fallait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il y a des fermiers de verre par ici, commen\u00e7a Hagan, qui d\u00e9bitent aux \u00e9trangers comme vous autres des boniments sur la beaut\u00e9 de l\u2019automne dans cette partie d\u2019Argyll. Ou aussi bien du printemps, ou de l\u2019hiver. Moi pas\u2026 n\u2019importe quel cr\u00e9tin sait qu\u2019un endroit qui ne para\u00eet pas beau en \u00e9t\u00e9 ne l\u2019est jamais. Qu\u2019en pensez-vous&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019acquies\u00e7ai aimablement de la t\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous prie seulement de bien regarder dans la direction de Mull, monsieur\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Garland.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;\u2026&nbsp;Garland. C\u2019est cela que vous achetez, en achetant mon verre, et ce n\u2019est jamais plus ravissant qu\u2019en cet instant m\u00eame. Le verre est parfaitement en phase, pas une vitre qui ait moins de dix ans d\u2019\u00e9paisseur\u2026 et une fen\u00eatre d\u2019un m\u00e8tre vingt vous co\u00fbtera deux cents livres.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Deux cents&nbsp;! (S\u00e9lina \u00e9tait scandalis\u00e9e.) Mais c\u2019est le prix qu\u2019ils demandent dans la boutique de&nbsp;<em>Scenedows<\/em>&nbsp;en plein Bond Street&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Hagan sourit patiemment, puis m\u2019examina pour voir si j\u2019en savais assez sur le verre lent pour appr\u00e9cier ce qu\u2019il avait dit. Son prix \u00e9tait beaucoup plus \u00e9lev\u00e9 que je n\u2019avais compt\u00e9\u2026 mais dix ans d\u2019\u00e9paisseur&nbsp;! Le verre bon march\u00e9 qu\u2019on trouve dans des magasins comme Vistaplex et Pane-o-rama n\u2019\u00e9tait gu\u00e8re qu\u2019un demi-centim\u00e8tre de vitre ordinaire recouverte d\u2019un vernis de verre lent, peut-\u00eatre \u00e9pais de dix \u00e0 douze mois tout au plus.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu ne comprends pas, ch\u00e9rie, dis-je, d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 faire emplette. Ce verre durera dix ans et il est en phase.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Est-ce que cela ne signifie pas seulement qu\u2019il suit le cours des heures&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>Hagan lui sourit de nouveau, se rendant compte que pour moi le proc\u00e8s \u00e9tait fait.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Seulement, dites-vous&nbsp;! Je vous demande pardon, Mrs&nbsp;Garland, mais vous ne paraissez pas saisir le miracle, le v\u00e9ritable et authentique miracle de pr\u00e9cision m\u00e9canique qu\u2019il faut pour fabriquer un morceau de verre en phase. Quand je dis que le verre a dix ans d\u2019\u00e9paisseur, cela signifie qu\u2019il faut \u00e0 la lumi\u00e8re dix ans pour le traverser. En fait, chacune de ces vitres a dix ann\u00e9es-lumi\u00e8re d\u2019\u00e9paisseur&nbsp;\u2013 plus de deux fois la distance d\u2019ici \u00e0 l\u2019\u00e9toile la plus proche&nbsp;\u2013, si bien qu\u2019une diff\u00e9rence en \u00e9paisseur r\u00e9elle d\u2019un millioni\u00e8me de centim\u00e8tre seulement \u00e9quivaudrait\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Il se tut un moment pour contempler paisiblement la maison. Je me d\u00e9tournai de la vue du loch et vis la jeune femme de nouveau debout derri\u00e8re la crois\u00e9e. Les yeux de Hagan \u00e9taient charg\u00e9s d\u2019une sorte d\u2019adoration avide qui me mit mal \u00e0 l\u2019aise en m\u00eame temps qu\u2019elle me persuadait que S\u00e9lina s\u2019\u00e9tait tromp\u00e9e. \u00c0 ma connaissance, jamais les maris ne regardaient ainsi les \u00e9pouses\u2026 du moins pas les leurs.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme resta en vue quelques secondes, sa robe rayonnant d\u2019une teinte chaude, puis elle recula dans la pi\u00e8ce. J\u2019eus soudain l\u2019impression nette bien qu\u2019inexplicable qu\u2019elle \u00e9tait aveugle. J\u2019eus le sentiment que S\u00e9lina et moi nous \u00e9tions peut-\u00eatre fourvoy\u00e9s dans un complexe d\u2019\u00e9motions aussi violent que le n\u00f4tre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous demande pardon, poursuivit Hagan, je croyais que Rose allait m\u2019appeler. Voyons, o\u00f9 en \u00e9tions-nous, Mrs&nbsp;Garland&nbsp;? Dix ann\u00e9es-lumi\u00e8re comprim\u00e9es en un centim\u00e8tre d\u2019\u00e9paisseur, cela veut dire\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Je cessai d\u2019\u00e9couter, en partie parce que j\u2019\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 d\u00e9cid\u00e9, en partie parce que j\u2019avais souvent entendu l\u2019histoire du verre lent et n\u2019en avais pas encore compris les principes. Une de mes relations, qui avait une formation scientifique, avait une fois tent\u00e9 de me les faire comprendre en me disant d\u2019imaginer une vitre de verre lent comme un hologramme qui n\u2019avait pas besoin de la lumi\u00e8re coh\u00e9rente d\u2019un laser pour reconstituer ses renseignements visuels et dans lequel tout photon de lumi\u00e8re ordinaire passait \u00e0 travers un conduit spiral\u00e9 enroul\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du rayon de captation de chacun des atomes du verre. Cette merveille de ce qui n\u2019\u00e9tait pour moi que pur jargon ne m\u2019avait non seulement rien apport\u00e9 de neuf, mais elle m\u2019avait renforc\u00e9 dans ma conviction qu\u2019un esprit aussi peu technique que le mien devait moins s\u2019int\u00e9resser aux causes qu\u2019aux effets.<\/p>\n\n\n\n<p>Aux yeux de l\u2019individu moyen, l\u2019effet le plus important, c\u2019\u00e9tait que la lumi\u00e8re mettait longtemps \u00e0 traverser une feuille de verre lent. Les vitres neuves \u00e9taient toujours d\u2019un noir de jais parce que rien ne les avait encore travers\u00e9es, mais on pouvait dresser la vitre pr\u00e8s d\u2019un lac dans la for\u00eat, par exemple, et le paysage \u00e9mergerait peut-\u00eatre au bout d\u2019un an. Si l\u2019on transportait alors le verre pour l\u2019installer dans un triste appartement citadin, l\u2019appartement para\u00eetrait&nbsp;\u2013 pendant l\u2019ann\u00e9e suivante&nbsp;\u2013 dominer le lac et son cadre forestier. Durant cette ann\u00e9e, ce ne serait pas seulement une image exacte et immobile\u2026 l\u2019eau ondulerait sous le soleil, les animaux silencieux viendraient y boire, les oiseaux sillonneraient le ciel, la nuit succ\u00e9derait au jour, les saisons suivraient les saisons. Jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019un jour&nbsp;\u2013 au bout d\u2019un an&nbsp;\u2013 la beaut\u00e9 renferm\u00e9e dans les conduits subatomiques soit \u00e9puis\u00e9e et que reparaisse le sempiternel paysage urbain dans sa grisaille.<\/p>\n\n\n\n<p>En dehors de son int\u00e9r\u00eat ph\u00e9nom\u00e9nal en tant que nouveaut\u00e9, le succ\u00e8s commercial du verre lent se fondait sur le fait que disposer d\u2019un tel panorama \u00e9tait sur le plan \u00e9motif l\u2019\u00e9quivalent de la possession de terres. Le plus humble pouvait ainsi contempler des parcs embrum\u00e9s\u2026 et qui aurait pu affirmer qu\u2019ils ne lui appartenaient pas&nbsp;? L\u2019homme qui poss\u00e8de r\u00e9ellement des terres et des jardins bien entretenus ne passe pas son temps \u00e0 se le prouver en rampant par terre, pour t\u00e2ter, renifler et go\u00fbter son bien. Tout ce qu\u2019il re\u00e7oit de sa propri\u00e9t\u00e9, ce sont des images lumineuses, et, gr\u00e2ce aux ch\u00e2ssis de verre lent, on pouvait transporter ces images dans les mines de charbon, \u00e0 bord des sous-marins, dans les cellules p\u00e9nitentiaires.<\/p>\n\n\n\n<p>En diverses occasions, j\u2019avais tent\u00e9 d\u2019\u00e9crire des po\u00e8mes brefs sur ce cristal enchant\u00e9, mais pour moi le th\u00e8me en est si indiciblement po\u00e9tique qu\u2019il se trouve paradoxalement hors de port\u00e9e de la po\u00e9sie\u2026 de la mienne en tout cas. De plus, les meilleures chansons et po\u00e9sies avaient d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 \u00e9crites, sous une inspiration de voyants, par des hommes qui \u00e9taient morts bien avant la d\u00e9couverte du verre lent. Par exemple, je n\u2019avais aucun espoir d\u2019\u00e9galer les mots de Moore&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><em>Souvent dans la nuit tranquille,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avant que le sommeil m\u2019encha\u00eene \u00e0 ses liens,<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le souvenir ch\u00e9ri apporte la lumi\u00e8re<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Des jours enfuis autour de moi\u2026<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Il avait suffi de quelques ann\u00e9es pour que le verre lent passe de l\u2019\u00e9tat de curiosit\u00e9 scientifique \u00e0 celui d\u2019industrie respectable. Et au grand \u00e9tonnement de nous autres, po\u00e8tes&nbsp;\u2013 ceux d\u2019entre nous qui restent persuad\u00e9s que la beaut\u00e9 survit m\u00eame si meurent les lis&nbsp;\u2013, les manifestations de cette industrie ne diff\u00e9raient en rien des entreprises habituelles. Il y avait de bons&nbsp;<em>scenedows<\/em>&nbsp;qui co\u00fbtaient tr\u00e8s cher et il y en avait d\u2019inf\u00e9rieurs qui co\u00fbtaient nettement moins. L\u2019\u00e9paisseur&nbsp;\u2013 mesur\u00e9e en ann\u00e9es&nbsp;\u2013 \u00e9tait un facteur important du prix, mais il y avait en outre la question de l\u2019\u00e9paisseur r\u00e9elle, ou phase.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00eame avec les m\u00e9thodes de fabrication les plus perfectionn\u00e9es, le contr\u00f4le de l\u2019\u00e9paisseur \u00e9tait tant soit peu livr\u00e9 au hasard. Une grosse erreur pouvait signifier qu\u2019un panneau pr\u00e9vu pour une \u00e9paisseur de cinq ans en aurait peut-\u00eatre cinq et demi, si bien que la lumi\u00e8re qui y aurait p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 en \u00e9t\u00e9 en ressortirait en hiver&nbsp;; une faible erreur pouvait faire jaillir le soleil de midi \u00e0 minuit. Ces inexactitudes avaient leur charme particulier&nbsp;\u2013 nombre de travailleurs de nuit, par exemple, aimaient bien disposer de leurs heures de pr\u00e9dilection&nbsp;\u2013, mais en g\u00e9n\u00e9ral il \u00e9tait plus co\u00fbteux d\u2019acheter des&nbsp;<em>scenedows<\/em>&nbsp;qui restaient \u00e9troitement fid\u00e8les au temps r\u00e9el.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9lina ne semblait toujours pas convaincue quand Hagan eut fini de parler. Elle secoua la t\u00eate, d\u2019un geste presque imperceptible, et je compris qu\u2019il s\u2019y \u00e9tait mal pris. Tr\u00e8s soudainement, son casque de cheveux d\u2019\u00e9tain fut d\u00e9rang\u00e9 par un souffle de vent froid et d\u2019\u00e9normes gouttes de pluie bien propre tomb\u00e8rent autour de nous, d\u2019un ciel \u00e0 peu pr\u00e8s d\u00e9pourvu de nuages.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous fais un ch\u00e8que tout de suite, dis-je sans plus attendre, et les yeux verts de S\u00e9lina point\u00e8rent sur moi, lourds de col\u00e8re. Vous prendrez les dispositions voulues pour la livraison&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;D\u2019accord. La livraison ne soul\u00e8ve pas de difficult\u00e9s, dit Hagan en se levant. Mais ne pr\u00e9f\u00e9reriez-vous pas emporter le verre vous-m\u00eames&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Eh bien\u2026 oui, si cela ne vous ennuie pas. (J\u2019\u00e9tais confus devant la confiance qu\u2019il accordait \u00e0 ma signature.)<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vais d\u00e9tacher une vitre pour vous. Attendez ici. Il ne me faudra pas longtemps pour vous l\u2019emballer dans un cadre de transport.<\/p>\n\n\n\n<p>Hagan partit en boitillant sur la pente en direction des s\u00e9ries de fen\u00eatres, \u00e0 travers certaines desquelles la vue du Linnhe \u00e9tait ensoleill\u00e9e, alors qu\u2019elle \u00e9tait nuageuse \u00e0 travers d\u2019autres. D\u2019autres encore \u00e9taient d\u2019un noir profond.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9lina referma le col de son corsage autour de son cou.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Il aurait pu au moins nous inviter \u00e0 entrer chez lui. Il ne doit pas y avoir tellement d\u2019imb\u00e9ciles qui passent par ici pour qu\u2019il se permette de les traiter aussi mal.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019effor\u00e7ai de ne pas faire attention au qualificatif et me concentrai sur la r\u00e9daction du ch\u00e8que. Une grosse goutte tomba sur le dos de ma main, \u00e9claboussant le papier rose.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tr\u00e8s bien, dis-je. Allons sous le bord du toit en attendant son retour.<\/p>\n\n\n\n<p>Esp\u00e8ce de ver de terre, songeais-je, en me rendant compte que tout cela tournait au vinaigre. Il fallait en effet que je sois un fameux imb\u00e9cile pour t\u2019\u00e9pouser. Un imb\u00e9cile de premi\u00e8re, le roi&nbsp;! Et maintenant que tu as pris \u00e0 ton pi\u00e8ge une partie de moi-m\u00eame, jamais, jamais, jamais plus je ne parviendrai \u00e0 me d\u00e9tacher.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019estomac douloureusement contract\u00e9, je courus derri\u00e8re S\u00e9lina jusqu\u2019au mur du cottage. Derri\u00e8re la crois\u00e9e, le salon bien propre, avec son feu de charbon, \u00e9tait d\u00e9sert, mais les jouets de l\u2019enfant \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9s sur le plancher. Des cubes alphab\u00e9tiques et une brouette de la m\u00eame couleur que des carottes fra\u00eechement gratt\u00e9es. Tandis que je regardais, le gar\u00e7onnet arriva en courant de la pi\u00e8ce voisine et se mit \u00e0 donner des coups de pied aux cubes. Il ne me vit pas. Quelques instants plus tard, la jeune femme entra et le prit dans ses bras, avec un rire spontan\u00e9 et jovial. Elle vint \u00e0 la fen\u00eatre comme elle l\u2019avait fait pr\u00e9c\u00e9demment. J\u2019\u00e9bauchai un sourire contraint, mais ni elle ni l\u2019enfant ne me le rendirent.<\/p>\n\n\n\n<p>Une sueur froide me coula sur le front. Se pouvait-il qu\u2019ils fussent tous les deux aveugles&nbsp;? Je m\u2019\u00e9cartai sur le c\u00f4t\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9lina poussa un petit cri et je pivotai vers elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;La couverture&nbsp;! dit-elle. Elle va \u00eatre tremp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle traversa la cour \u00e0 toute vitesse, sous la pluie, arracha l\u2019\u00e9toffe rouge\u00e2tre de la murette et revint toujours courant vers la porte de la maison. Quelque chose protesta convulsivement dans mon subconscient.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;S\u00e9lina&nbsp;! m\u2019\u00e9criai-je. N\u2019ouvre pas&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Mais il \u00e9tait trop tard. Elle avait pouss\u00e9 le battant de bois et restait, la main devant la bouche, \u00e0 regarder l\u2019int\u00e9rieur du cottage. Je m\u2019approchai et tirai la couverture de ses doigts sans force.<\/p>\n\n\n\n<p>En refermant la porte, je portai les yeux sur l\u2019int\u00e9rieur de la maison. Le salon bien propre o\u00f9 je venais juste de voir la femme et l\u2019enfant n\u2019\u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 qu\u2019un ramassis \u00e9c\u0153urant de vieux meubles, de vieux journaux, de v\u00eatements us\u00e9s et de vaisselle sale. Il \u00e9tait humide, puant, totalement abandonn\u00e9. Le seul objet que je reconnus de ma vision \u00e0 travers la crois\u00e9e \u00e9tait la petite brouette, bris\u00e9e, la peinture \u00e9caill\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Je refermai solidement la porte en m\u2019ordonnant d\u2019oublier ce que je venais de voir. Il y a des hommes qui vivent seuls et savent tenir leur m\u00e9nage&nbsp;; d\u2019autres en sont incapables.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u00e9lina avait le visage livide.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne comprends pas. Je ne comprends pas.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Le verre lent fonctionne dans les deux sens, lui dis-je d\u2019une voix douce. La lumi\u00e8re sort d\u2019une maison aussi bien qu\u2019elle y p\u00e9n\u00e8tre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tu veux dire\u2026&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je ne sais pas. Cela ne nous regarde pas. Maintenant, calme-toi\u2026 voil\u00e0 Hagan qui revient avec notre verre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le tumulte de mon estomac commen\u00e7ait \u00e0 s\u2019apaiser.<\/p>\n\n\n\n<p>Hagan arriva dans la cour, porteur d\u2019un cadre rectangulaire recouvert de plastique. Je lui tendis le ch\u00e8que, mais c\u2019\u00e9tait le visage de S\u00e9lina qu\u2019il regardait. Il parut savoir instantan\u00e9ment que nos doigts d\u00e9nu\u00e9s de compr\u00e9hension avaient fouill\u00e9 son \u00e2me. S\u00e9lina d\u00e9tourna les yeux. Elle \u00e9tait vieillie, malade en apparence, et ses yeux fixaient obstin\u00e9ment l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vais vous d\u00e9barrasser de cette couverture, M<sup>r<\/sup>&nbsp;Garland, finit par dire Hagan. Vous n\u2019auriez pas d\u00fb vous en soucier.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce n\u2019est rien. Voici votre ch\u00e8que.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Je vous remercie. (Il continuait \u00e0 examiner S\u00e9lina d\u2019un air \u00e9trangement suppliant.) Je suis tr\u00e8s heureux d\u2019avoir fait affaire avec vous.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Tout le plaisir est pour moi, dis-je avec le m\u00eame formalisme d\u00e9pourvu de toute signification.<\/p>\n\n\n\n<p>Je ramassai le lourd cadre et guidai S\u00e9lina vers le sentier qui menait \u00e0 la route. Comme nous arrivions en haut des degr\u00e9s devenus glissants, Hagan appela.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;M<sup>r<\/sup>&nbsp;Garland&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>Je me retournai \u00e0 contrec\u0153ur.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014&nbsp;Ce n\u2019\u00e9tait pas ma faute, dit-il d\u2019une voix ferme. Un chauffard les a tu\u00e9s tous les deux sur la route d\u2019Oban il y a six ans. Mon gar\u00e7on n\u2019avait que sept ans quand c\u2019est arriv\u00e9. J\u2019ai bien le droit de conserver quelque chose.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019approuvai de la t\u00eate, sans rien dire, et repris ma marche, serrant ma femme contre moi, savourant la joie d\u2019\u00eatre enlac\u00e9 de ses bras. Au coude du sentier, je jetai un coup d\u2019\u0153il en arri\u00e8re \u00e0 travers la pluie et vis Hagan assis, les \u00e9paules relev\u00e9es, \u00e0 l\u2019endroit m\u00eame o\u00f9 il \u00e9tait quand nous l\u2019avions vu pour la premi\u00e8re fois.<\/p>\n\n\n\n<p>Il regardait la maison, mais je serais incapable de dire s\u2019il y avait quelqu\u2019un \u00e0 la fen\u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Lumi\u00e8re des jours enfuis \u00bb (Light of Other Days) est une nouvelle de Bob Shaw, publi\u00e9e en ao\u00fbt 1966 dans le magazine Analog Science Fiction\/Science Fact. Un couple en crise se rend dans une r\u00e9gion rurale d&rsquo;\u00c9cosse, o\u00f9 sont fabriqu\u00e9s des panneaux de verre lent, un mat\u00e9riau particulier qui ralentit le passage de la lumi\u00e8re et permet de capturer des sc\u00e8nes avec une nettet\u00e9 \u00e9tonnante. Au milieu d&rsquo;un paysage saisissant et silencieux, ils visitent une ferme isol\u00e9e et rencontrent l&rsquo;excentrique fabricant, qui leur propose un verre de grande qualit\u00e9 qui stocke la lumi\u00e8re depuis dix ans. Cependant, ce qui semble au premier abord \u00eatre une simple transaction commerciale r\u00e9v\u00e8le une histoire plus profonde et inqui\u00e9tante.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25228,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[1487,865,836],"class_list":["post-25229","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-bob-shaw","tag-royaume-uni","tag-science-fiction-fr","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":1487,"label":"Bob Shaw"},{"value":865,"label":"Royaume-Uni"},{"value":836,"label":"Science-fiction"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/11\/Bob-Shaw-Luz-de-otros-dias.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":826,"name":"Nouvelles","slug":"nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":826,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":72,"filter":"raw","cat_ID":826,"category_count":72,"category_description":"","cat_name":"Nouvelles","category_nicename":"nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":1487,"name":"Bob Shaw","slug":"bob-shaw","term_group":0,"term_taxonomy_id":1487,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":1,"filter":"raw"},{"term_id":865,"name":"Royaume-Uni","slug":"royaume-uni","term_group":0,"term_taxonomy_id":865,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":10,"filter":"raw"},{"term_id":836,"name":"Science-fiction","slug":"science-fiction-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":836,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":12,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25229","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25229"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25229\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25228"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25229"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25229"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25229"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}