{"id":25478,"date":"2025-12-08T22:02:18","date_gmt":"2025-12-09T02:02:18","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=25478"},"modified":"2025-12-08T22:02:20","modified_gmt":"2025-12-09T02:02:20","slug":"guy-de-maupassant-conte-de-noel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/guy-de-maupassant-conte-de-noel\/25478\/","title":{"rendered":"Guy de Maupassant\u00a0: Conte de No\u00ebl"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis&nbsp;:<\/strong> \u00ab <em>Conte de No\u00ebl<\/em> \u00bb est une <em>nouvelle<\/em> de Guy de Maupassant, publi\u00e9e le 25 d\u00e9cembre 1882 dans <em>Le Gaulois<\/em>. Le docteur Bonenfant, m\u00e9decin de campagne en Normandie, se rem\u00e9more un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire survenu durant un hiver implacable. La neige tombe sans r\u00e9pit et plonge Rolleville dans le silence et la crainte, tandis que les habitants assurent entendre des voix traverser la nuit. Dans cette atmosph\u00e8re d\u2019inqui\u00e9tude surnaturelle, un fait inexplicable bouleverse le village et met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les certitudes du docteur lui-m\u00eame, qui avoue avoir \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, la veille de No\u00ebl, d\u2019un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9fiant toute logique rationnelle.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-a3643efd\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Cuento-de-Navidad.webp\" alt=\"Guy de Maupassant\u00a0: Conte de No\u00ebl\" class=\"wp-image-25477\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Cuento-de-Navidad.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Cuento-de-Navidad-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Cuento-de-Navidad-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Cuento-de-Navidad-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Conte de No\u00ebl<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Guy de Maupassant<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p>Le Docteur Bonenfant cherchait dans sa m\u00e9moire, r\u00e9p\u00e9tant \u00e0 mi-voix : \u00ab Un souvenir de No\u00ebl ?\u2026 Un souvenir de No\u00ebl ?\u2026 \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Et tout \u00e0 coup, il s&rsquo;\u00e9cria :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais si, j&rsquo;en ai un, et un bien \u00e9trange encore ; c&rsquo;est une histoire fantastique. J&rsquo;ai vu un miracle ! Oui, mesdames, un miracle, la nuit de No\u00ebl.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela vous \u00e9tonne de m&rsquo;entendre parler ainsi, moi qui ne crois gu\u00e8re \u00e0 rien. Et pourtant j&rsquo;ai vu un miracle ! Je l&rsquo;ai vu, fis-je, vu, de mes propres yeux vu, ce qui s&rsquo;appelle vu.<\/p>\n\n\n\n<p>En ai-je \u00e9t\u00e9 fort surpris ? Non pas ; car si je ne crois point \u00e0 vos croyances, je crois \u00e0 la foi, et je sais qu&rsquo;elle transporte les montagnes. Je pourrais citer bien des exemples ; mais je vous indignerais et je m&rsquo;exposerais aussi \u00e0 amoindrir l&rsquo;effet de mon histoire.<\/p>\n\n\n\n<p>Je vous avouerai d&rsquo;abord que si je n&rsquo;ai pas \u00e9t\u00e9 fort convaincu et converti par ce que j&rsquo;ai vu, j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 du moins fort \u00e9mu, et je vais t\u00e2cher de vous dire la chose na\u00efvement, comme si j&rsquo;avais une cr\u00e9dulit\u00e9 d&rsquo;Auvergnat.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;\u00e9tais alors m\u00e9decin de campagne, habitant le bourg de Rolleville, en pleine Normandie.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;hiver, cette ann\u00e9e-l\u00e0, fut terrible. D\u00e8s la fin de novembre, les neiges arriv\u00e8rent apr\u00e8s une semaine de gel\u00e9es. On voyait de loin les gros nuages venir du nord ; et la blanche descente des flocons commen\u00e7a.<\/p>\n\n\n\n<p>En une nuit, toute la plaine fut ensevelie.<\/p>\n\n\n\n<p>Les fermes, isol\u00e9es dans leurs cours carr\u00e9es, derri\u00e8re leurs rideaux de grands arbres poudr\u00e9s de frimas, semblaient s&rsquo;endormir sous l&rsquo;accumulation de cette mousse \u00e9paisse et l\u00e9g\u00e8re.<\/p>\n\n\n\n<p>Aucun bruit ne traversait plus la campagne immobile. Seuls les corbeaux, par bandes, d\u00e9crivaient de longs festons dans le ciel, cherchant leur vie inutilement, s&rsquo;abattant tous ensemble sur les champs livides et piquant la neige de leurs grands becs.<\/p>\n\n\n\n<p>On n&rsquo;entendait rien que le glissement vague et continu de cette poussi\u00e8re tombant toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Cela dura huit jours pleins, puis l&rsquo;avalanche s&rsquo;arr\u00eata. La terre avait sur le dos un manteau \u00e9pais de cinq pieds.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, pendant trois semaines ensuite, un ciel clair, comme un cristal bleu le jour, et, la nuit, tout sem\u00e9 d&rsquo;\u00e9toiles qu&rsquo;on aurait crues de givre, tant le vaste espace \u00e9tait rigoureux, s&rsquo;\u00e9tendit sur la nappe unie, dure et luisante des neiges.<\/p>\n\n\n\n<p>La plaine, les haies, les ormes des cl\u00f4tures, tout semblait mort, tu\u00e9 par le froid. Ni hommes ni b\u00eates ne sortaient plus : seules les chemin\u00e9es des chaumi\u00e8res en chemise blanche r\u00e9v\u00e9laient la vie cach\u00e9e, par les minces filets de fum\u00e9e qui montaient droit dans l&rsquo;air glacial.<\/p>\n\n\n\n<p>De temps en temps on entendait craquer les arbres, comme si leurs membres de bois se fussent bris\u00e9s sous l&rsquo;\u00e9corce ; et, parfois, une grosse branche se d\u00e9tachait et tombait, l&rsquo;invincible gel\u00e9e p\u00e9trifiant la s\u00e8ve et cassant les fibres.<\/p>\n\n\n\n<p>Les habitations sem\u00e9es \u00e7\u00e0 et l\u00e0 par les champs semblaient \u00e9loign\u00e9es de cent lieues les unes des autres. On vivait comme on pouvait. Seul, j&rsquo;essayais d&rsquo;aller voir mes clients les plus proches, m&rsquo;exposant sans cesse \u00e0 rester enseveli dans quelque creux.<\/p>\n\n\n\n<p>Je m&rsquo;aper\u00e7us bient\u00f4t qu&rsquo;une terreur myst\u00e9rieuse planait sur le pays. Un tel fl\u00e9au, pensait-on, n&rsquo;\u00e9tait point naturel. On pr\u00e9tendit qu&rsquo;on entendait des voix la nuit, des sifflements aigus, des cris qui passaient.<\/p>\n\n\n\n<p>Ces cris et ces sifflements venaient sans aucun doute des oiseaux \u00e9migrants qui voyagent au cr\u00e9puscule, et qui fuyaient en masse vers le sud. Mais allez donc faire entendre raison \u00e0 des gens affol\u00e9s. Une \u00e9pouvante envahissait les esprits et on s&rsquo;attendait \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire.<\/p>\n\n\n\n<p>La forge du p\u00e8re Vatinel \u00e9tait situ\u00e9e au bout du hameau d&rsquo;\u00c9pivent, sur la grande route, maintenant invisible et d\u00e9serte. Or, comme les gens manquaient de pain, le forgeron r\u00e9solut d&rsquo;aller jusqu&rsquo;au village. Il resta quelques heures \u00e0 causer dans les six maisons qui forment le centre du pays, prit son pain et des nouvelles, et un peu de cette peur \u00e9pandue sur la campagne.<\/p>\n\n\n\n<p>Et il se mit en route avant la nuit.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout \u00e0 coup, en longeant une haie, il crut voir un \u0153uf dans la neige ; oui, un \u0153uf d\u00e9pos\u00e9 l\u00e0, tout blanc comme le reste du monde. Il se pencha, c&rsquo;\u00e9tait un \u0153uf en effet. D&rsquo;o\u00f9 venait-il ? Quelle poule avait pu sortir du poulailler et venir pondre en cet endroit ? Le forgeron s&rsquo;\u00e9tonna, ne comprit pas ; mais il ramassa l&rsquo;\u0153uf et le porta \u00e0 sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Tiens, la ma\u00eetresse, v&rsquo;l\u00e0 un \u0153uf que j&rsquo;ai trouv\u00e9 sur la route ! \u00bb La femme hocha la t\u00eate : \u00ab Un \u0153uf sur la route ? Par ce temps-ci, t&rsquo;es so\u00fbl, bien s\u00fbr ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais non, la ma\u00eetresse, m\u00eame qu&rsquo;il \u00e9tait au pied d&rsquo;une haie, et encore chaud, pas gel\u00e9. Le v&rsquo;l\u00e0, j&rsquo;me l&rsquo;ai mis sur l&rsquo;estomac pour qui n&rsquo;refroidisse pas. Tu le mangeras pour ton d\u00eener. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u0153uf fut gliss\u00e9 dans la marmite o\u00f9 mijotait la soupe, et le forgeron se mit \u00e0 raconter ce qu&rsquo;on disait par la contr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme \u00e9coutait toute p\u00e2le. \u00ab Pour s\u00fbr que j&rsquo;ai entendu des sifflets l&rsquo;autre nuit, m\u00eame qu&rsquo;ils semblaient v&rsquo;nir de la chemin\u00e9e. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>On se mit \u00e0 table, on mangea la soupe d&rsquo;abord, puis, pendant que le mari \u00e9tendait du beurre sur son pain, la femme prit l&rsquo;\u0153uf et l&rsquo;examina d&rsquo;un \u0153il m\u00e9fiant.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Si y avait quelque chose dans c&rsquo;t&rsquo;\u0153uf ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Qu\u00e9 que tu veux qu&rsquo;y ait ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 J&rsquo;sais ti, m\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Allons, mange-le, et fais pas la b\u00eate. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ouvrit l&rsquo;\u0153uf. Il \u00e9tait comme tous les \u0153ufs, et bien frais.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se mit \u00e0 le manger en h\u00e9sitant, le go\u00fbtant, le laissant, le reprenant. Le mari disait : \u00ab Eh bien ! Qu\u00e9 go\u00fbt qu&rsquo;il a, c&rsquo;t&rsquo;\u0153uf ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne r\u00e9pondit pas et elle acheva de l&rsquo;avaler ; puis, soudain, elle planta sur son homme des yeux fixes, hagards, affol\u00e9s, leva les bras, les tordit et, convuls\u00e9e de la t\u00eate aux pieds, roula par terre, en poussant des cris horribles.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la nuit elle se d\u00e9battit en des spasmes \u00e9pouvantables, secou\u00e9e de tremblements effrayants, d\u00e9form\u00e9e par de hideuses convulsions. Le forgeron, impuissant \u00e0 la tenir, fut oblig\u00e9 de la lier.<\/p>\n\n\n\n<p>Et elle hurlait sans repos, d&rsquo;une voix infatigable : \u00ab J&rsquo;l&rsquo;ai dans l&rsquo;corps ! J&rsquo;l&rsquo;ai dans l&rsquo;corps ! \u00bb Je fus appel\u00e9 le lendemain. J&rsquo;ordonnai tous les calmants connus sans obtenir le moindre r\u00e9sultat. Elle \u00e9tait folle.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, avec une incroyable rapidit\u00e9, malgr\u00e9 l&rsquo;obstacle des hautes neiges, la nouvelle, une nouvelle \u00e9trange, courut de ferme en ferme : \u00ab La femme du forgeron qu&rsquo;est poss\u00e9d\u00e9e ! \u00bb Et on venait de partout, sans oser p\u00e9n\u00e9trer dans la maison ; on \u00e9coutait de loin ses cris affreux pouss\u00e9s d&rsquo;une voix si forte qu&rsquo;on ne les aurait pas crus d&rsquo;une cr\u00e9ature humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Le cur\u00e9 du village fut pr\u00e9venu. C&rsquo;\u00e9tait un vieux pr\u00eatre na\u00eff. Il accourut en surplis comme pour administrer un mourant et il pronon\u00e7a, en \u00e9tendant les mains, les formules d&rsquo;exorcisme, pendant que quatre hommes maintenaient sur un lit la femme \u00e9cumante et tordue.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais l&rsquo;esprit ne fut point chass\u00e9. Et la No\u00ebl arriva sans que le temps e\u00fbt chang\u00e9. La veille au matin, le pr\u00eatre vint me trouver :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab J&rsquo;ai envie, dit-il, de faire assister \u00e0 l&rsquo;office de cette nuit cette malheureuse. Peut-\u00eatre Dieu fera-t-il un miracle en sa faveur, \u00e0 l&rsquo;heure m\u00eame o\u00f9 il naquit d&rsquo;une femme. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Je r\u00e9pondis au cur\u00e9 :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je vous approuve absolument, Monsieur l&rsquo;abb\u00e9. Si elle a l&rsquo;esprit frapp\u00e9 par la c\u00e9r\u00e9monie (et rien n&rsquo;est plus propice \u00e0 l&rsquo;\u00e9mouvoir), elle peut \u00eatre sauv\u00e9e sans autre rem\u00e8de. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le vieux pr\u00eatre murmura : \u00ab Vous n&rsquo;\u00eates pas croyant, Docteur, mais aidez-moi, n&rsquo;est-ce pas ? Vous vous chargez de l&rsquo;amener ? \u00bb Et je lui promis mon aide.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soir vint, puis la nuit ; et la cloche de l&rsquo;\u00e9glise se mit \u00e0 sonner, jetant sa voix plaintive \u00e0 travers l&rsquo;espace morne, sur l&rsquo;\u00e9tendue blanche et glac\u00e9e des neiges.<\/p>\n\n\n\n<p>Des \u00eatres noirs s&rsquo;en venaient lentement, par groupes, dociles au cri d&rsquo;airain du clocher. La pleine lune \u00e9clairait d&rsquo;une lueur vive et blafarde tout l&rsquo;horizon, rendait plus visible la p\u00e2le d\u00e9solation des champs.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;avais pris quatre hommes robustes et je me rendis \u00e0 la forge.<\/p>\n\n\n\n<p>La poss\u00e9d\u00e9e hurlait toujours, attach\u00e9e \u00e0 sa couche. On la v\u00eatit proprement malgr\u00e9 sa r\u00e9sistance \u00e9perdue, et on l&#8217;emporta.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9glise \u00e9tait maintenant pleine de monde, illumin\u00e9e et froide ; les chantres poussaient leurs notes monotones ; le serpent ronflait ; la petite sonnette de l&rsquo;enfant de ch\u0153ur tintait, r\u00e9glant les mouvements des fid\u00e8les.<\/p>\n\n\n\n<p>J&rsquo;enfermai la femme et ses gardiens dans la cuisine du presbyt\u00e8re, et j&rsquo;attendis le moment que je croyais favorable.<\/p>\n\n\n\n<p>Je choisis l&rsquo;instant qui suit la communion. Tous les paysans, hommes et femmes, avaient re\u00e7u leur Dieu pour fl\u00e9chir sa rigueur. Un grand silence planait pendant que le pr\u00eatre achevait le myst\u00e8re divin.<\/p>\n\n\n\n<p>Sur mon ordre, la porte fut ouverte et les quatre aides apport\u00e8rent la folle.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s qu&rsquo;elle aper\u00e7ut les lumi\u00e8res, la foule \u00e0 genoux, le ch\u0153ur en feu et le tabernacle dor\u00e9, elle se d\u00e9battit d&rsquo;une telle vigueur, qu&rsquo;elle faillit nous \u00e9chapper, et elle poussa des clameurs si aigu\u00ebs qu&rsquo;un frisson d&rsquo;\u00e9pouvante passa dans l&rsquo;\u00e9glise ; toutes les t\u00eates se relev\u00e8rent ; des gens s&rsquo;enfuirent.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle n&rsquo;avait plus la forme d&rsquo;une femme, crisp\u00e9e et tordue en nos mains, le visage contourn\u00e9, les yeux fous.<\/p>\n\n\n\n<p>On la tra\u00eena jusqu&rsquo;aux marches du ch\u0153ur et puis on la tint fortement accroupie \u00e0 terre.<\/p>\n\n\n\n<p>Le pr\u00eatre s&rsquo;\u00e9tait lev\u00e9 ; il attendait. D\u00e8s qu&rsquo;il la vit arr\u00eat\u00e9e, il prit en ses mains l&rsquo;ostensoir ceint de rayons d&rsquo;or, avec l&rsquo;hostie blanche au milieu, et, s&rsquo;avan\u00e7ant de quelques pas, il l&rsquo;\u00e9leva de ses deux bras tendus au-dessus de sa t\u00eate, le pr\u00e9sentant aux regards effar\u00e9s de la d\u00e9moniaque.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle hurlait toujours, l&rsquo;\u0153il fix\u00e9, tendu sur cet objet rayonnant. Et le pr\u00eatre demeurait tellement immobile qu&rsquo;on l&rsquo;aurait pris pour une statue. Et cela dura longtemps, longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>La femme semblait saisie de peur, fascin\u00e9e ; elle contemplait fixement l&rsquo;ostensoir, secou\u00e9e encore de tremblements terribles, mais passagers, et criant toujours, mais d&rsquo;une voix moins d\u00e9chirante.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cela dura encore longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>On e\u00fbt dit qu&rsquo;elle ne pouvait plus baisser les yeux, qu&rsquo;ils \u00e9taient riv\u00e9s sur l&rsquo;hostie ; elle ne faisait plus que g\u00e9mir ; et son corps raidi s&rsquo;amollissait, s&rsquo;affaissait.<\/p>\n\n\n\n<p>Toute la foule \u00e9tait prostern\u00e9e, le front par terre.<\/p>\n\n\n\n<p>La poss\u00e9d\u00e9e maintenant baissait rapidement les paupi\u00e8res, puis les relevait aussit\u00f4t, comme impuissante \u00e0 supporter la vue de son Dieu. Elle s&rsquo;\u00e9tait tue. Et puis soudain, je m&rsquo;aper\u00e7us que ses yeux demeuraient clos. Elle dormait du sommeil des somnambules, hypnotis\u00e9e, pardon ! Vaincue par la contemplation persistante de l&rsquo;ostensoir aux rayons d&rsquo;or, terrass\u00e9e par le Christ victorieux.<\/p>\n\n\n\n<p>On l&#8217;emporta, inerte, pendant que le pr\u00eatre remontait vers l&rsquo;autel.<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;assistance, boulevers\u00e9e, entonna le&nbsp;<em>Te Deum<\/em>&nbsp;d&rsquo;action de gr\u00e2ces.<\/p>\n\n\n\n<p>Et la femme du forgeron dormit quarante heures de suite, puis se r\u00e9veilla sans aucun souvenir de la possession ni de la d\u00e9livrance.<\/p>\n\n\n\n<p>Voil\u00e0, mesdames, le miracle que j&rsquo;ai vu.<\/p>\n\n\n\n<p>Le Docteur Bonenfant se tut, puis ajouta d&rsquo;une voix contrari\u00e9e : \u00ab Je n&rsquo;ai pu refuser de l&rsquo;attester par \u00e9crit. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Conte de No\u00ebl \u00bb est une nouvelle de Guy de Maupassant, publi\u00e9e le 25 d\u00e9cembre 1882 dans Le Gaulois. Le docteur Bonenfant, m\u00e9decin de campagne en Normandie, se rem\u00e9more un \u00e9v\u00e9nement extraordinaire survenu durant un hiver implacable. La neige tombe sans r\u00e9pit et plonge Rolleville dans le silence et la crainte, tandis que les habitants assurent entendre des voix traverser la nuit. Dans cette atmosph\u00e8re d\u2019inqui\u00e9tude surnaturelle, un fait inexplicable bouleverse le village et met \u00e0 l\u2019\u00e9preuve les certitudes du docteur lui-m\u00eame, qui avoue avoir \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin, la veille de No\u00ebl, d\u2019un \u00e9v\u00e9nement d\u00e9fiant toute logique rationnelle.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25477,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[844,843,1489],"class_list":["post-25478","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-france-fr","tag-guy-de-maupassant-fr","tag-noel","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":844,"label":"France"},{"value":843,"label":"Guy de Maupassant"},{"value":1489,"label":"No\u00ebl"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Cuento-de-Navidad.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":826,"name":"Nouvelles","slug":"nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":826,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":72,"filter":"raw","cat_ID":826,"category_count":72,"category_description":"","cat_name":"Nouvelles","category_nicename":"nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":844,"name":"France","slug":"france-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":844,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":28,"filter":"raw"},{"term_id":843,"name":"Guy de Maupassant","slug":"guy-de-maupassant-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":843,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":19,"filter":"raw"},{"term_id":1489,"name":"No\u00ebl","slug":"noel","term_group":0,"term_taxonomy_id":1489,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":4,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25478","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25478"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25478\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25477"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25478"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25478"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25478"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}