{"id":25586,"date":"2025-12-18T20:56:47","date_gmt":"2025-12-19T00:56:47","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=25586"},"modified":"2025-12-18T20:56:50","modified_gmt":"2025-12-19T00:56:50","slug":"edgar-allan-poe-lhomme-des-foules","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/edgar-allan-poe-lhomme-des-foules\/25586\/","title":{"rendered":"Edgar Allan Poe : L\u2019homme des foules"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis&nbsp;: <\/strong>\u00ab L\u2019homme des foules \u00bb (<em>The Man of the Crowd<\/em>) est une nouvelle d\u2019Edgar Allan Poe, publi\u00e9e en d\u00e9cembre 1840 dans <em>Burton\u2019s Gentleman\u2019s Magazine<\/em> et <em>Atkinson\u2019s Casket<\/em>. Un homme observe, depuis la fen\u00eatre d\u2019un caf\u00e9 londonien, le flux incessant de passants sur une avenue tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e. Pendant des heures, il contemple et classe les silhouettes selon leur apparence et leur comportement : commer\u00e7ants, employ\u00e9s, joueurs, mendiants, prostitu\u00e9es. \u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit, son attention se trouve happ\u00e9e par un vieillard au visage d\u2019une expression extraordinairement \u00e9nigmatique. Pouss\u00e9 par une curiosit\u00e9 irr\u00e9sistible, il quitte le caf\u00e9 pour suivre le myst\u00e9rieux vieil homme \u00e0 travers les rues nocturnes de Londres.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-e2578994\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Edgar-Allan-Poe-El-hombre-de-la-multitud.webp\" alt=\"Edgar Allan Poe : L\u2019homme des foules\" class=\"wp-image-25585\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Edgar-Allan-Poe-El-hombre-de-la-multitud.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Edgar-Allan-Poe-El-hombre-de-la-multitud-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Edgar-Allan-Poe-El-hombre-de-la-multitud-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Edgar-Allan-Poe-El-hombre-de-la-multitud-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">L\u2019homme des foules<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Edgar Allan Poe<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\" style=\"font-size:15px\">Ce grand malheur de ne pouvoir \u00eatre seul.<br>LA BRUY\u00c8RE.<\/p>\n\n\n\n<p>On a dit judicieusement d\u2019un certain livre allemand&nbsp;:&nbsp;<em>Es lasst sich nicht lesen,<\/em>&nbsp;\u2014 il ne se laisse pas lire. Il y a des secrets qui ne veulent pas \u00eatre dits. Des hommes meurent la nuit dans leurs lits, tordant les mains des spectres qui les confessent et les regardant pitoyablement dans les yeux&nbsp;; \u2014 des hommes meurent avec le d\u00e9sespoir dans le c\u0153ur et des convulsions dans le gosier \u00e0 cause de l\u2019horreur des myst\u00e8res qui&nbsp;<em>ne veulent pas<\/em>&nbsp;\u00eatre r\u00e9v\u00e9l\u00e9s. Quelquefois, h\u00e9las&nbsp;! la conscience humaine supporte un fardeau d\u2019une si lourde horreur, qu\u2019elle ne peut s\u2019en d\u00e9charger que dans le tombeau. Ainsi l\u2019essence du crime reste inexpliqu\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019y a pas longtemps, sur la fin d\u2019un soir d\u2019automne, j\u2019\u00e9tais assis devant la grande fen\u00eatre cintr\u00e9e du caf\u00e9 D\u2026, \u00e0 Londres. Pendant quelques mois, j\u2019avais \u00e9t\u00e9 malade&nbsp;; mais j\u2019\u00e9tais alors convalescent, je me trouvais dans une de ces heureuses dispositions qui sont pr\u00e9cis\u00e9ment le contraire de l\u2019ennui, \u2014 dispositions o\u00f9 l\u2019app\u00e9tence morale est merveilleusement aiguis\u00e9e, quand la taie qui recouvrait la vision spirituelle est arrach\u00e9e, l\u2019\u1f00\u03c7\u03bb\u1f7a\u03c2 \u1f23 \u03c0\u03c1\u1f76\u03bd \u1f10\u03c0\u1fc6\u03b5\u03bd, \u2014 o\u00f9 l\u2019esprit \u00e9lectris\u00e9 d\u00e9passe aussi prodigieusement sa puissance journali\u00e8re que la raison ardente et na\u00efve de Leibniz l\u2019emporte sur la folle et molle rh\u00e9torique de Gorgias. Respirer seulement, c\u2019\u00e9tait une jouissance, et je tirais un plaisir positif m\u00eame de plusieurs sources tr\u00e8s plausibles de peine. Chaque chose m\u2019inspirait un int\u00e9r\u00eat calme, mais plein de curiosit\u00e9. Un cigare \u00e0 la bouche, un journal sur mes genoux, je m\u2019\u00e9tais amus\u00e9, pendant la plus grande partie de l\u2019apr\u00e8s-midi, tant\u00f4t \u00e0 regarder attentivement les annonces, tant\u00f4t \u00e0 observer la soci\u00e9t\u00e9 m\u00eal\u00e9e du salon, tant\u00f4t \u00e0 regarder dans la rue \u00e0 travers les vitres voil\u00e9es par la fum\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette rue est une des principales art\u00e8res de la ville, et elle avait \u00e9t\u00e9 pleine de monde toute la journ\u00e9e. Mais, \u00e0 la tomb\u00e9e de la nuit, la foule s\u2019accrut de minute en minute&nbsp;; et, quand tous les r\u00e9verb\u00e8res furent allum\u00e9s, deux courants de la population s\u2019\u00e9coulaient, \u00e9pais et continus, devant la porte. Je ne m\u2019\u00e9tais jamais senti dans une situation semblable \u00e0 celle o\u00f9 je me trouvais en ce moment particulier de la soir\u00e9e, et ce tumultueux oc\u00e9an de t\u00eates humaines me remplissait d\u2019une d\u00e9licieuse \u00e9motion toute nouvelle. \u00c0 la longue, je ne fis plus aucune attention aux choses qui se passaient dans l\u2019h\u00f4tel, et je m\u2019absorbai dans la contemplation de la sc\u00e8ne du dehors.<\/p>\n\n\n\n<p>Mes observations prirent d\u2019abord un tour abstrait et g\u00e9n\u00e9ralisateur. Je regardais les passants par masses, et ma pens\u00e9e ne les consid\u00e9rait que dans leurs rapports collectifs. Bient\u00f4t, cependant, je descendis au d\u00e9tail, et j\u2019examinai avec un int\u00e9r\u00eat minutieux les innombrables vari\u00e9t\u00e9s de figure, de toilette, d\u2019air, de d\u00e9marche, de visage et d\u2019expression physionomique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le plus grand nombre de ceux qui passaient avaient un maintien convaincu et propre aux affaires, et ne semblaient occup\u00e9s qu\u2019\u00e0 se frayer un chemin \u00e0 travers la foule. Ils fron\u00e7aient les sourcils et roulaient les yeux vivement&nbsp;; quand ils \u00e9taient bouscul\u00e9s par quelques passants voisins, ils ne montraient aucun sympt\u00f4me d\u2019impatience, mais rajustaient leurs v\u00eatements et se d\u00e9p\u00eachaient. D\u2019autres, une classe fort nombreuse encore, \u00e9taient inquiets dans leurs mouvements, avaient le sang \u00e0 la figure, se parlaient \u00e0 eux-m\u00eames et gesticulaient, comme s\u2019ils se sentaient seuls par le fait m\u00eame de la multitude innombrable qui les entourait. Quand ils \u00e9taient arr\u00eat\u00e9s dans leur marche, ces gens-l\u00e0 cessaient tout \u00e0 coup de marmotter, mais redoublaient leurs gesticulations, et attendaient, avec un sourire distrait et exag\u00e9r\u00e9, le passage des personnes qui leur faisaient obstacle. S\u2019ils \u00e9taient pouss\u00e9s, ils saluaient abondamment les pousseurs, et paraissaient accabl\u00e9s de confusion. \u2014 Dans ces deux vastes classes d\u2019hommes, au-del\u00e0 de ce que je viens de noter, il n\u2019y avait rien de bien caract\u00e9ristique. Leurs v\u00eatements appartenaient \u00e0 cet ordre qui est exactement d\u00e9fini par le terme&nbsp;: d\u00e9cent. C\u2019\u00e9taient indubitablement des gentilshommes, des marchands, des attorneys, des fournisseurs, des agioteurs, \u2014 les eupatrides et l\u2019ordinaire banal de la soci\u00e9t\u00e9, \u2014 hommes de loisir et hommes activement engag\u00e9s dans des affaires personnelles, et les conduisant sous leur propre responsabilit\u00e9. Ils n\u2019excit\u00e8rent pas chez moi une tr\u00e8s grande attention.<\/p>\n\n\n\n<p>La race des commis sautait aux yeux, et, l\u00e0, je distinguai deux divisions remarquables. Il y avait les petits commis des maisons \u00e0&nbsp;<em>esbroufe<\/em>, \u2014 jeunes messieurs serr\u00e9s dans leurs habits, les bottes brillantes, les cheveux pommad\u00e9s et la l\u00e8vre insolente. En mettant de c\u00f4t\u00e9 un certain je ne sais quoi de fringant dans les mani\u00e8res qu\u2019on pourrait d\u00e9finir&nbsp;<em>genre calicot,<\/em>&nbsp;faute d\u2019un meilleur mot, le genre de ces individus me parut un exact fac-simil\u00e9 de ce qui avait \u00e9t\u00e9 la perfection du bon ton douze ou dix-huit mois auparavant. Ils portaient les gr\u00e2ces de rebut de la&nbsp;<em>gentry&nbsp;;<\/em>&nbsp;\u2014 et cela, je crois, implique la meilleure d\u00e9finition de cette classe.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant \u00e0 la classe des premiers commis de maisons solides, ou des&nbsp;<em>steady old fellows,<\/em>&nbsp;il \u00e9tait impossible de s\u2019y m\u00e9prendre. On les reconnaissait \u00e0 leurs habits et pantalons noirs ou bruns, d\u2019une tournure confortable, \u00e0 leurs cravates et \u00e0 leurs gilets blancs, \u00e0 leurs larges souliers d\u2019apparence solide, avec des bas \u00e9pais ou des gu\u00eatres. Ils avaient tous la t\u00eate l\u00e9g\u00e8rement chauve, et l\u2019oreille droite, accoutum\u00e9e d\u00e8s longtemps \u00e0 tenir la plume, avait contact\u00e9 un singulier tic d\u2019\u00e9cartement. J\u2019observai qu\u2019ils \u00f4taient ou remettaient toujours leurs chapeaux avec les deux mains, et qu\u2019ils portaient des montres avec de courtes cha\u00eenes d\u2019or d\u2019un mod\u00e8le solide et ancien. Leur affectation, c\u2019\u00e9tait la respectabilit\u00e9, \u2014 si toutefois il peut y avoir une affectation aussi honorable.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y avait bon nombre de ces individus d\u2019une apparence brillante que je reconnus facilement pour appartenir \u00e0 la race des filous de la&nbsp;<em>haute p\u00e8gre<\/em>&nbsp;dont toutes les grandes villes sont infest\u00e9es. J\u2019\u00e9tudiai tr\u00e8s curieusement cette esp\u00e8ce de&nbsp;<em>gentry,<\/em>&nbsp;et je trouvai difficile de comprendre comment ils pouvaient \u00eatre pris pour des gentlemen par les gentlemen eux-m\u00eames. L\u2019exag\u00e9ration de leurs manchettes, avec un air de franchise excessive, devait les trahir du premier coup.<\/p>\n\n\n\n<p>Les joueurs de profession \u2014 et j\u2019en d\u00e9couvris un grand nombre \u2014 \u00e9taient encore plus ais\u00e9ment reconnaissables. Ils portaient toutes les esp\u00e8ces de toilettes, depuis celle du parfait&nbsp;<em>maquereau,<\/em>&nbsp;joueur de gobelets, au gilet de velours, \u00e0 la cravate de fantaisie, aux cha\u00eenes de cuivre dor\u00e9, aux boutons de filigrane, jusqu\u2019\u00e0 la toilette cl\u00e9ricale, si scrupuleusement simple, que rien n\u2019\u00e9tait moins propre \u00e0 \u00e9veiller le soup\u00e7on. Tous cependant se distinguaient par un teint cuit et basan\u00e9, par je ne sais quel obscurcissement vaporeux de l\u2019\u0153il, par la compression et la p\u00e2leur de la l\u00e8vre. Il y avait, en outre, deux autres traits qui me les faisaient toujours deviner&nbsp;: un ton bas et r\u00e9serv\u00e9 dans la conversation, et une disposition plus qu\u2019ordinaire du pouce \u00e0 s\u2019\u00e9tendre jusqu\u2019\u00e0 faire angle droit avec les doigts. \u2014 Tr\u00e8s souvent, en compagnie de ces fripons, j\u2019ai observ\u00e9 quelques hommes qui diff\u00e9raient un peu par leurs habitudes&nbsp;; cependant, c\u2019\u00e9taient toujours des oiseaux de m\u00eame plumage. On peut les d\u00e9finir&nbsp;: des gentlemen qui vivent de leur esprit. Ils se divisent, pour d\u00e9vorer le public, en deux bataillons, \u2014 le genre dandy et le genre militaire. Dans la premi\u00e8re classe, les caract\u00e8res principaux sont longs cheveux et sourires&nbsp;; et dans la seconde, longues redingotes et froncements de sourcils.<\/p>\n\n\n\n<p>En descendant l\u2019\u00e9chelle de ce qu\u2019on appelle&nbsp;<em>gentility,<\/em>&nbsp;je trouvai des sujets de m\u00e9ditation plus noirs et plus profonds. Je vis des colporteurs juifs avec des yeux de faucon \u00e9tincelants dans des physionomies dont le reste n\u2019\u00e9tait qu\u2019abjecte humilit\u00e9&nbsp;; de hardis mendiants de profession bousculant des pauvres d\u2019un meilleur titre, que le d\u00e9sespoir seul avait jet\u00e9s dans les ombres de la nuit pour implorer la charit\u00e9&nbsp;; des invalides tout faibles et pareils \u00e0 des spectres sur qui la mort avait plac\u00e9 une main s\u00fbre, et qui clopinaient et vacillaient \u00e0 travers la foule, regardant chacun au visage avec des yeux pleins de pri\u00e8res, comme en qu\u00eate de quelque consolation fortuite, de quelque esp\u00e9rance perdue&nbsp;; de modestes jeunes filles qui revenaient d\u2019un labeur prolong\u00e9 vers un sombre logis, et reculaient plus \u00e9plor\u00e9es qu\u2019indign\u00e9es devant les \u0153illades des dr\u00f4les dont elles ne pouvaient m\u00eame pas \u00e9viter le contact direct&nbsp;; des prostitu\u00e9es de toute sorte et de tout \u00e2ge, \u2014 l\u2019incontestable beaut\u00e9 dans la primeur de sa f\u00e9minit\u00e9, faisant r\u00eaver de la statue de Lucien dont la surface \u00e9tait de marbre de Paros et l\u2019int\u00e9rieur rempli d\u2019ordures, \u2014 la l\u00e9preuse en haillons, d\u00e9go\u00fbtante et absolument d\u00e9chue, \u2014 la vieille sorci\u00e8re, rid\u00e9e, peinte, pl\u00e2tr\u00e9e, surcharg\u00e9e de bijouterie, faisant un dernier effort vers la jeunesse, \u2014 la pure enfant \u00e0 la forme non m\u00fbre, mais d\u00e9j\u00e0 fa\u00e7onn\u00e9e par une longue camaraderie aux \u00e9pouvantables coquetteries de son commerce, et br\u00fblant de l\u2019ambition d\u00e9vorante d\u2019\u00eatre rang\u00e9e au niveau de ses a\u00een\u00e9es dans le vice&nbsp;; des ivrognes innombrables et indescriptibles. Ceux-ci d\u00e9guenill\u00e9s, chancelants, d\u00e9sarticul\u00e9s, avec le visage meurtri et les yeux ternes, \u2014 ceux-l\u00e0 avec leurs v\u00eatements entiers, mais sales, une cr\u00e2nerie l\u00e9g\u00e8rement vacillante, de grosses l\u00e8vres sensuelles, des faces rubicondes et sinc\u00e8res, \u2014 d\u2019autres v\u00eatus d\u2019\u00e9toffes qui jadis avaient \u00e9t\u00e9 bonnes, et qui maintenant encore \u00e9taient scrupuleusement bross\u00e9es, \u2014 des hommes qui marchaient d\u2019un pas plus ferme et plus \u00e9lastique que nature, mais dont les physionomies \u00e9taient terriblement p\u00e2les, les yeux atrocement effar\u00e9s et rouges, et qui, tout en allant \u00e0 grands pas \u00e0 travers la foule, agrippaient avec des doigts tremblants tous les objets qui se trouvaient \u00e0 leur port\u00e9e&nbsp;; et puis des p\u00e2tissiers, des commissionnaires, des porteurs de charbon, des ramoneurs&nbsp;; des joueurs d\u2019orgue, des montreurs de singes, des marchands de chansons, ceux qui vendaient avec ceux qui chantaient&nbsp;; des artisans d\u00e9guenill\u00e9s et des travailleurs de toute sorte \u00e9puis\u00e9s \u00e0 la peine, \u2014 et tous pleins d\u2019une activit\u00e9 bruyante et d\u00e9sordonn\u00e9e qui affligeait par ses discordances et apportait \u00e0 l\u2019\u0153il une sensation douloureuse.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 mesure que la nuit devenait plus profonde, l\u2019int\u00e9r\u00eat de la sc\u00e8ne s\u2019approfondissait aussi pour moi&nbsp;; car non seulement le caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral de la foule \u00e9tait alt\u00e9r\u00e9 (ses traits les plus nobles s\u2019effa\u00e7ant avec la retraite graduelle de la partie la plus sage de la population, et les plus grossiers venant vigoureusement en relief, \u00e0 mesure que l\u2019heure plus avanc\u00e9e tirait chaque esp\u00e8ce d\u2019infamie de sa tani\u00e8re), mais les rayons des becs de gaz, faibles d\u2019abord quand ils luttaient avec le jour mourant, avaient maintenant pris le dessus et jetaient sur toutes choses une lumi\u00e8re \u00e9tincelante agit\u00e9e. Tout \u00e9tait noir, mais \u00e9clatant \u2014 comme cette \u00e9b\u00e8ne \u00e0 laquelle on a compar\u00e9 le style de Tertullien.<\/p>\n\n\n\n<p>Les \u00e9tranges effets de la lumi\u00e8re me forc\u00e8rent \u00e0 examiner les figures des individus&nbsp;; et, bien que la rapidit\u00e9 avec laquelle ce monde de lumi\u00e8re fuyait devant la fen\u00eatre m\u2019emp\u00each\u00e2t de jeter plus d\u2019un coup d\u2019\u0153il sur chaque visage, il me semblait toutefois que, gr\u00e2ce \u00e0 ma singuli\u00e8re disposition morale, je pouvais souvent lire dans ce bref intervalle d\u2019un coup d\u2019\u0153il l\u2019histoire de longues ann\u00e9es.<\/p>\n\n\n\n<p>Le front coll\u00e9 \u00e0 la vitre, j\u2019\u00e9tais ainsi occup\u00e9 \u00e0 examiner la foule, quand soudainement apparut une physionomie (celle d\u2019un vieil d\u00e9cr\u00e9pit de soixante-cinq \u00e0 soixante et dix ans), \u2014 une physionomie qui tout d\u2019abord arr\u00eata et absorba toute mon attention, en raison de l\u2019absolue idiosyncrasie de son expression. Jusqu\u2019alors, je n\u2019avais jamais rien vu qui ressembl\u00e2t \u00e0 cette expression, m\u00eame \u00e0 un degr\u00e9 tr\u00e8s \u00e9loign\u00e9. Je me rappelle bien que ma premi\u00e8re pens\u00e9e, en le voyant, fut que Retzch, s\u2019il l\u2019avait contempl\u00e9, l\u2019aurait grandement pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 aux figures dans lesquelles il a essay\u00e9 d\u2019incarner le d\u00e9mon. Comme je t\u00e2chais, durant le court instant de mon premier coup d\u2019\u0153il, de former une analyse quelconque du sentiment g\u00e9n\u00e9ral qui m\u2019\u00e9tait communiqu\u00e9, je sentis s\u2019\u00e9lever confus\u00e9ment et paradoxalement dans mon esprit les id\u00e9es de vaste intelligence, de circonspection, de l\u00e9sinerie, de cupidit\u00e9, de sang-froid, de m\u00e9chancet\u00e9, de soif sanguinaire, de triomphe, d\u2019all\u00e9gresse, d\u2019excessive terreur, d\u2019intense et supr\u00eame d\u00e9sespoir. Je me sentis singuli\u00e8rement \u00e9veill\u00e9, saisi, fascin\u00e9. \u00ab&nbsp;Quelle \u00e9trange histoire, me dis-je \u00e0 moi-m\u00eame, est \u00e9crite dans cette poitrine&nbsp;!&nbsp;\u00bb Il me vint alors un d\u00e9sir ardent de ne pas perdre l\u2019homme de vue, \u2014 d\u2019en savoir plus long sur lui. Je mis pr\u00e9cipitamment mon paletot, je saisis mon chapeau et ma canne, je me jetai dans la rue, et me poussai \u00e0 travers la foule dans la direction que je lui avais vu prendre&nbsp;; car il avait d\u00e9j\u00e0 disparu. Avec un peu de difficult\u00e9, je parvins enfin \u00e0 le d\u00e9couvrir, je m\u2019approchai de lui et le suivis de tr\u00e8s pr\u00e8s, mais avec de grandes pr\u00e9cautions, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas attirer son attention.<\/p>\n\n\n\n<p>Je pouvais maintenant \u00e9tudier commod\u00e9ment sa personne. Il \u00e9tait de petite taille, tr\u00e8s maigre et tr\u00e8s faible en apparence. Ses habits \u00e9taient sales et d\u00e9chir\u00e9s&nbsp;; mais, comme il passait de temps \u00e0 autre dans le feu \u00e9clatant d\u2019un cand\u00e9labre, je m\u2019aper\u00e7us que son linge, quoique sale, \u00e9tait d\u2019une belle qualit\u00e9&nbsp;; et, si mes yeux ne m\u2019ont pas abus\u00e9, \u00e0 travers une d\u00e9chirure du manteau, \u00e9videmment achet\u00e9 d\u2019occasion, dont il \u00e9tait soigneusement envelopp\u00e9, j\u2019entrevis la lueur d\u2019un diamant et d\u2019un poignard. Ces observations surexcit\u00e8rent ma curiosit\u00e9, et je r\u00e9solus de suivre l\u2019inconnu partout o\u00f9 il lui plairait d\u2019aller.<\/p>\n\n\n\n<p>Il faisait maintenant tout \u00e0 fait nuit, et un brouillard humide et \u00e9pais s\u2019abattait sur la ville, qui bient\u00f4t se r\u00e9solut en une pluie lourde et continue. Ce changement de temps eut un effet bizarre sur la foule, qui fut agit\u00e9e tout enti\u00e8re d\u2019un nouveau mouvement, et se d\u00e9roba sous un monde de parapluies. L\u2019ondulation, le coudoiement, le brouhaha, devinrent dix fois plus forts. Pour ma part, je ne m\u2019inqui\u00e9tai pas beaucoup de la pluie, \u2014 j\u2019avais encore dans le sang une vieille fi\u00e8vre aux aguets, pour qui l\u2019humidit\u00e9 \u00e9tait une dangereuse volupt\u00e9. Je nouai un mouchoir autour de ma bouche, et je tins bon. Pendant une demi-heure, le vieil se fraya son chemin avec difficult\u00e9 \u00e0 travers la grande art\u00e8re, et je marchais presque sur ses talons dans la crainte de le perdre de vue. Comme il ne tournait jamais la t\u00eate pour regarder derri\u00e8re lui, il ne fit pas attention \u00e0 moi. Bient\u00f4t il se jeta dans une rue traversi\u00e8re, qui, bien que remplie de monde, n\u2019\u00e9tait pas aussi encombr\u00e9e que la principale qu\u2019il venait de quitter. Ici, il se fit un changement \u00e9vident dans son allure. Il marcha plus lentement, avec moins de d\u00e9cision que tout \u00e0 l\u2019heure, \u2014 avec plus d\u2019h\u00e9sitation. Il traversa et retraversa la rue fr\u00e9quemment, sans but apparent&nbsp;; et la foule \u00e9tait si \u00e9paisse, qu\u2019\u00e0 chaque nouveau mouvement j\u2019\u00e9tais oblig\u00e9 de le suivre de tr\u00e8s pr\u00e8s. C\u2019\u00e9tait une rue \u00e9troite et longue, et la promenade qu\u2019il y fit dura pr\u00e8s d\u2019une heure, pendant laquelle la multitude des passants se r\u00e9duisit graduellement \u00e0 la quantit\u00e9 de gens qu\u2019on voit ordinairement \u00e0 Broadway, pr\u00e8s du parc, vers midi, \u2014 tant est grande la diff\u00e9rence entre une foule de Londres et celle de la cit\u00e9 am\u00e9ricaine la plus populeuse. Un second crochet nous jeta sur une place brillamment \u00e9clair\u00e9e et d\u00e9bordante de vie. La premi\u00e8re&nbsp;<em>mani\u00e8re<\/em>&nbsp;de l\u2019inconnu reparut. Son menton tomba sur sa poitrine, et ses yeux roul\u00e8rent \u00e9trangement sous ses sourcils fronc\u00e9s, dans tous les sens, vers tous ceux qui l\u2019enveloppaient. Il pressa le pas, r\u00e9guli\u00e8rement, sans interruption. Je m\u2019aper\u00e7us toutefois avec surprise, quand il eut fait le tour de la place, qu\u2019il retournait sur ses pas. Je fus encore bien plus \u00e9tonn\u00e9 de lui voir recommencer la m\u00eame promenade plusieurs fois&nbsp;: \u2014 une fois, comme il tournait avec un mouvement brusque, je faillis \u00eatre d\u00e9couvert.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 cet exercice il d\u00e9pensa encore une heure, \u00e0 la fin de laquelle nous f\u00fbmes beaucoup moins emp\u00each\u00e9s par les passants qu\u2019au commencement. La pluie tombait dru, l\u2019air devenait froid, et chacun rentrait chez soi. Avec un geste d\u2019impatience, l\u2019homme errant passa dans une rue obscure, compl\u00e8tement d\u00e9serte. Tout le long de celle-ci, un quart de mille \u00e0 peu pr\u00e8s, il courut avec une agilit\u00e9 que je n\u2019aurais jamais soup\u00e7onn\u00e9e dans un \u00eatre aussi vieux, \u2014 une agilit\u00e9 telle que j\u2019eus beaucoup de peine \u00e0 le suivre. En quelques minutes, nous d\u00e9bouch\u00e2mes sur un vaste et tumultueux bazar. L\u2019inconnu avait l\u2019air parfaitement au courant des localit\u00e9s, et il reprit encore une fois son allure primitive, se frayant un chemin \u00e7\u00e0 et l\u00e0, sans but, parmi la foule des acheteurs et des vendeurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant une heure et demie, \u00e0 peu pr\u00e8s, que nous pass\u00e2mes dans cet endroit, il me fallut beaucoup de prudence pour ne pas le perdre de vue sans attirer son attention. Par bonheur je portais des claques en caoutchouc, et je pouvais aller et venir sans faire le moindre bruit. Il ne s\u2019aper\u00e7ut pas un seul instant qu\u2019il \u00e9tait \u00e9pi\u00e9. Il entrait successivement dans toute les boutiques, ne marchandait rien, ne disait pas un mot, et jetait sur tous les objets un regard fixe, effar\u00e9, vide. J\u2019\u00e9tais maintenant prodigieusement \u00e9tonn\u00e9 de sa conduite, et je pris la ferme r\u00e9solution de ne pas le quitter avant d\u2019avoir satisfait en quelque fa\u00e7on ma curiosit\u00e9 \u00e0 son \u00e9gard.<\/p>\n\n\n\n<p>Une horloge au timbre \u00e9clatant sonna onze heures, et tout le monde d\u00e9sertait le bazar en grande h\u00e2te. Un boutiquier, en fermant un volet, coudoya le vieil homme, et \u00e0 l\u2019instant m\u00eame je vis un violent frisson parcourir tout son corps. Il se pr\u00e9cipita dans la rue, regarda un instant avec anxi\u00e9t\u00e9 autour de lui, puis fila avec une incroyable v\u00e9locit\u00e9 \u00e0 travers plusieurs ruelles tortueuses et d\u00e9sertes, jusqu\u2019\u00e0 ce que nous about\u00eemes de nouveau \u00e0 la grande rue d\u2019o\u00f9 nous \u00e9tions partis, \u2014 la rue de l\u2019h\u00f4tel D\u2026 Cependant, elle n\u2019avait plus le m\u00eame aspect. Elle \u00e9tait toujours brillante de gaz&nbsp;; mais la pluie tombait furieusement, et l\u2019on n\u2019apercevait que de rares passants. L\u2019inconnu p\u00e2lit. Il fit quelques pas d\u2019un air morne dans l\u2019avenue nagu\u00e8re populeuse&nbsp;; puis, avec un profond soupir, il tourna dans la direction de la rivi\u00e8re, et, se plongeant \u00e0 travers un labyrinthe de chemins d\u00e9tourn\u00e9s, arriva enfin devant un des principaux th\u00e9\u00e2tres. On \u00e9tait au moment de le fermer, et le public s\u2019\u00e9coulait par les portes. Je vis le vieil homme ouvrir la bouche, comme pour respirer et se jeter parmi la foule&nbsp;; mais il me sembla que l\u2019angoisse profonde de sa physionomie \u00e9tait en quelque sorte calm\u00e9e. Sa t\u00eate tomba de nouveau sur sa poitrine&nbsp;; il apparut tel que je l\u2019avais vu la premi\u00e8re fois. Je remarquai qu\u2019il se dirigeait maintenant du m\u00eame c\u00f4t\u00e9 que la plus grande partie du public, \u2014 mais, en somme, il m\u2019\u00e9tait impossible de rien comprendre \u00e0 sa bizarre obstination.<\/p>\n\n\n\n<p>Pendant qu\u2019il marchait, le public se diss\u00e9minait&nbsp;; son malaise et ses premi\u00e8res h\u00e9sitations le reprirent. Pendant quelque temps, il suivit de tr\u00e8s pr\u00e8s un groupe de dix ou douze tapageurs&nbsp;; peu \u00e0 peu, un \u00e0 un, le nombre s\u2019\u00e9claircit et se r\u00e9duisit \u00e0 trois individus qui rest\u00e8rent ensemble, dans une ruelle \u00e9troite, obscure et peu fr\u00e9quent\u00e9e. L\u2019inconnu fit une pause, et pendant un moment parut se perdre dans ses r\u00e9flexions&nbsp;; puis, avec une agitation tr\u00e8s marqu\u00e9e, il enfila rapidement une route qui nous conduisit \u00e0 l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 de la ville, dans des r\u00e9gions bien diff\u00e9rentes de celles que nous avions travers\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent. C\u2019\u00e9tait le quartier le plus malsain de Londres, o\u00f9 chaque chose porte l\u2019affreuse empreinte de la plus d\u00e9plorable pauvret\u00e9 et du vice incurable. \u00c0 la lueur accidentelle d\u2019un sombre r\u00e9verb\u00e8re, on apercevait des maisons de bois, hautes, antiques, vermoulues, mena\u00e7ant ruine, et dans de si nombreuses et si capricieuses directions qu\u2019\u00e0 peine pouvait-on deviner au milieu d\u2019elles l\u2019apparence d\u2019un passage. Les pav\u00e9s \u00e9taient \u00e9parpill\u00e9s \u00e0 l\u2019aventure, repouss\u00e9s de leurs alv\u00e9oles par le gazon victorieux. Une horrible salet\u00e9 croupissait dans les ruisseaux obstru\u00e9s. Toute l\u2019atmosph\u00e8re regorgeait de d\u00e9solation. Cependant, comme nous avancions, les bruits de la vie humaine se raviv\u00e8rent clairement et par degr\u00e9s&nbsp;; et enfin de vastes bandes d\u2019hommes, les plus inf\u00e2mes parmi la populace de Londres, se montr\u00e8rent, oscillantes \u00e7\u00e0 et l\u00e0. Le vieil sentit de nouveau palpiter ses esprits, comme une lampe qui est pr\u00e8s de son agonie. Une fois encore il s\u2019\u00e9lan\u00e7a en avant d\u2019un pas \u00e9lastique. Tout \u00e0 coup, nous tourn\u00e2mes au coin&nbsp;; une lumi\u00e8re flamboyante \u00e9clata \u00e0 notre vue, et nous nous trouv\u00e2mes devant un des \u00e9normes temples suburbains de l\u2019Intemp\u00e9rance, \u2014 un des palais du d\u00e9mon Gin.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019\u00e9tait presque le point du jour&nbsp;; mais une foule de mis\u00e9rables ivrognes se pressaient encore en dedans et en dehors de la fastueuse porte. Presque avec un cri de joie, le vieil se fraya un passage au milieu, reprit sa physionomie primitive, et se mit \u00e0 arpenter la cohue dans tous les sens, sans but apparent. Toutefois, il n\u2019y avait pas longtemps qu\u2019il se livrait \u00e0 cet exercice, quand un grand mouvement dans les portes t\u00e9moigna que l\u2019h\u00f4te allait les fermer en raison de l\u2019heure. Ce que j\u2019observai sur la physionomie du singulier \u00eatre que j\u2019\u00e9piais si opini\u00e2trement fut quelque chose de plus intense que le d\u00e9sespoir. Cependant, il n\u2019h\u00e9sita pas dans sa carri\u00e8re, mais, avec une \u00e9nergie folle, il revint tout \u00e0 coup sur ses pas, au c\u0153ur du puissant Londres. Il courut vite et longtemps, et toujours je le suivais avec un effroyable \u00e9tonnement, r\u00e9solu \u00e0 ne pas l\u00e2cher une recherche dans laquelle j\u2019\u00e9prouvais un int\u00e9r\u00eat qui m\u2019absorbait tout entier. Le soleil se leva pendant que nous poursuivions notre course, et, quand nous e\u00fbmes une fois encore atteint le rendez-vous commercial de la populeuse cit\u00e9, la rue de l\u2019h\u00f4tel D\u2026, celle-ci pr\u00e9sentait un aspect d\u2019activit\u00e9 et de mouvement humains presque \u00e9gal \u00e0 ce que j\u2019avais vu dans la soir\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente. Et, l\u00e0 encore, au milieu de la confusion toujours croissante, longtemps je persistai dans ma poursuite de l\u2019inconnu. Mais, comme d\u2019ordinaire, il allait et venait, et de la journ\u00e9e enti\u00e8re il ne sortit pas du tourbillon de cette rue. Et, comme les ombres du second soir approchaient, je me sentais bris\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la mort, et, m\u2019arr\u00eatant tout droit devant l\u2019homme errant, je le regardai intr\u00e9pidement en face. Il ne fit pas attention \u00e0 moi, mais reprit sa solennelle promenade, pendant que, renon\u00e7ant \u00e0 le poursuivre, je restais absorb\u00e9 dans cette contemplation.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab&nbsp;Ce vieil, \u2014 me dis-je \u00e0 la longue, \u2014 est le type et le g\u00e9nie du crime profond. Il refuse d\u2019\u00eatre seul.&nbsp;<em>Il est l\u2019homme des foules.<\/em>&nbsp;Il serait vain de le suivre&nbsp;; car je n\u2019apprendrai rien de plus de lui ni de ses actions. Le pire c\u0153ur du monde est un livre plus rebutant que le&nbsp;<em>Hortulus anim\u00e6<a href=\"#_ftn1\" id=\"_ftnref1\"><strong>[1]<\/strong><\/a>,<\/em>&nbsp;et peut-\u00eatre est-ce une des grandes mis\u00e9ricordes de Dieu que&nbsp;<em>es lasst sich nicht lesen<\/em>, \u2014 qu\u2019il ne se laisse pas lire.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n\n<hr class=\"wp-block-separator has-alpha-channel-opacity is-style-dots\"\/>\n\n\n\n<p><a href=\"#_ftnref1\" id=\"_ftn1\">[1]<\/a> <em>Hortulus anim\u00e6, cum oratiunculis aliquibus superadditis<\/em>, de Gr\u00fcnninger. \u2014 E. A. P.<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab L\u2019homme des foules \u00bb (The Man of the Crowd) est une nouvelle d\u2019Edgar Allan Poe, publi\u00e9e en d\u00e9cembre 1840 dans Burton\u2019s Gentleman\u2019s Magazine et Atkinson\u2019s Casket. Un homme observe, depuis la fen\u00eatre d\u2019un caf\u00e9 londonien, le flux incessant de passants sur une avenue tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9e. Pendant des heures, il contemple et classe les silhouettes selon leur apparence et leur comportement : commer\u00e7ants, employ\u00e9s, joueurs, mendiants, prostitu\u00e9es. \u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit, son attention se trouve happ\u00e9e par un vieillard au visage d\u2019une expression extraordinairement \u00e9nigmatique. Pouss\u00e9 par une curiosit\u00e9 irr\u00e9sistible, il quitte le caf\u00e9 pour suivre le myst\u00e9rieux vieil homme \u00e0 travers les rues nocturnes de Londres.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25585,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[845,837,834],"class_list":["post-25586","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-edgar-allan-poe-fr","tag-etats-unis","tag-horreur","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":845,"label":"Edgar Allan Poe"},{"value":837,"label":"\u00c9tats-Unis"},{"value":834,"label":"Horreur"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Edgar-Allan-Poe-El-hombre-de-la-multitud.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":826,"name":"Nouvelles","slug":"nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":826,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":72,"filter":"raw","cat_ID":826,"category_count":72,"category_description":"","cat_name":"Nouvelles","category_nicename":"nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":845,"name":"Edgar Allan Poe","slug":"edgar-allan-poe-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":845,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":8,"filter":"raw"},{"term_id":837,"name":"\u00c9tats-Unis","slug":"etats-unis","term_group":0,"term_taxonomy_id":837,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":51,"filter":"raw"},{"term_id":834,"name":"Horreur","slug":"horreur","term_group":0,"term_taxonomy_id":834,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":22,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25586","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25586"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25586\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25585"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25586"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25586"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25586"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}