{"id":25703,"date":"2025-12-28T17:26:22","date_gmt":"2025-12-28T21:26:22","guid":{"rendered":"https:\/\/lecturia.org\/?p=25703"},"modified":"2025-12-28T17:26:24","modified_gmt":"2025-12-28T21:26:24","slug":"guy-de-maupassant-etrennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/nouvelles\/guy-de-maupassant-etrennes\/25703\/","title":{"rendered":"Guy de Maupassant : Etrennes"},"content":{"rendered":"\n<p><strong>Synopsis : <\/strong>\u00ab \u00c9trennes \u00bb &nbsp;est une nouvelle de Guy de Maupassant, publi\u00e9e le 7 janvier 1887 dans <em>Gil Blas<\/em>. La veille du Nouvel An, Jacques de Randal se retrouve seul chez lui, \u00e0 \u00e9crire des lettres et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur sa vie. Depuis dix mois, il est l\u2019amant d\u2019Ir\u00e8ne, une femme mari\u00e9e qu\u2019il aime d\u2019un attachement serein et m\u00fbr. La qui\u00e9tude de la nuit est rompue lorsque Ir\u00e8ne appara\u00eet \u00e0 l\u2019improviste sur le pas de sa porte, p\u00e2le et angoiss\u00e9e, r\u00e9v\u00e9lant un conflit qui mettra \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la nature de leur relation et les convictions de Jacques sur l\u2019amour et l\u2019engagement.<\/p>\n\n\n<div class=\"gb-container gb-container-5764aafe\">\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Un-regalo-de-Ano-Nuevo.webp\" alt=\"Guy de Maupassant : Etrennes\" class=\"wp-image-25702\" srcset=\"https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Un-regalo-de-Ano-Nuevo.webp 1024w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Un-regalo-de-Ano-Nuevo-300x300.webp 300w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Un-regalo-de-Ano-Nuevo-150x150.webp 150w, https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Un-regalo-de-Ano-Nuevo-768x768.webp 768w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><\/figure>\n<\/div>\n<\/div>\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\">Etrennes<\/h2>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Guy de Maupassant<br>(Nouvelle compl\u00e8te)<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques de Randal, ayant d\u00een\u00e9 seul chez lui, dit \u00e0 son valet de chambre qu\u2019il pouvait sortir et il s\u2019assit devant sa table pour \u00e9crire des lettres.<\/p>\n\n\n\n<p>Il finissait ainsi toutes les ann\u00e9es, seul, \u00e9crivant et r\u00eavassant. Il faisait pour lui une sorte de revue des choses pass\u00e9es depuis le dernier jour de l\u2019an, des choses finies, des choses mortes, et \u00e0 mesure que surgissaient devant ses yeux les visages de ses amis, il leur \u00e9crivait quelques lignes, un bonjour cordial du 1er janvier.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc il s\u2019assit, ouvrit un tiroir, prit dedans une photographie de femme, la regarda quelques secondes, et la baisa. Puis, l\u2019ayant pos\u00e9e \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de sa feuille de papier, il commen\u00e7a:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ma ch\u00e8re Ir\u00e8ne, vous avez d\u00fb recevoir tant\u00f4t le petit souvenir que j\u2019adresse \u00e0 la femme ; je me suis enferm\u00e9 ce soir, pour vous dire&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>La plume resta immobile. Jacques se leva et se mit \u00e0 marcher.<\/p>\n\n\n\n<p>Depuis dix mois il avait une ma\u00eetresse, non point une ma\u00eetresse comme les autres, une femme \u00e0 aventures, du monde, du th\u00e9\u00e2tre ou de la rue, mais une femme qu\u2019il avait aim\u00e9e et conquise. Il n\u2019\u00e9tait plus un jeune homme, bien qu\u2019il f\u00fbt encore un homme jeune, et il regardait la vie s\u00e9rieusement en esprit positif et pratique.<\/p>\n\n\n\n<p>Donc il se mit \u00e0 faire le bilan de sa passion comme il faisait, chaque ann\u00e9e, la balance des amiti\u00e9s disparues ou nouvelles, des faits et des gens entr\u00e9s dans son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Sa premi\u00e8re ardeur d\u2019amour s\u2019\u00e9tant calm\u00e9e, il se demanda, avec une pr\u00e9cision de commer\u00e7ant qui compte, quel \u00e9tait l\u2019\u00e9tat de son c\u0153ur pour elle, et il t\u00e2cha de deviner ce qu\u2019il serait dans l\u2019avenir.<\/p>\n\n\n\n<p>Il y trouva une grande et profonde affection, faite de tendresse, de reconnaissance et des mille attaches menues d\u2019o\u00f9 naissent les longues et fortes liaisons.<\/p>\n\n\n\n<p>Un coup de sonnette le fit sauter. Il h\u00e9sita. Ouvrirait-il ? Mais il se dit qu\u2019il faut toujours ouvrir, en cette nuit du nouvel an, ouvrir \u00e0 l\u2019inconnu qui passe et frappe, quel qu\u2019il soit.<\/p>\n\n\n\n<p>Il prit donc une bougie, traversa l\u2019antichambre, \u00f4ta les verrous, tourna la clef, attira la porte \u00e0 lui et aper\u00e7ut sa ma\u00eetresse debout, p\u00e2le comme une morte, les mains appuy\u00e9es au mur.<\/p>\n\n\n\n<p>Il balbutia: \u00ab Qu\u2019avez-vous ? \u00bb Elle r\u00e9pondit: \u00ab Tu es seul ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Sans domestiques ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tu n\u2019allais pas sortir ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle entra, en femme qui conna\u00eet la maison. D\u00e8s qu\u2019elle fut dans le salon, elle s\u2019affaissa sur le divan, et couvrant son visage de ses mains, se mit \u00e0 pleurer affreusement.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019\u00e9tait agenouill\u00e9 devant elle, s\u2019effor\u00e7ant d\u2019\u00e9carter ses bras, de voir ses yeux et r\u00e9p\u00e9tant: \u00ab Ir\u00e8ne, Ir\u00e8ne, qu\u2019avez-vous ? Je vous en supplie, dites-moi ce que vous avez ? \u00bb Alors elle murmura, au milieu des sanglots: \u00ab Je ne puis plus vivre ainsi. \u00bb Il ne comprenait pas. \u00ab Vivre ainsi ?&#8230; Comment ?&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui. Je ne peux plus vivre ainsi je ne te l\u2019ai jamais dit&#8230; C\u2019est affreux&#8230; Je ne peux plus&#8230; je souffre trop&#8230; Il m\u2019a frapp\u00e9e tant\u00f4t&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Qui&#8230; ton mari ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui&#8230; mon mari.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ah ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019\u00e9tonnait, n\u2019ayant jamais soup\u00e7onn\u00e9 que ce mari p\u00fbt \u00eatre brutal. C\u2019\u00e9tait un homme du monde, du meilleur, un homme de cercle, de cheval, de coulisses et d\u2019\u00e9p\u00e9e ; connu, cit\u00e9, appr\u00e9ci\u00e9 partout, ayant des mani\u00e8res fort courtoises, un esprit fort m\u00e9diocre, l\u2019absence d\u2019instruction et d\u2019intelligence r\u00e9elle indispensable pour penser comme tous les gens bien \u00e9lev\u00e9s, et le respect de tous les pr\u00e9jug\u00e9s comme il faut.<\/p>\n\n\n\n<p>Il paraissait s\u2019occuper de sa femme comme on doit le faire entre personnes riches et bien n\u00e9es. Il s\u2019inqui\u00e9tait suffisamment de ses d\u00e9sirs ; de sa sant\u00e9, de ses toilettes, et la laissait parfaitement libre d\u2019ailleurs.<\/p>\n\n\n\n<p>Randal, devenu l\u2019ami d\u2019Ir\u00e8ne, avait droit \u00e0 la poign\u00e9e de main affectueuse que tout mari qui sait vivre doit aux familiers de sa femme.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis quand Jacques, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 quelque temps l\u2019ami, devint l\u2019amant, ses relations avec l\u2019\u00e9poux furent plus cordiales, comme il convient.<\/p>\n\n\n\n<p>Jamais il n\u2019avait vu ou devin\u00e9 des orages dans cette maison, et il demeurait effar\u00e9 devant cette r\u00e9v\u00e9lation inattendue. Il demanda: \u00ab Comment cela est-il arriv\u00e9, dis-moi ? \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Alors elle raconta une longue histoire, toute l\u2019histoire de sa vie, depuis le jour de son mariage. La premi\u00e8re d\u00e9sunion n\u00e9e d\u2019un rien, puis s\u2019accentuant de tout l\u2019\u00e9cart qui grandissait chaque jour entre deux caract\u00e8res oppos\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Puis \u00e9taient venues des querelles, une s\u00e9paration compl\u00e8te, non apparente, mais effective, puis son mari s\u2019\u00e9tait montr\u00e9 agressif, ombrageux, violent. Maintenant il \u00e9tait jaloux, jaloux de Jacques, et, ce jour-l\u00e0 m\u00eame, apr\u00e8s une sc\u00e8ne, il l\u2019avait frapp\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ajouta avec fermet\u00e9: \u00ab Je ne rentrerai plus chez lui. Fais de moi ce que tu voudras. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Jacques s\u2019\u00e9tait assis en face d\u2019elle, leurs genoux se touchant. Il lui prit les mains:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ma ch\u00e8re amie, vous allez faire une grosse, une irr\u00e9parable sottise. Si vous voulez quitter votre mari, mettez les torts de son c\u00f4t\u00e9, de telle sorte que votre situation de femme, de femme du monde irr\u00e9prochable, reste sauve. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle demanda en lui jetant un coup d\u2019\u0153il inquiet:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Alors, que me conseilles-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 De rentrer chez vous, et d\u2019y supporter la vie jusqu\u2019au jour o\u00f9 vous pourrez obtenir soit une s\u00e9paration, soit un divorce, avec les honneurs de la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 N\u2019est-ce pas un peu l\u00e2che, ce que vous me conseillez l\u00e0 ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Non, c\u2019est sage et raisonnable. Vous avez une haute situation, un nom \u00e0 sauvegarder, des amis \u00e0 conserver et des parents \u00e0 m\u00e9nager. Il ne faut point l\u2019oublier et perdre tout cela par un coup de t\u00eate. \u00bb,<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se leva, et, avec violence: \u00ab Eh bien, non, je ne peux plus, c\u2019est fini, c\u2019est fini, c\u2019est fini ! \u00bb Puis, posant ses deux mains sur les \u00e9paules de son amant et le regardant au fond des yeux: \u00ab M\u2019aimes-tu ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Bien vrai ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Alors, garde-moi. \u00bb Il s\u2019\u00e9cria:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Te garder ? Chez moi ? Ici ? Mais tu es folle ! Ce serait te perdre \u00e0 tout jamais ; te perdre sans retour ! Tu es folle ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle reprit, lentement, avec gravit\u00e9, en femme qui sent le poids de ses paroles:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ecoutez, Jacques. Il m\u2019a d\u00e9fendu de vous revoir et je ne jouerai pas cette com\u00e9die de venir chez vous en cachette. Il faut, ou me perdre, ou me prendre.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ma ch\u00e8re Ir\u00e8ne, dans ce cas-l\u00e0, obtenez votre divorce et je vous \u00e9pouserai.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui, vous m\u2019\u00e9pouserez dans&#8230; deux ans au plus t\u00f4t. Vous avez la tendresse patiente.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Voyons, r\u00e9fl\u00e9chissez. Si vous demeurez ici, il vous reprendra demain, puisqu\u2019il est votre mari, puisqu\u2019il a pour lui le droit et la loi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Je ne vous demandais pas de me garder chez vous, Jacques, mais de m\u2019emmener n\u2019importe o\u00f9. Je croyais que vous m\u2019aimiez assez pour cela. Je me suis tromp\u00e9e. Adieu. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se retourna et partit vers la porte, si vite qu\u2019il la saisit seulement quand elle sortait du salon.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ecoutez, Ir\u00e8ne&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se d\u00e9battait, ne voulant plus rien entendre, les yeux pleins de larmes et balbutiant: \u00ab Laissez-moi &#8230; Laissez-moi&#8230; Laissez-moi&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Il la fit asseoir de force et s\u2019agenouilla de nouveau devant elle, puis il t\u00e2cha, en accumulant les raisons et les conseils, de lui faire comprendre la folie et l\u2019affreux danger de son projet. Il n\u2019oublia rien de ce qu\u2019il fallait dire pour la convaincre, cherchant, dans sa tendresse m\u00eame, des motifs de persuasion.<\/p>\n\n\n\n<p>Comme elle restait muette et glac\u00e9e, il la pria, la supplia de l\u2019\u00e9couter, de le croire, de suivre son avis. Lorsqu\u2019il eut fini de parler, elle r\u00e9pondit seulement: \u00ab Etes-vous dispos\u00e9 \u00e0 me laisser partir, maintenant ? L\u00e2chez-moi, que je puisse me lever.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Voyons, Ir\u00e8ne&#8230;<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Voulez-vous me l\u00e2cher ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ir\u00e8ne&#8230; votre r\u00e9solution est irr\u00e9vocable ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Voulez-vous me l\u00e2cher !<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Dites-moi seulement si votre r\u00e9solution, si votre folle r\u00e9solution que vous regretterez am\u00e8rement est irr\u00e9vocable ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Oui&#8230; L\u00e2chez-moi.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Alors, reste. Tu sais bien que tu es chez toi ici. Nous partirons demain matin. \u00bb Elle se leva malgr\u00e9 lui, et, durement: \u00ab Non. Il est trop tard. Je ne veux pas de sacrifice, je ne veux pas de d\u00e9vouement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Peste. J\u2019ai fait ce que je devais faire, j\u2019ai dit ce que je devais dire. Je ne suis plus responsable envers toi. Ma conscience est tranquille. Exprime tes d\u00e9sirs et j\u2019ob\u00e9irai. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Elle se rassit, le regarda longtemps, puis demanda, d\u2019une voix tr\u00e8s calme: \u00ab Alors, explique.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Quoi ? Que veux-tu que j\u2019explique ?<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Tout&#8230; Tout ce que tu as pens\u00e9 pour changer comme \u00e7a de r\u00e9solution. Moi, alors, je verrai ce que je dois faire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Mais je n\u2019ai rien pens\u00e9 du tout. Je devais te pr\u00e9venir que tu allais accomplir une folie. Tu persistes, je demande ma part de cette folie, et m\u00eame je l\u2019exige.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 \u00c7a n\u2019est pas naturel de changer d\u2019avis si vite.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2013 Ecoute, ma ch\u00e8re amie. Il ne s\u2019agit ici ni de sacrifice ni de d\u00e9vouement. Le jour o\u00f9 j\u2019ai compris que je t\u2019aimais, je me suis dit ceci, que tous les amoureux devraient se dire dans le m\u00eame cas:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab L\u2019homme qui aime une femme, qui s\u2019efforce de la conqu\u00e9rir, qui l\u2019obtient et qui la prend, contracte vis-\u00e0-vis de lui-m\u00eame et vis-\u00e0-vis d\u2019elle un engagement sacr\u00e9. Il s\u2019agit, bien entendu, d\u2019une femme comme vous, et non d\u2019une femme au c\u0153ur ouvert, au c\u0153ur facile.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Le mariage, qui a une grande valeur sociale, une grande valeur l\u00e9gale, ne poss\u00e8de \u00e0 mes yeux qu\u2019une tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re valeur morale, \u00e9tant donn\u00e9es les conditions o\u00f9 il a lieu g\u00e9n\u00e9ralement.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Donc, quand une femme, attach\u00e9e par ce lien juridique, mais qui n\u2019aime pas son mari, qui ne peut l\u2019aimer, dont le c\u0153ur est libre, rencontre un homme qui lui pla\u00eet, et se donne \u00e0 lui, quand un homme sans liaison prend une femme ainsi, je dis qu\u2019ils s\u2019engagent l\u2019un vis-\u00e0-vis de l\u2019autre, de par ce mutuel et libre consentement, bien plus que par le \u00ab oui \u00bb murmur\u00e9 devant l\u2019\u00e9charpe du maire.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je dis que, s\u2019ils sont tous deux gens d\u2019honneur, leur union doit \u00eatre plus intime, plus forte, plus saine que si tous les sacrements l\u2019avaient consacr\u00e9e.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Cette femme risque tout. Et c\u2019est justement parce qu\u2019elle le sait, parce qu\u2019elle donne tout, son c\u0153ur, son corps, son \u00e2me, son honneur, sa vie, parce qu\u2019elle a pr\u00e9vu toutes les mis\u00e8res, tous les dangers, toutes les catastrophes, parce qu\u2019elle ose un acte hardi, un acte intr\u00e9pide, parce qu\u2019elle est pr\u00e9par\u00e9e, d\u00e9cid\u00e9e \u00e0 tout braver, son mari qui peut la tuer et le monde qui peut la rejeter, c\u2019est pour cela qu\u2019elle est respectable dans son infid\u00e9lit\u00e9 conjugale, c\u2019est pour cela que son amant, en la prenant, croit avoir aussi tout pr\u00e9vu, et la pr\u00e9f\u00e9rer \u00e0 tout, quoi qu\u2019il arrive. Je n\u2019ai plus rien \u00e0 dire. J\u2019ai parl\u00e9 d\u2019abord en homme sage qui devait vous pr\u00e9venir, il ne reste plus en moi qu\u2019un homme, celui qui vous aime. Ordonnez. \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Radieuse, elle lui ferma la bouche avec ses l\u00e8vres, et lui dit tout bas:<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Ce n\u2019\u00e9tait pas vrai, ch\u00e9ri, il n\u2019y a rien, mon mari ne se doute de rien. Mais je voulais voir, je voulais savoir ce que tu ferais, je voulais des&#8230; des \u00e9trennes&#8230; celles de ton c\u0153ur&#8230; d\u2019autres \u00e9trennes que le collier de tant\u00f4t. Tu me les as donn\u00e9es. Merci&#8230; merci&#8230; Dieu que je suis contente ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">FIN<\/p>\n\n\n\n\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab \u00c9trennes \u00bb \u00a0est une nouvelle de Guy de Maupassant, publi\u00e9e le 7 janvier 1887 dans Gil Blas. La veille du Nouvel An, Jacques de Randal se retrouve seul chez lui, \u00e0 \u00e9crire des lettres et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur sa vie. Depuis dix mois, il est l\u2019amant d\u2019Ir\u00e8ne, une femme mari\u00e9e qu\u2019il aime d\u2019un attachement serein et m\u00fbr. La qui\u00e9tude de la nuit est rompue lorsque Ir\u00e8ne appara\u00eet \u00e0 l\u2019improviste sur le pas de sa porte, p\u00e2le et angoiss\u00e9e, r\u00e9v\u00e9lant un conflit qui mettra \u00e0 l\u2019\u00e9preuve la nature de leur relation et les convictions de Jacques sur l\u2019amour et l\u2019engagement.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":25702,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_acf_changed":false,"_kad_blocks_custom_css":"","_kad_blocks_head_custom_js":"","_kad_blocks_body_custom_js":"","_kad_blocks_footer_custom_js":"","footnotes":""},"categories":[826],"tags":[844,843,1456],"class_list":["post-25703","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-nouvelles","tag-france-fr","tag-guy-de-maupassant-fr","tag-realiste","generate-columns","tablet-grid-50","mobile-grid-100","grid-parent","grid-33"],"acf":[],"taxonomy_info":{"category":[{"value":826,"label":"Nouvelles"}],"post_tag":[{"value":844,"label":"France"},{"value":843,"label":"Guy de Maupassant"},{"value":1456,"label":"R\u00e9aliste"}]},"featured_image_src_large":["https:\/\/lecturia.org\/wp-content\/uploads\/2025\/12\/Guy-de-Maupassant-Un-regalo-de-Ano-Nuevo.webp",1024,1024,false],"author_info":{"display_name":"Juan Pablo Guevara","author_link":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/author\/spartakku\/"},"comment_info":"","category_info":[{"term_id":826,"name":"Nouvelles","slug":"nouvelles","term_group":0,"term_taxonomy_id":826,"taxonomy":"category","description":"","parent":0,"count":72,"filter":"raw","cat_ID":826,"category_count":72,"category_description":"","cat_name":"Nouvelles","category_nicename":"nouvelles","category_parent":0}],"tag_info":[{"term_id":844,"name":"France","slug":"france-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":844,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":28,"filter":"raw"},{"term_id":843,"name":"Guy de Maupassant","slug":"guy-de-maupassant-fr","term_group":0,"term_taxonomy_id":843,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":19,"filter":"raw"},{"term_id":1456,"name":"R\u00e9aliste","slug":"realiste","term_group":0,"term_taxonomy_id":1456,"taxonomy":"post_tag","description":"","parent":0,"count":17,"filter":"raw"}],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25703","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25703"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25703\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media\/25702"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25703"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25703"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lecturia.org\/fr\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25703"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}